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Christophe Colomb

Christophe Colomb

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Christophe Colomb, en italien Cristoforo Colombo espagnol Cristóbal Colón

Navigateur génois, découvreur de l'Amérique (Gênes 1450 ou 1451-Valladolid 1506).

Cet article fait partie du DOSSIER consacré aux grandes découvertes.

Introduction

En un temps où la chrétienté repousse les derniers musulmans des terres qu'ils occupent encore dans le sud-ouest de l'Europe, la pensée d'agrandir le royaume de Dieu va guider constamment le découvreur du Nouveau Monde. Pour lui, l'apothéose sera la libération de Jérusalem. Auparavant, l'accès direct aux terres mystérieuses de l'Asie orientale, où les toits de Cipango, comme l'a conté Marco Polo, sont couverts d'or, donnera aux souverains chrétiens les richesses qui leur permettront l'effort ultime vers les Lieux saints. Cette quête de l'or, qui semblera parfois obsessionnelle chez Colomb, n'effacera jamais en lui l'aspect profondément mystique de sa recherche.

La jeunesse de Colomb

Colomb est persuadé d'être un envoyé de Dieu, ce qui contribue sans doute à la discrétion de ses écrits sur ses origines, dont la modestie ne lui apparaît peut-être pas correspondre à la grandeur de son destin. Cette discrétion a engendré les hypothèses les plus variées, voire les plus fantaisistes, quant à son lieu de naissance : diverses villes italiennes, la Corse avec Calvi, la Catalogne ont été sur les rangs.

   Aujourd'hui, il n'y a plus de doute : Cristoforo Colombo est bien né à Gênes, vers 1451, comme le prouve le recoupement de plusieurs documents. Il est certainement apprenti chez son père, un tisserand, mais commence sans doute très tôt à s'initier aux choses de la mer, à la cartographie en particulier. Puis, son père s'étant établi marchand de vin à Savone, Cristoforo le seconde probablement dans son commerce en voyageant sur des caboteurs du golfe de Gênes. Il perfectionne sa connaissance de la navigation et affirmera même que le roi René d'Anjou, soutenu par les Génois dans ses prétentions sur le royaume de Naples, lui aurait confié vers 1472 un navire avec lequel il se serait emparé d'une galère de son rival, le roi d'Aragon. Il est certain en tout cas que le jeune homme se lie aux grandes maisons de commerce génoises, les Centurione en particulier : il va jusqu'à Chio, en 1474, pour y acheter de la gomme.

   Deux ans plus tard (1476), un épisode assez obscur de la vie de Colomb intéresse cette fois les rives de l'Atlantique : en route pour l'Angleterre, une expédition commerciale génoise à laquelle il participe est attaquée par des corsaires français. Près du cap Saint-Vincent, son navire sombre et il réussit à gagner le littoral à la nage, soutenu par un aviron. Colomb se rend à Lisbonne, où ses patrons possèdent un important comptoir. Avec deux navires génois rescapés du désastre, il repart dès février 1477 pour l'Irlande et aurait poussé même jusqu'à l'Islande (« Thilé »), qu'il situe au nord de la « Thulé » de Ptolémée : il serait ainsi parvenu déjà aux ultimes limites du monde connu et, pour certains, aurait même été en vue du Groenland, sur la voie ouverte par les Islandais vers l'an mille mais à peu près oubliée alors.

Le grand projet

C'est certainement au retour de cette lointaine expédition vers le nord-ouest que Colomb commence à échafauder sa grande entreprise. Depuis longtemps déjà, les souverains du Portugal posent des jalons sur la route de l'Inde en suivant les côtes de l'Afrique : ils sont parvenus au fond du golfe de Guinée, et le pape leur a accordé la juridiction sur toutes ces terres (1456).

   Son mariage (1479) va sans doute contribuer à tourner Colomb vers la recherche de l'autre route (la sphéricité de la Terre est établie), celle de l'ouest : il épouse en effet une noble personne, Felipa Moniz Perestrello, apparentée aux Bragance et fille du gouverneur de Porto Santo, petite île proche de Madère. Les jeunes mariés vont y habiter, et Colomb y entend parler d'indices sur les terres qui se trouveraient dans l'ouest : troncs d'arbres d'espèces inconnues amenés par les courants et même cadavres d'hommes bizarres, « à large visage ». Les îles légendaires de l'Atlantique, relais vers Cipango et Cathay, prennent ainsi une certaine réalité et permettent d'envisager avec plus de sérieux le parcours de distances jugées jusqu'ici infranchissables par les marins.

Le problème de la longueur de la route vers l'Orient

Les évaluations de Claude Ptolémée sur les dimensions de la Terre se trouvaient les plus proches de la réalité et laissaient donc supposer qu'une immense étendue océanique séparait l'Europe de l'Orient. Aussi, pour donner consistance à son projet, Colomb s'appuie-t-il sur d'autres évaluations, celles de Marin de Tyr, citées par l'Imago mundi du cardinal français Pierre d'Ailly, qui réduisent considérablement la distance vers l'Asie par l'ouest. Le géographe allemand Martin Behaim, qui a vécu au Portugal et peut-être connu Colomb, façonnera d'ailleurs, en suivant ces données, un célèbre globe où l'Extrême-Orient correspondra, en fait, à l'emplacement du Mexique. Enfin, le Génois a peut-être eu sa conviction totalement affirmée par sa fameuse correspondance avec un savant florentin, Paolo dal Pozzo Toscanelli (la réalité de cette lettre a d'ailleurs été mise en doute). Comme suite à un rapport envoyé à la cour de Lisbonne, ce dernier aurait encouragé Colomb à persévérer dans son « magnifique dessein ».

Premiers échecs

Le projet désormais bien au point, il faut passer à sa réalisation et le proposer au souverain, qui accueille Colomb sans doute à la fin de 1484. C'est un échec : les spécialistes de Jean II, bien plus proches de la vérité que Colomb, refusent de croire à l'exiguïté des mers séparant l'Occident de l'Orient. De plus, tous les efforts portugais sont tournés vers la route africaine : en 1482, Diego Cãm avait atteint l'embouchure du Congo.

   En 1485, Colomb, peut-être veuf à ce moment, quitte brusquement le Portugal pour l'Espagne : il est possible qu'il soit harcelé par des créanciers. Il confie son fils aux franciscains du couvent de La Rábida, chez lesquels il trouve de premiers appuis, et obtient une recommandation pour le confesseur de la reine. Il réussit à obtenir une audience royale en mai 1486 et sait émouvoir Isabelle la Catholique par son extrême dévotion : une petite pension lui est accordée. Pourtant, pas plus que ceux de Jean II, les conseillers d'Isabelle ne sont favorables au singulier projet. En outre, la fin de la Reconquista épuise les maigres ressources de la Castille. À partir de 1488, avec l'aide de son frère, Colomb en viendra à solliciter de nouveau l'appui de Lisbonne, puis celui de Charles VIII roi de France, et d'Henri VII d'Angleterre ; sans résultat. La chute tant attendue de Grenade (2 janvier 1492) laisse enfin aux Rois Catholiques la possibilité d'envisager quelques frais pour mettre sur pied l'expédition du tenace Génois : même si elle a bien peu de chances d'aboutir, il serait à leurs yeux imprudent de laisser tenter l'aventure sous une bannière concurrente…

La mise sur pied de l'expédition

Grâce à l'appui du trésorier de la Maison du roi, Santagel, et après une volte-face d'Isabelle, des « capitulations » sont signées au camp de Santa Fe, près de Grenade, le 17 avril 1492. L'étranger obtient des Rois Catholiques des privilèges tout à fait exceptionnels, qui ne peuvent s'expliquer que par le peu de foi accordé à sa réussite : il est nommé « amiral de la mer Océane », titre héréditaire, et vice-roi de toutes les terres qu'il peut être amené à découvrir et à acquérir pour le compte des « Rois ». Il gardera le dixième de l'or, des pierres précieuses et des épices qui seront trouvés au cours de l'expédition. Ces conditions si généreuses porteront en elles-mêmes leur nullité dès que l'importance du Nouveau Monde se révélera : leur respect aurait fait de Colomb et de ses descendants les princes les plus puissants de toute la chrétienté ! Mais les procès auxquels donneront lieu les capitulations seront la source la plus précieuse pour écrire l'histoire de Colomb.

   Le Génois prépare enfin son expédition : il reçoit l'appui obligé des gens de Palos de Moguer, qui sont à l'amende pour quelque acte de piraterie et qui doivent armer deux navires pour l'expédition : la Santa Clara, que l'on appellera plutôt la Niña, et la Pinta, commandée par Martín Alonzo Pinzón. Un troisième bateau, le plus grand (mais il ne devait guère jauger plus de cent tonneaux), est affrété par Colomb lui-même : la Santa María. C'est une « nao » ronde et épaisse, lourde et lente, peu faite pour la découverte. Les équipages sont formés de bons marins, andalous pour la plupart, et non le ramassis tiré des geôles locales que l'on a parfois décrit.

La première traversée de l'Atlantique

Après une confession générale, c'est le grand départ, avant le lever du soleil, le 3 août 1492.

   D'emblée, Colomb a su trouver le meilleur itinéraire pour gagner l'ouest : averti sans doute par un voyage qu'il a fait jadis sur les côtes du golfe de Guinée, il gagne des latitudes assez basses pour bénéficier des grands vents réguliers qui portent à l'ouest, les alizés ; après une relâche aux Canaries, ces vents sont rencontrés le 8 septembre, par un temps magnifique. Dès lors se déroule, paisiblement, le plus grand voyage de découverte jamais entrepris. Mais, au début d'octobre, les marins s'inquiètent de la durée de l'expédition et de l'éloignement, bien que Colomb leur cache une partie du trajet effectivement parcouru en diminuant systématiquement les estimes faites chaque jour. Le 10 octobre, les hommes commencent à perdre patience. Mais il est exagéré de parler de révolte dans les jours qui précèdent l'arrivée aux îles Lucayes (Bahamas).

La première exploration

Cette île de Guanahaní, où il aborde le 12 octobre, Colomb la rebaptise San Salvador. C'est l'une des Bahamas, appelée aussi Watling. Les indigènes accourent : ils sont nus, sans armes, pacifiques et reçoivent de Colomb des bonnets de couleurs et des colliers de verre. D'emblée le découvreur note : « On doit pouvoir en faire des hommes de peine excellents. » Il définit dès le premier jour ce que sera sa « politique indigène ». Un but noble d'abord : de faciles conversions, la conquête d'âmes innombrables à porter au compte des Rois Catholiques. Mais l'esclavage, déjà pratiqué par les Portugais aux dépens des Noirs d'Afrique, se profile également dans les projets de Colomb.

   On a trouvé des hommes dans ces confins de l'Asie que l'on croit avoir atteints. Il faut maintenant gagner les pays fabuleux décrits par Marco Polo, où l'or est si abondant. Le précieux métal est demandé dans les îles voisines. Cuba, « qui doit être Cipango », est atteinte le 28 octobre. Colomb écrit : « Cette île est la plus belle que les yeux de l'homme aient jamais contemplée. » Des débarquements et des incursions dans l'intérieur permettent de mieux connaître les autochtones et leurs plaisirs singuliers : « Ils avaient tous un tison à la main, et une certaine herbe [le tabac…] dont ils se servaient pour les fumigations qu'ils ont l'habitude de faire. » Mais on ne trouve toujours pas d'or. Sur la rapide Pinta, Pinzón a décidé de tenter sa chance. Rompant avec son chef, il file vers l'est et découvre en effet Española ou, en latin, Hispaniola (Haïti), la principale pourvoyeuse de métal précieux du monde antillais.

   Colomb n'atteint cette île que le 8 décembre. Les rapports avec les indigènes sont toujours aussi bons, et quelques morceaux d'or sont recueillis. Un chef fait même parvenir un masque d'or : le précieux métal semble moins rare et Colomb est en joie. Malheureusement, dans la nuit du 24 décembre, par une mer d'huile, la négligence de l'officier de quart de la Santa María provoque l'échouage du navire sur un récif côtier et sa dislocation. Mais, grâce aux indigènes, l'essentiel du matériel qu'il contient peut être sauvé.

   Ce naufrage rend nécessaire un établissement des Espagnols sur l'île, car tous ne pourront revenir sur la minuscule Niña (la Pinta n'est toujours pas retrouvée). Les volontaires pour le séjour, jusqu'à l'arrivée d'une nouvelle expédition, sont cependant faciles à trouver, car les trocs avec les Haïtiens s'annoncent très profitables. Un fortin est construit, Navidad, sur une baie du cap Haïtien. Trente-neuf hommes y sont laissés. Reparti le 4 janvier 1493, Colomb retrouve la Pinta dès le 6. Il doit se contenter des excuses de Pinzón et, après une dernière reconnaissance du littoral haïtien, met le cap sur l'Europe le 16 janvier.

Le retour et le triomphe de Colomb

Pour ce retour, celui qui est sans doute le plus grand navigateur de tous les temps sait trouver la seule voie possible, plus difficile qu'à l'aller : il remonte au nord-est pour sortir de la zone des alizés et rencontre les grands vents d'ouest le 31 janvier. Mais il faut affronter de terribles tempêtes à partir du 12 février, et les deux navires sont encore séparés, involontairement cette fois.

   Le 18 février, bien mal en point, la Niña aborde à l'une des Açores, Santa María. Une procession est organisée dès le lendemain à une petite chapelle dédiée à la Vierge, mais les autorités portugaises sont très mécontentes de l'arrivée des intrus supposés venus de la Guinée, interdite aux Espagnols. Elles accueillent fort mal les rescapés et en retiennent même quelques-uns prisonniers. Après de difficiles négociations pour retrouver tous ses compagnons, Colomb peut enfin repartir, le 23 février. Une nouvelle tempête, pire que la précédente, l'oblige à se réfugier dans l'estuaire du Tage. Jean II fait contre mauvaise fortune bon cœur et accueille honorablement l'« amiral de la mer Océane » ; il en profite pour revendiquer les nouvelles terres découvertes. Réparée, la Niña lève l'ancre le 13 mars et entre à Palos de Moguer le 15, précédant de quelques heures la Pinta, qui avait déjà touché terre en Galice.

   La gloire de Colomb commence à Séville, où il arrive pendant la semaine sainte. Pour rejoindre la cour, alors à Barcelone, une colonne est organisée, qui soulève une immense curiosité dans toutes les villes traversées avec ses « Indiens » porteurs de perroquets, ses plantes rares, ses animaux empaillés… Reçu en grande pompe par les souverains, Colomb est anobli. Son succès obligea Jean II à reconnaître à Tordesillas (7 juin 1494) que ses possessions s'arrêtent à 370 lieues à l'ouest des îles du Cap-Vert, ce qui laisse encore au Portugal une partie du futur Brésil (il n'est pas impossible que Jean II ait eu déjà connaissance de l'existence de ce pays par des reconnaissances restées secrètes).

Le deuxième voyage

Les préparatifs du deuxième voyage sont menés rondement et aisément. Une flotte de dix-sept navires est constituée : jamais une expédition de découverte d'une telle envergure n'a été entreprise en Occident. Elle compte 1 200 à 1 500 participants.

   Le départ a lieu le 25 septembre 1493. Après une relâche aux Canaries (2-13 octobre), Colomb choisit une route plus méridionale qu'en 1492. Le dimanche 3 novembre, une île est aperçue, la Dominique. Puis ce sont Marie-Galante, les Saintes, la Guadeloupe au merveilleux paysage volcanique, mais dont les habitants se livrent à l'anthropophagie.

   Les premiers affrontements avec des indigènes, très différents ceux-là des pacifiques habitants des îles septentrionales, ont lieu le 14 novembre à l'île de Sainte-Croix. Après Porto Rico (21 novembre), Haïti est atteinte le 22 novembre. Le 27, c'est la mauvaise surprise : plus d'Espagnols à Navidad. On saura qu'ils se sont vite débandés et que leurs exactions ont amené les indigènes à les exterminer peu à peu.

   Le 2 janvier 1494, une nouvelle colonie est fondée, La Isabela, près des gisements aurifères de « Cibao ». Une première expédition dans l'intérieur est entreprise ; un fort est édifié, Santo Tomás.

   En avril, Colomb reprend l'exploration avec trois navires : il reconnaît la Jamaïque. Cependant, il veut surtout prouver que Cuba n'est pas une île, comme il l'a d'abord pensé, mais l'ultime avancée du continent asiatique. Il effectue une navigation extraordinairement difficile sur la côte sud, à travers les mille îlots du « Jardin de la reine ». Perplexe devant l'absence de grande civilisation qui devrait fleurir dans ces régions, Colomb en vient à un acte d'autorité qui nous semble singulier : chaque membre de l'expédition est prié, sous peine d'amende, de déclarer sa certitude concernant le caractère continental de la côte qui vient d'être explorée. Cela obtenu, le retour peut être entrepris.

   Les choses vont mal à La Isabela ; la discorde se développe chez les Espagnols, et, par ailleurs, le 27 mars 1495, Colomb doit réprimer- aisément- la première grande révolte indigène. L'exploitation des « Indiens » est alors pleinement organisée : ils doivent fournir, tous les trois mois, les dernières parcelles d'or qu'ils possèdent, ou du coton, filé ou tissé. Beaucoup s'enfuient dans les montagnes, et leur extermination ira si vite que, au milieu du XVIe s., l'île ne comptera plus que quelques centaines de Caribéens.

   Colomb rentre en Espagne en juin 1496. Mais la cour, qui fait face à une coûteuse guerre avec la France, ne marque plus le même enthousiasme que quatre ans auparavant à poursuivre les découvertes.

Le troisième voyage et la déchéance de Colomb

Le troisième voyage commence pourtant le 30 mars 1498, avec trois navires. Colomb est en vue le 31 juillet de l'île qu'il baptise Trinité. Le 5 août, il débarque sur le continent américain lui-même, dans le golfe de Paria, en un lieu qu'il croit encore insulaire (« île de Gracia »). Après le passage d'un détroit très dangereux (la « bouche du Dragon »), il pense être aux abords du paradis terrestre (la croyance en l'existence du céleste séjour sur la Terre elle-même sera largement répandue jusqu'au milieu du XVIe s.). Mais il lui faut revenir à des préoccupations temporelles et gagner Haïti. Là, ce serait plutôt l'enfer : l'alcade Francisco Roldán est en révolte contre le frère de Colomb, Barthélemy, qui exerce par intérim les pouvoirs de l'amiral de la mer Océane. Colomb doit traiter avec Roldán, qui obtient au profit de ses partisans l'établissement d'un véritable esclavage sur les Indiens (le système qui engendrera le « repartimiento », la concession de main-d'œuvre servile aux colons). Un homme honnête, mais inflexible, est alors envoyé sur place pour enquêter, Francisco de Bobadilla. Dès son arrivée, il est fâcheusement frappé par la vision d'un gibet où sont pendus des Espagnols rebelles. Accusé d'avoir ralenti les conversions et d'avoir dissimulé certaines richesses, Colomb est arrêté, enchaîné et renvoyé en Espagne par Bobadilla, ses biens étant confisqués (octobre 1500). L'amiral, prêt à se défendre, arbore ses chaînes avec ostentation. Bien reçu par les souverains, consolé par Isabelle, il retrouve ses biens, mais non son pouvoir : Nicolás de Ovando (1460-1518), son successeur, part de Cadix en février 1502, avec une flotte de trente navires.

Le dernier voyage

Colomb doit sans doute à Vasco de Gama de voir commanditer son dernier voyage : le Portugais, après avoir trouvé la route de l'Inde par l'est, est reparti fonder des comptoirs au Deccan ; un dernier effort va être tenté pour ouvrir enfin à l'Espagne la voie occidentale, la seule qu'elle puisse espérer désormais contrôler. Avec quatre caravelles seulement, Colomb part, en mai 1502, pour le plus dramatique de ses voyages. Après avoir subi une tempête, il reçoit un affront d'Ovando, qui lui refuse l'accès du port de Saint-Domingue. Mais le découvreur voit bien que la Providence ne l'a pas abandonné lorsque dix-neuf navires du nouveau vice-roi sont coulés par une tornade : celui qui transporte la fortune de Colomb, sous séquestre, est épargné. Le beau temps venu, ce dernier atteint le 30 juillet la côte de l'actuelle Honduras ; il se croit le long de la péninsule malaise et cherche toujours le passage vers l'Inde véritable, à travers de terribles tempêtes. Pendant l'hiver 1502-1503, il doit se réfugier à la Jamaïque, avec des bateaux « percés plus qu'un rayon de miel » (25 juin 1503). Prévenu par un hardi messager parvenu en pirogue, Ovando fera attendre les secours sept mois, pendant lesquels Colomb doit faire face à la révolte d'une partie de ses compagnons et aux menaces de plus en plus graves des indigènes.

La fin de Colomb

Colomb quitte enfin Haïti le 12 septembre 1504. L'amiral survivra peu à celle qui fut son principal soutien, Isabelle. L'imagination romantique a singulièrement noirci la fin de Colomb, « vieillard, abandonné de l'univers et couché sur un lit d'indigent dans une maison d'emprunt de Séville » (Lamartine). Il n'en est rien : revenu en possession d'une partie de ses biens, le découvreur s'éteint dans une noble demeure, entouré de nombreux serviteurs. Son fils Diego sera gouverneur d'Haïti. Colomb mourut à Valladolid le 20 mai 1506. En 1541, son corps fut transporté à Saint-Domingue pour y être enterré.

   Jusqu'au bout, Colomb n'a pas eu conscience d'avoir ouvert la voie vers un nouveau continent ; pour lui, le « Nouveau Monde » qu'il a découvert reste une annexe, peut-être lointaine, de l'Asie : ces territoires ne sont « nouveaux » que parce qu'ils sont désormais ouverts à la propagation de la foi. Beaucoup de ses contemporains y voient plus clair et réalisent l'immensité de la tâche qui les attend. Le temps des conquistadores approche. Colomb, qui appartient déjà au passé, rumine ce qu'il considère comme son échec : il n'a trouvé ni l'or nécessaire à la croisade ni la route de l'Inde.

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