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tapisserie

(de tapis)

Détail de la tapisserie du Fils prodigue
Détail de la tapisserie du Fils prodigue

Ouvrage textile tissé manuellement sur un métier de haute ou de basse lisse, dont le décor est produit par les jeux d'une trame de fils colorés couvrant entièrement la chaîne, et le plus souvent destiné à être tendu sur un mur.

Une tapisserie est un ouvrage textile réalisé manuellement sur un métier. Elle sert au décor mural et durant le Moyen Âge constitue également un élément de confort destiné à réchauffer un espace donné. Les motifs qui l’ornent sont fréquemment des transpositions de peintures, confiées à la minutie d'artisans anonymes œuvrant sur les modèles d'artistes souvent réputés. L’évolution de la tapisserie reflète celle des mœurs et des mentalités.

Le terme « tapisserie » est parfois employé pour désigner un ouvrage de laine confectionné à l'aiguille sur un canevas, en suivant un modèle qui y est dessiné. Un tel ouvrage est en réalité une broderie, telle celle conservée à la bibliothèque de la ville de Bayeux, improprement appelée tapisserie de la reine Mathilde (xie s.), qui relate sur une bande d'environ 50 cm de large et quelque 70 m de long la conquête de l'Angleterre par les Normands.

Le plus souvent tendues sur les murs (on leur donne parfois le nom de tentures murales), les tapisseries ont vu leur destination, utilitaire et décorative à la fois, varier selon les époques.

Un ouvrage textile utilitaire et décoratif

Au Moyen Âge, dans les demeures royales et princières, les tapisseries qui ornent les chambres de parade permettent aussi de lutter efficacement contre le froid, délimitant des réduits bien clos au décor variable, les « clotets ». Le coût élevé de la tapisserie (l'exécution d'une tenture met en jeu plusieurs lissiers, exige des milliers d'heures de travail et des matériaux de prix : à la laine ou à la soie se mêlent parfois des fils d'or ou d'argent) en fait l'art somptuaire tout désigné pour signifier la fortune, célébrer la foi, glorifier le pouvoir politique : les commanditaires de grands cycles de tapisseries sont l'Église et le roi. Dans les églises, la tapisserie est un ornement à la gloire de Dieu et des saints, sans perdre pour cela son rôle de protection contre le froid lorsqu'elle divise la nef et les bas-côtés en sections. Elle est également un élément du décor éphémère dressé dans les rues à l'occasion de processions, d'entrées royales, de visites d'hôtes de marque ou de grandes fêtes populaires. C'est en étant le mécène d'ateliers de tapisserie que l'ambitieux Fouquet nargue Louis XIV, dont une des premières mesures, à la chute du surintendant, sera de créer une manufacture royale et d'y intégrer ces ateliers. Entre-temps, la tapisserie est devenue un indispensable agrément des intérieurs : aux xviie et xviiie s., on tisse spécialement des tapisseries, à des fins ornementales, pour des emplacements déterminés des appartements, où des panneaux leur sont réservés.

Au xixe s., on constate une éclipse de la tapisserie comme élément décoratif, tandis qu'un regain de faveur, au xxe s., lui permet de retrouver sa fonction dans un ensemble architectural qui facilite le plus souvent son insertion.

Technique de la tapisserie

Haute et basse lisse

Selon qu'elles sont tissées sur un métier vertical ou sur un métier horizontal, les tapisseries sont dites de haute lisse (ou lice, du latin licium, « fil ») ou de basse lisse. Mais la technique de tissage reste la même dans les deux cas : une chaîne de fils de coton (on a également employé le lin et le chanvre) est tendue sur le métier entre deux cylindres, ou ensouples, sur lesquels elle s'enroule, la partie achevée de l'ouvrage s'enroulant sur l'ensouple inférieure.

Les fils de chaîne sont divisés en deux nappes dont l'écartement est maintenu par un bâton d'entre-deux, nécessaire à la tension des fils pendant le tissage. À chaque fil de la nappe postérieure (l'ouvrier, ou lissier, étant assis devant le métier) est passée une cordelette en coton ayant la forme d'un anneau, la lisse, qui permet de ramener vers l'avant la nappe arrière afin de croiser les fils des deux nappes ; le travail s'exécute sur la face postérieure de la nappe.

L'emploi du métier de basse lisse oblige à faire basculer l'appareil pour vérifier l'ouvrage en cours, dont il cache la face, alors que le métier de haute lisse permet un contrôle permanent du travail.

Le carton

La préparation de la chaîne, ou ourdissage, étant achevée, le lissier y décalque, pour en faire des repères, les contours principaux du modèle, le carton, fourni par l'artiste, ou peintre-cartonnier ; le carton est peint ou simplement numéroté (dans ce cas, chaque chiffre correspond à une nuance déterminée). Ce carton demeure en permanence près du lissier, qui vérifie constamment dessin et coloris.

Le tissage

Le tissage se fait à la main, le lissier passant, alternativement de gauche à droite et de droite à gauche, une sorte de navette, ou flûte, chargée de laine et qui va former la trame coloriée de l'ouvrage, entre les deux nappes de fils de chaîne qu'il manœuvre afin de croiser les fils. Le fil passé ainsi deux fois par la flûte forme une duite, que le lissier tasse, soit avec l'extrémité de la flûte, soit avec un peigne d'ivoire pour les grandes surfaces unies. La répétition des duites forme la tapisserie.

Des origines à l'âge d'or

Premières tapisseries

De nombreuses cultures ont connu depuis des temps anciens l'art de produire des tentures par les procédés du tissage qui combinent les fils d'une trame aux fils d'une chaîne afin d'obtenir des tissus. Certaines soies chinoises (viiie s. avant J.-C.), certains tissus de l'Amérique précolombienne et, dans l'Antiquité, bon nombre de productions textiles des pays méditerranéens s'apparentent techniquement à la tapisserie (un métier de haute lisse, peu différent de ceux utilisés actuellement, est représenté dans les peintures de Beni-Hassan, en Basse-Égypte).

Quant aux œuvres de l'art copte, elles occupent une place privilégiée dans l'histoire de la tapisserie et de ses débuts en Occident. En raison de l'extrême sécheresse de la région où ils ont été produits, de nombreux témoignages de l'art textile copte, mélange de stylisation et d'expressivité, sont parvenus jusqu'à nous.

Par l'intermédiaire des Croisés, sans doute, et de l'Espagne plus certainement, les tapisseries de laine fabriquées en Égypte sont introduites en Europe.

Le Moyen Âge

C'est entre les viiie et xiie s., dans les monastères (Saint-Vaast près d'Arras, Auxerre, Saint-Florent de Saumur, Poitiers), que sont signalés les premiers ateliers – présumés – de tapisserie. Il est d'autre part certain que les ouvrages de tapisserie étaient connus dans l'Empire byzantin : il en existe des témoignages des xe et xie s. Les plus anciens exemples de tapisserie européenne conservés datent du haut Moyen Âge ; il s'agit de la tapisserie de Saint Géréon, provenant de Cologne (Victoria and Albert Museum, Londres ; musée des Tissus, Lyon) et des tapisseries de la cathédrale d'Halberstadt.

Multiplication des ateliers

À l'aube du xive s., les ateliers parisiens de haute lisse, dont les règlements ont été édictés en 1303, sont définitivement constitués. Ils exécuteront, sous la direction de Nicolas Bataille, la célèbre tenture de l'Apocalypse d'Angers, alors que dans toutes les Flandres, et particulièrement à Arras et à Tournai, l'activité des lissiers est florissante. Il semble que la Présentation de la Vierge, qui date des environs de 1340, ait été réalisée à Arras. Mais les ateliers de ce très grand centre sont dispersés par Louis XI, et la décadence d'Arras, après 1477, correspond au développement de l'art de la tapisserie en Italie, où, précisément, les tentures murales sont appelées arazzi, mot forgé sur « Arras ». Seules subsistent, jusque vers 1535, les manufactures de Tournai, qui dépendent de la Couronne de France.

Dans les Flandres bourguignonnes (Bruges, Bruxelles, Audenarde, Enghien, Anvers), la chute des communautés françaises a favorisé le développement des ateliers installés au début du xve s. Le pape Léon X commande à Bruxelles la tenture des Actes des Apôtres (1515-1519) d'après Raphaël. Les plus grands peintres flamands de l'époque, Van Eyck et Van der Weyden, donnent également des cartons aux lissiers. Les princes italiens font appel aux lissiers de Flandre, et des manufactures travaillant d'après Mantegna, Jules Romain, Léonard de Vinci et Cosimo Tura créent des chefs-d'œuvre tant à Mantoue et à Venise qu'à Ferrare ou à Rome.

En France, au xve s., les perturbations dues à la guerre de Cent Ans provoquent une raréfaction de la main-d'œuvre. Cet état de choses entraîne la création d'« ateliers nomades », qui se fixent pour un temps plus ou moins long, selon les commandes, en divers endroits, en particulier dans le Val de Loire. C'est dans ces conditions qu'ont été tissées les tapisseries de l'hôtel-Dieu de Beaune. La richesse des fonds, des verdures parsemées de fleurs, d'arbres, d'animaux qui encadrent les personnages principaux, caractérise les tentures de cette époque.

Les grandes manufactures

En France

En 1531, François Ier fait établir un atelier à Fontainebleau, et le place sous la direction du Primatice. Son fils Henri II ouvre l'atelier de la Trinité, un hôpital recueillant orphelins et enfants abandonnés… et leur donnant une occupation. En 1601, sous le règne d'Henri IV, deux associés flamands, François de La Planche et Marc de Coomans, animent une manufacture de 80 métiers, répartis entre Paris (60 métiers au Louvre) et, vraisemblablement, Amiens (20 métiers). Ils ne tardent pas à s'installer dans une ancienne teinturerie appartenant à la famille Gobelin, au bord de la Bièvre, en 1625 ; leur privilège est renouvelé pour huit ans.

Les Gobelins

En 1661, Colbert fonde la Manufacture royale des meubles de la Couronne, l'actuelle Manufacture nationale des Gobelins, réservée aux commandes royales et dont la main-d'œuvre vient en grande partie de la manufacture de Maincy, créée par le surintendant Fouquet, qui vient de tomber en disgrâce et dont les biens ont été confisqués. Un édit royal sera promulgué en 1667 afin d'organiser la manufacture, dont l'activité ne se limite pas à la production de tapisseries : s'y ouvrent des ateliers d'orfèvrerie, d'ébénisterie, de fonderie, de gravure (ils disparaîtront définitivement en 1694), parallèlement aux ateliers de haute lisse et de basse lisse. C'est le premier peintre du roi, Charles Le Brun, lui-même auteur de nombreux cartons, qui dirige la manufacture, laquelle œuvre désormais pour la plus grande gloire du Roi-Soleil et de ses illustres prédécesseurs : Histoire d'Alexandre, Histoire du roi, admirables tentures « historiées », qu'encadrent de vastes bordures ornementales.

Au xviiie s., tandis qu'apparaissent des innovations techniques (métier basculant de Vaucanson), de grands peintres collaborent avec les Gobelins, de Desportes à Boucher. Sous l'impulsion d'Oudry, on tisse des reproductions de tableaux des peintres de l'époque, le tapissier devant désormais donner à ses ouvrages « tout l'esprit et toute l'intelligence des tableaux en quoi seul réside le secret de faire des tapisseries de première beauté » : la tapisserie en tant qu'art original a vécu. Après la Révolution, aux modifications d'ordre administratif viennent s'en ajouter d'autres, d'ordre esthétique, dues aux changements successifs de régime, et donc de commanditaires. En 1826, les ateliers de la Savonnerie (tapis) seront rattachés aux Gobelins. Après un certain déclin, aggravé par un incendie sous la Commune, les Gobelins connaîtront un renouveau au début du xxe s., qui cherchera à faire de la tapisserie un art autonome dépassant la seule imitation de la peinture.

Beauvais

En 1664, la manufacture de Beauvais, entreprise privée, se voit accorder, par lettres patentes, la protection du roi. Toutefois, l'atelier travaillera à la fois pour la Couronne et pour des particuliers : au xviiie s., sous la direction d'Oudry, qui joint la direction de Beauvais à celle des Gobelins, en sortiront la tenture des Fables de La Fontaine, puis un Don Quichotte d'après les cartons de Natoire et une Suite chinoise d'après ceux de Boucher. À la fin du xviiie s., la manufacture se limitera au tissage à basses lisses de garnitures de sièges, laissant aux Gobelins la tenture murale exécutée à hautes lisses. Elle sera rattachée au Mobilier national en 1794, et plus tard, en 1936, aux Gobelins, où ses métiers seront transférés après la Seconde Guerre mondiale, ses bâtiments ayant souffert des bombardements en 1940.

Aubusson

À Felletin s'étaient installés dès le début du xve s. les premiers ateliers de tapisserie de la Marche, à basses lisses. Ils seront bientôt supplantés par les ateliers voisins d'Aubusson, autorisés par Colbert à se déclarer Manufacture royale ; à ce titre, les tapisseries qui y étaient produites pouvaient être bordées, comme celles de Beauvais ou des Gobelins, d'une lisière bleue (couleur royale), tandis que celles de Felletin le sont de brun. L'École nationale d'art décoratif s'ouvrira en 1884 à Aubusson, où les ateliers des Gobelins et de Beauvais se replieront au cours de la Seconde Guerre mondiale.

De Londres à Madrid

On retrouve dans le reste de l'Europe l'évolution qui s'était produite en France au xviiie s.

Angleterre

Un atelier travaillant à hautes lisses avait été installé vers 1620 à Mortlake, à l'ouest de Londres, et placé sous la direction de Francis Crane. Cet atelier a produit en particulier les Actes des Apôtres d'après Raphaël (Charles Ier s'étant rendu acquéreur des cartons), l'Histoire de Vulcain et Vénus, les Douze Mois, la série des Marines. À Merton Abbey, près de Londres, William Morris fondera en 1861 une manufacture à laquelle les préraphaélites donneront des cartons dans le goût médiéval.

Allemagne

Après la révocation de l'édit de Nantes en 1685, des colonies d'émigrés avaient ouvert des ateliers en Allemagne, à Berlin, Dresde, Munich, villes qui n'en possédaient pas auparavant.

Italie et Espagne

En Italie, seuls ou presque demeurent les ateliers de Rome pour l'entretien des collections vaticanes, tandis qu'en Espagne la manufacture de Santa Bárbara est fondée en 1720 par Philippe V, qui la confie au basse-lissier anversois Van der Goten. Le Français Antoine Langer adjoindra bientôt un atelier de haute lisse à la manufacture madrilène, où seront tissées des tapisseries d'après des œuvres anciennes – de Raphaël, Guido Reni, Teniers – ou d'après des cartons contemporains – dus au Français Michel-Ange Houasse, premier peintre de Philippe V, à l'Italien Andrea Procaccini (Don Quichotte) et, surtout, à Francisco de Goya, qui en fournira au moins 43.

Russie

L'empereur Pierre le Grand a fondé des ateliers en Russie, qui furent dispersés à sa mort (1725).

La tapisserie contemporaine

La décadence qui s'annonce à la fin du xviiie s. se précipite au xixe s., et ce n'est qu'au cours des années qui précédèrent – et surtout celles qui suivirent – la Seconde Guerre mondiale que renaît la tapisserie murale en France et dans plusieurs pays d'Europe. La tapisserie doit d'avoir retrouvé son génie propre et d'avoir rencontré à nouveau une audience mondiale à Jean Lurçat (1892-1966) et aux peintres qu'il entraîne à sa suite, réunis pour la plupart dans l'Association des peintres-cartonniers de tapisserie, légalement constituée en 1947. Parmi eux se distinguent particulièrement Jean Picart le Doux, dom Robert, Jacques Lagrange, Louis Marie Jullien, Marc Saint-Saëns, Mathieu Matégot, Mario Prassinos et Michel Tourlière. À ces noms s'ajoutent, plus occasionnellement, ceux de Dufy, Picasso, Matisse, Miró, Léger, Le Corbusier ou Sonia Delaunay, dont on tisse les modèles à Beauvais ou à Aubusson. La crise de la tapisserie, qui en France avait vu le nombre de lissiers tomber à 400 entre 1925 et 1930 (au milieu du xvie s., on comptait 100 000 lissiers), fut enrayée. On remet au goût du jour l'emploi des colorants naturels, tandis que la manufacture des Gobelins et les ateliers d'Aubusson donnent à l'art de la tapisserie une nouvelle impulsion.

Mais ce réveil n'était fondé somme toute que sur un renouvellement des motifs, dû à des peintres-cartonniers, certes de talent, dont les modèles sont repris par les grandes manufactures, auxquelles vont s'opposer dans les années 1960 plusieurs ateliers apparus en France. À Paris, la galerie La Demeure joue un rôle important dans cette évolution, tandis que les artistes tendent de plus en plus à tisser eux-mêmes leurs œuvres, jusqu'à ce que, le centre de la tapisserie s'étant déplacé à Lausanne, lieu d'une importante biennale, la tapisserie, échappant désormais au métier, et donc à sa stricte définition, se fasse tridimensionnelle. De ce goût pour le volume et de l'émergence des femmes dans l'art de la tapisserie témoignent les œuvres douloureusement expressives de la Polonaise Magdalena Abakanowicz, celles, joyeusement colorées, de l'Américaine Sheila Hicks ou les effets de matières brutes de la Yougoslave Jagoda Buic.