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design

(anglais design, projet, du français dessein)

Intérieur de style De Stijl
Intérieur de style De Stijl

Discipline visant à une harmonisation de l'environnement humain, depuis la conception des objets usuels jusqu'à l'urbanisme. (Synonyme : stylique.)

Le terme « design », emprunté par le français à l'anglais, recouvre toute activité créatrice concernant la mise en forme d'objets produits industriellement. Au cours du xxe s., les pays industriels voient en effet se développer une discipline artistique qui tend à harmoniser leur environnement matériel : des objets usuels, le design a désormais étendu aux domaines graphique, industriel, architectural et urbain son vocabulaire, qui, au-delà des modes, est un reflet de la société.

1. Origines

Tandis que, dans le dernier quart du xixe s., les objets industriels, conçus par des ingénieurs et des techniciens, tendent à remplacer peu à peu ceux issus du monde de l'artisanat, des voix s'élèvent en Angleterre contre cette industrialisation progressive, qui donne naissance à des objets souvent laids : en Angleterre, sous l'impulsion de William Morris, naît en 1888 le mouvement « Arts and Crafts », précurseur du design.

L'Art nouveau verra cohabiter deux tendances : l'une, classique, issue de John Ruskin et de William Morris, défenseurs de l'artisanat ; l'autre, résolument moderne, visant à la production d'objets industriels ; ceux-ci seront bien souvent encore copiés sur l'artisanat lui-même, tels les meubles produits en série à Vienne par la firme Thonet suivant une vieille technique de courbage du bois à la vapeur.

C'est cependant aux États-Unis que se développe une production à grande échelle, liée à l'essor des machines : Henry Ford conçoit l'idée de produire à la chaîne le modèle T, première voiture automobile économique de grande diffusion.

2. Autour du fonctionnalisme

Au tournant du xxe s. se fait jour un nouveau rapport entre l'esthétique et la finalité de l'objet, que l'architecte américain Louis Sullivan définit ainsi : « La forme suit la fonction. » On ne reconnaît cependant qu'après 1918 les débuts du fonctionnalisme en architecture dans les réalisations des ingénieurs du xixe s. En fait, la doctrine fonctionnaliste s'oppose à l'éclectisme du xixe s. et aux excès décoratifs de l'Art nouveau : pour l'architecte autrichien Adolf Loos, « l'ornement est un crime ». Le groupe De Stijl puis le Bauhaus témoigneront de la manière la plus absolue de cette volonté d'épuration des formes et de cette recherche du fonctionnel. Aussi le premier designer est-il allemand : Peter Behrens, qui estime pouvoir combiner industrie et artisanat, ouvre la voie au design dès 1907 par sa collaboration avec la firme d'électricité AEG. La même année est créé le Werkbund, sous l'impulsion de Hermann Muthesius, architecte allemand envoyé par le gouvernement à Londres quelques années plus tôt, en vue d'y étudier les systèmes de production industriels. Le Werkbund se veut une association entre industriels, artistes et artisans. Le grand débat d'avant-guerre se situe entre les tenants de la standardisation, comme Muthesius, et ceux de la création artistique, comme le Belge Henry Van de Velde. Le Bauhaus, école fondée en 1919, tentera d'en réaliser la synthèse, parfois avec brio, mais sans parvenir à vendre ses produits aux classes populaires.

En France, contemporain du Bauhaus, et opposé à celui-ci, l'Art déco règne en maître. En 1925, l'Exposition internationale de Paris rencontre un immense succès, rétablissant le prestige de l'art français artisanal et appliqué contre l'influence artistique et économique du Werkbund. Derrière Ruhlmann, ébénistes et décorateurs font appel aux matériaux les plus rares pour un art destiné à l'élite. Seul Le Corbusier, dans son pavillon l'Esprit nouveau, se rattache à l'esprit du Bauhaus.

En 1930 est fondée l'Union des artistes modernes (UAM), dont le but est de créer des objets compatibles avec la production industrielle, en accord avec les nécessités économiques et sociales de l'époque. Ainsi naissent le fauteuil LC3 (acier chromé et cuir noir) et la chaise longue LC4, véritables « machines à s'asseoir » dues à Le Corbusier et Charlotte Perriand.

3. Le design de 1930 à 1950

Aux États-Unis, les industriels cherchent à améliorer leurs productions en faisant appel à des conseillers, qui deviendront les designers : Raymond Loewy, d'origine française, se fait connaître par ses améliorations de machines existantes, le duplicateur Gestetner dès 1929, puis, en 1936, la glacière électrique Goodspot, dont les ventes annuelles passent, après son intervention, de 60 000 à 275 000 exemplaires. Sa formule « la laideur se vend mal » deviendra en 1952 le titre d'un livre dans lequel Loewy constate que les produits qui ont survécu à la crise de 1929 sont ceux qui présentent un intérêt esthétique. Ainsi Ford, qui avait mis au point la standardisation d'un modèle unique dans le domaine de l'automobile, se voit supplanté par General Motors, qui lui oppose une gamme de produits. D'autre part, les études dans le domaine de l'aérodynamique, menées afin de faire évoluer les moyens de transport, commencent à influencer la forme des objets : la streamline (« ligne profilée ») donnera aux objets l'aspect de bolides. Par ailleurs, l'emploi de nouvelles matières – Bakélite, tôle emboutie, alliages métalliques moulés, matériaux de synthèse – contribue à faire évoluer la forme des objets. En 1952, la Raymond Loewy Associates, fondée en 1944, se décompose en quatre branches : produits industriels, dessins de véhicules et force motrice, dessins d'emballages et présentations, architecture spécialisée.

En Europe, le design rattrape son retard par rapport aux États-Unis : ainsi, en France, naît en 1937 chez Citroën le prototype de la future 2 CV, tandis qu'apparaissent, en Allemagne, la très célèbre « Coccinelle » Volkswagen et, en Italie, la Fiat 500. Pendant la période nazie, qui met fin aux productions peu standardisées du Bauhaus, est conçu, en Allemagne, l'appareil photographique Leica, tandis qu'en Italie les frères Castiglioni créent un poste de radio pour Dominiani.

4. Des années 1950 aux années 1960

La génération d'après-guerre revendique une appartenance culturelle nouvelle. Ses engouements vont en grande partie vers les produits américains qui commencent à envahir l'Europe : les films, le jean, la Jeep, le Coca-Cola et sa fameuse bouteille. Les formes, notamment dans l'ameublement, évoluent grâce à des techniques nouvelles, mais aussi à cause d'une volonté d'en finir avec les productions héritées du passé.

L'architecte américain d'origine finlandaise Eero Saarinen et Charles Eames présentent ensemble des tables, un système de rangement, ainsi que les Womb Chairs (« chaises matrices »), sièges dont le nom et la forme enveloppante évoquent le ventre maternel. Saarinen courbe à la chaleur des coques de résine de polyester qu'il renforce par une solide armature de fibres de verre. Le fauteuil « Tulipe 150 », qu'il conçoit pour Knoll International en 1957, témoigne du nouveau goût pour la forme libre, par opposition aux formes fonctionnelles, héritées en partie du cubisme, en partie de l'abstraction.

C'est l'époque du grand développement du design scandinave, influencé par les meubles de bois en lamellé-collé réalisés par Alvar Aalto dès l'avant-guerre, dont le retentissement s'étend sur les autres pays, notamment les États-Unis et le Royaume-Uni. Le métal, déjà employé dans l'ameublement par le Bauhaus, connaît un regain d'intérêt vers 1950 : Arne Jacobsen s'inspire de Charles Eames pour sa chaise « Fourmi », en acier et contreplaqué moulé.

Les années 1950 voient également l'essor du design italien, dont Carlo Mollino est l'un des représentants. Il dessine l'Opéra de Turin, l'auditorium de la RAI, mais également des avions, des voitures et des meubles non conformistes. En 1951 sont présentés des sièges en mousse qui marqueront la décennie à la Triennale de Milan. La même année, les designers italiens commencent à s'écarter des modèles américains et scandinaves et à collaborer avec des industriels, créant des ateliers, tels Cassina et Techno.

En France, si le design est loin encore de s'affirmer dans le domaine de l'ameublement, il se développe dans celui des transports. Ainsi, la création de la locomotive « 715 », qui roule à 331 km/h, le premier vol de la Caravelle, la création par Citroën de la DS 19, les avions de chasse de Marcel Dassault sont caractéristiques des innovations technologiques de cette époque. Il faut cependant attendre 1960 pour entrer dans une véritable société de consommation. La 4 CV Renault est le symbole de la modernité ; l'Union des artistes modernes tente bien de faire évoluer les mentalités, mais les Français continuent pour la plupart à préférer la tradition.

Le design des années 1960 rompt avec la forme libre et organique des années 1950, tandis qu'il s'internationalise. Les idées s'échangent par le biais d'écoles, telle, en Allemagne, la Hochschule für Gestaltung d'Ulm, qui prolonge l'enseignement du Bauhaus. L'entreprise allemande Braun offre le terrain d'action privilégié où peuvent s'appliquer les principes de cette école. Dieter Rams, designer attitré de l'entreprise, contribue à sa réputation fonctionnaliste, tandis que, aux États-Unis, la firme IBM travaille en collaboration avec le designer Eliot Noyes à l'élaboration d'une image de marque, Citroën en France et Olivetti en Italie optant pour la différence et multipliant objets et designers. Les créateurs explorent les possibilités des nouveaux matériaux, tel, en 1969, l'Italien Gaetano Pesce avec ses sièges gonflables en polyuréthane.

5. Vers l'objet du xxie s.

En 1966, l'architecte américain Robert Venturi publie De l'ambiguïté en architecture. Cette analyse critique de la société de consommation et du fonctionnalisme débouchera sur le courant postmoderne et sur un design « alternatif », souvent éclectique, caractéristique des années 1980.

5.1. Le design italien

Les impulsions essentielles dans le domaine de l'ameublement proviennent toujours d'Italie : le groupe florentin Designo Radicale, les frères Castiglioni de Milan, mais surtout Ettore Sottsass, qui crée avec Michele De Lucchi le groupe international Memphis en 1980. Ce groupe fabrique des meubles qui manifestent, à travers leurs couleurs vives et des formes proposant une version contemporaine du baroque, un certain goût pour le néoprimitivisme.

Un autre groupe marquant, créé à Milan en 1976, est Alchimia, dominé par la personnalité forte d'Alessandro Mendini. La transformation de l'objet banal préexistant est l'un de ses objectifs. C'est l'ère de l'emprunt, notamment à des plasticiens célèbres du début du siècle.

5.2. Nouvelles technologies, nouveaux matériaux

De nouvelles donnes s'ajoutent à la pratique du design industriel : le développement simultané de la micro-informatique et des moyens de la télécommunication. La CAO, ou conception assistée par ordinateur, qui permet une représentation réaliste en trois dimensions des objets avant même leur fabrication, est de plus en plus employée. Mais c'est surtout le développement de nouveaux matériaux qui, encore une fois, fait évoluer le design : les matières plastiques, matériaux symboliques par excellence du xxe s., et les matériaux composites trouvent de nombreuses applications.

5.3. Depuis 1980

Si une certaine réaction contre la société anglaise est liée à un renouveau du design, dont Ron Arad est un représentant, le design des années 1980 ne cherche généralement pas à résoudre, comme celui des années 1920 et 1930, les problèmes de la société. L'accent est mis au cours de ces années sur la charge symbolique de l'objet, qui fait souvent référence à un vocabulaire formel primitif, comme les meubles d'Élisabeth Garrouste et de Mattia Bonetti, alors qu'il est difficile de dégager un style dominant parmi des réalisations souvent controversées, telle la flamme des jeux Olympiques d'hiver 1992, due à Philippe Starck.

Sans renoncer aux critères esthétiques, le designer est amené à réaliser, en collaboration avec les spécialistes de la fabrication et de la vente, une synthèse des impératifs industriels et des besoins sociaux. L'objet apparaît alors comme un ensemble de messages (selon ses formes, son maniement, ses fonctions) auxquels correspondent des codes conventionnels : le designer organise la cohérence de l'objet à l'intérieur d'un système de communication.

Désormais international, le design, diversifié en fonction des secteurs concernés : industrie, architecture, environnement, graphisme et publicité, s'institutionnalise tandis qu'une tendance baroquisante revalorise l'artisanat et rejette fonctionnalisme et dépouillement.