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intolérance

Attitude hostile ou agressive à l'égard de ceux dont on ne partage pas les opinions, les croyances.

La philosophie et la médecine se rejoignent dans l'emploi du mot « intolérance » : à l’impossibilité, pour l’organisme, de supporter certains médicaments ou aliments fait écho l’hostilité à l’égard d’idées perçues elles-mêmes comme insupportables. « L’intolérance est comme un équivalent psychique du mécanisme immunologique d’inacceptation du non-soi ; elle constitue un rejet de ce qui n’est pas conforme à nos idées et croyances », écrit Edgar Morin dans la Méthode (tome 6).

Peut-on être intolérant sans être animé d’une croyance ayant vocation à éclipser toutes les autres ? L’intolérance ne suppose-t-elle pas le prosélytisme, qui, en brandissant la légitimité de la conviction qu’il s’emploie à inculquer et à propager, prétend de facto prouver l’inanité des opinions rivales ? Si le zèle à convertir est sous-jacent à l’intolérance, que devient celle-ci lorsque la religion n’est plus au cœur du système de pensée ? Aurait-elle la vertu d’être le sursaut sur fond d’indifférence ? C’est ainsi qu’elle prétend se justifier, outre le célèbre « pas de liberté pour les ennemis de la liberté ». Se sentant menacée à l’heure où les monopoles idéologiques sont défaits, elle est une faiblesse qui exhibe sa force. Nature paradoxale de l’intolérance : serait-elle le dernier hommage rendu à l’adversaire grâce au choix de le combattre, plutôt que d’ignorer son existence, le dernier rempart contre le relativisme moral ?…

Synonyme de rigidité, de rigorisme, l’intolérance se montre rétrograde face à une modernité qui œuvre à « désarmer la réalité afin de la rendre plus molle, malléable et réceptive au changement », comme l’écrit Zygmunt Bauman dans la Société assiégée. A l’heure où personne ne songe à s’avouer intolérant, puisque même les régimes dictatoriaux se disent partisans de la défense des droits de l’homme, la notion serait sur le déclin. Jouant de l’intimidation, elle est à la fois trop offensive pour sauver les apparences démocratiques et trop édulcorée pour refléter la coercition chargée d’anathème, la violence à l’œuvre dans les diverses formes d’intégrisme. Elle sert, toutefois, à révéler la difficulté de la tolérance, qui « comporte la souffrance, la souffrance de tolérer l’expression d’idées révoltantes sans se révolter » (Edgar Morin, ouvrage cité). Jusqu’où peut-on tolérer l’expression d’idées révoltantes sans nuire à la liberté d’opinion menacée par une tolérance tolérante à l’intolérance ?