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sexisme

Attitude discriminatoire fondée sur le sexe.

Tel le déterminisme, le pluralisme, le monisme (on peut citer de mêmes mots à l’envi), illustrant une terminologie fondant un système de pensée sur un concept, le sexisme aurait pu se définir comme le principe explicatif accordant une place privilégiée à la différence sexuelle dans la compréhension du monde. Or, il désigne une attitude discriminatoire fondée sur le sexe et, qui plus est, assimilée à l’hostilité aux femmes. Cet infléchissement traduit une double altération : ce qui se prétend une doctrine est, en réalité, un préjugé ; c’est la victime de la discrimination (le plus souvent une femme) et non l’auteur (homme ou femme) qui délimite le champ de la notion.

D’objet (cible) de propos contempteurs, la femme se mue en sujet (initiatrice) d’une réflexion sur l’origine de ce type de discours. Théorisé par celles qu’il vise, le sexisme devient alors une notion philosophique et juridique permettant d’analyser les ressorts d’une oppression. Décryptage de la misogynie, approche historique de ce qui s’affirme anhistorique, les méthodes convergent pour mettre en lumière l’exploitation culturelle de ce qui se donne pour naturel : la différence biologique, elle-même censée justifier par nature des différences symboliques, politiques, sociologiques. Les présupposés sexistes sont alors débusqués jusque dans les domaines scientifiques prétendument neutres, objectifs. « Les conditions de vie sont aussi des conditions de vue », selon la formule citée par la philosophe Elsa Dorlin dans son ouvrage Sexe, genre et sexualités, mettant l’accent sur la représentation biaisée, partielle, du réel vu sous un angle exclusivement masculin.

Le sexisme n’est plus seulement une discrimination, mais une distraction, une inattention d’ordre épistémique – une méconnaissance. Le savoir dominant n’est alors qu’un savoir tronqué, troquant l’inventivité contre l’inéluctabilité. Au lieu de déjouer les pièges de l’objectivité (risquant de n’être que subjectivité déguisée), il s’en tient à une représentation artificielle des possibles qui les restreint à une seule possibilité, présentée à son tour comme incontournable. L’efficacité de tels biais tient à leur vertu simplificatrice, rejetant dans l’impossible et l’impensable ce qu’il faudrait au contraire concevoir. Dans le registre éthique, la force du sexisme repose sur une mécanique analogue, revendiquant la simplicité face à l’argutie, à la dénonciation tatillonne et sourcilleuse. Il incarnerait la sagesse multiséculaire aux dépens d’une susceptibilité exagérée, trop prompte à voir une offense là où il n’y a que bon sens.