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expressionnisme

Tendance chorégraphique et musicale caractérisée par une vision émotionnelle et subjective du monde, qui s'affirme notamment dans le premier quart du xxe s.

Voir également :
expressionnisme [beaux-arts]
expressionnisme [cinéma]
expressionnisme [littérature]

CHORÉGRAPHIE

En danse, l'expressionnisme est une attitude esthétique, issue des théories de Rudolf von Laban (1879-1958), qui place le geste à l'origine du sentiment exprimé.

Préparée par les travaux de François Delsarte (1811-1871), par la danse libre (danse libérée des principes académiques) d'Isadora Duncan (1878-1927) et par les recherches gymniques et rythmiques d'Émile Jaques-Dalcroze (1865-1950), la danse moderne a trouvé ses bases mêmes dans l'expressionnisme.

C'est en Allemagne, où le ballet classique n'avait pas, à proprement parler, fait école, que naquit cette tendance. L'absence de tradition chorégraphique, telle qu'elle existait alors en France et en Italie, a permis à l'expressionnisme de se développer sous la République de Weimar et d'influencer non pas l'Europe, alors fermée à ce langage nouveau, mais l'Amérique. Le nazisme qui entrave l'essor du mouvement en Europe ne peut empêcher la diffusion de son enseignement aux États-Unis.

Rudolf von Laban, outre son principe fondamental reconnaissant la primauté à l'émotion et à certains gestes essentiels, réclamait une liberté totale d'expression ; le rythme était donné par le geste lui-même.

L'expressionnisme eut en Allemagne de nombreux adeptes : Mary Wigman (1886-1973), élève de R. von Laban, chez qui le mouvement est fondé sur l'opposition « tension-détente » et qui exploite la technique de groupe ; Kurt Jooss (1901-1979), élève également de R. von Laban, qui élabore une synthèse entre l'expressionnisme et la danse académique, et grâce à laquelle il parvient à une maîtrise totale des mouvements et des expressions ; Harald Kreutzberg (1902-1968), élève de Kurt Jooss et disciple de Mary Wigman, danseur soliste et mime, qui considérait l'expressionnisme comme la seule réalisation possible de la danse moderne ; Yvonne Georgi (1903-1975), un temps partenaire de Kreutzberg. L'expressionnisme connaît un renouveau et imprègne de façon sensible la danse moderne contemporaine avec Pina Bausch (1940-2009).

Mais c'est aux États-Unis que l'expressionnisme connut le plus grand succès. L'absence d'une école traditionnelle permit au courant expressionniste et à la danse libre de s'implanter. La plupart des danseurs et chorégraphes américains subirent cette influence. Si Martha Graham (vers 1893-1991) exploite l'opposition qui réside dans tout mouvement, Hanya Holm (1898-1992), à l'origine de son implantation dans ce pays, pense que l'expressionnisme est la seule manière de concevoir la danse dans ses rapports avec l'homme et l'univers. Doris Humphrey (1895-1958) et Charles Weidman (1901-1975), fondateurs d'une école, accordent aux mouvements une importance majeure. À leur suite, ou en même temps, s'affirment des personnalités intéressantes : Ruth Page (1905-1991), qui adapte l'expression corporelle à la danse classique, José Limón (1908-1972), un des meilleurs danseurs modernes ; Herbert Ross (né en 1926) ; etc.

À leur tour, les chorégraphes contemporains soumettent leur propre tempérament à ce qui est déjà une tradition et imposent des œuvres originales : Jerome Robbins, Alwin Nikolaïs (1912-1993), Paul Taylor, Merce Cunningham (1919-2009), etc. L'Angleterre n'est pas insensible à cette influence et se tourne peu à peu vers la « contemporary dance », tandis qu'en Italie Aurel Milloss (1906-1988), élève de R. von Laban, domine pendant de longues années le ballet italien. En France, cette tendance est représentée par Karin Waehner (1926-1999) qui fut élève de Mary Wigman, de Martha Graham, de José Limón, de Louis Horst (1884-1964) et de Merce Cunningham. D'origine allemande, elle s'est installée à Paris dès le début des années 1950 et a contribué à former les premiers danseurs modernes en France. Au tournant des années 1980, elle renoua avec ses racines expressionnistes et fut en 1982 la première à diriger une classe de danse contemporaine dans un conservatoire, à La Rochelle.

MUSIQUE

Quelques musiciens se sont ralliés au mouvement expressionniste, notamment les compositeurs de l'école de Vienne : Schönberg (Erwartung, Die glückliche Hand), Berg (Wozzeck, Lulu), Webern (Passacaille pour orchestre). Les éléments musicaux qui se rattachent à cette esthétique se caractérisent par un emploi intense du chromatisme et d'agrégats d'une richesse parfois excessive, aboutissant à une exaspération des sentiments, une tension, une frénésie teintées de pessimisme, voire de morbidité.