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monarchie de Juillet

Juillet 1830, combats de la rue de Rohan
Juillet 1830, combats de la rue de Rohan

Régime monarchique constitutionnel instauré en France après les journées des 27, 28, 29 juillet 1830 et dont le souverain, Louis-Philippe Ier, fut renversé par la révolution de février 1848.

1. Une monarchie bourgeoise

Le nouveau régime est installé le 9 août 1830 après les journées insurrectionnelles des 27, 28 et 29 juillet 1830 (→ les Trois Glorieuses) qui ont suivi la publication des quatre ordonnances et provoqué ainsi la chute du régime de Charles X. Une proclamation rédigée par Thiers, rédacteur du journal le National, propose la nomination du duc d'Orléans et offre ainsi une solution aux députés de l'opposition libérale et à la nouvelle commission municipale qui ne veulent pas d'une république. Après une révision de la Charte approuvée le 7 août, le duc d'Orléans s'engage à la respecter, et, le 9 août, il est proclamé roi des Français sous le nom de Louis-Philippe Ier.

2. Les institutions

2.1. La Charte de 1830

La nouvelle monarchie est fondée sur un contrat, la Charte révisée de 1814, qui devient un pacte entre la dynastie d'Orléans et le peuple. En raison de la suppression de l'article 14 sur les ordonnances, ainsi que de la notion de droit divin, cette monarchie apparaît plus parlementaire :
– Louis-Philippe ne porte plus le titre de roi de France et de Navarre, mais il n'est « roi des Français » que pour autant qu'il respecte la Charte ;
– ses sujets sont des citoyens ;
– le catholicisme n'est plus qualifié de religion d'État, mais religion « professée par la majorité des Français » ;
– le drapeau tricolore est rétabli ;
– la censure de la presse est définitvement abolie.

La révolution de juillet 1830 a été ainsi escamotée au profit de la monarchie orléaniste et d'une partie de la bourgeoisie.

2.2. Le triomphe de la bourgeoisie libérale

Le régime représentatif est étendu grâce à de nouvelles lois. Le système électoral repose sur le régime censitaire. Le cens électoral, organisé par la loi du 19 avril 1831, est fixé à 200 francs de contributions directes et, pour l'éligibilité, à 500 francs au moins. La bourgeoisie s'approprie ainsi le nouveau régime et monopolise la représentation nationale qui ne compte alors que 168 000 électeurs, soit 5 électeurs pour 1 000 habitants. En fait, ce sont surtout les propriétaires qui sont les bénéficiaires de la monarchie de Juillet, la bourgeoisie d'affaires, bien que détenant une place privilégiée, n'ayant qu'une représentation parlementaire limitée.

2.3. La Garde nationale

La Garde nationale, reconstituée pendant les journées de Juillet, est organisée par la loi du 22 mars 1831 sous les ordres des autorités civiles. Cependant, dès 1835 elle est dissoute dans 22 villes, les notables voyant avec crainte les ouvriers et les artisans armés.

3. Les partis politiques

Les hommes qui ont fait la royauté se regroupent dans les partis dynastiques. Cependant, ils se divisent vite sur l'interprétation de la révolution de Juillet et sur la marche à suivre.

3.1. Le parti du Mouvement

Ainsi le parti du Mouvement (ou Mouvement vers la démocratie), s'appuyant sur la petite bourgeoisie, considère que la révolution doit se prolonger et désire une extension du droit de vote. Ce parti, dirigé par Odilon Barrot et Laffitte, qui est au pouvoir en 1830-1831 (ministère Laffitte), se rejette dans l'opposition et devient plus tard la « gauche dynastique ».

3.2. Le parti de la Résistance

Le parti de la Résistance (résistance au mouvement), soutenu par des journaux comme le Constitutionnel, le Journal des débats, est constitué de libéraux soucieux de défendre les intérêts de la bourgeoisie. Avec Casimir Perier (1831-1832) à la tête du gouvernement, le parti de la Résistance s'identifie au nouveau régime monarchique et pratique une politique de « juste milieu ».

3.3. Les républicains et les légitimistes

Aux deux extrêmes, l'opposition mène une offensive multiforme. D'une part, les républicains ne forment qu'un noyau minoritaire où l'on retrouve la tradition jacobine (→ Louis Garnier-Pagès, Arago) qui réclame le suffrage universel et la souveraineté du peuple. Les républicains se regroupent en associations « Aide-toi, le ciel t'aidera », la « Société du droit de l'homme et du citoyen ». Ils fondent la Société des amis du peuple dès le 30 juillet 1830, où tous les chefs du mouvement républicain – Cavaignac, Raspail – se retrouvent, organisent des réunions publiques et publient des journaux comme la Caricature, le National, la Tribune des départements.

D'autre part, les légitimistes, à l'extrême droite, considérant Louis-Philippe comme un usurpateur, sont partisans de Charles X ou du duc de Bordeaux et forment un réseau de sociétés secrètes. Ils expriment surtout une résistance de l'aristocratie rurale face à une société tournée vers l'industrie.

4. Les attaques de l'opposition et la répression

4.1. Le malaise social

Devant les difficultés du nouveau régime (crise économique qui se poursuit à partir de 1829, chômage, faillites en chaîne), l'agitation gronde de 1831 à 1835. D'autre part, l'épidémie de choléra qui sévit à Paris en 1832, et qui touche les populations les plus démunies, amplifie le malaise social. En 1831 éclate à Lyon la révolte des canuts. D'autres agitations sont attisées par la pénétration des idées socialistes et par la propagande républicaine ; les obsèques à Paris du général Lamarque, le 5 juin 1832, provoquent des émeutes qui durent deux jours (5 et 6 juin), et l'insurrection est écrasée rue du Cloître-Saint-Merri.

Du côté légitimiste, des conspirations menacent également le régime, plus particulièrement l'épopée vendéenne de la duchesse de Berry, débarquée en Provence pour gagner l'Ouest, où les forces royalistes sont battues (1832) alors que la duchesse est arrêtée.

4.2. Le ministère Thiers

Le gouvernement, et plus particulièrement Thiers, sous l'égide du ministère Perier, veut en finir avec l'agitation républicaine. Il prévient l'action républicaine en promulguant une loi contre les associations (avril 1834), et tout attentat contre la sûreté de l'État est poursuivi devant la Haute Cour. Ainsi le gouvernement exploite l'émotion que provoque l'attentat de Fieschi contre le roi (28 juillet 1835). Les lois de septembre 1835 renforcent les mesures répressives : aggravation du régime de la presse, réorganisation des cours d'assises. Trente journaux républicains disparaissent et, dès 1836, le parti républicain se disloque.

En 1836, à Thiers, qui a échoué en raison de son désaccord avec la politique étrangère préconisée par le roi, succède Molé, associé avec Guizot, qui reprend le portefeuille de l'Instruction publique. Cependant, le désaccord entre les deux ministres et la formation de la coalition Barrot-Guizot-Thiers, qui remporte les élections de mars 1839, obligent Louis-Philippe à renvoyer Molé. En fait, c'est l'intervention, jugée excessive, du roi dans la politique qui est en jeu dans l'opposition à Molé : le roi accentue sa tendance au gouvernement personnel, et l'opposition, devenue souterraine, recourt à la violence.

4.3. Le deuxième ministère Thiers

Le 1er mars 1840 succède alors à Molé le deuxième ministère Thiers. Il commence par briser une vague de grèves et refuse toute modification du système électoral. Il se heurte également à une grave crise diplomatique avec les affaires d'Égypte : le traité de Londres, signé par l'Angleterre, la Russie, la Prusse et l'Autriche, est un ultimatum de ces puissances à Méhémet-Ali, allié de la France. Thiers décrète alors la mobilisation partielle et projette de fortifier Paris ; son bellicisme inquiète le roi, et Thiers donne sa démission le 29 octobre 1840.

4.4. Le ministère Guizot (1840-1848)

Louis-Philippe fait appel à Soult, mais le vrai chef de cabinet est en fait Guizot, ministre des Affaires étrangères. Ce ministère sera marqué par les lois d'affaires (loi de 1842 sur les chemins de fer) et les faveurs à la haute bourgeoisie. Succédant à une époque de crises et d'instabilité politique, Guizot va jouer sur la paix, la prospérité. À l'extérieur, il décide de mener une politique d'entente cordiale avec l'Angleterre, et, à l'intérieur, le gouvernement se maintient grâce à l'appui du roi et des Chambres. Guizot gouverne avec opportunisme jusqu'en 1846, et son ministère devient un des plus longs du règne. Mais il entraînera dans sa chute le régime de Juillet.

5. La chute du régime

5.1. La nécessaire réforme électorale

Les élections législatives d'août 1846 semblent consacrer le triomphe du système de gouvernement de Guizot (291 ministériels élus contre 168 opposants de toutes nuances) ; aussi tous les projets de réforme à la Chambre échouent-ils. Devant l'impossibilité d'arriver à un changement de régime par la voie légale sans modifier le système électoral, l'opposition, dès 1847, organise une campagne autour de banquets (→ campagne des banquets) – 70 banquets se tiennent à Paris et dans les grandes villes en 1847-1848 – et développe le thème de la réforme électorale. Un banquet réclamant le suffrage universel provoque la réaction du ministère, qui, dans le discours du trône en décembre 1847, interdit le banquet de clôture prévu pour le 22 février 1848 à Paris.

5.2. La révolution de février 1848

Or, le 22 février, une manifestation s'organise après une mise en accusation des ministres par Odilon Barrot, réclamant la démission de Guizot. Le 23, des barricades s'élèvent ; la Garde nationale, convoquée, fait cause commune avec les manifestants au cri de « À bas les ministres, vive la réforme ! ». Louis-Philippe renvoie Guizot et appelle Molé, mais ni ce dernier, ni Thiers, ni Barrot n'arrivent à former un gouvernement. La foule se heurte à un cordon de troupes qui ouvrent le feu boulevard des Capucines, faisant une cinquantaine de morts. Cette fusillade transforme l'émeute en révolution : le 24, les manifestants, maîtres de Paris, marchent vers les Tuileries et le roi abdique en faveur de son petit-fils, le comte de Paris.

La régente, duchesse d'Orléans, ne peut s'imposer ; un gouvernement provisoire républicain s'installe à l'Hôtel de Ville et apaise l'émeute. Louis-Philippe s'enfuit en Angleterre. À la monarchie de Juillet va succéder la IIe République.

Pour en savoir plus, voir l'article révolution française de 1848.

6. L'expansion économique

La France a connu sous la monarchie de Juillet un grand développement économique. C'est la première phase de démarrage de la révolution industrielle, malgré une certaine lenteur si l'on compare avec d'autres pays. Certes, la France reste encore un pays essentiellement agricole qui se caractérise par des rendements faibles et une polyculture en grande partie tournée vers le marché agricole local. Cependant, le progrès s'y fait sentir grâce à l'amélioration des moyens de transport élargissant les marchés et grâce aux nouvelles méthodes de culture (sélection des races, assolements, prairies artificielles, engrais).

6.1. Le développement des chemins de fer

Ces progrès touchent plus particulièrement les grands propriétaires, créant de ce fait un capitalisme agricole lié aux milieux d'affaires, dans un pays où la petite propriété domine. Les moyens de transport se modernisent grâce à la loi de 1835 sur les canaux et les routes, mais surtout grâce à la mise en place d'un réseau ferroviaire par la Charte de juin 1842. La construction des grandes lignes est un compromis qui combine la collaboration de l'État, des localités intéressées et de l'industrie privée. En 1842, il n'y avait encore que 570 km de voies ferrées construites, contre 1930 à la fin de la monarchie, en 1848.

6.2. Métallurgie, industrie textile, chimique, etc.

La construction des chemins de fer permet le développement de la métallurgie, mais les mines de charbon sont médiocres et l'on utilise encore en premier lieu le charbon de bois : en 1846, 304 hauts-fourneaux à bois contre 106 à coke. Toutefois, la production de fonte passe de 197 000 t en 1824 à 439 000 à la fin du régime, et très vite la concentration se développe.

En effet, on voit apparaître dès cette époque, sans doute très liée au développement du chemin de fer, une concentration économique formant des groupes importants qui rassemblent financiers, banquiers et industriels, montrant une collusion entre le monde des affaires et la politique. La haute banque, représentée par les Hottinguer et les Rothschild principalement, joue un grand rôle, contrôlant presque entièrement le système bancaire par l'intermédiaire de la gestion de la Banque de France.

Dans l'industrie textile, c'est l'industrie cotonnière qui offre l'exemple de la modernisation : à Mulhouse, le nombre de broches monte de 500 à 1 150 000 de 1828 à 1847, tandis qu'il triple à Rouen. De nouvelles industries naissent et se développent : gaz, industrie chimique.

6.3. Naissance du libéralisme

Cette expansion économique est liée au libéralisme influencé par Jean-Baptiste Say et Bastiat, mais elle crée des inégalités sociales, la plus grande partie du pays vivant encore sous l'ancien régime économique, et des antagonismes sociaux. Enfin, elle crée cette démarcation entre la France du Nord et de l'Est, régions en pleine effervescence industrielle, et la France de l'Ouest, peu touchée par les transformations.

7. La situation de la classe ouvrière

La misère ouvrière s'étale au grand jour dans les foyers industriels, les grandes villes comme Mulhouse ou Lille. La dureté des conditions de vie du prolétariat est décrite par des auteurs comme Villeneuve-Bargemont ou Villermé. Le prolétariat des usines s'éveille peu à peu à une conscience de classe, mais les seules organisations restent le compagnonnage et les sociétés de secours mutuel, auxquels s'ajoutent les sociétés secrètes.

Les idées socialistes se développent, critiquant le système libéral, et appelées « socialisme utopique » du fait de leur absence de contact avec les masses et de solution immédiate (→ Saint-Simon, Proudhon).

8. La politique extérieure

8.1. L'Entente cordiale

Sur le plan extérieur, Louis-Philippe se rapproche de l'Angleterre. L'Entente cordiale entre les deux États est destinée à faire face au groupe d'États absolutistes (Autriche, Prusse et Russie) : elle s'affirme dans la question d'Orient, lors de la crise entre le sultan Mahmud II et Méhémet-Ali (signature du traité de Kütahya, 1833), mais ne peut empêcher la Russie d'obtenir de larges avantages en Turquie.

En 1834, la diplomatie française réussit à se faire admettre dans les négociations de l'Angleterre avec l'Espagne et le Portugal, transformant l'Entente en une Quadruple-Alliance. Cependant, Thiers, qui a succédé à de Broglie en février 1836, puis Molé sont favorables à une politique d'alliance avec les puissances centrales (mariage du duc d'Orléans et d'Hélène de Mecklembourg en 1837, évacuation d'Ancône en 1838). Mais l'isolement de la France apparaît lors de la seconde crise orientale (1839-1841) : tandis que Thiers tente d'obtenir un accord direct entre le sultan et Méhémet-Ali, Palmerston obtient de la Prusse, de l'Autriche et de la Russie, à l'insu de la France, la signature du traité de Londres (juillet 1840), qui oblige le pacha à se contenter de l'Égypte à titre héréditaire.

Guizot pratique alors une politique de conciliation et fait participer la France à la convention des Détroits (13 juillet 1841), et l'Entente cordiale est reconstituée. Elle reste cependant fragile et se brise à la suite des mariages espagnols ; la France se retourne vers l'Autriche. Mais le soutien donné par la monarchie de Juillet aux puissances conservatrices est impopulaire, et l'opposition en tire argument contre le régime.

8.2. Poursuite de la colonisation algérienne

La monarchie de Juillet hésite à s'engager dans une politique coloniale de grande envergure. Aussi se contente-t-elle de laisser ses marins établir des points d'appui en Afrique noire (Grand-Bassam, Assinie, Libreville), dans l'océan Indien (Mayotte, Nosy Be) et en Océanie (îles Marquises, Tahiti).

En Algérie, la France, qui a pris Alger moins d'un mois avant la révolution de 1830, se contente d'abord d'occuper la côte. Mais elle doit bientôt faire face à la guerre sainte dirigée par Abd el-Kader. Bugeaud, devenu gouverneur général (1840), crée une armée adaptée aux conditions de la guerre et, en 1844, bat sur l'Isly l'émir, qui devra se rendre en 1847 (→ bataille de l'Isly). À l'occupation restreinte succède la colonisation.