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Belgique : vie politique depuis 1951

Baudouin Ier
Baudouin Ier

La « question royale » a empoisonné les années d'après-guerre. Alors que la plupart des Flamands veulent tirer un trait sur les ambiguïtés ou les compromissions qui ont caractérisé les relations avec les Allemands, les francophones refusent le retour sur le trône de Léopold III. Malgré une courte majorité en sa faveur lors du référendum de 1950, le roi renonce à régner sur une Belgique divisée et abdique en faveur de son fils Baudouin, le 16 juillet 1951. Celui-ci règne jusqu'à sa mort en 1993, et a joué un rôle non négligeable dans la vie politique de la Belgique contemporaine.

La question royale réglée, éclate la crise scolaire provoquée par la politique favorable à l'uniformisation des deux enseignements, libre (c'est-à-dire confessionnel) et officiel.

Le conflit religieux est rapidement désamorcé. Le statut des écoles chrétiennes constitue le principal abcès de fixation de cette controverse, qui s'apaise après la signature entre les principaux partis du « pacte scolaire » de 1958.

1. Les grands clivages politiques

Trois grandes lignes de partage traversent la Belgique : deux d'entre elles sont de nature idéologique, se fondant respectivement sur la religion et sur l'appartenance politique ; la troisième s'appuie sur la coupure entre Flamands néerlandophones et Wallons francophones.

1.1. Des gouvernements de coalition fréquents

L'opposition classique gauche/droite ne marque pas aussi fortement et constamment le paysage politique que dans d'autres États européens.

Le principal parti, social-chrétien, est en effet assez composite, tandis que le mode de scrutin (représentation proportionnelle) rend quasi inévitable la constitution de gouvernements de coalition. Si l'on excepte un gouvernement socialiste homogène de très brève durée (1946), seuls les sociaux-chrétiens parviennent isolément au pouvoir, mais pour la dernière fois, en 1958. Jusqu'en 1999, ils font partie de toutes les coalitions, qu'ils dirigent sans interruption à partir de 1974. Ils s'allient tantôt avec les libéraux (gouvernements de Gaston Eyskens et Paul Vanden Boeynants des années 1960, certains gouvernements de Wilfried Martens des années 1980), tantôt avec les socialistes (Gaston Eyskens de 1968 à 1973, Jean-Luc Dehaene de 1992 à 1999), tantôt avec deux ou trois autres formations (socialistes, libéraux, nationalistes flamands de la Volksunie).

Les coalitions de droite (sociaux-chrétiens et libéraux) suscitent plus de risques de conflits sociaux ; c'est le cas en 1960-1961, quand un vaste mouvement de grèves et de manifestations, surtout en Wallonie, s'oppose à la politique d'austérité du gouvernement.

Le poids du syndicalisme

Mais les « grandes coalitions » (sociaux-chrétiens et socialistes) ne sont pas à l'abri de ces mouvements contestataires, malgré les liens étroits entre syndicats et partis politiques. Les syndicats socialistes, bien représentés en Wallonie, sont en général plus revendicatifs que les syndicats chrétiens, à dominante flamande ; il leur arrive toutefois de faire cause commune pour défendre l'emploi ou les acquis sociaux, en particulier après la dégradation de la situation économique au milieu des années 1970.

De nouvelles formations politiques

Le maintien au gouvernement des mêmes partis, avec le partage des avantages officiels ou occultes (corruption) qu'il permet, comporte un risque de désaffection de l'électorat vis-à-vis du système politique. La naissance de nouvelles formations en est une conséquence, que ce soit sur des bases communautaires, idéologiques ou sociétales : Volksunie (1954), Front des francophones (1964), partis d'extrême droite (Vlaams Blok 1978, Front national, 1985) et écologistes (wallons [Ecolo, 1979] ou flamands [Groen, 1981]).

1.2. Une évolution sensible du paysage politique

Depuis la Seconde Guerre mondiale, le paysage politique a évolué sensiblement. Après un succès en 1946, le parti communiste s'efface peu à peu de la scène politique. Après une légère régression, le parti socialiste se stabilise entre 20 et 35 % des voix à partir des années 1960. Les sociaux-chrétiens occupent généralement le premier rang, mais avec des résultats assez fluctuants : ils dépassent 40 % des suffrages jusqu'en 1965, tombant ensuite autour de 30 %, voire un peu en dessous. Ce recul bénéficie aux libéraux, qui s'affirment dans les années 1980 comme une troisième grande force politique belge, avec au moins 20 % des voix.

Les élections de 2007 seront marquées par un retour du balancier, surtout en Flandre, avec le recul des libéraux et le succès des sociaux-chrétiens. Les partis « communautaires » connaissent des fortunes diverses, la scission des grandes formations nationales pouvant effacer une grande partie de leur spécificité jusqu'à la très forte percée de la N-VA (Alliance néo-flamande, menée par Bart De Wever en 2010).

Les écologistes, à partir des années 1980, et l'extrême droite (surtout en Flandre avec le Vlaams Blok), à partir des années 1990, s'installent durablement dans le paysage politique.

2. L'art du compromis à l'épreuve du conflit communautaire

2.1. La prépondérance du clivage Flamands/Wallons

Dès les années 1960, la coupure entre Flamands néerlandophones et Wallons francophones domine la vie politique belge. Une Flandre pratiquante, conservatrice et économiquement de plus en plus dynamique, se différencie d'une Wallonie déchristianisée, socialiste et victime de la désindustrialisation.

Entre 1968 et 1978, l'éclatement des grands partis politiques sur des bases linguistiques témoigne de la prépondérance de l'appartenance communautaire. La parenté idéologique tend à s'estomper devant la solidarité linguistique, et la structure de l'État belge devient le principal enjeu politique. Même les écologistes, qui voulaient faire de la politique « autrement », constituent deux partis distincts. Cela ne signifie pas que le clivage gauche/droite ait disparu ; il resurgit lors des débats de politique économique et sociale, que ceux-ci concernent le démantèlement progressif de l'État providence ou les problèmes de reconversion industrielle.

Monolinguisme territorial plutôt que bilinguisme généralisé

Le durcissement du conflit communautaire constitue l'élément majeur de la situation contemporaine. Alors que la Belgique de 1830 s'était construite autour des élites francophones, les Flamands obtiennent l'égalité des langues à la fin du xixe siècle. Toutefois, l'évolution vers un bilinguisme généralisé n'aboutit pas, et une logique de monolinguisme territorial s'impose peu à peu, à partir de l'entre-deux-guerres. Elle trouve sa traduction la plus claire dans la fixation définitive de la frontière linguistique en 1963. Objet de marchandages complexes, elle laisse des insatisfaits dans les deux camps, notamment du côté wallon, où les Fourons (près de Liège) sont rattachés à la Flandre contre la volonté de la majorité de leurs habitants.

Seule, Bruxelles – ville flamande à l'origine mais fortement francisée depuis lors – conserve un statut de bilinguisme. Cependant, une définition étroite de l'agglomération est adoptée et les francophones se plaignent du « carcan linguistique » qui enserre la capitale, malgré l'existence de communes « à facilités linguistiques » (où l'usage du français est autorisé) en territoire flamand, qui cristalliseront le conflit communautaire.

Vers un État fédéral

Une fois la frontière linguistique fixée, commence une évolution qui va conduire à la régionalisation puis à la fédéralisation de la Belgique. Quatre réformes de la Constitution sont nécessaires pour aboutir à un fédéralisme encore flou, et qui laisse les Flamands mécontents.

En 1970 sont constituées les Régions de Flandre, Wallonie et Bruxelles-Capitale et les Communautés flamande, française et germanophone.

En 1980, une deuxième révision de la Constitution précise et étend les compétences des Communautés et des Régions. En 1988-1989, le statut de Bruxelles-Capitale est quasiment aligné sur celui des autres Régions.

En 1993 enfin, la Belgique devient officiellement fédérale, et la première élection directe des assemblées régionales et communautaires a lieu en 1995.

2.2. Un État en crise

Gouverner la Belgique devient un exercice de plus en plus difficile, en raison des équilibres politiques et linguistiques à respecter. Alors que le gouvernement est statutairement paritaire, un accord tacite attribue le poste de Premier ministre à la composante la plus nombreuse, c'est-à-dire les Flamands.

De multiples crises jalonnent l'histoire récente de la Belgique, et bien souvent la formation du gouvernement est très longue après les élections législatives. Mais des personnalités politiques habiles parviennent à se maintenir longtemps au pouvoir : ainsi les sociaux-chrétiens Wilfried Martens (1979-1992) et Jean-Luc Dehaene (1992-1999).

Scandales et discrédit

Cependant, la crédibilité de l'État fédéral se réduit. Affaibli par les divergences d'intérêts, concurrencé par les nouvelles instances régionales et communautaires, celui-ci est en outre atteint par une série de scandales montrant un lent mais continu délitement de son autorité dans le royaume. En 1996, c'est la révélation des dysfonctionnements des services de police et de justice chargés de l'enquête sur les crimes du pédophile Marc Dutroux. En 1997, au scandale du financement des partis politiques belges par les avionneurs Agusta et Dassault s'ajoute la mise en lumière par le Sénat des carences du ministère belge de la Défense dans le déclenchement du génocide au Rwanda. Enfin, à la veille des élections européennes et législatives de 1999, la révélation de la contamination de poulets d'élevage à la dioxine entraîne la démission de plusieurs personnalités politiques.

Des revendications flamandes (encore) plus pressantes

À l'occasion de ces crises successives, le conflit communautaire refait surface. Les Flamands réclament une extension du fédéralisme – notamment en matière de recettes fiscales et de sécurité sociale – laissant planer la menace d'une scission si ces revendications ne sont pas satisfaites, bien qu'un éclatement de la Belgique soit jugé irréaliste en raison de l'interpénétration économique et financière entre les régions belges.

La monarchie ne constitue plus un ciment national aussi fort que par le passé ; certes, les funérailles de Baudouin Ier (1993) suscitent un mouvement de ferveur réunissant Flamands et francophones, et son frère Albert II assume la succession avec savoir-faire. Mais les Flamands les plus radicaux voient maintenant dans la monarchie un obstacle à leurs revendications.

L'épineuse question de Bruxelles

La question de Bruxelles apparaît plus délicate : les Flamands y ont symboliquement conservé le siège de leurs institutions, mais un rattachement à la Flandre paraît impensable pour une région qui est francophone à plus de 80 %. Les Flamands demandent aussi la scission de l'arrondissement électoral et judiciaire de Bruxelles-Hal-Vilvorde partagé entre Régions, Communautés et provinces relevant de régimes linguistiques différents : Région flamande, Communauté flamande et Brabant flamand/Bruxelles-Capitale (bilingue), Communauté française (Bruxelles et 7 communes à facilités).

Parmi les sujets de litige figure en particulier la possibilité de choisir entre des listes relevant des deux communautés linguistiques.

Les francophones souhaitent en revanche un élargissement de la Région bilingue de Bruxelles, afin de tenir compte de la suburbanisation de populations francophones.

3. L'exacerbation des divisions (depuis 1999)

Les élections de juin 1999 sanctionnent la coalition au pouvoir, alors que les écologistes et, surtout, les indépendantistes flamands du Vlaams Blok effectuent une remarquable percée. Pour la première fois depuis quarante ans, la nouvelle coalition – formée de six partis (libéraux, socialistes et écologistes), d'où son appellation « arc-en-ciel » –, dirigée par le libéral flamand Guy Verhofstadt, ne comprend pas de chrétiens-démocrates.

À l'issue des élections législatives de mai 2003, marquées par la défaite des écologistes, G. Verhofstadt forme une nouvelle coalition (« violette »), qui ne rassemble plus que libéraux et socialistes.

3.1. Progression de l'extrême droite (2004-2006)

En février 2004, l'adoption d'une loi octroyant dès 2006 le droit de vote aux étrangers non européens lors des élections communales divise amplement la coalition. La forte progression des séparatistes flamands du Vlaams Blok – devenu la deuxième formation en Flandre – et de l'extrême droite en Wallonie lors des élections européennes et régionales du 13 juin 2004 oblige à modifier les alliances entre partis dans les gouvernements régionaux. Au niveau fédéral, la coalition « violette », contestée par les socialistes francophones, est remaniée en juillet.

Aux élections municipales d'octobre 2006, le Vlaams Belang (ex-Vlaams Blok) poursuit sa progression (sauf à Anvers) et s'implante dans des villes petites et moyennes où il n'était pas représenté, au détriment des Libéraux et Démocrates flamands (VLD) du Premier ministre G. Verhofstadt, en recul. Cet échec est confirmé aux élections législatives de juin 2007, qui voient la victoire des Chrétiens-démocrates flamands (CD&V) d'Yves Leterme. Mais, pour devenir Premier ministre, il faut à la fois gagner les élections en Flandre, donc participer à la surenchère nationaliste, et être ouvert au compromis avec les francophones : autant dire la quadrature du cercle ! En outre, les Chrétiens-démocrates flamands se sont alliés avec un petit parti communautaire, l'Alliance néo-flamande (N-VA, menée par Bart De Wever), qui refuse les concessions aux francophones. D'où l'échec de Y. Leterme.

3.2. Des négociations laborieuses et inopérantes (2007-2008)

En décembre 2007, le Premier ministre sortant, G. Verhofstadt, parvient à convaincre les différents protagonistes de composer un gouvernement de transition, dans l'attente d'une réforme des institutions. Il faut attendre le mois de mars 2008, pour qu'un accord a minima soit trouvé sur le programme d'action de la coalition, associant les familles chrétienne-démocrate (CD&V flamand et CDH francophone), libérale (Open Vld flamand et Mouvement réformateur [MR] francophone) et le parti socialiste (PSB), francophone. Y. Leterme, leader du CD&V, devient Premier ministre.

Tandis que le conflit communautaire se cristallise autour de trois communes « à facilités » à majorité francophone de la périphérie de Bruxelles (Wezembeek-Oppem, Linkebeek et Crainhem, dont le ministre-président de la Région flamande refuse de nommer les bourgmestres élus pour s'être exprimés en français à plusieurs reprises dans leurs communications orales et écrites à leurs administrés) les négociations entre Flamands et francophones sur le futur visage institutionnel de la Belgique se poursuivent sans résultat. Elles reprennent en octobre, alors que la crise financière internationale puis les conditions du sauvetage de la banque Fortis entraînent dans leur sillage une nouvelle crise politique (décembre) et la démission du Premier ministre auquel succède le chrétien-démocrate flamand Herman Van Rompuy. Son gouvernement – qui repose sur la même coalition et dont la plupart des ministres sont reconduits dans leurs fonctions – est investi par la Chambre des représentants le 2 janvier 2009.

3.3. Les élections régionales de juin 2009

Les élections régionales du 7 juin (couplées aux européennes) complexifient davantage encore la situation politique : en Flandre, le CD&V arrive en tête du scrutin avec près de 23 % des voix et 31 sièges mais perd 4 sièges ; faisant à peu près jeu égal avec environ 15 % des suffrages, viennent ensuite les libéraux (Open Vld, qui perd également 4 sièges), les socialistes (sp.a, en recul de 5 sièges) et le Vlaams Belang (en net reflux, avec 11 députés en moins).

Mais les vainqueurs véritables du scrutin sont l'Alliance néo-flamande (N-VA) et, dans une moindre mesure, la liste « libéral-populiste » menée par Jean-Marie Dedecker, qui entrent tous deux pour la première fois au parlement régional avec respectivement 16 et 8 députés.

Ainsi, les partis favorables, ouvertement ou non, à la séparation de la Flandre, représenteraient désormais environ 36 % des électeurs néerlandophones.

En Wallonie, en revanche, s'ils perdent 5 sièges, les socialistes se maintiennent avec près de 33 % des voix, toujours loin devant les libéraux du Mouvement réformateur (23,5 %). C'est le parti Ecolo qui vient troubler ici le jeu politique en faisant une remarquable percée (18,6 % des voix et 14 sièges) de même qu'à Bruxelles, devançant pour la première fois, dans ces deux Régions, le CDH. Les écologistes progressent également dans la Communauté germanophone ; mais avec 17,5 % des voix et 4 sièges, le récent parti autonomiste ProDG leur vole la vedette.

Les principales tendances électorales qui ressortent de ces scrutins – avantage au CD&V, recul des socialistes, percée des Verts, reflux du Vlaams Belang mais maintien du vote communautaire – s'observent également aux élections européennes.

En novembre 2009, Y. Leterme retrouve le poste de Premier ministre pour remplacer H. Van Rompuy, choisi comme président du Conseil européen.

4. L’ascension des nationalistes flamands et ses conséquences politiques

Le spectre de la partition refait cependant son apparition entre avril et juin 2010. Le conflit communautaire, qui se focalise sur la scission de l'arrondissement judiciaire et électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV), entraîne la démission du Premier ministre Yves Leterme, acceptée par le roi le 26 avril. C'est la quatrième fois que le Premier ministre échoue dans sa tentative de concilier les points de vue francophone et flamand sur la réforme des institutions belges. Les élections législatives anticipées se soldent par le triomphe de la NVA en Flandre, qui devient le premier parti à la Chambre (27 sièges) devant le parti socialiste (26 sièges) largement vainqueur en Wallonie. B. De Wever, chef de la N-VA, est alors nommé « informateur » en vue de la formation d’une coalition.

Résultats électoraux de 2010

Les partis politiques représentés à la Chambre et leurs résultats
(élections de 2010)

 

Flamands

Francophones

Partis communautaires

N-VA : 17,4 %

Chrétiens-démocrates

CD&V : 10,85 %

CDH : 5,52 %

Socialistes

SPa : 9,24 %

PS : 13,70 %

Libéraux

Open VLD : 8,64 %

MR : 9,28 %

Écologistes

Groen : 4,38 %

Écolo : 4,8 %

Extrême droite

VB : 7,76 %

0,51 % (pas de représentants)

Libéraux-populistes

Liste Dedecker : 2,31 %

PP : 1,29 %

4.1. Un an sans gouvernement

Un an plus tard – la plus longue vacance de pouvoir de l’histoire de la Belgique – après une succession de missions de médiation et la nomination de plusieurs « informateurs », les négociations piétinent toujours, Y. Leterme, Premier ministre démissionnaire, restant à la tête d’un gouvernement chargé des affaires courantes.

Au mois de septembre 2011, avec la médiation du socialiste Elio Di Rupo, les huit partis francophones et flamands ayant pris part à la négociation – PS, MR, CDH, Ecolo, CD&V, sp.a, Open Vld et Groen (la N-VA se tenant à l’écart dans une opposition intransigeante) – parviennent enfin à un accord. Accord préalable sur la scission de la circonscription électorale et judiciaire de BHV, qui doit permettre notamment aux habitants des six communes à facilités de voter soit pour des listes de la circonscription du Brabant flamand, soit pour des listes de Bruxelles.

Le 7 octobre, ces partis s’entendent également sur une sixième réforme plus globale de l’État, prévoyant de nouveaux transferts de compétences aux régions avec une autonomie fiscale accrue. Divers domaines dont la justice, le code de la route et la santé sont concernés.

Clôturant plus de 500 jours de crise gouvernementale, un nouveau gouvernement de coalition comprenant six partis (PS, Spa, MR, CDH, CD&V et Open Vld) et dirigé par Elio Di Rupo prête serment le 6 décembre 2011.

Les modifications à la Constitution et les lois relatives à la réforme de l’État entrent en vigueur à partir de janvier et juin 2014. Dans le cadre de cette fédéralisation accrue, outre le renforcement des autonomies régionales, un nouveau Sénat, représentant davantage les entités fédérées (Régions et Communautés), est institué.

4.2. Les élections de 2014

Après avoir confirmé sa percée lors des élections communales et provinciales d’octobre 2012 – avec la victoire éclatante à Anvers, dont la mairie est conquise par B. De Wever avec 37,7 % des voix, et son implantation dans l’ensemble de la Flandre —, la N-VA poursuit son irrésistible ascension aux élections générales de mai 2014. Le premier parti de Belgique s’impose avec près de 32 % des suffrages et 43 sièges au parlement flamand (+ 27 par rapport à 2009), tandis qu’il consolide sa position au niveau fédéral avec 20,2 % des voix et 33 sièges à la Chambre. Il progresse également à Bruxelles-Capitale (de 5 % à 17 % des voix) et arrive en tête des élections européennes avec 16,8 % des suffrages (contre 6 % en 2009).

L’Alliance flamande s’affirme en grande partie au détriment du Vlaams Belang qui recule fortement à l’issue de tous ces scrutins.

Outre ce dernier, c’est le parti Ecolo qui enregistre les plus mauvais résultats, en particulier aux parlements de la Région wallonne et de Bruxelles (ce qui n’est pas le cas des Groen en Flandre), le PS perdant de son côté trois sièges à la Chambre.

Ces élections présentent aussi d’autres particularités : les Fédéralistes démocrates francophones (FDF), qui se sont séparés du MR en 2011 en raison de leur hostilité à plusieurs dispositions de la réforme de l’État en cours, réalisent un score remarqué à Bruxelles avec 14,8 % des voix, se hissant à la troisième place. Par ailleurs, le parti du Travail (PTB, gauche radicale) augmente le sien en Wallonie (5,7 %) et, avec son allié flamand, dans la capitale. Le parti des FDF et le PTB entrent également à la Chambre avec chacun deux députés.

Si l’équilibre entre forces politiques reste peu ou prou le même qu’en 2010, il ne facilite pas la formation d’une majorité parlementaire.

En juillet, les gouvernements régionaux sont formés en Flandre (N-VA qui prend la tête de l’Exécutif, CD&V et Open Vld) en Wallonie (PS, CDH) et à Bruxelles (large coalition PS, FDF, CDH, Open-VLD, sp.a, CD&V). Au niveau fédéral, les libéraux francophones du MR conduits par leur président Charles Michel (nommé informateur après un premier échec de B. De Wever) s’étant finalement ralliés à une solution majoritaire fondée sur un programme socio-économique susceptible de mettre entre parenthèses le conflit communautaire, une coalition de droite, largement dominée par les partis flamands, est formée par le MR, l’Open Vld, le CD&V et la N-VA (cette dernière entrant pour la première fois au gouvernement fédéral). Le PS, associé au pouvoir sans interruption depuis 25 ans, passe ainsi dans l’opposition.

Après la signature d’un accord de gouvernement prévoyant notamment le recul de l’âge de la retraite, un allègement des charges des entreprises et une réduction des dépenses publiques, le nouveau cabinet (dans lequel la N-VA obtient quatre portefeuilles, dont ceux de l’Intérieur et des Finances) entre en fonctions le 11 octobre sous la direction de C. Michel.

5. La politique extérieure

L'histoire des relations extérieures de la Belgique depuis la Seconde Guerre mondiale a été beaucoup plus stable.

5.1. Retrait de l'Afrique

Un traumatisme majeur, cependant : la décolonisation, qui s'est effectuée dans de mauvaises conditions, tant au Congo (1960) qu'au Rwanda et au Burundi ; on en perçoit encore les séquelles plus de cinquante ans après. La Belgique a un temps assumé la responsabilité de ses anciennes colonies, que ce soit sur le plan économique, politique ou militaire. Mais elle a progressivement laissé la place à la France et aux États-Unis, en raison des difficultés rencontrées et des réticences des Flamands : les interventions en Afrique centrale relevaient en effet largement d'une solidarité liée à la francophonie.

5.2. Une forte implication dans la construction européenne

La Belgique a été au cœur de toutes les coopérations internationales qui se sont mises en place en Europe occidentale après la guerre. Membre de l'Organisation des Nations unies (ONU) (1945) et de l'OTAN (1949), elle est cofondatrice du Benelux (1948) et du Marché commun (1957).

Elle participe à toutes les étapes de la construction européenne, y compris l'Union économique et monétaire, pour laquelle elle a été qualifiée en 1998, malgré une dette publique dépassant largement le seuil fixé par le traité de Maastricht. Pour la onzième fois de son histoire, elle exerce la présidence semestrielle de l'Union européenne lors du second trimestre 2001, un moment important de sa construction marqué notamment par l'introduction de la monnaie unique et la perspective prochaine de l'élargissement. Elle a ratifié la Constitution européenne en 2006 par la voie parlementaire.

La Belgique abrite le siège de l'OTAN et les principales institutions européennes, notamment la Commission. Alors qu’elle connaît l’une de ses plus graves crises politiques, elle prend de nouveau la présidence tournante de l’UE en juillet 2010.