Journal de l'année Édition 1997

Du 01 janvier 1996 au 31 décembre 1996

Ça c'est passé le

Russie

(chrono. 3/07)

Sommaire

  • Dossiers chronologie
    • Météo : l'Hiver

      Les températures sont supérieures aux normales dans la moitié sud, mais inférieures dans la moitié nord. Le mercure descend à – 16,1 °C à Bessans [73], – 11,4 °C à Chamonix, mais seulement 0,7 °C à Ouessant, 1,6 °C à Nice et 3,1 °C à Bastia.

    • Météo : le Printemps

      Le temps est froid du 1er au 7, du 11 au 13 et du 27 au 31, doux le reste du mois. On enregistre jusqu'à – 17 °C à Névache [05], – 14,9 °C à Chamonix, – 13,9 °C à Villard-de-Lans, – 10,3 °C à Luxeuil, – 9,6 °C à Mulhouse, – 9,5 °C à Épinal, – 8,4 °C à Charleville, – 8,2 °C à Belfort, – 7,9 °C à Nancy, – 7,8 °C à Nevers et – 7,6 °C à Reims, mais seulement 2,2 °C à Ouessant, 3,2 °C à Toulon et 4,5 °C au cap Camarat. Dans le Sud-Ouest et le Val-de-Loire, il fait très doux les 22-23 : 24,2 °C à La Rochelle, 24,5 °C à Blois, 24,6 °C à Brive, 24,7 °C à Angers, 24,9 °C à Gourdon, 25,4 °C à Pau et 26,7 °C à Biarritz.

    • Météo : l'Été

      Le déficit pluviométrique s'aggrave dans la moitié nord ; en effet, les précipitations mensuelles sont inférieures à 20 mm dans un grand quart nord-ouest (1,8 mm à l'île d'Yeu, 2,4 au Mans et 2,8 à Alençon) ; elles ne dépassent 100 mm que dans les Pyrénées centrales, le Jura, le Vivarais et, par endroits, dans les Alpes (212 mm à St-Pierre-de-Chartreuse). On signale de gros orages les 2 et 3 dans le Sud-Est et la Corse (112 mm à St-Jean-du-Gard), le soir du 8 en Alsace (26 mm en 1 h 30 à Strasbourg) ainsi que le 12 (25 mm en 1 h à Colmar), les 20 et 21 sur les Alpes, l'Ardèche et la Drôme (109 mm à Divajeu), le 21 dans le Pays basque et le Cantal (35 mm en 1 h à Marcenat [15]), le 22 à Nogaro [32] avec une tornade. Les 22 et 23, la neige tombe jusqu'à 1 500 m dans les Alpes et même jusqu'à 1 200 m dans le Puy-de-Dôme ! Les températures moyennes sont très excédentaires, mais les contrastes sont vifs entre les périodes chaudes (du 4 au 20 et les 27-28) et les périodes fraîches (du 1er au 3 et du 21 au 26). Les thermomètres grimpent jusqu'à 35,8 °C à Montpellier, 34,1 °C à Paris et 24 °C à Bréhat. Les minimums s'abaissent à 3,7 °C à Charleville, 3,6 °C et – 1,2 °C à Montgenèvre.

    • Météo : l'Automne

      Mois exceptionnellement frais, souvent sec, sauf en Corse et une partie de la Provence. Le déficit thermique, faible en Bretagne, dépasse 3 °C dans le sud de l'Alsace. On note des gelées sous abri en plaine le 8 à Luxeuil, à Vichy et à Nevers, le 14 à Romorantin, le 17 à Épinal et à Charleville. Voici quelques minimums mensuels : – 5,3 °C à Saugues [43], – 3,1 °C à Val-d'Isère, 5,3 °C à Lyon, 6,9 °C à Paris, 10,8 °C à Bréhal, 12 °C à Toulon et à Bastia, 13,1 °C à Nice et 15 °C au cap Pertusato. De leur côté, les maximums sont compris entre 19,7 °C à Dunkerque et 30,5 °C à Pau.

  • Monde
    • La cohabitation des contraires

      En 1996, l'actualité internationale a semblé obéir à une logique perverse. Douze mois durant, le monde a balancé entre la loi du plus fort et le concert des nations.

    • États-Unis

      La campagne présidentielle, qui a permis le renouvellement du mandat de Bill Clinton, a marqué l'année 1996. Du point de vue intérieur, elle a paradoxalement adouci l'affrontement entre le président et le Congrès. Malgré des résultats moins spectaculaires qu'en 1995, la politique extérieure des États-Unis n'en continue pas moins à affirmer la domination américaine dans le monde.

    • Canada

      L'année 1996 s'inscrit dans la foulée des résultats du référendum québécois du 30 octobre 1995 : c'est à une querelle venimeuse que se sont livrés le gouvernement fédéral et celui du Québec. La question de la langue au sein de la Belle Province, les compressions budgétaires et les manœuvres préélectorales fédérales ont contribué à tendre le climat sociopolitique de l'année.

    • Mexique, Amérique Centrale et Caraïbes

      Après les graves difficultés économiques provoquées par la crise mexicaine, l'Amérique centrale connaît une année un peu plus stable. La loi Helms-Burton complique encore les relations de Cuba avec le grand voisin américain, tandis que, de manière chaotique, le modèle démocratique et libéral tend à se consolider dans le reste de la région.

    • Amérique du Sud

      Coup d'État manqué au Paraguay, élections présidentielles en Équateur, manifestations de la misère au Venezuela, réussite économique du Chili qui ouvre au Mercosur la voie des échanges avec l'Asie : l'Amérique du Sud s'avance vers le xxie siècle en ordre dispersé, mais toujours hantée par les questions de la démocratisation, de la libéralisation de l'économie et de la pauvreté.

    • L'Union européenne

      L'année européenne 1996 est successivement caractérisée par les présidences italienne et irlandaise, les débuts de la Conférence intergouvernementale aux Conseils européens de Turin et de Dublin, la crise de la « vache folle », les préparatifs de la phase décisive de l'Union économique et monétaire et la poursuite du processus d'élargissement de l'Union européenne (UE).

    • Allemagne

      Tout porte à croire que l'Allemagne ne pourra respecter les critères de convergence de Maastricht en 1997. Dans ce contexte, la coalition gouvernementale connaît des flottements dont l'opposition sociale-démocrate ne peut tirer parti, alors que la cohésion sociale d'outre-Rhin semble menacée, à l'Est comme à l'Ouest. Helmut Kohl, quant à lui, peut s'enorgueillir d'avoir battu cette année le record de longévité aux affaires, jusque-là détenu par Konrad Adenauer.

    • Îles britanniques

      En dépit d'une nette amélioration de l'économie, le Parti conservateur, aux affaires depuis dix-sept ans, ne semble plus être en mesure d'échapper à l'usure du pouvoir au terme d'une année où il n'a pas su profiter du cessez-le-feu en Irlande du Nord pour imposer la paix. En république d'Irlande, les bons résultats économiques ne renforcent pas la position des partis au pouvoir dans ce pays qui continue d'être traversé par de grands débats liés à son entrée tardive dans la modernité.

    • Benelux

      Si les Pays-Bas et le Luxembourg font peu parler d'eux cette année, la Belgique occupe une nouvelle fois le devant de la scène : le malaise y est si grand qu'un horrible fait-divers provoque un vaste mouvement de contestation et suffit à raviver les interrogations sur l'avenir du pays.

    • Italie

      Pour la première fois depuis 1947, l'Italie est dirigé par un gouvernement dans lequel les héritiers du Parti communiste italien ont une part prépondérante. Mais les incertitudes qui pèsent sur la vie politique italienne semble donner raison aux partisans de la réunion rapide d'une Assemblée constituante, qui ferait enfin sortir le pays de la phase de transition où il s'attarde.

    • Péninsule ibérique

      Les évolutions des deux voisins ibériques offrent bien des similitudes en 1996. En consacrant le principe de l'alternance, les deux jeunes démocraties ont montré leur maturité. En Espagne, la courte défaite de Felipe Gonzalez, au pouvoir depuis 1982, permet à la droite de s'imposer pour la première fois depuis la mort de Franco. Au Portugal, la victoire socialiste à la présidentielle amplifie le succès remporté par Antonio Guterres lors du scrutin législatif d'octobre 1995.

    • Suisse et Liechtenstein

      Tandis que le Liechtenstein, admis en 1995 dans l'EEE, conserve avec sa grande voisine des liens privilégiés, la Suisse reprend en 1996 de laborieuses négociations avec l'Union européenne. La crise entraîne un effritement du consensus, fondement du système helvétique. Depuis le second semestre de 1995, la Suisse est entrée en récession économique : la dépression n'épargne que les secteurs industriels et financiers largement tournés vers l'extérieur.

    • Europe du Nord

      Les pays nordiques (Danemark, Finlande, Islande, Norvège et Suède) et les États baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) intensifient cette année leur coopération en l'intégrant dans un ensemble plus large, celui de la région baltique. Pourtant, les disparités y sont importantes, seuls le Danemark, la Finlande et la Suède sont membres de l'Union européenne, et les États baltes n'achèvent pas leur « transition » au même rythme.

    • Autriche et Europe centrale

      Le mythe d'une Europe centrale, espace culturel susceptible d'apporter un « supplément d'âme » à une Europe occidentale ébranlée par la chute du communisme et par le désarroi des idées, appartient au passé. La mondialisation conduisant à la remise en cause des mythes et des certitudes, le temps de l'après-communisme est désormais perçu comme celui de l'entrée dans le monde de l'inconnu et de l'imprévisible. Tous les pays de cette zone sont à la recherche d'une nouvelle identité dans un environnement international de plus en plus instable et incertain.

    • Europe balkanique

      En 1996, la péninsule des Balkans est encore secouée par nombre de bouleversements. Les néocommunistes perdent le pouvoir en Roumanie et sont malmenés en Bulgarie et en Serbie. Les anticommunistes, au pouvoir en Albanie et en Croatie, sont eux aussi contestés. L'ensemble des anciens pays communistes est victime d'une grave crise économique, aiguë en Bulgarie et en Roumanie, et sur laquelle se greffe une mafia politico-économique de plus en plus tentaculaire. Cependant, l'ex-Yougoslavie est pour l'instant pacifiée, et la Grèce a tourné la page du populisme.

    • CEI

      L'état de santé de Boris Eltsine ne permet pas de faire de sa réélection à la présidence de la République russe un gage de stabilité pour l'avenir. Sortie, grâce à Alexandre Lebed, de la guerre en Tchétchénie, la Russie regarde déjà avec inquiétude en direction de la partie asiatique de la CEI, où, aux frontières d'un Afghanistan désormais dominé par les talibans islamistes, l'instabilité est endémique.

    • Maghreb

      Le 16 novembre 1995, le général Liamine Zeroual, président en exercice depuis janvier 1994, est élu au premier tour des élections président de la République algérienne avec plus de 61 % des suffrages exprimés. Cette élection est unanimement qualifiée d'« élection de l'espoir », parce que le nouveau président avait esquissé un dialogue avec l'opposition démocratique et les islamistes. Ces derniers semblent entériner le désir d'arrêter la violence, exprimé par l'importance de la participation des Algériens au processus électoral (le taux de participation officiel est de 75 %, mais, selon d'autres estimations, la réalité serait plus proche de 50 %, chiffre qui reste important). Le Front de libération nationale (FLN, ancien parti unique) et le Front des forces socialistes (FFS, dirigé par Hocine Aït Ahmed), qui avaient appelé au boycott de cette échéance électorale, se tiennent désormais sur la défensive.

    • Afrique subsaharienne

      Les tentatives de coup d'État de l'année, en particulier celle au Niger, montrent la fragilité des jeunes démocraties africaines, où les hommes politiques manquent d'une vision politique à long terme, trop souvent occultée par leur opportunisme et leurs intérêts personnels. Les tensions ethniques restent vives. Le conflit des « grands lacs » se prolonge au Rwanda, s'aggrave au Burundi et prend une dimension tragique au Zaïre.

    • Moyen-Orient

      L'assassinat d'Yitzhak Rabin avait provoqué de vives inquiétudes quant à la poursuite du processus de paix israélo-arabe. Amplement confirmé cette année, le blocage des négociations affecte l'ensemble de la région, où, sous des formes différentes, gouvernementales et institutionnelles en Turquie, militaires et violentes en Afghanistan, l'islamisme s'impose peu à peu comme une force politique durable.

    • Sous-continent indien

      Les scandales qui secouent la classe politique indienne n'empêchent pas l'année 1996 d'être celle du retour des valeurs démocratiques, les élections législatives mettant fin au monopartisme de fait, en place depuis l'indépendance. La chute de Benazir Bhutto, dans un Pakistan déchiré par les conflits ethniques et religieux, provoque la préparation d'élections législatives pour février 1997.

    • Asie du Sud-Est

      Malgré un ralentissement des exportations, l'essor économique, priorité des pays d'Asie du Sud-Est, se confirme en 1996. La course aux investissements s'intensifie sans ralentir l'intégration régionale. L'Association des nations d'Asie du Sud-Est (ASEAN), créée en 1967, et qui regroupe la Thaïlande, la Malaisie, Singapour, Brunei, l'Indonésie, les Philippines et, depuis 1995, le Viêt Nam, a signé, au cours de son cinquième sommet (décembre 1995) un traité faisant de l'Asie du Sud-Est une zone sans armes nucléaires.

    • Chine et Extrême-Orient socialiste

      La Chine de Jiang Zemin semble avoir trouvé le complément indispensable à l'idéologie économiste dans le renouveau du nationalisme, celui-ci s'exprimant aussi bien dans les discours de propagande que par l'agressivité vis-à-vis de Taïwan. Le contraste reste étonnant entre cette Chine autoritaire, mais en mouvement, et une Corée du Nord sclérosée et au bord de l'implosion.

    • Japon et Extrême-Orient développé

      En 1996, le Japon semble renouer avec la croissance et retrouver un système politique stable dominé par le PLD. Mais, derrière ce retour à la normale, de profonds changements sont à l'œuvre. En Corée du Sud et à Taïwan, la mise en place de la démocratie et l'ouverture économique se poursuivent non sans heurts, tandis que les menaces extérieures restent très vives. Des litiges territoriaux créent en outre de vives tensions entre les trois pays.

    • Océanie

      L'écart se creuse entre les préoccupations des deux États industrialisés de la région, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, qui multiplient les initiatives destinées à renforcer leurs liens politiques et économiques avec les pays d'Asie, les États-Unis et les micro-États insulaires, dont les difficultés financières ne cessent de s'aggraver. Maintenant que la France a arrêté ses essais nucléaires de manière définitive, la crainte de voir le Pacifique sud retomber dans l'indifférence généralisée s'exprime ouvertement.

  • France
    • Une année pour rien

      L'année 1996 a-t-elle eu lieu ? On peut en douter. 1995 s'était achevée dans la contestation ferroviaire, 1996 se termine, ou presque, dans l'agitation routière : le chiraquisme a décidément du mal à rouler, surtout par temps froid. Il y a un an, la gauche se proposait de mettre au point un programme réaliste... mais volontaire ; douze mois plus tard, elle accouche d'un programme volontaire... qu'elle proclame réaliste. En décembre 1995, Alain Juppé était debout, « droit dans ses bottes », disait-on, mais déjà un peu K-O ; en décembre 1996, il est de plus en plus K-O, mais toujours debout, comme pétrifié par la défaveur populaire, rendu tout à la fois inaltérable et inexpugnable par l'étendue de sa disgrâce citoyenne. En 1995, Jacques Chirac en appelle à l'OTAN pour mettre un terme à la guerre en Bosnie, en 1996, il en appelle aux États-Unis pour intervenir dans la région africaine des Grands Lacs. À douze mois de distance, le sommet de Dublin chausse les bottes du sommet de Madrid : les Européens n'en finissent pas de célébrer l'avènement du nouveau messie monétaire. Les commentaires se suivent et se ressemblent : « l'Euro est sur les rails », « les échéances seront tenues », « le processus est irréversible »... D'une année sur l'autre, le paysage change, mais la ritournelle demeure : l'Union monétaire, c'est le Boléro de Ravel.

    • Chroniques politiques

      Huit mois après avoir quitté l'Élysée et trois ans après avoir annoncé qu'il était atteint d'un cancer de la prostate – maladie diagnostiquée depuis le début de son premier septennat, révélera son ancien médecin personnel, le docteur Gubler –, François Mitterrand s'éteint, le 8 janvier, dans l'appartement mis à sa disposition par la République, avenue Frédéric-Leplay, dans le VIIe arrondissement, à Paris. Il était âgé de soixante-dix-neuf ans.

    • Politique extérieure

      Distanciation fréquente à l'égard des positions américaines, affirmation d'une politique arabe autonome, poursuite et élargissement de l'Union européenne, regain de présence en Asie-Pacifique, en cette première année pleine de la présidence Chirac, la politique extérieure acquiert des contours plus fermes. Dans les limites assignées à une puissance moyenne, la France renoue avec une certaine tradition gaullienne tout en se voulant exemplaire dans la construction européenne.

    • L'année sociale

      Une France morose se réveille, après les grèves de novembre-décembre 1995, sans que le sommet social de décembre, ni celui de mars 1996 n'ouvrent de vraies perspectives. Les ordonnances sur la Sécurité sociale ne permettent pas de mettre en route une véritable réforme, freinée par les conservatismes de tous bords. Le chômage repart nettement à la hausse et les controverses sur la réduction de la durée du travail fleurissent de plus belle.

    • Politique économique : annus horribilis

      Moral au plus bas, investisseurs tétanisés, budget public étriqué, Premier ministre cassé : 1996 fut une nouvelle annus horribilis pour l'économie française, et un cauchemar pour le gouvernement.

    • Défense : vers l'armée de métier

      Jacques Chirac, chef des armées selon la Constitution, a tranché. À partir de janvier 1997, les jeunes Français nés après le 1er janvier 1979 ne seront plus appelés sous les drapeaux en fonction des modalités que le pays connaît depuis environ un siècle. Dès son élection à la présidence de la République, J. Chirac s'est trouvé confronté à un véritable dilemme : alors qu'il lui apparaissait capital de pouvoir disposer de moyens armés disponibles à tous moments, susceptibles d'être mobilisés pour des actions urgentes, les contraintes budgétaires imposaient que le train de vie du ministère de la Défense fût revu à la baisse. Seules deux solutions étaient envisageables : soit il était mis un terme, sans autre forme de procès, à la conscription, sur la foi d'expériences plus ou moins réussies dans d'autres pays ; soit il fallait inventer une formule de nature à renforcer la sécurité de la France sans porter atteinte à la cohésion nationale. Considérant que le service national ne répondait plus aux besoins des armées – avec la part croissante des jeunes gens exemptés du service national, ce dernier n'est plus depuis longtemps le lieu de brassage social qui était une de ses raisons d'être –, le chef de l'État et le gouvernement ont opté pour la seconde solution. Ce qui signifie que la professionnalisation des armées n'exclut pas le maintien d'un service fondé sur le volontariat de jeunes, hommes et femmes, qui pourraient occuper des fonctions de sécurité et de cohésion au sens large. Dans ce cadre, les armées devraient perdre 24 % de leurs effectifs, entre 1997 et 2002, et réduire la place accordée au contingent tout en recrutant un personnel, militaire et civil, qui corresponde aux nouveaux critères.

    • Éducation

      Lorsque, le 19 novembre, le quotidien le Monde publie les résultats d'un sondage Sofres et d'une vaste consultation organisée par la F.S.U. (Fédération syndicale unitaire, regroupant le SNES et le SNUIPP, depuis la scission de la FEN en 1992), la morosité, qui semblait avoir été la tendance dominante de l'année 1996 dans l'univers éducatif français, se dissipe d'un seul coup... On y découvre que les Français sont satisfaits de leur école : 52 % estiment que l'éducation « fonctionne bien », 74 % sont contents du travail des enseignants, 56 % demandent plus de professeurs. Si l'école maternelle est plébiscitée, les collèges et les lycées suscitent quelques réserves ; quant à l'enseignement supérieur, il recueille le plus de critiques. Trois points noirs apparaissent distinctement : l'orientation (pour les enseignants, l'école doit « former la réflexion et l'esprit critique » ; pour les parents et les élèves, son rôle prioritaire est de permettre d'« accéder au monde du travail » ; bref, deux points de vue quelque peu opposés)... L'ouverture sur la vie professionnelle (82 % des enseignants et 78 % des parents jugent que l'école ne remplit pas ses missions)... La sécurité dans les établissements (pour 61% des enseignants, 51 % des élèves et 64 % des parents)... Cette exceptionnelle photographie de l'enseignement en France permet de mieux cadrer les nombreux débats qui l'agitèrent pendant toute l'année.

    • À travers les régions

      Le TGV-Est, qui doit mettre Strasbourg à deux heures de Paris, semblait sur la bonne voie. Depuis dix ans on en parlait. Le « consensus alsacien » avait été obtenu entre le gouvernement Balladur (1993-1995) et les élus régionaux, toutes tendances confondues : Daniel Hoeffel (UDF), président du conseil général du Bas-Rhin, ou encore Catherine Trautmann (PS), maire de Strasbourg. L'enquête publique s'est déroulée à l'automne 1994. La commission d'enquête a rendu son rapport en septembre 1995 et le Conseil d'État a donné un avis favorable en mai 1996. Dans la foulée, la déclaration d'utilité publique plaçait le chantier du TGV-Est dans la catégorie des opérations prioritaires pour l'aménagement du territoire français et européen.

  • Économie
    • Économie mondiale

      En 1996, l'économie mondiale renoue avec la croissance, tandis que les politiques économiques s'efforcent de réduire les déficits publics et l'inflation. L'activité est très soutenue en Asie, plus modérée outre-Atlantique. L'Europe émerge lentement du ralentissement de 1995, et les économies en développement ne progressent pas suffisamment pour résorber leurs déséquilibres. Le monde semble s'être engagé sur un chemin de croissance plus équilibré.

    • La crise sans fin de la « vache folle »

      Le 20 mars 1996, le gouvernement britannique annonça, devant la Chambre des communes, non sans solennité et sans ménagement pour l'opinion publique, que l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) ou maladie dite « de la vache folle » pourrait avoir été, selon toute vraisemblance, transmise de la vache à l'homme par voie alimentaire. Il s'agit d'une nouvelle affection infectieuse et neurodégénérative. En effet, en 1994 et 1995, une dizaine de personnes mourait, au Royaume-Uni, d'une forme inhabituelle de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ). Cette variante de la MCJ diffère de l'ESB par la jeunesse des victimes (moins de quarante ans contre soixante-cinq ans pour la forme de MCJ la plus courante), par son évolution rapide et par l'aspect des lésions du cerveau observées au microscope, qui ressemble à une structure spongieuse (spongiose).

    • L'année économique en France

      L'année 1996 en France a été décevante : les prévisions des économistes sont revues à la baisse et la croissance n'est que de 1,2 %, notamment à cause des effets récessifs du plan de lutte contre les déficits publics, lancé à l'automne 1995, et des grèves de 1995. Après une légère embellie à l'été 1995 puis au mois d'octobre, le chômage reste endémique, sans qu'il soit possible au gouvernement d'Alain Juppé de soutenir fortement l'activité ou d'augmenter les transferts sociaux. Certains suggèrent même que l'économie française est entrée, en 1996, dans une phase de déflation.

    • Le spectre de la déflation

      Si l'on se réfère à l'étymologie, le terme de « déflation » peut être très simplement défini comme le contraire de l'inflation. Lorsque cette dernière est habituellement identifiée à un processus de hausse généralisée des prix, avec augmentation corrélative de la masse des moyens de paiement, la déflation l'est, inversement, par un mouvement de baisse affectant pratiquement l'ensemble des prix. De plus, ce mouvement de baisse est presque toujours accompagné d'une diminution de la quantité de monnaie en circulation. Ce phénomène présente également une autre caractéristique : l'économie tout entière se trouve brutalement aspirée par ce que l'on appelle la « spirale déflationniste », à savoir que les revenus, la consommation, les investissements, l'activité économique (la production) et l'emploi baissent tous de conserve.

    • La grande distribution en accusation

      Les grandes surfaces sont entrées en quelque sorte dans l'ère du soupçon. Le président Chirac a lui-même fustigé ces mastodontes, au prétexte qu'ils menaceraient l'emploi et bloqueraient la consommation. C'est là une histoire déjà ancienne, qui mérite qu'on aille y voir de plus près. Après une assez longue période de développement relativement lent de la grande distribution (ouverture en 1957 du premier supermarché Suma puis, en 1963, du premier hypermarché Carrefour, à Sainte-Geneviève-des-Bois), c'est seulement à partir de 1970 que les grandes surfaces ont commencé à prendre leur essor et une place importante dans la distribution des produits alimentaires et non alimentaires : de 1970 à 1995, les grandes surfaces ont presque doublé leurs parts du marché des produits alimentaires, aux dépens du petit commerce alimentaire, spécialisé ou non. Au cours des dix dernières années, c'est surtout le développement des hypermarchés qui s'est accéléré : entre 1986 et 1995, leur nombre a quasiment doublé, passant de 598 à 1 048, notamment sous la poussée des indépendants (de 123 à 501) de taille plus réduite. Sur ce chiffre, on en compte 253 de plus de 7 500 m2. Ces derniers emploient chacun de 250 à 700 personnes, voire plus selon leur taille, qui peut dépasser 20 000 m2.

    • Banques : il reste beaucoup à faire

      Les grands réseaux et les banques d'affaires ont été les seuls à véritablement profiter de cette année. Ces dernières ont eu beaucoup de travail avec les privatisations et les restructurations de toutes sortes. C'est ainsi, par exemple, que les spécialistes en ingénierie financière ont eu fort à faire avec la privatisation de la CGM (Compagnie générale maritime) ou la cession de Thomson à Matra et à Daewoo. Sans oublier qu'à chaque fois que le CDR (consortium de réalisation) du Crédit Lyonnais envisage de céder l'un des innombrables actifs de celui-ci, les banques d'affaires ont à intervenir.

  • Sciences
    • Sciences et techniques

      Pour le commun des mortels, les avancées de la science apparaissent souvent bien déroutantes. Ainsi en aura-t-il été lorsque l'on a annoncé, début janvier, qu'une équipe italo-allemande du Cern (Laboratoire européen pour la physique des particules), à Genève, menée par le professeur Walter Oelert, a réussi pour la première fois au monde, en septembre 1995, à créer et à détecter des atomes d'antimatière. Très précisément : neuf atomes d'antihydrogène, obtenus chacun pendant 40 milliardièmes de seconde ! Décrite pour la première fois en 1931 par le Britannique Paul Dirac, l'antimatière ne se distingue de la matière que par des charges électriques opposées. Au contact l'une de l'autre, matière et antimatière s'annihilent, en libérant une formidable quantité d'énergie, quelque 1 000 fois supérieure à celle que libèrent les réactions nucléaires de fission ou de fusion. Cette propriété, chère aux auteurs de science-fiction, pourrait être utilisée dans l'avenir pour la fabrication de bombes ou la propulsion de vaisseaux spatiaux interplanétaires. Pour l'instant, les recherches des physiciens visent surtout à vérifier s'il existe bien une symétrie parfaite entre la matière et l'antimatière, et à comprendre les raisons pour lesquelles l'Univers n'est fait que de matière, alors que le big-bang a dû engendrer autant de l'une que de l'autre. Depuis l'observation de l'antiélectron en 1932, puis de l'antiproton en 1955, diverses antiparticules ont été mises en évidence. Mais jamais encore on n'était parvenu à lier des antiélectrons et des antiprotons, avant qu'ils ne s'annihilent au contact de leurs homologues de matière, pour engendrer des antiatomes. Le résultat obtenu au Cern représente une prouesse technologique et la première étape d'une longue quête qui conduira demain à la création d'antiatomes plus complexes que ceux d'hydrogène.

    • Les chantiers de la découverte

      Avec un prix plancher stabilisé autour de 10 000 F, les micro-ordinateurs restent trop coûteux pour constituer des produits réellement grand public. Aux États-Unis, pourtant champions en matière d'équipement informatique, on ne compte encore que 28 % de foyers disposant d'un ordinateur, alors que le taux d'équipement en téléviseurs et en téléphones approche de 100 %. Pour étendre l'usage de l'ordinateur aussi bien dans les familles que dans les écoles et les entreprises, l'Américain Larry Ellison, P-DG d'Oracle, entreprise spécialisée dans les logiciels de gestion de bases de données, a lancé l'idée d'un appareil simplifié, le Network Computer (NC, ordinateur de réseau), ne comportant pas de disque dur ni de lecteur de CD-ROM et tirant toutes ses capacités du réseau télématique auquel il serait connecté. Avec une configuration de base comprenant un clavier et un écran de télévision ordinaire, un modem de 8 millions d'octets de mémoire vive, un microprocesseur adapté au traitement multimédia et un lecteur de mémoire flash d'une capacité de 500 000 à 1 million d'octets, le NC devrait être vendu autour de 2 500 F, soit quatre fois moins cher qu'un ordinateur personnel. Son deuxième atout sera d'être très facile à utiliser, même par ceux qui ne possèdent pas de connaissances en informatique. Plus de 30 grandes entreprises d'informatique, dont IBM et Apple, se sont ralliées à cette idée. IBM a annoncé la commercialisation prochaine de terminaux Internet, et, fin octobre, Sun a lancé un ordinateur de réseau destiné aux entreprises, la JavaStation, tandis que Microsoft et Intel ont annoncé conjointement le NetPC, intermédiaire entre le PC classique et le NC. En quelques mois, l'ordinateur de réseau est devenu l'enjeu d'une redoutable bataille économique entre les principaux acteurs de l'informatique mondiale. Ses promoteurs espèrent en vendre 100 millions d'ici à l'an 2000. Le succès fulgurant du réseau Internet justifie cet optimisme. Le véritable marché de masse du NC sera le grand public, mais les experts estiment qu'il effectuera aussi une percée significative dans les entreprises, où il pourrait représenter 15 à 20 % des achats d'ordinateurs dès l'an 2000, et 30 à 40 % à plus long terme.

    • Astronomie et espace

      Assombrie pour les Européens par l'échec du premier vol d'essai du nouveau lanceur Ariane 5, l'année spatiale 1996 a été marquée aussi par de beaux succès, notamment dans le domaine des vols habités, et par la reprise de l'exploration du système solaire par des sondes automatiques. Mais, pour la première fois depuis 1966, les États-Unis ont procédé à davantage de lancements que la Russie, dont l'activité spatiale n'a cessé de se réduire depuis 1987, par suite de difficultés financières.

    • Physique : le retour de l'antimatière

      Le 4 janvier 1996, le grand physicien anglais Paul Adrien Maurice Dirac (1902-1984) a dû se retourner dans sa tombe. Ce jour-là, une équipe du Laboratoire européen de physique des particules, à Genève, annonçait avoir produit, lors d'une expérience qui avait duré une quinzaine d'heures, neuf atomes d'antimatière – précisément, des antiatomes d'hydrogène qui ont, avant de s'annihiler, donné dans les détecteurs une signature caractéristique. Cette fugitive antimatière, dont l'existence est assurée depuis une soixantaine d'années, le théoricien Dirac l'a le premier trouvée sur le papier. Sans aucun autre appareillage qu'une équation décrivant la plus élémentaire des particules élémentaires : l'électron. Or cette équation admettait deux types de solutions. L'une d'elles ressemblait trait pour trait à l'électron ; l'autre décrivait une particule de même masse, mais de charge électrique opposée : l'antiélectron, ou « positon », venait de faire son entrée sur la scène de la physique, et les auteurs de science-fiction s'en emparèrent aussitôt pour façonner de mystérieux antimondes peuplés d'antiandroïdes.

    • Océanographie

      L'élargissement du programme ODP s'accentue. Les objectifs des forages océaniques profonds (ODP) associent de plus en plus à l'histoire géologique des fonds celle des circulations, de la productivité et de la surface océaniques. Les voyages de 1996 ont successivement étudié les fluctuations du courant des Caraïbes (voyage 165), du Gulf Stream (enregistrées dans les carbonates du plateau des Bahamas, voyage 166), du courant de Californie et de ses résurgences (voyage 167), ainsi que les variations des circulations hydrothermales (dans le Pacifique nord-américain, voyages 168, 169 et 170).

    • Sciences de la terre

      L'année 1996 a été marquée par le retour des questions posées par la vie : comment expliquer les grands changements de peuplements d'êtres vivants ? Y a-t-il de la vie ailleurs que sur notre planète ? Ces questions ont été débattues au cours du XXXe Congrès géologique international, tenu à Pékin du 4 au 14 août.

    • Médecine : l'année prion

      Lorsque, en mars 1996, un comité d'experts britanniques annonce l'existence possible d'un lien entre la « maladie de la vache folle » et la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ), le grand public découvre en même temps qu'un mystérieux agent transmissible, le prion, est soupçonné d'être à l'origine de ces graves maladies neurologiques.

    • Biologie

      C'est en 1996 qu'aura véritablement commencé, en Europe, l'aventure commerciale des plantes transgéniques, ces variétés de grande culture dans lesquelles ont été greffés des gènes étrangers leur conférant de nouvelles caractéristiques agronomiques. Avec deux ans de retard sur les États-Unis – où la première espèce transgénique à usage alimentaire, une tomate modifiée de façon à mûrir moins vite, est sur le marché depuis 1994 –, ces plantes de nouvelle génération auront attendu cet automne-là pour débarquer dans les pays de l'Union, et y provoquer un débat houleux. La dispersion de ces végétaux dans l'environnement et leur utilisation alimentaire posent en effet un certain nombre de questions. Tandis que la réglementation européenne relative à la dissémination des organismes génétiquement modifiés (OGM), encore en rodage, se heurte aux divergences d'opinion des différents pays européens.

    • Informatique et télécommunications

      En France, à la fin de l'année 1996, plus de 2 millions de personnes étaient abonnées à l'un des trois réseaux, soit 3,5 % de la population, chiffre modeste comparé à ceux de nos voisins espagnols (5 %), italiens (9 %), britanniques (10 %), suédois (26 %)... Le réseau GSM, le plus étendu au monde, compte 25 millions d'abonnés et en prévoit quatre fois plus à l'horizon 2000. Il est exploité dans l'Hexagone par France Télécom Mobiles sous le nom d'Itineris et par un opérateur privé, SFR, filiale de la Générale des eaux, qui ont tout d'abord visé les applications professionnelles. Fin mai, l'arrivée d'un troisième acteur, Bouygues Télécom, est venue dynamiser ce marché et l'orienter vers le grand public. Le développement de ce mode de communication apparaît d'autant plus irréversible que le besoin d'être joignable en permanence s'accroît dans un monde en proie à une inquiétude sociale diffuse, à la crainte de l'isolement, voire de l'insécurité. La filiale du groupe de travaux publics exploite une nouvelle norme, DSC 1800, dont les appareils, plus puissants, sont directement utilisables à l'intérieur des bâtiments et des voitures. L'essor des « mobiles » était jusqu'à présent freiné par le coût des communications, surtaxées pour la personne qui appelle et celle qui reçoit. Les trois opérateurs se sont livrés en fin d'année à une vive surenchère commerciale à coups de forfaits et de promotions pour attirer les particuliers. Leurs formules d'abonnement proposent des crédits d'heures prépayées avec l'accès gratuit à des services : répondeur vocal, filtrage des appels, télémessages, renvoi d'appels, kiosque télématique...

    • Automobile : injection directe, année zéro

      Passer en revue toutes les solutions diminuant consommation et pollution est bien déprimant. La voiture électrique ? Comme on le craignait, sa diffusion confidentielle attend toujours des batteries puissantes pour démarrer – ce sera pour 2005/2010. Les hybrides ? En dépit des efforts de Peugeot et de Renault (Next et, surtout, Hymne), les hybrides n'avancent guère, une nouvelle fois par la faute des batteries et des turbines, trop chères, même si le diesel/générateur pourra peut-être assurer l'intérim. Pour les voitures existantes, l'allégement se limite à pas grand-chose tant les règles de sécurité deviennent draconiennes avec le temps. L'alu des Audi A8 reste cher et ne semble convenir qu'aux petites séries. Le magnésium ne peut alléger que des composants, comme les sièges du monospace Opel Sintra, mais VW y croit au point de créer un joint-venture en Israël pour en produire de grandes quantités. Les composites structurels hors course, vu leur prix et leur difficulté à être utilisés en grande série, il ne reste plus que l'aérodynamique. Avec 0,25 pour les grosses voitures et 0,30 pour les petites, les coefficients actuels tangentent l'asymptote ; descendre plus bas coûterait des fortunes. Seule certitude, les pneus « verts » de Michelin ont fait baisser les consommations de 5 %, mais on ne pourra guère aller plus loin sans de fortes pressions, et donc une redéfinition des suspensions automobiles.

    • Aéronautique : reprise et regroupements

      L'année a été marquée par deux changements. Le premier a été la reprise importante des commandes d'avions neufs par les compagnies aériennes, en particulier au profit de l'américain Boeing et de l'européen Airbus Industrie. Le second s'est concrétisé par des rapprochements, voire des fusions, entre sociétés ou groupes importants de l'industrie aéronautique mondiale, tout d'abord aux États-Unis et, actuellement, en Europe et en France.

    • Environnement

      Deux dossiers ont mobilisé l'opinion sur le plan de l'environnement en 1996 : la loi sur la qualité de l'air et le dossier de l'amiante. Ces deux affaires sont appelées à connaître des développements ultérieurs. On peut simplement rappeler qu'au printemps Corinne Lepage, ministre de l'Environnement, a présenté un projet de loi dont l'article premier stipule : « Chacun a droit à respirer un air qui ne nuise pas à sa santé. » Les principaux dispositifs du texte consistent, d'une part, à mettre en place des réseaux de surveillance de la qualité de l'air dans les villes (d'abord de plus de 250 000 habitants, puis de 100 000), et, d'autre part, à instituer des plans de déplacement urbain (PDU), destinés à réguler la circulation en fonction de la qualité de l'air, avec la possibilité d'interdire l'utilisation des automobiles et de rendre gratuits les transports en commun en cas de pic de pollution. Mme Lepage a reçu l'aval du gouvernement, qui lui a fait une dotation reconductible de 200 millions de francs destinés à la mise en place du réseau de surveillance de l'air ; au Parlement, les députés ont approuvé son projet, mais, à l'automne, les sénateurs, plus sensibles aux arguments des groupes pétroliers et automobiles, ont « retoqui » en partie le texte du ministre. Les négociations entre parlementaires sont allées bon train, mais les élus avaient dans l'esprit les sondages récents montrant une sensibilisation croissante de l'opinion aux problèmes de la qualité de l'air. Une intéressante étude, publiée en octobre, et menée par le bureau d'économie théorique appliquée (BETA) de l'université de Strasbourg cadre bien les conséquences financières et sanitaires de la pollution de l'air : pour un niveau de pollution moyen atteint un jour sur deux, le coût médico-social quotidien lié à la pollution est estimé à 13,7 millions de francs (37 millions pour un niveau plus élevé et 44 pour un niveau « très élevé »).

  • Société
    • Quelques raisons d'espérer

      Sur le plan social, on pourra retenir des aspects bien différents, parfois contradictoires, de cette année 1996. La plupart des observateurs mettront sans doute en exergue les signes, nombreux, de la déprime nationale : montée du chômage ; accroissement du nombre de personnes en situation de précarité et de pauvreté ; exacerbation des tensions entre les citoyens et les institutions ; relance du débat sur l'immigration et le racisme ; poursuite des affaires de corruption dans le monde politique et élargissement à celui des entreprises et des associations ; violence dans les écoles et dans les banlieues ; scandales de l'ARC, de l'amiante ou de la « vache folle » ; déficits spectaculaires de la protection sociale et de certaines entreprises publiques ; défiance croissante à l'égard de l'Europe ; etc.

    • Chronique judiciaire

      « N'est pas grand assassin qui veut. Pour se faire une place, même modeste, au Panthéon du crime, pour prétendre à une célébrité durable, il faut de la chance, de l'imagination, voire de la persévérance et du talent. Les amateurs de faits divers sont des censeurs sévères. Dans leur rubrique préférée ils ne supportent ni la banalité, ni les effets faciles et même avec tout le talent du monde on ne saurait ni forcer leur curiosité, ni leur imposer un héros médiocre. » Dans son introduction aux Grandes Affaires criminelles (Éd. Bordas, 1988), Alain Monestier explique que dans le flot de sang qui macule les longs fils des téléscripteurs, seule une toute petite partie obtient les honneurs de la chronique judiciaire.

    • Les religions dans les crises de société

      L'évolution de la religion est étroitement liée à l'évolution de la société. Elle en exprime soit la sérénité (et alors ne retient guère l'attention) soit les inquiétudes et les menaces.

    • Vie des médias

      Certes, lors de sa publication en novembre 1995, le rapport du député UDF Alain Griotteray sur le chiffre d'affaires des sociétés dirigées par les animateurs-producteurs de France 2 provoqua des remous. Ces derniers ne laissaient toutefois pas présager la tourmente qui, six mois plus tard, emporta Jean-Pierre Elkabbach. Le rapport révélait que France Télévision avait versé plus de un milliard de francs en deux ans aux sociétés privées de Jean-Luc Delarue, Nagui, Arthur, Mireille Dumas, Michel Drucker et Jacques Martin, soit cinq fois plus que les sommes octroyées aux coproductions d'œuvres cinématographiques. Si la minute de reportage pour un journal télévisé est estimée à 5 000 F, une minute de « Ça se discute », l'émission de Jean-Luc Delarue, revenait à 13 300 F. En fait, le rapport mettait en lumière une utilisation dispendieuse des fonds semi-publics et ouvrait une véritable guerre entre, d'un côté, les animateurs-producteurs, le personnel de France Télévision et le gouvernement, et, de l'autre, Jean-Pierre Elkabbach, qui commit de nombreuses erreurs dans la gestion de cette crise.

    • Publicité : au cœur de la décennie

      « Vous avez de la chance, ça aurait pu être la semaine du tricot. » C'est une série d'affiches du même ton qui a lancé, avec succès, la première « Semaine de la publicité ». Cet événement regroupait des manifestations aussi différentes que la Cité de la pub, qui retraçait de manière ludique l'aventure publicitaire des marques, ou le Forum des métiers. Cette initiative de l'Association des agences-conseils en communication, qui rassemble 250 entreprises du secteur, consacrait la popularité de cette activité. En effet, un sondage signé Sofres-BVP affirmait que nous étions 68 % à « apprécier » la publicité, alors qu'une autre enquête IPSOS-l'Expansion révélait que 60 % des Français trouvaient la publicité plus belle qu'il y a dix ans. En moins de trente ans, la communication, qui a connu son essor quand la télévision lui a ouvert ses écrans en 1968, aura réussi à s'imposer comme un acteur à part entière de la société.

    • Mode

      C'est le choc Dior-Galliano. Enfant terrible de la mode londonienne, John Galliano, trente-six ans, diplômé de la Saint Martin's Fashion School de Londres, a été nommé responsable de la création des collections de haute couture et de prêt-à-porter féminin chez Dior. Il succède ainsi à Gianfranco Ferré, qui tire sa révérence pour aller s'occuper de ses propres marques. Galliano est aussi célèbre pour ses créations de robes époustouflantes que pour son allure incroyablement surprenante et changeante. Portant tantôt de longues nattes, tantôt des cheveux décolorés platine ou affichant sous une chevelure rousse un look de corsaire vêtu comme un flibustier des mers du Sud, il cultive son excentricité (une qualité que partagent beaucoup de Britanniques, comme Alexander McQueen, qui, lui, entre chez Givenchy, confirmant ainsi la mainmise anglaise sur la mode parisienne). En intégrant la plus vénérable des institutions de la mode, ce créateur sulfureux, ce cyclone britannique, ce trublion provocateur bouleverse toutes les idées que l'on se fait sur l'élégance « à la française ». Galliano, qui affirme haut et fort que l'esprit Dior est proche de sa conception romantique de la mode, dérange. Mais ses défilés créent l'événement. Sa première collection haute couture, printemps-été 97, marquera le 50e anniversaire de la première collection New-Look, créée en février 1947 par Christian Dior. De l'avis de Richard Martin, chef du Costume Institute of the Metropolitan Museum of Art de New York, qui a organisé la rétrospective Dior pour le demi-siècle de la maison, Galliano est le seul styliste à en comprendre l'histoire, le seul capable de perpétuer l'esprit Dior en lui insufflant des idées modernes. Coup de jeune ou coup de pub ? Nous avons choisi pour Dior la jeunesse et le talent, explique-t-on dans la grande maison. Il a le talent de créer une mode féminine et sensuelle pour les jeunes femmes d'aujourd'hui, une mode moderne, élégante dans la lignée du fameux « tailleur-bar ».

    • Gastronomie

      Les contraintes financières de la restauration sont apparues dans toute leur ampleur en 1996. Pierre Gagnaire, le trois-étoiles de Saint-Étienne, a déposé son bilan le 29 janvier : le restaurant a fermé le 14 mai. Second coup de tonnerre : le 2 septembre, Marc Veyrat déclare : « Je suis au bord du gouffre », en révélant habilement qu'il tente en vain de renégocier les prêts qui lui ont été accordés lors de son installation à l'Auberge de l'Éridan, sur les rives du lac d'Annecy. Les échéances ont été finalement allégées et échelonnées sur une plus longue période : l'établissement reste solide et rentable. Au contraire, Pierre Gagnaire a dû amorcer une nouvelle carrière à Paris, rue Balzac, le 25 novembre, Saint-Étienne, en période de crise, n'étant plus le lieu idéal pour « le musée vivant des arts de la table », que Gagnaire avait conçu.

  • Culture
    • L'année culturelle

      Toulon a focalisé tout au long de l'année 1996 l'attention du monde culturel. Un monde resté apparemment étranger aux préoccupations du Front national pendant ses années de croissance. Sans doute celui-ci se trouvait-il fort démuni en la matière, faute d'exemples à citer et de créateurs amis. Le contrôle municipal de trois villes méridionales lui a permis de faire ses premières armes en la matière. À Orange, la bataille s'est portée sur la bibliothèque municipale, que la nouvelle équipe menée par Jacques Bompart souhaitait expurger de tout ce qu'elle jugeait « cosmopolite », et sur les Chorégies, dont le financement a été sauvé in extremis par le ministère de la Culture. À Toulon, où Gérard Paquet, responsable du Centre international de la danse et de l'image de Châteauvallon, avait refusé dès 1995 l'apport financier de la mairie emportée par Jean-Marie Le Chevalier, la situation est plus critique encore, puisque intervient dans l'affrontement Centre-mairie la position personnelle fort équivoque du préfet du Var, Jean-Charles Marchiani.

    • Idées

      Indissociable du voyage du pape Jean-Paul II en France, du 19 au 22 septembre 1996, et de sa visite à Reims afin d'y célébrer le 1 500e anniversaire du baptême de Clovis (le roi franc converti à la religion de sa femme Clotilde), ce qu'il est convenu d'appeler l'« affaire Clovis » a pris un tour inattendu et donné lieu à de nombreuses polémiques.

    • Littératures

      Des esprits chagrins voient les nuées menaçantes persister et l'avenir du livre compromis, d'autres découvrent de belles éclaircies et l'annonce d'un ciel plus bleu. La raison première des craintes comme des espoirs est la même : l'abondance et la diversité des publications. En ces temps de « performances », encore une fois, des records sont battus : 296 romans (dont 74 premiers romans) pour la rentrée 1996, contre 217 en 1995, et un nombre également croissant de traductions (193 romans étrangers, contre 171 en 1995). Ce foisonnement, que l'on peut estimer un signe de bonne santé, suggère aussi une surproduction voilant l'impossibilité de prévoir une demande qui cependant, contrairement aux prévisions pessimistes, n'est pas en recul. En revanche, la singularité de l'œuvre détermine des réponses singulières, sans qu'il y ait de véritables phénomènes de mode ou des tendances affirmées. Et comment se retrouver dans cette forêt vierge, sans jamais rencontrer de pistes tracées, content de s'arrêter devant telle ou telle floraison, s'extasiant alors sur la vitalité de la création tout en s'interrogeant sur la survie de ces œuvres menacées par la prolifération ?

    • Cinéma

      Du point de vue de la fréquentation comme de celui de la créativité, la saison cinématographique 1995-1996 apparaît, en France, comme un bon cru. Poursuivant le mouvement entamé début 1995, les entrées ont continué de remonter, tandis que les cinéphiles trouvaient nombre de motifs de satisfaction, fournis par des auteurs confirmés ou des débutants plus que prometteurs. Un bilan tout à fait positif ? Non. Si les indicateurs artistiques et économiques sont favorables, l'inquiétude vient du côté politique, où se dessine la remise en cause du dispositif de défense du cinéma français, en particulier en ce qui concerne les chaînes de télévision engagées dans les grandes manœuvres continentales – sinon planétaires – qui accompagnent l'essor des nouvelles techniques de diffusion et de consommation des images à domicile.

    • Musique classique

      Sans que l'on puisse parler réellement de routine, la vie musicale française n'a pas connu cette année de révolutions ni de crises majeures, et c'est toujours le domaine lyrique qui reste le point de mire général et le lieu des mouvements les plus significatifs. On note ainsi la fin d'une ère au Festival international d'Aix-en-Provence avec le départ de Louis Erlo et de toutes ses équipes et la mort de Gabriel Dussurget. Pour le reste, on a assisté à un amusant jeu de chaises musicales à propos de divers changements de direction à la tête des théâtres lyriques de province et à la difficile nomination d'un nouveau directeur de la musique à Radio France. Enlisement, en revanche, du côté de l'Orchestre de Paris. L'Opéra, après la réouverture du palais Garnier, restauré, qui fonctionne à temps plein sur ses deux salles, paraît avoir trouvé sa vitesse de croisière, sous le commandement d'Hugues Gall, dont les spectacles, qui ne soulèvent pas de scandales, suscitent l'enthousiasme du public, même si la critique ne cesse de faire la fine bouche, pour des raisons généralement plus politiques qu'artistiques. La programmation de la Cité de la musique, à la Villette, semble avoir pris un bon départ. Quant à la musique baroque « à l'authentique », elle jouit toujours d'une grande popularité, les formations « spécialisées » déployant une activité intense avec des résultats inégaux mais reçus avec une admiration égale et sans discernement.

    • Chanson

      L'année chanson restera sans nul doute marquée par l'affaire NTM (Nique Ta Mère), le groupe de rap français le plus connu de l'Hexagone. Le 14 novembre, Kool Shen et Joey Starr, les deux chanteurs, sont condamnés par le tribunal correctionnel de Toulon à six mois de prison, dont trois fermes, et une interdiction de chanter en public pendant six mois. Les deux artistes étaient poursuivis pour « outrages par paroles à l'égard de l'autorité publique ». Il leur était reproché de s'en être pris verbalement, lors d'un concert à La Seyne-sur-Mer, en juin 1995, aux policiers présents dans la salle. Ce jugement, prononcé par un magistrat ancien fonctionnaire de police, suscite une forte émotion. C'est la première fois depuis très longtemps que des artistes sont condamnés pour l'exercice de leur art (même si les faits incriminés ne visent pas directement le texte d'une chanson). Par ailleurs, cette décision de justice intervient dans un département marqué par une forte présence du Front national, et quelques semaines après que le gouvernement a constaté son incapacité juridique à poursuivre Jean-Marie Le Pen pour des propos ouvertement racistes. Le garde des Sceaux, Jacques Toubon, qui demande au parquet de faire appel contre le jugement, et le ministre de la Culture, Philippe Douste-Blazy, expriment leur embarras et rappellent leur attachement à la liberté d'expression, tout en reconnaissant aux policiers le droit de protester contre toute forme d'agression verbale. L'affaire NTM en est une parce qu'elle exprime les contradictions d'une époque difficile et le fossé qui sépare souvent les jeunes, notamment ceux des banlieues, des adultes et des autorités. Tout cela n'empêche pas, au contraire, le groupe de vendre plus de CD que jamais...

    • Rock : l'année Oasis

      Les dinosaures sont restés au musée. La jeune vague a tenu le haut de l'affiche d'un bout à l'autre de l'année avec pour locomotive Oasis. Le groupe formé en 1991 par les frères Liam et Noel Gallagher est devenu un phénomène planétaire, accaparant les titres de la presse autant par ses concerts et ses ventes record que ses frasques.

    • Arts plastiques

      À l'automne, l'artiste français Jean-Michel Alberola a exposé ses travaux récents dans une galerie berlinoise. Ce fait serait de peu de conséquence si l'exposition n'avait été accompagnée d'un texte dans lequel Alberola rend longuement hommage à Courbet. On y lit que « toute production artistique tourn(e) aujourd'hui autour de deux questions : qui a peur de la peinture et qu'est-ce que la stratégie ? » La première se réfère à la conviction, qui fut longtemps de mode, selon laquelle la peinture, vieille technique, ne serait plus qu'une curiosité obsolète, alors que photographie et vidéo seraient, par excellence, les modes de création d'une civilisation de mieux en mieux informatisée et accoutumée aux images virtuelles et à la communication planétaire. La seconde interrogation se fonde sur une observation formulée en ces termes par Alberola : « Et pourtant, nous pouvons voir de par le monde structuré par le commerce étendu, resurgir l'esclavage et par là l'expression la plus complète de la misère. » Autrement dit : que peut encore un artiste, avec ses instruments, contre l'ordre mondial des échanges et l'empire de l'économie ? Le problème est de « stratégie » parce qu'il est de résistance, résistance intellectuelle et individuelle. Qu'un peintre l'écrive, qu'il change une préface en manifeste politique : voilà qui témoigne d'un profond bouleversement des attitudes. Il s'annonçait depuis plusieurs années, depuis ce qu'il est convenu désormais d'appeler la crise des avant-gardes. Il serait aujourd'hui impossible de ne pas prendre acte de son ampleur.

    • Expositions

      S'il semble difficile de placer le millésime 96 sous le signe de tendances dominantes, cette année d'expositions en France aura été marquée par plusieurs événements réunis autour de quelques grands peintres modernes et pionniers de la sculpture de ce siècle, avec un regard tout particulier sur nos voisins d'outre-Manche. La présence de la sculpture mérite une attention plus particulière. Parente habituellement pauvre des programmations muséographiques, la sculpture moderne est d'abord consacrée hors les murs, en plein air, sur les Champs-Élysées, où avait lieu avant l'été une exposition d'art public regroupant, à grands traits et non sans une certaine pauvreté scénographique, les grandes figures de la sculpture contemporaine, de Giacometti à César. Auparavant, le musée national d'Art moderne consacrait une rétrospective à l'œuvre du sculpteur anglais Tony Cragg, l'un des principaux représentants de la « nouvelle sculpture anglaise » apparue au début des années 80. Cragg affirme à ses débuts une esthétique du recyclage où des débris d'objets de même couleur sont assemblés pour reconstituer des figures ou des objets à l'échelle monumentale. Il exploite ensuite des matériaux plus classiques (marbre, pierre, bois, bronze) où se jouent des formes plus organiques. La sculpture britannique est saluée quelques mois plus tard dans l'enceinte de la galerie nationale du Jeu de paume et dans le jardin des Tuileries qui l'entoure (jardin qui, selon les vœux ministériels, serait susceptible d'accueillir prochainement un grand programme de sculptures publiques contemporaines). Le titre de cette exposition rétrospective (« Cent ans de sculpture anglaise ») annonçait une certaine profusion que le spectateur ne retrouve pas dans les lieux, déçu, il faut le dire, par la faible quantité de travaux, la sélection trop restrictive des artistes et le choix contestable de nombreuses œuvres. On y retrouve les maîtres modernes, de Jacob Epstein à Henry Moore (dont le travail était aussi présenté au musée des Beaux-Arts de Nantes), l'important courant de l'abstraction géométrique, de Barbara Hepworth à Anthony Caro, mais aussi, sous un jour plus contemporain, les œuvres informes de Barry Flanagan ou les recherches paysagères de Richard Long. Pour compléter ce panorama de la création anglaise, la section contemporaine du musée d'Art moderne de la Ville de Paris (ARC) proposait, à la rentrée d'octobre, une sélection de quelque soixante jeunes artistes de ce pays. Commandée à Hans-Ulrich Obrist, cette exposition, qui écartait délibérément le courant de la nouvelle peinture londonienne, s'est concentrée, avec plus ou moins de bonheur, sur des installations environnementales, oscillant entre la culture trash, un certain réalisme critique et des ambiances nostalgiques. C'est du côté du déchirement qu'il faut reconnaître la part tutélaire de Francis Bacon dans la peinture anglaise de ces quarante dernières années. Le Centre Pompidou lui consacrait une importante rétrospective réunissant plus de quatre-vingts tableaux qui donnent une image presque définitive et historique, classique tout au moins, de l'artiste anglais mort en 1992. Dès 1944, avec Trois Études de figure au pied d'une crucifixion, le système iconographique de Bacon est mis en place : figures monstrueuses, horreurs et cris, corps difformes réinterprétant, sous forme tragique, des références classiques corrigées à l'aune d'un siècle de barbarie. Cette violence du corps meurtri en suspension sur des fonds monochromes aux couleurs crues est, hélas, édulcorée par la présence frustrante de vitres qui protègent la toile du souhait même de l'artiste. On y voit son propre reflet dialoguant avec la figure contorsionnée, mais cette surface réfléchissante instaure une distance qui rend parfois l'œuvre trop esthétisante et annule son pouvoir corrosif.

    • Marché de l'art : état stationnaire

      Entre les résultats mitigés des enchères publiques et les satisfactions affichées mais incontrôlables des organisateurs de foires et salons, l'état du marché de l'art, au terme de l'année 1996, reste stationnaire et sans grand relief. Si la tendance générale semble plutôt à la hausse du côté des « Anglais » (Londres et New York), il n'en va pas de même dans l'Hexagone, toujours empêtré dans ses individualismes et sa fiscalité d'un autre âge. La scène internationale des enchères nous a offert, comme d'habitude, quelques shows médiatiques, dont le plus remarqué fut, au printemps, la vente Jackie Kennedy à New York. Avec des résultats quintuples des estimations, n'ayant évidemment rien à voir avec la réalité du marché. À une échelle plus modeste, les souvenirs de Yul Brynner, dispersés à Paris en septembre, ont réalisé un chiffre triple de celui attendu. De même, le mobilier, pourtant guère reluisant, du comte et de la comtesse de Paris attira sur le Rocher, en décembre, de nombreux admirateurs des Orléans. Ces cas particuliers mis à part, le marché présente son mélange habituel et diversement dosé de coups d'éclat, de routine et de déceptions. Les coups d'éclat sont peu nombreux. Le plus éclatant, ce fut, en novembre, les 10,3 millions de dollars (52 millions de francs) payés à New York lors de la vente George Ortiz pour la soupière d'argent xviiie du service Orléans-Penthièvre, au poinçon aussi rare que prestigieux de Thomas Germain. Chiffre le plus élevé jamais payé pour une pièce d'argenterie.

    • Théâtre : une saison d'acteurs

      Quand les metteurs en scène, qui tendent à occuper l'avant-scène depuis une trentaine d'années, montrent des signes de faiblesse, l'acteur reprend naturellement sa place première. C'est l'une des évolutions de l'année théâtrale, où l'on a vu successivement Peter Brook moins incisif dans ses deux dernières mises en scène (Oh les beaux jours, de Beckett, et Qui est là ?, travail sur le thème du spectre chez Shakespeare), Georges Lavaudant pris au piège d'un Roi Lear trop parodique, Alain Françon mal accueilli en Avignon pour une mise en scène glaciale d'Édouard II, de Marlowe, qui inaugurait le festival, Jorge Lavelli brillant, mais confronté à des œuvres moins fortes qu'auparavant (Arloc, de Serge Kribus), Jean-Pierre Vincent trop respectueux des défauts mélodramatiques d'un Nerval oublié, Léo Burckart... On ne saurait cependant généraliser et passer sous silence l'émergence de nouvelles personnalités (Patrick Beaunesne et Claire Lannes, respectivement remarqués pour leur mise en scène d'Un mois à la campagne, de Tourgueniev, et de Platonov, de Tchekhov), le remarquable retour de Jacques Lassalle, qui, cueilli à froid par une critique négative lors de ses derniers spectacles, avait annoncé sa volonté de renoncer au théâtre. Il n'en fit rien, et sa mise en scène d'Un homme difficile, de Hofmannsthal, a constitué l'un des plus beaux spectacles de la fin de saison : de la comédie d'un homme rentré de guerre et courtisé par plusieurs femmes, il fit une grande fresque douloureuse sur la solitude et l'indécision.

    • Danse

      Hormis la crise de Châteauvallon, la danse aura connu en 1996 une année plutôt paisible, sans grands bouleversements artistiques ni structurels. Pas de routine cependant, même à l'Opéra de Paris, qui reste toujours le thermomètre de la danse classique, et aujourd'hui contemporaine. En effet, la présence de Brigitte Lefèvre à la tête de la compagnie a accentué la tendance de ces dernières années allant vers un élargissement de l'horizon moderne du répertoire. Galotta, Mats Ek, Preljocaj sont devenus monnaie courante. On y annonce des créations de Carolyn Carlson et l'entrée au répertoire du Sacre du printemps de Pina Bausch. Et tout cela aux côtés du Casse-Noisette et de la Belle au bois dormant, version Noureïev, des multiples programmes Robbins et Balanchine, et aussi de la présence régulière de Roland Petit, dont on a remonté Notre-Dame de Paris à l'Opéra-Bastille. Maurice Béjart aussi a fait un retour fracassant avec sa Neuvième Symphonie dans cette même salle particulièrement adaptée à un spectacle de cette ampleur. La compagnie se porte mieux que jamais. Elle a triomphé à New York, en juin, comme à Paris toute l'année, devant des salles combles, avec parfois le même jour spectacle à Garnier et à Bastille. Le classique n'est pas mort. Un deuil pourtant avec la disparition à quatre-vingt-quatre ans de Lycette Darsonval, grande étoile de Lifar.

    • Photographie

      Après le festival houleux et plutôt controversé de l'an dernier, Arles a retrouvé son souffle grâce à son nouveau directeur artistique, le Catalan Joan Fontcuberta, avec une affiche qui s'interroge sur le vrai et le faux à travers 17 expositions et 4 projections intitulées « Réels, Fictions, Virtuel ». Cette approche de l'image est d'autant plus intéressante qu'elle se situe dans la foulée du lancement du format technique APS (Advanced Photographie System).

    • Architecture

      En ces temps incertains, le « mouvement moderne » apparaît comme la valeur refuge d'une architecture en crise. Héritée du siècle, cette modernité référencée a désormais droit de cité. Intégrée à la ville et aujourd'hui parée d'un mérite patrimonial, elle apparaît parfois datée, bientôt archaïque. Cette « archéo-modernité » ne parvient cependant pas à triompher d'un courant high-tech un peu passé de mode, certes, mais porté par une innovation technologique qui redouble et se démultiplie tous azimuts. Si l'emphase techniciste n'est plus de mise, les références se déplacent aussi. Allégeance obligée, Le Corbusier est usé d'avoir beaucoup servi, son cadre de production dépassé et caduc. En revanche, l'ombre portée de Mies van der Rohe sur l'horizon du siècle n'a jamais été aussi grande et présente. Son œuvre concilie les canons de la modernité, la pensée technique et une irréductible volonté esthétique. La synthèse qu'il propose dépasse la question du style pour fondre rationalisme et sensibilité dans un art minimal, matériel et abstrait, actuel comme jamais.

    • Patrimoine

      Le patrimoine est traditionnellement l'enfant chéri des gouvernements de droite. Pour certains essayistes conservateurs, dont Marc Fumaroli, sa protection est même la seule justification du ministère de la Culture. Et l'on doit effectivement à François Léotard, qui occupa la rue de Valois pendant la première cohabitation (1986-1988), la première loi de programme destinée à sauvegarder les grandes traces de notre mémoire. Elle a été renouvelée par Jack Lang. Le budget présenté par Philippe Douste-Blazy pour 1997 écorne sévèrement cette priorité. D'abord, la deuxième loi de programme, qui devait s'achever en 1998, est étalée sur une année de plus. Les autorisations de programme – c'est-à-dire la capacité du ministère à engager des opérations nouvelles en matière de patrimoine –, qui se montaient à plus de 1,6 milliard de francs en 1996, sont ramenées à 1,07 milliard, soit une diminution de 34,6 %. Pour éviter que les entreprises spécialisées qui travaillent sur les monuments historiques ne soient trop pénalisées, le ministre a indiqué qu'« il veillera à mobiliser plus activement les crédits mis en place les années précédentes pour que le volume global des chantiers ouverts en 1997 ne soit pas réduit ».

    • Archéologie

      C'est en juin 1996 qu'a été décrite la découverte exceptionnelle faite dans le sud du Pérou en septembre précédent : un numéro du National Geographic Magazine a présenté cette momie inca merveilleusement conservée, trouvée dans les glaces du Nevado Ampato, à 6 300 m d'altitude. Des cendres venues d'un volcan voisin s'étaient déposées sur la glace, qui avait fondu. La sépulture construite au sommet s'était effondrée, la momie avait roulé plus bas... où l'équipe conduite par l'anthropologue Johan Reinhard, du muséum de Chicago, la retrouva.

    • BD

      L'année 1996 s'ouvre sur une controverse. Fallait-il fêter le centenaire de la bande dessinée en prenant pour référence l'apparition des premières bulles dans The Yellow Kid, une série américaine imaginée par Richard Felton Outcault pour le New York Journal, ou bien devait-on considérer le Suisse Rodolphe Töppfer comme le véritable « inventeur » du genre. (Pour la petite histoire, 1996 marque également le cent cinquantenaire de la disparition de ce dernier.)

    • Programmes TV : la loi des séries

      Le scandale des animateurs-producteurs a-t-il refroidi le marché des transferts ? La rentrée de septembre n'a été marquée que par un léger va-et-vient d'animateurs entre TF1 et France 2. Arthur et Nagui ont ainsi quitté la chaîne publique pour animer, respectivement, « La fureur du samedi soir », émission de variétés, et « L'appel de la couette », version liftée de « N'oubliez pas votre brosse à dents ». De son côté, Patrick Sébastien est revenu sur la chaîne publique avec un divertissement bimensuel basé sur le hasard. Jean-Luc Delarue et Michel Drucker ont conservé « Ça se discute » et « Studio Gabriel », alors qu'Alexandra Kazan présente désormais « Taratata » (toujours produite par Nagui) et que Frédéric Mitterrand veille sur un nouveau ciné-club, inauguré par un cycle Marilyn Monroe. Rien que de très classique. Par contre, Philippe Tesson, Mireille Dumas et Tina Kieffer ont disparu des écrans.

  • Sports
    • Sports 96 : une année tricolore

      Les derniers jeux Olympiques du siècle resteront dans l'histoire. Pour le meilleur et pour le pire. Sur le plan sportif, le succès est indéniable. Sur la piste du stade d'Atlanta, plusieurs exploits ont rythmé les compétitions. Le plus spectaculaire pour Michael Johnson dans un 200 m avalé en 19″ 32. Le plus émouvant pour Carl Lewis, consacré seigneur des anneaux olympiques après la conquête d'un 10e titre. Dans le sillage de ses chefs de file, l'équipe de France a fort bien tenu son rang. Avec 37 médailles et 15 titres, elle a obtenu son meilleur résultat de l'après-guerre. À Atlanta, le pire, ce fut d'abord l'attentat perpétré au cœur du parc olympique. Bilan : 2 morts, 112 blessés. Ce fut aussi ce même parc transformé par les sponsors des Jeux en vaste foire commerciale. Ce fut enfin des cafouillages à répétition dans l'organisation. Le financement complet des Jeux par l'argent privé a montré ses limites. Ces Olympiades du centenaire ont marqué l'aboutissement des dérives du sport moderne. Le Comité international olympique a promis de rectifier le tir en vue des Jeux de Sydney. Dont acte.

    • Portraits

      Michael Johnson est une énigme vivante, un mystère qui défie les lois de la physique régissant le mouvement. L'homme qui, aux Jeux d'Atlanta, a réussi un inédit doublé 200 m - 400 m, celui qui, sur le tartan du Stade olympique du Centenaire, a porté le record du monde du 200 m à des sommets himalayens (19″ 32), cet homme-là ne sait pas courir. Les puristes sont formels.

    • Atlanta 96, XXIIIes jeux Olympiques

      Les Jeux d'Atlanta marquaient le centenaire de la renaissance de l'olympisme. Loin des préceptes fondateurs du baron Pierre de Coubertin, ces Jeux ont été victimes de la vésanie des actes de terrorisme et, moins tragiquement, des excès de l'ultralibéralisme, maux symptomatiques du siècle écoulé.

    • Disciplines

      Dans les épreuves de fond et de demi-fond, la saison post-olympique a révélé de nouveaux champions, aussi jeunes que talentueux. Le premier d'entre eux, Daniel Komen, est sorti de l'anonymat après avoir naïvement raté le record du monde du 3 000 m. Lors du meeting de Monaco, il a oublié de regarder le panneau lumineux sur lequel défilaient les secondes et a manqué le record pour 5 minuscules centièmes, après avoir ralenti dans les 200 derniers mètres. Le distrait a finalement inscrit son nom sur les tablettes (en 7′ 20″ 67) quelques jours plus tard, à l'occasion de la réunion de Rieti, en Italie. À seulement vingt ans, D. Komen s'affirme comme le plus sûr espoir de l'athlétisme kenyan.

  • Statistiques
  • Nécrologie

    Aba (Noureddine), écrivain et dramaturge algérien de langue française (Sétif 1922 – 19/09/96).