Jusqu'au terme de la campagne électorale, la politique linguistique québécoise a constitué l'un des éléments majeurs de la lutte des partis. Toutefois, l'appui ou l'opposition de ces derniers n'atténue en rien la volonté du gouvernement de Robert Bourassa d'en faire la pierre angulaire de la souveraineté culturelle du Québec. Le 30 juillet, 22 jours après le scrutin, l'Assemblée nationale adopte la loi 22 malgré l'obstruction systématique du PQ (Parti québécois) et la désapprobation des députés anglophones. Le Premier ministre P. E. Trudeau annonce, sous les pressions de certains gouvernements provinciaux anglais, l'étude de la constitutionnalité de la nouvelle loi.

Scandale

Des scandales, tout au long de l'année, jettent le discrédit sur la moralité publique et l'intégrité gouvernementale.

Au Québec, le gouvernement libéral du Premier ministre Robert Bourassa, déjà secoué par l'affaire Laporte (Journal de l'année 1973-74), est confronté cette fois à des accusations de conflits d'intérêt et corruption portées contre des ministres, des députés et de hauts fonctionnaires.

Le Premier ministre Robert Bourassa, qui vante l'intégrité de son parti, accepte le 24 juillet 1974 la démission d'un de ses députés, Jean-Claude Boutin, un jeune avocat âgé de 31 ans, accusé par l'opposition du PQ d'avoir contrevenu à la loi de la législature en accomplissant des mandats au nom et pour le procureur général du Québec. Refusant d'être jugé par l'Assemblée nationale, il décide de s'en remettre aux électeurs de sa circonscription, lesquels lui préfèrent, le 28 août, lors d'élections complémentaires, le chef intérimaire de l'Union nationale, Maurice Bellemare. Le 28 février 1975, le Parti libéral de Robert Bourassa reçoit la démission d'un autre député, Guy Leduc, que la Commission d'enquête sur le crime organisé blâme d'avoir entretenu des relations suivies avec la pègre québécoise.

Entre-temps, la Commission d'enquête sur la liberté syndicale au Québec, créée à la suite d'actes de vandalisme commis sur le chantier hydroélectrique de la baie James, met en lumière, entre les mois de septembre 1974 et de février 1975, plusieurs pratiques odieuses de chantage, d'extorsion et de favoritisme politique, ainsi que l'utilisation fréquente de la violence dans l'industrie de la construction. Les témoignages entendus au cours des auditions publiques révèlent l'existence, au sein du gouvernement Bourassa, d'un pouvoir parallèle, véritable maître-d'œuvre de cette situation. Le but recherché par les personnes impliquées, ministres, hauts fonctionnaires et patrons, toutes plus ou moins liées au Premier ministre, est la préservation du monopole syndical de la plus puissante centrale ouvrière québécoise, la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), dont certains dirigeants sont de fervents partisans des libéraux lors d'élections. Impliqué immédiatement dans une affaire de pots-de-vin, le Premier ministre nie, puis avoue enfin, contredit par son ministre de la Justice, Jérôme Choquette.

Au terme des auditions de la Commission, la vie politique québécoise et canadienne est suspendue à ce mini Watergate. Intellectuels, éditorialistes et membres du gouvernement fédéral exigent du Premier ministre Robert Bourassa qu'il assainisse le climat politique par des mesures concrètes, afin de redonner confiance aux Québécois.

Le Premier ministre de la province voisine, l'Ontario, William Davis, comprend quant à lui, à la veille des élections législatives prévues en principe pour l'automne 1975, la nécessité de réhabiliter l'image du Parti conservateur, dont il est le chef, et de faire oublier une succession de scandales.

L'affaire la plus importante de corruption, impliquant une compagnie immobilière de Toronto (laquelle aurait versé 50 000 dollars aux conservateurs et 30 000 dollars à leur argentier), l'incite, le 15 février 1975, à déposer un projet de loi sur le financement des caisses électorales. Aux yeux des Ontariens, cependant, ce geste ne prouve nullement l'intégrité de leur gouvernement.