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Petrus Paulus Rubens

Rubens, la Toilette de Vénus
Rubens, la Toilette de Vénus

Peintre flamand (Siegen, Westphalie, 1577-Anvers 1640).

Peintre du Nord conquis par les splendeurs de la Renaissance italienne, Petrus Paulus Rubens eut le génie de concilier ses diverses sources d'inspiration en un style qui représente l'apogée du baroque européen. Intime de plusieurs souverains, il fut l'exemple accompli de l'artiste international.

1. Le choc de la Renaissance italienne

Sixième enfant d'un échevin de la ville d'Anvers, qui avait dû s'exiler en Allemagne en raison de ses sympathies pour la Réforme, Rubens retrouve la capitale flamande quand sa mère décide d'y rentrer après la mort de son mari, en 1587. À l'âge de 14 ans, il est placé en apprentissage chez plusieurs peintres et, en 1600, il entreprend un voyage en Italie qui va être déterminant.

À Venise, il s'imprègne de l'art de Titien, qui restera son grand modèle, et de celui du Tintoret. À Mantoue, où le fait venir le duc Vincent Ier Gonzague (1562-1612), il copie Mantegna et commence son importante collection d'antiques.

À Rome, Rubens est impressionné par Michel-Ange, Raphaël, le Caravage et les Carrache. À Gênes (1605-1606), il s'initie au portrait, puis, retournant à Rome, il peut y achever en 1608 les peintures du chœur de la Chiesa Nuova. Apprenant alors que sa mère est mourante, il quitte l'Italie, qu'il ne reverra plus, mais dont il n'oubliera jamais les enseignements.

Peintre du mouvement et de la couleur, autant que du plaisir et de la sensualité, il remplira ses toiles de figures au modelé très plastique, mariant avec délectation la tradition flamande du détail à la facture monumentale propre au style ornemental italien. Sa manière ne pourra que flatter les ambitions des grands de son époque, qui feront de lui leur peintre préféré.

2. L'exaltation de la vie et de la foi

En 1609, Rubens entre au service de l'archiduc Albert de Habsbourg (1559-1621), fils de l'empereur Maximilien II, et de l'infante Isabelle (1566-1633), fille du roi d'Espagne Philippe II, qui lui a donné en dot les Pays-Bas.

Cette même année, il épouse Isabelle Brandt, la fille d'un grand avocat d'Anvers. Sa carrière commence vraiment avec les deux triptyques de la cathédrale d'Anvers : l'Érection de la Croix (1610) et la Descente de Croix (1612). Au carrefour du réalisme septentrional (le Fils prodigue) et de la poésie épique (la Bataille des Amazones, 1618), son art célèbre la vie sous toutes ses formes. L'énergie physique apparaît de la même façon dans ses diverses scènes de chasse et versions du Jugement dernier.

Proche des jésuites, Rubens traduit l'esprit conquérant de la Contre-Réforme, qui est aussi celui du style baroque (le Miracle de saint Ignace de Loyola, vers 1618 ; le Coup de lance, vers 1620). Dans ses différentes versions de l'Adoration des Mages, il invente une manière où les effets de lumière, le relief des chairs et la polychromie des vêtements s'interpénètrent au lieu de se juxtaposer.

3. Des compositions d'envergure

Pour satisfaire à toutes les commandes, Rubens doit s'entourer de nombreux aides (plus de cent, affirme-t-il), tels que Frans Snijders et Paul De Vos (vers 1596–1678) pour les animaux, Jan Wildens (vers 1585-1653) et Lucas Van Uden (1595-1672) pour les paysages. De 1616 à 1621, Antonie Van Dyck est son disciple préféré et son collaborateur le plus actif.

Appelé à Paris, Rubens réalise, en moins de quatre ans (1622-1625), les vingt-quatre grandes compositions dédiées à la Vie de Marie de Médicis et destinées alors à l'une des galeries du palais du Luxembourg. Réalité, allégorie et mythologie y forment un amalgame fantaisiste, parfois cocasse, mais on oublie la rhétorique devant des morceaux comme les sirènes du Débarquement à Marseille et les portraits du Couronnement de Marie de Médicis.

4. L'éclatante réussite du peintre diplomate

Devenu, aux Pays-Bas, le conseiller intime de l'infante Isabelle, Rubens va cumuler les fonctions d'artiste et d'homme de confiance, dont les missions commencent dans le contexte de la guerre de Trente Ans. Présent à Madrid en 1628, il se lie avec Diego Velázquez.

Envoyé à Londres, pour négocier la paix entre l'Espagne et l'Angleterre (1629-1630), il est sollicité par la Couronne pour décorer le plafond de la salle des Banquets du palais de Whitehall (les peintures seront exécutées à Bruxelles entre 1629 et 1634, puis mises en place en 1636). En 1631-1632, c'est encore lui qui est chargé de conclure une trêve entre les Provinces-Unies, calvinistes, et les Pays-Bas du Sud, catholiques.

5. Le gentilhomme humaniste

Depuis 1611, Rubens est installé à Anvers, dans sa maison du Wapper à laquelle il a fait ajouter une aile dans le style italien et un portique dans le goût baroque. Après avoir perdu en 1626 sa première femme, qui lui laisse deux fils, il se remarie en 1630 avec la jeune Hélène Fourment (1614-1673), qui devient son modèle de prédilection ; il la représentera tour à tour en déesse, en mère ou en princesse.

Si l'on en croit le Français Roger de Piles, qui brosse le portrait de Rubens dans un ouvrage dédié au cardinal de Richelieu, le peintre est un fin lettré qui se fait faire la lecture de Plutarque ou de Sénèque tandis qu'il est à l'ouvrage. Il a une prédilection pour les poètes latins, tel Ovide dont les Métamorphoses lui inspirent 112 tableaux (1637-1638), destinés au pavillon de chasse du roi d'Espagne Philippe IV. En parfait gentilhomme, il cultive l'art de la conversation, et la reine Marie de Médicis n'est pas la dernière à tomber sous son charme.

Esprit sain dans un corps sain, selon le précepte antique, Rubens tient à son hygiène de vie. Il ne fait aucun excès de nourriture et, après sa journée de travail, se délasse en se promenant dans Anvers sur un de ses chevaux d'Espagne qu'il affectionne. Sinon, il se livre à quelque lecture ou bien contemple ses collections – car il a, comme Rembrandt, la passion des objets précieux.

6. L'effusion des dernières œuvres

En 1635, il acquiert le château du Steen (entre Anvers et Malines), où il s'adonnera à la peinture de paysages transfigurés par une vision lyrique de la nature (Paysage avec arc-en-ciel 1635). Dans la Kermesse (vers 1635-1638) revit l'esprit de Bruegel l'Ancien. Le thème du Jardin d'amour annonce les « fêtes galantes » d'Antoine Watteau.

Tant dans ses cartons de tapisseries (Triomphe de l'Eucharistie, 1625-1627 ; Histoire d'Achille, 1630-1632), que dans ses ultimes compositions, Rubens continue à mêler les thèmes religieux les plus traditionnels (le Martyre de saint Liévin, vers 1633 ; Montée au Calvaire, vers 1634.) aux thèmes mythologiques. Ceux-ci parachèvent son œuvre d'audacieux peintre de nus féminins (la Mort de Didon, vers 1635-1638 ; le Jugement de Pâris, vers 1639 ; les Trois Grâces).

On attribue plus de 2 000 œuvres à Rubens et à son atelier. L'influence du peintre s'étendra aux autres arts de son temps (architecture, sculpture, gravure, décoration). Outre d'importants écrits (Théorie de la figure humaine, considérée dans ses principes, soit en repos, soit en mouvement, 1773 [pour la traduction française]), Rubens laisse une abondante correspondance avec de hauts personnages.

7. Citations

« Aucune entreprise, pour vaste qu'elle soit dans son envergure et diversifiée dans son sujet, n'a surpassé mon courage. »

Petrus Paulus Rubens, dans une lettre adressée en 1621 à l'émissaire du roi d'Angleterre Jacques Ier, qu'il prend ainsi à témoin de sa foi en son génie.

« Rubens manie la brosse avec la verve et la chaleur qui l'animent ; il est entraînant, parce que son tempérament est entraînant. »

Charles Blanc (1813-1882), fondateur de la Gazette des beaux-arts.

« En se permettant tout, il vous porte au-delà de la limite qu'atteignent à peine les plus grands esprits ; il vous domine, il vous écrase sous tant de liberté et de hardiesse. »

Eugène Delacroix, qui voyait en Rubens l'« Homère de la peinture ».