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Michelangelo Merisi, dit il Caravaggio, en français le Caravage

Le Caravage, la Diseuse de bonne aventure
Le Caravage, la Diseuse de bonne aventure

Peintre italien (Milan ? vers 1571-Porto Ercole, province de Grosseto, 1610).

Initiateur d'une forme de réalisme populiste qui mit un terme à l'esprit de la Renaissance, le Caravage fut combattu par ceux que scandalisaient ses audaces. Considéré comme l'un des pères de la peinture moderne, il laissa en héritage le caravagisme, qui exerce toujours la même fascination.

1. Des débuts difficiles

Michelangelo Merisi tiendrait son surnom du village lombard de Caravaggio, d'où ses parents sont originaires et dans lequel il passe une partie de son enfance. Il gagne ensuite Milan et, en 1584, entre en apprentissage auprès du peintre Simone Peterzano (vers 1540-1596), chez qui se perpétue la tradition du maniérisme.

C'est au cours de cette période que se joue le destin d'un artiste appelé à devenir révolutionnaire. Âgé d'une vingtaine d'années, il part tenter sa chance dans la Rome des papes et des mécènes. Il y connaît des débuts difficiles, partageant la vie du peuple auquel il empruntera ses modèles – notamment ceux de jeunes garçons qui invitent parfois à une lecture érotique de son œuvre. Accueilli dans l'atelier de Giuseppe Cesari, dit le Cavalier d'Arpin, peintre décorateur également maniériste, il exécute des fleurs et des fruits. Il le quitte cependant et s'installe chez le cardinal Francesco dal Monte, protecteur des artistes.

2. Le promoteur d'un style

Très tôt, le Caravage adopte un style personnel. Il réagit contre les conventions du maniérisme et leur oppose une « peinture naturelle » empreinte d'une crudité qui ne peut que choquer, par exemple, un admirateur de Raphaël.

Il renouvelle les thèmes profanes, tels que celui de Bacchus dans son Bacchus malade (vers 1593) et dans son Bacchus adolescent (1597), qui sert de prétexte à une accumulation de produits naturels et d'objets quotidiens ; l'Amour vainqueur (vers 1598) est considéré, non sans raison, comme une parodie d'un motif cher à Michel-Ange.

N'établissant aucune hiérarchie de valeurs dans les multiples aspects du réel qui nourrissent son inspiration, le Caravage traite un thème religieux comme le Repos pendant la fuite en Égypte (1595-1596) à la manière d'un thème trivial comme la Diseuse de bonne aventure (vers 1594). Rompant définitivement avec la peinture de genre antérieure, il fait de sa Corbeille de fruits (1597-1598), à la vérité éclatante et tangible, l'unique motif d'un tableau qui est regardé comme la première nature morte moderne.

3. Un tournant capital

De 1599 à 1602, le Caravage réalise sa première grande commande : celle des toiles de la vie de saint Matthieu destinées à la chapelle Contarelli de l'église Saint-Louis-des-Français (Vocation de saint Matthieu, Martyre de saint Matthieu, Saint Matthieu et l'ange).

Ces œuvres marquent un tournant capital dans son itinéraire. Elles traduisent une crise de conscience qui pousse le peintre à s'interroger sur le bien-fondé de son interprétation réaliste de tout événement, même sacré. Il cherche alors un langage nouveau qui puisse justifier les libertés que cette interprétation entraîne nécessairement à l'égard de l'iconographie consacrée par la tradition et reconnue par l'Église.

4. Le maître du luminisme

Orfèvre de la palette brune, le Caravage impose son credo esthétique de façon d'autant plus pénétrante que celui-ci s'exprime avec une sorte de calme certitude. Audacieusement transposés dans une ambiance familière, les événements sacrés sont saisis dans leur évidence à la fois physique et spirituelle grâce au rôle révélateur de la lumière.

Celle-ci, qui provient d'une source latérale extérieure au tableau, éclaire les éléments essentiels de la composition en obéissant non pas à des lois optiques, mais aux exigences de l'artiste. La scène est alors plongée dans un clair-obscur qui la dramatise : c'est l'affirmation du « luminisme » caravagesque, qui se situe aux antipodes de la tradition chromatique des grands maîtres du xvie s.

Plus intenses encore que les précédentes, les compositions intitulées le Crucifiement de saint Pierre et la Conversion de saint Paul (1600-1601) sont le fruit d'un approfondissement des thèmes religieux, qui s'exprime par un réalisme poussé à l'extrême (par exemple, la croupe du cheval au premier plan de la Conversion de saint Paul) et par une évolution du clair-obscur insistant sur le fond noir.

Dans cette même lignée se situent la Mise au tombeau (1602-1604) et la Madone des pèlerins (1603-1605). Puis l'obscurité envahit de plus en plus les tableaux, devenant le symbole même d'une lutte contre les ténèbres (Mort de la Vierge, 1605-1606 ; des Saint Jérôme, 1605 et 1606).

5. Le peintre mauvais garçon

La vie de débauche et de violence que le Caravage mène dans les bas-fonds de Rome contraste fort avec la carrière d'un peintre bien en cour auprès des gens d'Église et si ardemment attaché au sujet religieux. Que la légende en ait rajouté ou non, il est attesté qu'il eut maille à partir avec la police pontificale. On a retrouvé trace, en effet, des poursuites judiciaires dont il fut l'objet.

Ayant toujours l'épée au côté, il n'est pas le dernier à jouer les bretteurs et, quoique traité avec indulgence, il goûte de la geôle à plusieurs reprises. En 1606, c'est d'un crime qu'il se rend coupable lorsque, se prenant de querelle avec le jeune Ranuccio Tomassoni, il le tue.

6. L'artiste nomade

Recherché pour ce meurtre, le Caravage doit quitter Rome. Il s'enfuit à Naples. C'est probablement pendant sa fuite qu'il peint un Repas à Emmaüs en le développant sur le schéma d'une scène de taverne où chaque personnage sort de l'obscurité grâce à un éclairage individuel qui saisit les sentiments sur le vif. Arrivé à Naples en 1607, il travaille fébrilement à de nombreuses œuvres qui sont aujourd'hui en partie perdues. Parmi celles qui subsistent figurent les fameuses Sept Œuvres de miséricorde.

En 1607-1608, le Caravage est à Malte, où il se met au service des chevaliers de l'ordre de Malte (Portrait d'Alof de Wignacourt, Décollation de saint Jean-Baptiste et Saint Jérôme), avant d'être à nouveau obligé de fuir. Il débarque alors en Sicile en octobre 1608, puis revient à Naples l'année suivante. Au cours de ses pérégrinations, il réalise des chefs-d'œuvre comme les Funérailles de sainte Lucie, la Résurrection de Lazare et l'Adoration des bergers, la Nativité et, sans doute, Saint Jean-Baptiste. Fidèle à son attachement aux aspects les plus humbles de la vie quotidienne, le Caravage en donne, dans ses dernières œuvres, la version la plus spiritualisée, que traduit une mise en page toute de sobriété et de noblesse.

Décidé à rentrer à Rome, le peintre, qui a 38 ans, gagne par la mer Porto Ercole. A-t-il été arrêté par erreur à sa descente de bateau, puis relâché ? Toujours est-il que, dénué de tout, brûlé par le soleil et souffrant de malaria, il trouve la mort sur cette plage du Latium. L'unanimité des historiens d'art ne s'est jamais faite sur toutes les œuvres qui doivent être attribuées au Caravage. Si celui-ci est sans disciple direct, il aura en revanche une immense postérité.

7. Citations

« Dépouillant la couleur de tout artifice et de toute vanité, [il] rendit aux teintes leur vigueur, [...] ramenant ainsi les peintres à l'imitation de la nature. »

Giovanni Pietro Bellori (Vie du Caravage, 1672)

« Il était venu pour détruire la peinture. »

Nicolas Poussin, arrivé à Rome peu après la mort du Caravage.