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Moïse

en hébreu Moshé

Michel-Ange, Moïse
Michel-Ange, Moïse

(xiiie s. avant J.-C.), personnage biblique, prophète, libérateur, législateur et chef du peuple hébreu.

Dans la tradition biblique, Moïse est considéré comme un prophète inégalé, favorisé par des révélations directes. Il est l'intermédiaire reconnu entre Dieu et le peuple élu. Il est l'intercesseur qui souffre pour ses protégés. Mais le trait dominant de ce personnage biblique demeure son action législative : on parle de la « loi de Moïse » ou de la « loi mosaïque ».

Les sources scripturaires

Seule la Bible fait état de l'existence de Moïse et relate les divers épisodes de sa vie : le récit biblique demeure la source unique de tous les textes ultérieurs qui s'y réfèrent. Ceux-ci, recueillant les traditions écrites et orales, font apparaître les multiples aspects du personnage ainsi que du rôle, variable selon les interprétations, qui lui est attribué. Il apparaît au long des cinq premiers livres de la Bible hébraïque – la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome – englobés sous le titre général de Pentateuque par les chrétiens. Selon la tradition juive, cette première partie aurait été inspirée à Moïse par Dieu lui-même, voire écrite sous sa dictée. Moïse est également l'objet d'allusions dans Josué, les Juges, Samuel, les Rois et les Chroniques. Les Prophètes le citent rarement (Malachie, III, 22 ; Michée, VI, 4 ; Osée, XII, 14). Les Psaumes indiquent son rôle dans l'« histoire » d'Israël.

Les tenants de la critique biblique ont appliqué aux récits sur Moïse les procédés de leur théorie « documentaire » ; celle-ci n'enlève rien à l'historicité de cette grande figure, à laquelle il se serait ajouté, selon eux, des traits plus ou moins légendaires ; c'est ainsi, soutiennent-ils, que la législation qu'on lui attribue lui serait postérieure de plusieurs siècles.

Le récit biblique

Les Hébreux au pays de Pharaon

À l'époque de la naissance de Moïse, les douze tribus hébraïques, issues des douze fils de Jacob, sont installées en Égypte ; les descendants d'Abraham ont en effet fui le pays de Canaan, terre promise par Dieu à la postérité du patriarche. Après l'extinction de la génération de Joseph (fils de Jacob), qui entre-temps s'était multipliée et avait prospéré dans le pays d'accueil, « un autre roi se leva sur le pays qui ne connaissait pas Joseph » (Exode I, 8). Le nouveau souverain ne se sent plus lié par les mêmes engagements que son prédécesseur à la lignée de Jacob (Genèse XVII, 5-6). Voyant en elle une menace potentielle, il considère d'un mauvais œil la prospérité et la puissance du peuple des enfants d'Israël, et commence à « l'accabler de labeurs » (Exode I, 9-11). Mais, bientôt insatisfait des effets d'une telle politique, il ordonne l'extermination de tous les nouveau-nés mâles.

Moïse tiré des eaux

C'est dans ce contexte de persécutions contre son peuple que Moïse, issu d'une famille de la tribu de Lévi, vient au monde. Les exégètes s'accordent à situer l'événement vers le xiiie s. avant J.-C. Le texte biblique est assez succinct quant aux premières années de la vie de Moïse, puisqu'il ne lui consacre que dix versets, dont le mystère a nourri les interprétations les plus diverses de la part des commentateurs. Ces versets rapportent comment sa mère, Yokebed (épouse du lévite Amram et déjà mère d'Aaron et de Myriam), ne pouvant cacher le nouveau-né au-delà de trois mois, le dépose, couché dans une corbeille enduite de poix, sur les rives du fleuve, sous la surveillance de sa sœur aînée Myriam. La fille du pharaon, venue se baigner, découvre alors l'enfant ; l'ayant adopté, elle le rend, contre salaire, aux soins nourriciers de sa véritable mère. Ayant grandi, l'enfant retourne chez sa mère adoptive, qui le nomme Moïse « parce que, dit-elle, je l'ai tiré des eaux » (Exode II, 1-10), mais ce nom d'origine égyptienne signifie « fils de ».

Les versets suivants rapportent comment, adulte, Moïse lie son sort à celui des Hébreux. En effet, après avoir été élevé à la cour du pharaon, c'est-à-dire loin des siens, Moïse se rend parmi ses frères et découvre leurs souffrances. En prenant fait et cause pour eux, il rompt avec son enfance et sa jeunesse. Dans un geste qui révèle à la fois l'élan de sa révolte et son exigence de justice, il frappe à mort un Égyptien, pour l'avoir vu porter la main sur un Hébreu (Exode II, 11-12).

La révélation divine

Contraint de fuir, Moïse se réfugie dans le désert des Madianites, où il sauve les filles de Jethro (appelé parfois Reuel [Raguel] ou Hobab), menacées par des bergers. En signe de gratitude, le prêtre Jethro l'invite à séjourner chez lui et lui donne l'une de ses filles pour épouse.

Au cours de ce séjour, Dieu apparaît pour la première fois aux yeux de Moïse : il se manifeste sous la forme d'un Buisson ardent (flambant sans se consumer) et lui révèle son nom, Yahvé ; il lui confie la mission de délivrer son peuple et de le guider vers Canaan, le « pays ruisselant de lait et de miel » (Exode III). Moïse rentre donc en Égypte.

Commence alors pour Moïse, secondé par son frère Aaron, une longue et pénible confrontation avec Pharaon (Exode V à XII), qui refuse obstinément de rendre leur liberté aux Hébreux. Dieu ayant infligé les « dix plaies » aux Égyptiens, Pharaon est contraint de céder. Dieu annonce à Moïse : « Je parcourrai le pays d'Égypte cette même nuit ; je frapperai tout premier-né dans le pays d'Égypte […]. » En même temps, il ordonne aux Hébreux d'égorger un agneau par foyer, de le consommer en toute hâte et de badigeonner de son sang les poteaux et les linteaux de leur maison : « […] et le sang sera pour vous un signe sur les maisons où vous habitez : et je verrai le sang et je passerai par-dessus vous, et il n'y aura pas sur vous de destruction lorsque je sévirai sur le pays d'Égypte » (Exode XII, 12-13). Pour sa part, le fils de Pharaon n'échappe pas à la sanction divine, et cette nuit, funeste pour l'Égypte, marque pour les Hébreux le début de leur délivrance. Aujourd'hui encore, l'épisode est commémoré chaque année par les juifs à l'occasion de la Pâque (qui signifie en hébreu « passer par-dessus »), pendant laquelle il est de tradition de lire et de commenter la Aggada (ensemble des textes du Talmud se rapportant entre autres à la sortie d'Égypte).

L’Exode vers la Terre promise

Dans la nuit du 15 Nisan selon la Tradition juive, les Hébreux entament enfin leur longue pérégrination, précédés par une colonne de feu qui leur indique la direction du pays de Canaan. Leur exode est ponctué de phénomènes à caractère plus ou moins surnaturel, tel le passage de la mer Rouge (Exode XIV), qui s'ouvre devant le peuple de Moïse pour se refermer sur ses poursuivants égyptiens, ou l'apparition de la manne (Exode XVI), une nourriture miraculeuse dispensée par Dieu en plein désert.

Mais l'événement crucial du livre de l'Exode est la révélation divine au mont Sinaï : Dieu, ayant choisi Moïse pour faire connaître son message, lui donne le Décalogue (les « Dix Commandements » gravés sur les Tables), noyau de la Torah. Loi morale, politique et rituelle, la Torah scelle le pacte conclu entre Dieu et son peuple, conduit par Moïse : le respect des préceptes qu'elle contient est la condition de l'accès des Hébreux à la Terre promise, limitée par la « mer des Joncs » (la mer Rouge), la « mer des Philistins » (la mer Méditerranée), le « désert » (la Syrie) et le « fleuve » (l’Euphrate).

Toutefois les Hébreux, impatients et indociles, en viennent à mettre en doute la crédibilité des paroles de Moïse et des promesses du Dieu invisible (Nombres XIII) ; ils pressent Aaron de leur confectionner une idole qu’ils adorent sous la forme d’un veau d'or (Exode XXXII) et contestent l'autorité de Moïse lors de la révolte de Korah (Nombres XVI). Tout cela leur vaut la colère de Dieu, qui les condamne à errer dans le désert pendant quarante années, avant de pouvoir entrer dans le pays de Canaan, soit le temps nécessaire au remplacement d'une génération d'esclaves par une génération d'hommes libres, instruits dans la Loi et prêts à assumer l'Alliance conclue sur le mont Sinaï.

Comme les Hébreux de sa génération, à l'exception de Caleb et de Josué, Moïse ne foulera pas le sol de la Terre promise. Sur ordre de Dieu, il confie le soin d'achever la tâche entreprise au fils de Nun, Josué. La conquête de Canaan s'effectue donc sous le commandement de ce dernier, qui aura notamment à lutter contre les Philistins. De son côté, Moïse a tout juste le temps de jeter un regard sur la Terre promise, du haut du mont Nébo, où il s'éteint à l'âge de cent vingt ans. Le Pentateuque se clôt sur cette phrase : « Il ne s'est plus levé sur Israël de prophète tel que Moïse, que le Seigneur a connu face à face » (Deutéronome XXXIV).

Les multiples figures du prophète Moïse

Introduction

Les spécialistes d'histoire ancienne conviennent que la Bible ne constitue pas une source documentaire suffisante, capable de garantir à elle seule l'authenticité historique des personnes, des lieux ou des événements qu'elle mentionne. Néanmoins, les découvertes archéologiques et les travaux en histoire comparée ont permis de vérifier et de confirmer certains des faits qu'elle rapporte. Le récit de l'Exode n'en continue pas moins de susciter les controverses les plus âpres. Et c'est encore plus vrai de la personne de Moïse.

C'est ainsi que certaines thèses, fondées sur des sources anciennes, soutiennent l'origine égyptienne de Moïse – thèse défendue par Freud. Issu d'une famille princière, il aurait été élevé à la cour du pharaon et sensibilisé par des prêtres égyptiens aux idées monothéistes, devenant l'instigateur et le chef d'une révolte à caractère politique et religieux. D'autres recherches historiques retiennent l'hypothèse selon laquelle le récit biblique prendrait place dans le contexte de la grande réforme religieuse monothéiste dont le pharaon Akhenaton aurait été l'artisan. Selon d'autres sources, gnostiques et fort anciennes, Moïse appartiendrait à une lignée de détenteurs de secrets, à l'origine de traditions mystiques et ésotériques, comme celles dues aux kabbalistes, qui attribuent au texte de la Loi révélée une signification infinie car renouvelée par chaque génération. Chacune de ces interprétations fournit un éclairage différent sur le personnage et son enseignement, accentuant sa complexité.

L’élu de Dieu

La Bible est avare de détails sur la personnalité de Moïse. Néanmoins, à travers les faits rapportés par le seul texte biblique, le lecteur peut reconnaître en lui un homme doté d'une grande autorité, à la fois profondément bon et épris de justice, courageux, mais également doué d'une grande humilité et dénué de toute ambition personnelle. C'est l'ensemble de ces vertus qui le prédispose au rôle de messager de Dieu auprès des hommes. Si Moïse occupe une place à part dans la Bible, c'est parce que deux dimensions généralement dissociées se rencontrent en lui, l'une politique et l'autre religieuse : il est fondateur à la fois d'un peuple et d'une religion.

À ses fonctions de diplomate et de chef politique s'ajoutent celles de législateur, en tant que promulgateur de la Loi, et d'administrateur de la justice (inspiré en cela par les conseils de son beau-père, Jethro). Certains, parmi les exégètes de la Bible, mettront parfois en évidence l'importance de cette fonction politique. Le théologien et philosophe juif Maimonide (xiie s.) voit ainsi dans la Loi révélée, un règlement politique donné par Moïse à sa communauté pour faire cesser les luttes d'intérêt internes, ennoblir les mœurs, inspirer des idées vraies ; en somme, organiser le peuple hébreu conformément aux commandements divins. En ce sens, le Décalogue n'est pas un simple énoncé de prescriptions religieuses, il est également constitution d'une communauté et code éthique.

En ce qui concerne ses attributions religieuses, Moïse déploie son activité dans plusieurs domaines : sacerdotal, pédagogique et spirituel. Il institue le calendrier liturgique et les modalités du culte, dont il instruit le peuple ; suivant à la lettre les instructions de Dieu, il fait dresser le tabernacle, sanctuaire itinérant qui abritera l'Arche d'alliance et les objets sacrés jusqu'à la construction du Temple, à Jérusalem. À deux reprises, il exerce lui-même la fonction sacerdotale, et c'est encore lui qui consacre le grand-prêtre (Aaron, puis Éléazar), de même qu'il désigne et définit les fonctions des lévites, les serviteurs du culte, tous membres de sa tribu.

Pourtant Moïse est avant tout prophète : médiateur de Dieu, élu pour ses hautes qualités éthiques et spirituelles, il fait connaître Sa Loi au peuple et au pharaon, qu'il contraint à plier devant la volonté divine. Il est cependant supérieur aux autres prophètes : Dieu ne lui apparaît pas en rêve ou en vision, mais bien « face à face ».

La postérité de Moïse

L'ensemble constitutif de la communauté politico-religieuse d'Israël, de son identité, de sa cohésion et de son unité trouve son origine et sa confirmation dans la vie et dans l'action de ce prophète et bras de Dieu. De nombreux théologiens de la religion juive, ceux de la Terre promise comme plus tard ceux de la Diaspora, s'accordent pour voir dans les institutions religieuses et politiques dont il est l'initiateur la cause de la spécificité du peuple juif, élu pour conduire l'humanité à l'accomplissement des commandements divins. Ce sentiment intime est le ciment qui unit entre eux les membres de la communauté. Aujourd'hui encore, l'État d'Israël manifeste avec constance sa fidélité à la mission dont Moïse fut investi le premier, et à un degré plus élevé que ses successeurs.

Étant donné l'importance de son rôle, on est fondé à se demander pourquoi Moïse n'a pas été l'objet d'une vénération particulière, voire d'une tentative de divinisation. Les rabbins, conscients de ce risque, ont tout fait pour éviter aux fidèles la tentation de le transformer en surhomme doté de pouvoirs surnaturels. C'est sans doute une des raisons pour lesquelles le texte définitif de la Bible revient à diverses reprises sur ses faiblesses et ses erreurs, et souligne explicitement l'ignorance où l'on est du lieu de sa sépulture, pour prévenir toute idolâtrie. Sur ce point, le judaïsme diverge du christianisme et de l'islam, centrés respectivement sur les figures de Jésus et de Mahomet. Il n'en demeure pas moins vrai que Moïse est révéré par la tradition juive en tant que maître, placé au-dessus de tous les autres et veillant sur la destinée du peuple.

Le personnage mosaïque dans la culture occidentale

L'importance des œuvres littéraires et artistiques traitant du personnage de Moïse ou d'un épisode de sa vie, telle qu'elle est rapportée par la Bible, témoigne de l'intérêt porté tout au long des siècles à cette figure centrale de l'Ancien Testament, riche de significations. Parmi les principaux thèmes représentés figurent les plaies d'Égypte, l'Exode et la Révélation.

Son évocation est fréquente dans l'art médiéval chrétien. Divers épisodes de la vie de Moïse illustrent mosaïques et manuscrits anciens. Jusqu'à la Renaissance, peintres et sculpteurs le représentent la tête surmontée de cornes, en raison d'une traduction latine erronée (la Vulgate) de la Bible (Exode XXXI, 35), confondant les mots « rayon » et « corne ». Les artistes de la Renaissance italienne ont repris les mêmes thèmes pour les fresques du Campo Santo de Pise (Gozzoli) ou celles de la chapelle Sixtine (Signorelli, Botticelli), sans oublier la célèbre statue de Michel-Ange qui orne le tombeau du pape Jules II.

Le thème de Moïse sauvé des eaux a inspiré de nombreux peintres, parmi lesquels le Tintoret, Véronèse, Claude Lorrain et Nicolas Poussin. Par la suite, et jusqu'au xxe siècle, Moïse reste une source d'inspiration pour des artistes tels que Rubens, Holbein, Rembrandt, Blake, Turner, Doré, Chagall.

Dans le domaine de la littérature, Vigny (Poèmes antiques et modernes), Chateaubriand (Moïse, tragédie en vers), Hugo (la Légende des siècles), ou Heine (les Confessions), parmi d'autres, ont évoqué le personnage. La musique a aussi fourni sa contribution : de Monteverdi, Vivaldi et Händel à Schönberg (Moïse et Aaron), en passant par Rossini (Moïse en Égypte) et Saint-Saëns (Moïse sauvé des eaux, livret de Victor Hugo). Encore aujourd'hui, le thème de Moïse reste populaire, ce dont témoignent des negro spirituals tels que Let My People Go, ou, dans un autre ordre d'idées, la place qu'il occupe dans certains mouvements politico-religieux qui mettent au centre de leur lecture de la Bible des passages de l'Exode (théologie de la libération en Amérique latine).