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Sean Aloysius O'Feeney ou O'Fearna, dit John Ford

Cinéaste américain (Cape Elizabeth, Maine, 1895-Palm Desert, Californie, 1973).

Une œuvre féconde et variée

Le jeune Sean Aloysius, issu de parents irlandais émigrés, fait au collège de Portland de brèves études, échoue à l'examen d'entrée de l'académie navale d'Annapolis, accepte un temps un poste dans le service de publicité d'une firme de chaussures, puis rejoint en 1914, à Hollywood, son frère, qui a pris le pseudonyme de Francis Ford et travaille comme acteur et réalisateur pour la Bison Universal. Adoptant à son tour le nom de Ford, John (Jack à ses débuts) se voit confier dès 1917 par Carl Laemmle une série de westerns interprétés par Harry Carey. Pendant une dizaine d'années, il semble se spécialiser dans les films d'aventures, lance Hoot Gibson après Harry Carey, réalise deux films avec Buck Jones et deux autres avec Tom Mix. Son meilleur film de l'époque muette est le Cheval de fer (The Iron Horse, 1924) : ce western épique confirme l'importance d'un genre qui vient, avec la Caravane vers l'Ouest (The Covered Wagon, 1923) de James Cruze, d'acquérir ses lettres de noblesse. Mais Ford délaisse parfois les cow-boys pour la comédie (dès 1920, The Prince of Avenue A., sur les milieux irlandais de New York, inaugurait une série d'œuvres qui prirent l'Irlande ou le caractère irlandais pour toile de fond).

Il rencontre le succès avec Quatre Fils (Four Sons, 1928) et franchit le cap du parlant avec Napoleon's Barber (1928). Il rencontre à cette époque deux de ses plus célèbres interprètes, John Wayne et Ward Bond, ainsi que le scénariste Dudley Nichols (1895-1960). C'est à ce dernier qu'on doit notamment les scénarios de la Patrouille perdue (The Lost Patrol, 1934), le Mouchard (The Informer, 1935, d'après Liam O'Flaherty), Mary Stuart (Mary of Scotland, 1936), Révolte à Dublin (The Plough and the Stars, 1937), la Chevauchée fantastique (Stagecoach, 1939), le Long Voyage (The Long Voyage Home, 1940, d'après Eugene O'Neill) et Dieu est mort (The Fugitive, 1947).

Le Mouchard, fortement influencé par les techniques expressionnistes, est couronné par un Oscar pour la meilleure réalisation de l'année, comme le seront plus tard les Raisins de la colère, Qu'elle était verte ma vallée et l'Homme tranquille. De Toute la ville en parle (The Whole Town's talking, 1935), satire du gangstérisme, à la Poursuite infernale (My Darling Clementine, 1946), John Ford tourne une série de films importants : Je n'ai pas tué Lincoln (The Prisoner of Shark Island, 1936), Vers sa destinée (Young Mr. Lincoln, 1939), Sur la piste des Mohawks (Drums along the Mohawks, 1939, sa première œuvre en couleurs), les Raisins de la colère (The Grapes of Wrath, 1940), la Route au tabac (Tobacco Road, 1941), Qu'elle était verte ma vallée (How Green was my Valley, 1941). Pendant la Seconde Guerre mondiale, il réalise plusieurs documentaires, dont The Battle of Midway (1942). À partir de 1946, il entreprend un deuxième cycle de westerns, parmi lesquels la Poursuite infernale (1946), le Massacre de Fort Apache (Fort Apache, 1948), le Convoi des braves (Wagonmaster, 1950), Rio Grande (1950), qui respectent et magnifient la légende de l'Ouest. Dans ses westerns ultérieurs, John Ford s'interrogera sur le problème noir, l'élimination des Indiens, la vieillesse et la mort des héros légendaires, suivant en cela l'évolution du genre dans les années 1950 et 1960 : la Prisonnière du désert (The Searchers, 1956), le Sergent noir (Sergeant Rutledge, 1960), les Deux Cavaliers (Two Rode Together, 1961), L'homme qui tua Liberty Valance (The Man who shot Liberty Valance, 1962), les Cheyennes (Cheyenne Autumn, 1964). La veine irlandaise triomphe dans le célèbre Homme tranquille (The Quiet Man, 1952) et dans la Taverne de l'Irlandais (Donovan's Reef, 1963). Il faudrait encore citer, parmi les films représentatifs d'une œuvre féconde et très riche, Le soleil brille pour tout le monde (The Sun shines bright, 1953) et son ultime essai, Frontière chinoise (Seven Women, 1965).

Un idéalisme généreux exaltant l'amitié et l'esprit de justice

« Trouver l'exceptionnel dans le quelconque, l'héroïsme dans le quotidien, voilà le ressort dramatique qui me convient. Comme de trouver le comique dans la tragédie. » Cette profession de foi dépeint parfaitement un metteur en scène qui, dans de très nombreux films, s'est fait le défenseur d'un groupe ou d'une minorité menacés dans leur stabilité même – qu'elle soit physique ou morale – par un danger extérieur. John Ford apparaît comme un idéaliste généreux, chantre du petit peuple et des communautés opprimées, particulièrement à son aise quand il s'agit d'exalter certaines vertus : le courage, l'amitié virile, l'esprit de justice et de fraternité. Mais cette philosophie, en laquelle on peut aisément reconnaître toute une tradition de libéralisme américain héritée d'Abraham Lincoln, loin de tomber dans la mièvrerie ou l'emphase, se développe bien au contraire dans un climat de tonicité à toute épreuve. C'est que cet humaniste prend toujours le parti de la vie, de l'action, du mouvement.

Fier de ses origines irlandaises, John Ford se sent attiré par le mélange – parfois explosif – du burlesque et du tragique : on retrouve ce perpétuel balancement du récit non seulement dans ses principaux westerns, dont certains sont devenus de véritables archétypes, mais aussi dans plusieurs comédies hautes en couleur (comme l'Homme tranquille par exemple). D'un côté la force, la détermination, la rusticité, l'apparente brutalité ; de l'autre le calme, la puissance de persuasion, l'obstination résolue du héros qui lutte pour que justice soit faite. L'œuvre de John Ford ressemble ainsi à une vaste saga, l'une des rares sagas cinématographiques de l'Amérique du xixe et du xxe s.