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Georges Jacques Danton

Danton conduit à l'échafaud
Danton conduit à l'échafaud

Homme politique français (Arcis-sur-Aube 1759-Paris 1794).

1. L'irrésistible ascension

1.1. De l'obscur avocat…

Ce turbulent Champenois, fils d'un procureur au bailliage d'Arcis-sur-Aube (mort dès 1762), fait de bonnes études à Troyes, chez les Oratoriens, puis à Paris, et obtient son diplôme de droit à Reims. En 1785, il s'installe à Paris, avec l'intention de devenir avocat ; engagé chez un procureur, il peut, grâce à la dot de sa femme, Gabrielle Charpentier, fille du riche propriétaire du café du Parnasse, acheter une charge d'avocat au Conseil du roi (1787). Il établit son cabinet cour du Commerce, rue des Cordeliers (aujourd'hui rue de l'École-de-Médecine). Sa réputation ne tarde pas à s'affirmer, mais il est surtout intéressé par la politique : il sent venir la Révolution.

1.2. … au fondateur du club des Cordeliers

Paris ayant été divisé en soixante districts, Danton, électeur primaire pour les États généraux, reçoit la présidence du district de l'église des Cordeliers (1789), où il fréquente Camille Desmoulins et Marat. Il ne semble pas payer de sa personne lors de la prise de la Bastille, mais peu à peu son influence grandit. Danton est le principal fondateur, en avril 1790 de la Société des amis des Droits de l'Homme et du citoyen qui, par la suite, poussa sans cesse aux mesures extrêmes. Il mène campagne contre La Fayette et Bailly et déploie une grande activité, plaidant pour la liberté de la presse, pour la liberté d'association, s'occupant des problèmes de la subsistance de la capitale.

Membre de la Commune (janvier 1790), puis membre du directoire du département de Paris (janvier 1791), il est, à cette époque, encore royaliste. Peut-être travaille-t-il pour le duc d'Orléans. On racontera d'autre part que la Cour, espérant provoquer des dissensions parmi ses adversaires, le paie.

Lors de la fuite du roi à Varennes (20 juin), ses opinions politiques se précisent : il demande la déchéance du roi et la proclamation de la république. Mais la famille royale ayant été ramenée à Paris, la Constituante invente la fiction de l'enlèvement du souverain : un groupe de républicains, venus surtout du club des Cordeliers (fondé l'année précédente par Danton) va porter au Champ-de-Mars une pétition réclamant l'organisation d'un nouveau pouvoir exécutif.

Un incident provoque alors la fusillade du Champ-de-Mars (17 juillet) ; plusieurs manifestants sont abattus. Les responsables, comme Danton et Marat, doivent se cacher.

Après un séjour en Angleterre, Danton regagne Paris, où il est amnistié en septembre et élu, avec l'aide de la cour, qui pratique alors la politique du pire, substitut du procureur de la Commune (8 décembre). Il fréquente le club des Jacobins. S'il ne participe pas à la journée du 20 juin 1792, il travaille, la veille du 10 août, à la préparation de l'assaut contre les Tuileries (→ journée du 10 août 1792). Sur ce point précis de la chute de la monarchie, l'importance de son rôle a beaucoup été discutée. On sait cependant qu'il trinque avec les Marseillais et les pousse à l'action. Dans la nuit, il est appelé à l'Hôtel de Ville et y donne ses directives. Il se vantera plus tard, devant le Tribunal révolutionnaire, d'avoir fait arrêter Mandat, le commandant de la garde nationale chargé de la défense des Tuileries. Jusqu'au soir, il demeure à son poste. Il y apprend la chute des Tuileries et les décrets de l'Assemblée : suspension du souverain, arrestation de la famille royale, convocation d'une Convention nationale. Il se voit nommé ministre de la Justice dans le Conseil exécutif provisoire, lequel constitue alors le véritable gouvernement de la France.

2. Le ministre Danton

Grâce à l'appui de la Commune de Paris, grâce aussi à l'effacement de ses collègues du ministère, Danton se trouve en fait maître du pouvoir exécutif, dont il use pour faire adopter la révolution du 10 août dans tout le pays et surtout pour stopper l'invasion étrangère.

La guerre, déclarée à l'Autriche par le ministère girondin, a en effet très mal commencé : Verdun est menacé (la ville capitulera le 2 septembre). Dans un discours fameux (2 septembre), Danton va dresser la nation entière contre l'envahisseur. Il refuse d'abandonner Paris, organise l'enrôlement de volontaires, les réquisitions d'armes, l'arrestation de suspects. Son éloquence est à la mesure de son patriotisme : « Pour vaincre l'ennemi, s'écrie-t-il, il nous faut de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace ! ».

Le fils du député Thibaudeau laisse de lui à cette époque ce saisissant portrait : « Je fus frappé de sa haute stature, de ses formes athlétiques, de l'irrégularité de ses traits, labourés de petite vérole, de sa parole âpre, brusque, retentissante, de son geste dramatique, de la mobilité de sa physionomie, de son regard assuré et pénétrant, de l'énergie et de l'audace dont son attitude et ses mouvements étaient empreints. » C'est alors que surviennent les massacres dans les prisons. Danton ne les a pas préparés, ni souhaités, mais il ne fait rien pour les arrêter.

3. À la Convention

3.1. L'ardent patriote

Les électeurs de Paris portent le tumultueux orateur à la Convention le 5 septembre, juste derrière Robespierre. Optant pour la députation, il doit (21 septembre) abandonner son portefeuille de ministre. Il siège à gauche, avec la Montagne, mais désire l'union de tous les républicains face au danger extérieur et tend la main aux Girondins. Main refusée : le tribun débraillé, avide de jouissance, est en effet exécré par Mme Roland.

À l'Assemblée, le 10 octobre, ses adversaires lui demandent des comptes de ses dépenses. La question est indiscrète : Danton serait bien en peine d'expliquer où passe l'argent qui lui coule entre les doigts. (Il semble probable qu'il ait payé Brunswick pour évacuer le territoire français après Valmy : si cela est exact, il ne pouvait rendre publique cette tractation.) Il se justifie d'ailleurs auprès de la Gironde : « S'il paraît surprenant qu'il ait été fait des dépenses extraordinaires, il faut se reporter aux circonstances dans lesquelles elles ont été faites : la patrie était en péril, nous étions comptables de la liberté, et nous avons rendu bon compte de cette liberté. »

En cette fin d'année 1792, la France attend la prochaine mise en jugement de Louis XVI. Danton, soucieux de sauver le monarque (peut-être a-t-il reçu de l'argent de la Cour par l'intermédiaire du feuillant Théodore de Lameth), a vainement cherché à éluder le procès. Mais, le jour du vote, il vote la mort, sans sursis.

Toutes ses préoccupations vont du reste aux problèmes extérieurs. Il souhaite donner la liberté aux pays opprimés par les « tyrans ». (« La nature m'a donné en partage les formes athlétiques et la physionomie âpre de la Liberté. ») Il est chargé de « révolutionner » la Belgique (il s'y rendra quatre fois de décembre 1792 à mars 1793) et prône le grand principe des frontières naturelles. Son patriotisme ardent le pousse à préconiser les mesures énergiques qui sauveront le pays et la Révolution de l'invasion : levée de 300 000 hommes, établissement du tribunal et des comités révolutionnaires, institution du Comité de salut public dont il sera le chef (mars-avril 1793).

3.2. Écarté du Comité de salut public

En avril, Dumouriez trahit la Convention et passe la frontière. Girondins et dantonistes s'accusent réciproquement des responsabilités de cette défection. Mais Danton se dresse et crie à la calomnie : ainsi, il rompt définitivement avec la Gironde. Il laisse préparer les journées du 31 mai et du 2 juin, qui verront la chute des Girondins, mais il accueillera avec peine la nouvelle de leur exécution en octobre.

Entre-temps, le tribun s'attire l'hostilité, d'abord sourde, des robespierristes (Marat et Saint-Just appellent le comité Danton « Comité de la perte publique »). On lui reproche de négocier avec l'envahisseur. Il se voit, en outre, attaqué à la Convention à propos de défaites vendéennes (le général Westermann, plusieurs fois mis en déroute, est un de ses amis). Lors du renouvellement du Comité, il n’est pas réélu (10 juillet 1793).

3.3. Du côté des indulgents

Remarié en juin 1793, il est mis en congé par la Convention le 11 octobre. Sa grande erreur est alors de quitter Paris avec sa nouvelle épouse, Louise Gély (sa première femme est morte quelques mois plus tôt) : en son absence, Robespierre sape sa position. Danton perd sa place dominante au club des Cordeliers, où son ancien ami Hébert répand des idées socialistes auxquelles lui, Danton, bourgeois et propriétaire, n'adhère pas. Il blâme les violences antireligieuses et déconseille l'exécution de Marie-Antoinette.

3.4. Opposé à Robespierre

Au début de 1794, il s'oppose à la continuation de la Terreur. Désapprouvant totalement la politique extrémiste des hébertistes, Danton, à son retour de province, voit dans leur chef l'homme à abattre. Il veut mettre un terme aux violences (« Je demande qu'on épargne le sang des hommes » ; « mieux vaut cent fois être guillotiné que guillotineur »). Sous son influence, Camille Desmoulins fonde le Vieux Cordelier, qui fait campagne pour la clémence. Après la chute d'Hébert, en mars 1794, Robespierre se retourne contre Danton et Desmoulins : après les « ultras », il faut abattre les « citras » révolutionnaires. Pour l'aider dans cette tâche, il a appelé à Paris Saint-Just, alors aux armées.

4. La chute du tribun

Danton a le tort d'être lié avec de douteux personnages, en particulier avec Fabre d'Églantine, un fripon notoire compromis dans l'affaire de la liquidation de la Compagnie des Indes. « L'Incorruptible » est heureux, à travers Fabre, d'attaquer son grand rival. Autour de lui, d'autres réclament la tête du tribun : « Nous viderons ce gros turbot farci », s'écrie le Montagnard Vadier.

Danton est averti du terrible rapport que Saint-Just prépare contre lui, mais il refuse de fuir : « On n'emporte pas sa patrie à la semelle de ses souliers. » Le 30 mars 1794, il est arrêté comme ennemi de la République, ainsi que Desmoulins, Hérault de Séchelles et plusieurs autres. Seul Legendre essaie timidement, mais en vain, de le défendre à la Convention.

À son procès, Danton n'a aucune peine à démentir les accusations portées contre lui. L'éloquence de ses dénégations est telle que l'assistance, d'abord hostile, commence à se retourner en sa faveur. Sur la demande de l'accusateur public, Fouquier-Tinville, Saint-Just obtient de la Convention un décret de mise hors la loi des accusés, qui seront ainsi jugés sans être entendus, et finalement condamnés à mort. Le 5 avril, Danton monte sur l'échafaud avec treize autres condamnés.

5. Des jugements partagés

Parmi les chefs révolutionnaires, Danton a été l'un de ceux dont l'action et l'influence ont été le plus discutées. Ses panégyristes se sont montrés aussi passionnés que ses détracteurs.

Les premiers considéraient Danton comme l'incarnation du patriotisme révolutionnaire. Les seconds soutenaient la thèse opposée, s'attachant à démontrer que Danton était un opportuniste avide d'argent et corrompu. Plus tard, l’historien Georges Lefebvre, après avoir minutieusement étudié les comptes de Danton, conclut à la probabilité de la vénalité du tribun. Un autre historien, Gabriel Pioro, a découvert de nouveaux documents ne laissant aucun doute sur certaines « indélicatesses » de Danton (notamment quand celui-ci acheta son office d'avocat au Conseil du roi).

Ce fait étant admis, bien des points demeurent à l'actif du grand Cordelier. Patriote intransigeant, à la décision rapide autant qu'audacieuse, Danton a tout mis en œuvre pour sauver la France de l'invasion. D'un tempérament généreux, il a été exempt de petitesse et de jalousie ; ignorant la rancune (« La haine, disait-il, est étrangère à mon caractère »), il a – bien en vain – cherché à réaliser l'union entre les partis. Il n'est pas douteux non plus que son activité ait largement contribué à la marche en avant de la Révolution.