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Mahmud Abbas

Mahmud Abbas
Mahmud Abbas

Homme politique palestinien (Safad, Galilée, 1935).

L'architecte des accords d'Oslo

Réfugié avec sa famille en Syrie après le déclenchement de la première guerre israélo-arabe (1948), il suit des études de droit à Damas puis à Moscou. En 1957-1958, il participe avec Yasir Arafat et quelques autres à la fondation du Mouvement de libération nationale de la Palestine (Fatah).

Devenu membre du Conseil national palestinien (CNP) de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) [1968], il établit – en dépit de son nom de guerre, Abu Mazen – des contacts discrets avec la gauche israélienne dès les années 1970. Membre du comité exécutif de l'OLP (1980), il est nommé responsable du département des relations internationales en 1984. Alors que la conférence de Madrid s'enlise (1992), il met en place le processus de négociations secrètes entre l'OLP et Israël, qui devait aboutir, en 1993, aux accords d'Oslo (ou accords de Washington), dont il est, avec Shimon Peres, le principal architecte.

Secrétaire général de l'OLP

De retour en Palestine (1995), il devient l'année suivante secrétaire général de l'OLP et assiste, impuissant, à la dérive de l'Autorité nationale palestinienne (ANP) et au blocage du processus de paix.

Durant la seconde Intifada, il critique l'usage de la violence armée côté palestinien, ce qui lui vaut les condamnations du Hamas et des groupes militaires des factions de l'OLP. À la suite de la campagne menée par Israël et les États-Unis en vue de l'éviction de Y. Arafat, il est nommé Premier ministre par le Conseil législatif palestinien en mars 2003 mais renonce à son poste dès septembre.

Nommé à la tête de l'OLP au lendemain du décès de Y. Arafat en novembre 2004, M. Abbas remporte l'élection à la présidence de l'ANP en janvier 2005 ; la direction du Comité central du Fatah, son organe suprême, est alors confiée à Faruq al-Qaddumi, son opposant le plus virulent au sein du mouvement, resté à Tunis.

Président de l'Autorité nationale palestinienne

Partisan de la seule voie de la négociation avec Israël pour parvenir à un règlement de paix et à la création d'un État palestinien, M. Abbas est confronté à la victoire du Hamas aux élections législatives de janvier 2006, à la montée de la violence entre le Hamas et le Fatah, à l'échec du gouvernement d'union nationale et à la prise du pouvoir par le Hamas à Gaza en juin 2007.

L'affrontement armé entre Israël et le Hamas en décembre 2008-janvier 2009 le laisse affaibli : la majeure partie des habitants des Territoires palestiniens estiment qu'il a trop tardé à prendre position contre l'agression israélienne et ne l'a pas suffisamment condamnée. Les critiques proviennent également de l'intérieur de son parti. Toutefois, lors du VIe Congrès du Fatah destiné à renouveler ses instances dirigeantes, le courant de M. Abbas, qui défend le maintien d'une attitude d'intransigeance à l'égard du Hamas, l'emporte. M. Abbas doit néanmoins continuer à faire équipe avec son Premier ministre, Salam Fayyad, qui, plus que lui, a le soutien des Américains et des Européens et commence à bénéficier d'une côte de popularité non négligeable en Cisjordanie, du fait des réformes de l'administration publique qu'il met en place.

Cet affaiblissement de M. Abbas sur le plan interne explique la fermeté avec laquelle ce dernier s'est engagé dans une reprise de pourparlers directs avec l'État d'Israël, sous les encouragements des États-Unis, à compter de l'automne 2010. Le président de l'ANP a, en effet, pour la première fois depuis son accession à ce poste, posé le gel de la colonisation israélienne en Cisjordanie comme précondition à toute réouverture des négociations diplomatiques – espérant, en la matière, obtenir un soutien américain de l'administration de Barack Obama. Mais tel ne fut pas le cas, ce qui fait que fin 2010, M. Abbas se retrouve pris en tenaille entre des demandes américaines de modération et le désarroi, voire l'exaspération, d'une partie de sa population face à l'absence de tout horizon politique.

C'est dans ce contexte qu'il doit faire face à la crainte que les revendications d'un « Plus de liberté » portées par les « révolutions arabes » du printemps 2011 ne se diffusent à l'échelle de la Palestine. De fait, des manifestations sont organisées en Cisjordanie, qui exigent la fin de la désunion nationale. Confronté à une impasse politique, le président de l'ANP finit par accepter l'idée, en mai 2011, de négocier la formation d'un gouvernement d'union de transition avec le Hamas, afin de préparer des élections générales d'ici à l'horizon d'un an. Le 24 octobre 2009, M. Abbas publie un décret annonçant la tenue d'élections générales dans les Territoires palestiniens qui sont, in fine, reportées à une date indéterminée. Les élections municipales, annoncées pour juillet 2010, sont elles aussi annulées. Bien qu'il détienne les pouvoirs de direction des principales institutions politiques palestiniennes, qu'il s'agisse de l'OLP, de l’ANP ou du Fatah, la question de sa succession est d'ores et déjà posée et oriente les stratégies et prises de position de ses multiples prétendants.

Mais ces négociations achoppent et plusieurs annonces de tenue d’élections, générales comme municipales, sont reportées sine die. M. Abbas décide de porter la question de l’indépendance de l’État de Palestine devant l’Assemblée générale des Nations unies. Le président palestinien espère ainsi « sauver la face » aux yeux de sa population en prenant appui sur la communauté internationale. Au-delà, l’enjeu consiste, pour M. Abbas, à réaffirmer l’étendue des revendications territoriales palestiniennes, tout en sortant du cadre des négociations de paix bilatérales dans lesquelles les États-Unis ont un rôle du médiateur depuis les accords de Washington (Oslo) de 1993, afin d’injecter une dose de multilatéralisme et ce faisant, de rééquilibrer le rapport de forces politiques au profit des Palestiniens.

La demande d’adhésion de l’État de Palestine déposée auprès de l’ONU en septembre 2011 n'aboutit pas. Mais M. Abbas a néanmoins poursuivi sa recherche de nouveaux alliés extérieurs et a réussi à faire accepter que l’État de Palestine soit État membre à part entière de l’Unesco en octobre 2011. Tous ces débats au sein des arènes internationales ont permis au président de l’Autorité palestinienne de regagner un surcroît de légitimité politique interne, à l’heure où la question de sa succession est posée.

Pour en savoir plus, voir les articles Fatah, Palestine.