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Shimon Perski, dit Shimon Peres

Shimon Peres
Shimon Peres

Homme d'État israélien (Vichneva, en Pologne, aujourd'hui en Biélorussie, 1923).

Haut fonctionnaire durant plus de dix ans, ministre pendant plus de vingt ans, Premier ministre à deux reprises, prix Nobel de la paix, S. Peres est une figure marquante de la vie politique israélienne depuis un demi-siècle. Pourtant, cet homme bénéficiant d'une formidable stature internationale a longtemps souffert en Israël d'une image négative qui a pesé sur sa carrière.

1. Un pionnier au service de son pays

Né en 1923 dans un petit village de Russie blanche – alors polonaise –, le jeune Perski immigre en Palestine à l'âge de 11 ans, avec ses parents convaincus qu'il n'y a pas d'avenir dans une Pologne gagnée par l'antisémitisme. Passer de Vichneva à Tel-Aviv représentait, comme il l'écrit dans ses Mémoires, un changement de monde. S. Peres – nom hébraïque qu'il adoptera – y découvre la liberté, dans une ambiance méditerranéenne fébrile. La communauté juive de Palestine est en effet engagée dans l'ambitieuse construction d'un foyer national et S. Peres entend bien participer pleinement à cette entreprise. Il est très vite actif dans un mouvement de jeunesse proche de la gauche sioniste dont l'objectif essentiel est de créer de nouveaux kibboutz. Tout naturellement, après des études à l'école agricole de Ben Shemen, il participe à la fondation d'un kibboutz près du lac de Tibériade où il s'occupe du bétail. Les responsables du parti travailliste repèrent ce jeune homme doté de réelles capacités d'organisation et le font travailler à temps plein pour le mouvement de jeunesse. À vingt ans il commence à fréquenter les cercles du pouvoir et les hommes qui comptent, Berl Katznelson, Lévi Eshkol et surtout David Ben Gourion, duquel il demeurera très proche jusqu'à sa disparition.

En 1947, la perspective d'une confrontation militaire généralisée avec les États arabes se précisant, S. Peres rejoint la Haganah – l'armée clandestine juive – où il est chargé de l'approvisionnement en armes. C'est le début d'une activité intense au service de la défense d'Israël, qui accède à l'indépendance en mai 1948. Il dirige ensuite les services de la marine puis la délégation du ministère de la Défense aux États-Unis entre 1949 et 1951, toujours pour acheter du matériel militaire. Par la suite, il est nommé directeur-général du ministère, un poste où il jouera un rôle décisif dans l'établissement de liens privilégiés avec la France. Outre la livraison régulière de blindés et d'avions pour la jeune armée israélienne, ce rapprochement aura deux conséquences spectaculaires. D'abord, une véritable coopération stratégique qui se manifestera en octobre 1956 lors de la campagne du Sinaï contre l'Égypte de Gamal Abdel Nasser menée de concert par la France, la Grande-Bretagne et Israël. Ensuite, le développement du programme nucléaire israélien avec la construction du réacteur de Dimona. De cette période, S. Peres conservera une sympathie particulière pour la France, que les relations étroites nouées avec nombre de dirigeants socialistes (Pierre Mendès France, François Mitterrand) ne firent qu'alimenter.

2. De ministère en ministère

En 1959, S. Peres devient député travailliste à la Knesset, mandat qu'il a conservé jusqu'à aujourd'hui. La même année, il est nommé vice-ministre de la Défense. Cette participation gouvernementale est la première d'une longue série qui se poursuivra presque sans interruption jusqu'à la défaite du parti travailliste en 1977. S. Peres n'est à l'écart de l'action gouvernementale qu'entre 1965 et 1968 à l'époque où, avec d'autres « jeunes loups », à commencer par Moshe Dayan, il a suivi David Ben Gourion dans une dissidence politique sans lendemain. De cet échec il tire une conclusion essentielle : pour gagner en politique, il faut disposer d'un parti efficace et puissant. S. Peres s'attache à mettre en pratique cette leçon mais il trouve sur sa route un adversaire imprévu, Yitzhak Rabin, qui lui ravit la présidence du parti travailliste en 1974 et devient le nouveau Premier ministre. La compétition ouverte entre les deux hommes durera vingt ans.

Désormais ministre de la Défense, S. Peres adapte l'armée israélienne à un environnement géopolitique changeant, marqué d'un côté par l'accord de désengagement avec l'Égypte au Sinaï, d'un autre côté par la dégradation de la situation à la frontière nord avec le début de la guerre civile libanaise (1976). La défaite retentissante du parti travailliste en mai 1977 lui donne l'occasion d'en prendre enfin le contrôle mais S. Peres apprendra à ses dépens que cela ne suffit pas pour gagner les élections. Cantonné dans l'opposition jusqu'en 1984, son parti fait jeu égal avec le Likoud cette année-là : un système de rotation est mis en place au sein d'un gouvernement d'union nationale.

Premier ministre jusqu'en 1986, S. Peres agit avec succès sur deux fronts. Sur le plan intérieur, il met en place un plan d'austérité qui parvient à faire chuter le taux d'inflation annuel de 400 % à 16 %. Sur le plan extérieur, il organise le retrait de l'armée israélienne du Liban – à l'exception d'une étroite « zone de sécurité ». Ministre des Affaires étrangères dans l'équipe dirigée par Y. Shamir entre 1986 et 1988, S. Peres s'évertue à lancer un processus de négociation global sur la paix au Moyen-Orient. À la suite de pourparlers secrets avec le roi Husayn de Jordanie en avril 1987, les deux hommes se mettent d'accord sur la formule suivante : après la réunion d'une conférence internationale, des négociations bilatérales directes entre Israël et ses voisins arabes seront engagées. L'accord ne débouche sur rien, Y. Shamir l'ayant rejeté, mais le montage retenu fut par la suite adopté lors de la conférence de Madrid que les Américains parvinrent à convoquer en octobre 1991.

3. Le visionnaire de la paix

Désormais, le processus de paix est lancé. Il butte néanmoins sur un obstacle permanent : Israël a obtenu que l'OLP ne participe pas directement aux négociations, ce qui conduit rapidement au blocage. Revenu au pouvoir comme ministre des Affaires étrangères en 1992 après la victoire de Yitzhak Rabin, S. Peres pousse à franchir enfin le Rubicon et à entamer une série de contacts secrets avec l'O.L.P. en Norvège. Ceux-ci déboucheront sur une déclaration de principes, solennellement signée à la Maison-Blanche le 13 septembre 1993, qui définit un processus politique destiné à régler durablement le contentieux israélo-palestinien (→ accord de Washington ou d'Oslo). Surmontant les différends hérités du passé, S. Peres travaille en étroite harmonie avec Y. Rabin. Les deux hommes se complètent à merveille, le pragmatisme réaliste du second équilibrant la perspective visionnaire du premier.

S. Peres aspire en effet à une paix ambitieuse qui ne mette pas uniquement fin à la guerre mais permette aussi l'instauration d'un « nouveau Moyen-Orient » pour reprendre le titre de son livre-manifeste. L'objectif est de parvenir à un véritable développement régional dans les domaines de l'eau, de l'agriculture, du tourisme, des transports… S. Peres ne ménage pas ses efforts en ce sens, en particulier dans le cadre des sommets économiques régionaux dont le premier se tiendra en 1994 à Casablanca. Convaincu que la prospérité économique est un facteur de paix, S. Peres crée un institut portant son nom qui a vocation à promouvoir des projets de coopération régionale.

Cette utopie généreuse se brise pourtant sur les dures réalités moyen-orientales. En novembre 1995, le brutal assassinat de Y. Rabin rend S. Peres orphelin. Devenu Premier ministre dans des circonstances tragiques, il ne parvient pas à reprendre l'initiative politique. Une vague d'attentats sans précédent perpétrés par des kamikazes islamistes frappe Israël en février-mars 1996. Quant au Hezbollah, en lutte contre l'armée israélienne au Sud-Liban, il bombarde la Galilée. Cherchant à se départir de sa réputation de mollesse, S. Peres déclenche une vaste opération militaire contre le Liban, qui s'achève par un carnage. En six mois, l'émotion née du meurtre de Y. Rabin s'est estompée : S. Peres, le politicien chevronné, perd les élections de mai 1996 face à un nouveau venu, Benyamin Netanyahou. Battu, il abandonne la direction du parti travailliste à l'ancien chef d'état-major, Ehoud Barak, qui fait appel à lui comme ministre de la Coopération régionale après sa victoire en mai 1999. Mince lot de consolation que S. Peres espérait pouvoir échanger, en juillet 2000, contre la présidence de l'État, vacante après le départ d'Ezer Weizmann. Mais tous les pronostics sont déjoués car le brillant Peres est battu par le pâle Moshe Katzav du Likoud, sur lequel une majorité de parlementaires reportent leurs voix.

Cet échec retentissant confirmait la malédiction électorale de S. Peres. Bien qu'il ait été ministre durant plus de deux décennies (ministre de la Coopération régionale jusqu'en 2001, il est ensuite ministre des Affaires étrangères [2001-2002], et vice-Premier ministre [2001-2002, 2005] dans les gouvernements d'Ariel Sharon), l'homme n'amena en effet pas une seule fois ses troupes à la victoire lors des élections législatives. Ces insuccès répétés, nul doute qu'ils tiennent en partie à l'image de manœuvrier dont S. Peres ne put jamais se départir. Vrai ou faux, ce jugement peu flatteur transcendait les clivages politiques puisque Y. Shamir et Y. Rabin le partageaient. Faire de S. Peres un simple politicien retors apparaît toutefois outrancier et injuste. Homme d'engagement, il s'est dévoué pendant près de trente ans à consolider les capacités de défense de l'État d'Israël, dans des circonstances parfois difficiles. La même force de conviction l'a amené à œuvrer sans relâche, à partir des années 1980, pour établir la paix au Proche-Orient sur des bases stables et durables. Dans ce combat, il aura gagné une aura internationale dont peu d'autres dirigeants israéliens peuvent se targuer.

De nouveau à la tête du parti travailliste en 2003, S. Peres quitte sa formation afin de soutenir le parti centriste créé par A. Sharon, Kadima (En avant) en 2005. Après la victoire de ce dernier aux élections de 2006, il devient vice-Premier ministre et ministre du Développement du Néguev et de la Galilée dans le gouvernement de coalition formé avec les travaillistes par Ehoud Olmert. Le 13 juin 2007, il est élu, à l'âge de 83 ans, à la tête de l'État hébreu.

Pour en savoir plus, voir l'article histoire d'Israël.