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Fatah

en arabe al-Fatah ou al-Fath (« conquête »), acronyme inversé de Harakat al-Tahrir al-Watani al-Filastiniyya, Mouvement de libération nationale de la Palestine

Organisation palestinienne créée dans la clandestinité en 1959 à Gaza et à Koweït par Yasir Arafat et ses partisans, et principale composante de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP).

1. Origines

1.1. Un objectif unique : la libération de toute la Palestine

À la fin des années 1950, la génération des camps de réfugiés, lassée par le jeu stérile de l'élite palestinienne en place et l'inaction de ses parrains arabes, acquiert la conviction qu'elle ne doit compter que sur elle-même dans sa lutte pour recouvrer son territoire. Voulant s'affranchir de la tutelle des régimes arabes, sans toutefois refuser leur aide matérielle, Yasir Arafat et ses partisans – Salah Khalaf (Abu Iyad), Khalil al-Wazir (Abu Djihad), Faruq al-Qaddumi – décident de créer un mouvement national révolutionnaire indépendant, qui soit à la pointe de la lutte du peuple palestinien et qui serait le catalyseur de la jeunesse palestinienne. Se rendant au Koweït, ils recrutent, dans la clandestinité, des jeunes exilés palestiniens instruits.

En rupture avec le courant unitaire et socialiste qui se développe dans le monde arabe sous l'impulsion des idées nassériennes, le Fatah professe un nationalisme patriotique idéologiquement neutre et se fixe comme objectif unique la libération de toute la Palestine de l'« entité sioniste » en recourant à la lutte armée contre Israël.

Inquiets de cet activisme palestinien et, sous l'impulsion de Gamal Abdel Nasser, les régimes arabes décident en 1964 la création d'un organisme susceptible de canaliser la résistance palestinienne, l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), dont l'administration est confiée à Ahmad Chuqayri, un avocat représentant la Palestine auprès de la Ligue arabe.

1.2. La prise de contrôle de l'OLP

Cependant le Fatah, craignant un alignement trop grand de l'OLP sur la politique de Nasser, ne tarde pas à déborder l'Organisation et, mettant à exécution son programme, déclenche sa première opération contre Israël le 31 décembre 1964. La défaite arabe et l'occupation par l'armée israélienne de la bande de Gaza et de la Cisjordanie à l'issue de la guerre des Six-Jours (juin 1967) renforcent le rôle de la résistance palestinienne et, notamment, celui du Fatah. Au nom de la lutte armée, ce dernier, avec d'autres organisations, entre en force au sein du Conseil national palestinien (CNP), le « Parlement » de l'OLP.

Rejetant la résolution 242 de l'ONU (novembre 1967), le Fatah propose la création d'un État palestinien « laïque et démocratique » au sein duquel chrétiens, juifs et musulmans jouiraient de droits égaux. À la suite de l'élection de Yasir Arafat à la présidence du Comité exécutif de l'OLP (février 1969), le Fatah prend le contrôle de cette dernière. Dès lors, en raison de la prédominance du Fatah au sein de l'OLP, leur stratégie et leurs objectifs deviennent identiques.

Pour en savoir plus, voir l'article panarabisme.

2. La lutte armée

L'OLP entend utiliser les pays limitrophes d'Israël comme bases arrière de sa lutte de libération nationale. La présence palestinienne est dès lors déstabilisante pour certains régimes qui redoutent tant les ingérences des organisations palestiniennes dans la vie politique intérieure que les représailles d'Israël aux actions des commandos palestiniens. La tension qui se développe en Jordanie – avec pour toile de fond la rivalité entre le souverain hachémite et l'OLP, qui entendent tous deux parler au nom du même peuple – débouche sur les affrontements de 1970-1971, le regain du terrorisme (naissance de l'organisation Septembre noir), l'expulsion des organisations palestiniennes – dont le Fatah – et leur refuge au Liban.

À l'issue de la quatrième guerre israélo-arabe (octobre 1973), la perspective d'un retrait à terme de l'armée israélienne de la Cisjordanie et de Gaza contraint le Fatah et l'OLP à se prononcer sur la création d'un « mini-État » palestinien sur ce territoire, formule implicitement entérinée par la XIIe session du CNP (« Programme en dix points » de juin 1974).

Cette modération provoque une scission au sein du Fatah : un groupe Fatah-Conseil révolutionnaire d'Abu Nidal, soutenu par l'Iraq, fait sécession. Il est proche du Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) de Georges Habache, qui rassemble autour de lui, à partir de 1974, une coalition désignée sous le nom de Front du refus.

Affirmant sa solidarité avec le Mouvement national libanais, à qui il fournit le soutien logistique, le Fatah s'enlise dans la guerre civile libanaise d'où il sort affaibli. Au cours de l'année 1983, la Syrie suscite la dissidence au sein du Fatah d'Abu Musa contre Yasir Arafat, dans un Front de salut national (FSN) regroupant, entre autres, les Front populaire et Front démocratique de libération de la Palestine (FPLP et FDLP), le FPLP-Commandement général d'Ahmad Djibril et le groupe dissident d'Abu Nidal.

Pour en savoir plus, voir les articles guerre du Liban, guerres israélo-arabes.

3. La lutte contre l'occupation israélienne

3.1. Première Intifada

Se désengageant progressivement du Liban, le Fatah se retrouve de plus en plus présent en Cisjordanie et à Gaza, où, en décembre 1987, se déclenche un soulèvement populaire et spontané contre l'occupation israélienne, l'Intifada. Le Fatah y perd un de ses dirigeants historiques, Abu Djihad, responsable de l'action dans les territoires occupés, assassiné en janvier 1988 à Tunis par un commando israélien.

En tant que faction leader du mouvement de libération nationale, le Fatah soutient les accords signés entre l'OLP et Israël le 13 septembre 1993 (→ accords d'Oslo). Mais des dissensions internes émergent au sein du Fatah durant la décennie du processus de paix. La question est alors de déterminer si l'objectif des accords de paix est de conduire, en priorité, à la fin de l'occupation israélienne des Territoires palestiniens ou bien à la proclamation d'un État.

Les premières élections générales de la Palestine autonome (1996) donnent néanmoins une large majorité parlementaire au Fatah (65 députés élus sur 88), dans la mesure où ces élections sont largement boycottées par l'opposition et où la population préfère encore largement placer ses espoirs dans le parti favorable à la paix – seule, susceptible d'apporter une normalisation des conditions d'existence.

3.2. Seconde Intifada

Au-delà, des voix s'élèvent au sein du parti pour critiquer les modes de gestion – plutôt autoritaires – de Yasir Arafat, ainsi que le népotisme de son entourage. Certains cadres locaux du Fatah critiquent aussi la transformation du parti en « parti de gouvernement », qui perd progressivement sa fonction d'autocritique et d'initiative. Plusieurs d'entre eux constituent les milices du Tanzim, la branche armée du Fatah et deviennent le fer de lance de la seconde Intifada, déclenchée à l'automne 2000. Ils se sont rassemblés autour de Marwan Barghuti – le secrétaire général du Fatah pour la Cisjordanie, arrêté en avril 2002 par l'armée israélienne et détenu en Israël où il purge plusieurs peines de prison à vie pour sa participation à l'Intifada.

4. Dissensions internes et affrontements avec le Hamas

4.1. Revers électoraux

Après le décès de Y. Arafat (novembre 2004), la direction du Comité central, organe suprême du Fatah, est confiée à Faruq al-Qaddumi, resté à Tunis et opposant au sein du mouvement à Mahmud Abbas.

Affaibli par des dissensions entre les caciques du Comité central et ceux qui exigent le renouvellement des instances internes inchangées depuis 1989 – le Fatah devient une formation ossifiée, dépourvue de programme idéologique et fortement concurrencée par le Hamas.

La situation politique et territoriale sur le terrain, désastreuse par rapport aux attendus du processus de paix côté palestinien, fragilise davantage encore la côte de popularité du mouvement. Les négociateurs d'Oslo, dont certains sont ministres, sont accusés d'incapacité dans la défense des intérêts nationaux palestiniens face à l'État d'Israël.

La perte de légitimité du Fatah se mesure lors des élections municipales organisées par vagues successives entre décembre 2004 et mai 2005, durant lesquelles la principale force d'opposition, le Hamas, fait une percée remarquable dans la bande de Gaza ainsi que dans les grandes villes de la Cisjordanie. Cette perte de légitimité se confirme lors des élections législatives de janvier 2006, qui conduisent à une défaite historique pour le Fatah puisque celui-ci n'obtient que 45 des 132 sièges en jeu contre 74 pour le Hamas.

C'est la première fois de toute l'histoire nationale palestinienne que le Fatah perd une partie de ses pouvoirs exécutifs. Certains de ses cadres dirigeants et nombre de ses militants n'acceptent d'ailleurs pas la défaite. Le parti rejette ainsi plusieurs offres de formation d'un gouvernement d'union nationale, faites par le nouveau Premier ministre islamiste Ismaïl Haniyah (ou Ismaël Haniyeh), préférant s'enfermer dans des affrontements violents avec les partisans des islamistes – à Gaza notamment.

En février 2007, il finit néanmoins par accepter l'idée de participer à un gouvernement d'union, mais cet accord est de courte durée, puisque parallèlement, les services de sécurité du Fatah tentent de prendre le contrôle de la bande de Gaza avec le soutien des États-Unis et de l'État d'Israël, ce qui contraint le Hamas à exclure militairement le Fatah de la bande de Gaza en juin 2007. Il s'ensuit une division politique et territoriale de la Cisjordanie et de la bande de Gaza.

4.2. Le Fatah en crise

Replié en Cisjordanie avec l'appui des Occidentaux, le Fatah répond à la montée des discours critiques par une politique de répression à l'égard des militants islamistes, qui ne lui permet pas de regagner en crédibilité auprès de la population. En réalité, le mouvement fait face à une crise politique interne, qu'il essaie de surmonter en organisant, en août 2009, à Bethléem, son VIe Congrès. Ce Congrès – qualifié d'historique, car c'est la première fois depuis 1989 que les militants se réunissent dans les Territoires occupés pour élire leurs représentants nationaux – conforte l'emprise de M. Abbas sur le mouvement. Il permet aussi l'entrée au sein de la plus haute instance décisionnelle du Fatah de personnalités proches des milieux de la sécurité et des forces de police, comme Djibril Rajub et Mohamed Dahlan. Mais l'orientation et les priorités politiques du mouvement, peu discutées à Bethléem, demeurent floues.

La crise interne du parti provient également de l’absence de réflexion sur la succession de M. Abbas, qui a annoncé, en mars 2011, à près de 78 ans, qu’il ne se représenterait pas à la présidence de l’Autorité palestinienne en cas d’élection. La question fait figure de tabou, alors que le Fatah prépare de nouvelles élections au sein de ses instances délibératives et décisionnelles en 2014. L’enjeu du moment est plutôt, pour le président en exercice, de fortifier les partisans de sa ligne idéologique et politique afin d’écarter M. Dahlan, l’ancien chef des forces de sécurité préventive à Gaza, de toute position de pouvoir au sein du Fatah, et donc d’éviter que celui-ci ne puisse se présenter comme légitime à sa succession.

Fragilisé sur le plan interne, le chef du Fatah et président de l'Autorité palestinienne, M. Abbas, l'est également sur le plan extérieur, dans la mesure où les négociations diplomatiques avec les Israéliens sont au point mort et où, surtout, il n’a pas obtenu le soutien de Barack Obama sur la reconduite d’un moratoire sur l’arrêt de construction de colonies en Cisjordanie. Cette absence de toute perspective le conduit à se rapprocher de son « ennemi » politique, I. Haniyeh, afin de s'accorder sur un accord de réunification nationale en mai 2011. Mais les tractations achoppent entre les deux camps autour de la composition d’un nouveau gouvernement – notamment, sur la personne du Premier ministre –, sur le contrôle des forces de police et les conditions d’inclusion du Hamas au sein de l’OLP. Deux ans plus tard, en juin 2014, dans un contexte de fragilisation du Hamas, le Fatah négocie un nouvel arrangement en vue de la formation d’un gouvernement d’union nationale. Cette fois-ci, le pourvoi du poste de Premier ministre ne pose pas problème, dans la mesure où Salam Fayyad, peu apprécié du Hamas, n’est plus candidat. De son côté, M. Abbas accepte que le Hamas continue de contrôler les forces de police « pro-Hamas » présentes dans la bande de Gaza, en échange du retour de la Garde présidentielle dans ce morceau du territoire palestinien dont elle avait été exclue en juin 2007. Enfin, des tractations sont en cours sur les conditions d’entrée du Hamas (mais aussi du Jihad islamique) au sein de l’OLP. Reconduit en septembre, le gouvernement d’union nationale dirigé par Rami Hamdallah, dans le but notamment de préparer de nouvelles élections et de favoriser la reconstruction de Gaza après l’intervention israélienne de juillet-août, peine cependant à s’imposer dans l’enclave, toujours contrôlée par le Hamas, et à surmonter les mésententes entre dirigeants afin d’asseoir sa légitimité.

Pour en savoir plus, voir l'article Question palestinienne.