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Intoxication chronique par le tabac ; toxicomanie provoquée par le tabac. (Synonyme : nicotinisme.) → Larousse Médical

La réduction de l'espérance de vie est comprise, selon le degré de dépendance au tabac et d'autres facteurs individuels, entre 5 et 10 ans. Cette durée est d'autant plus importante que la consommation de tabac a débuté à un âge précoce et que le nombre journalier de cigarettes est élevé : à raison de 10 cigarettes par jour, le fumeur réduit son espérance de vie de 2 à 3 ans ; avec 40 cigarettes, il perd entre 8 et 10 ans. Les effets les plus rapides et les plus immédiatement visibles concernent la peau (multiplication des rides), les cheveux (fragilisés, ils cassent), les dents et les ongles (jaunissement), les gencives (inflammation, contribuant au déchaussement), etc. Même si la fumée n'est pas inhalée, ces effets existent, et des risques de cancer existent (bouche, langue…).
Chez les fumeurs de pipe, les risques cardio-vasculaires sont diminués, mais les risques cancéreux demeurent. Certains gestes effectués de façon machinale, qui augmentent les risques de maladie, sont à proscrire, comme rallumer des mégots ou garder la cigarette à la bouche. Enfin, associer le tabagisme à la prise d'alcool ou à l'inhalation régulière de polluants (gaz d'échappement, produits chimiques, etc.) est un facteur de risque aggravant.
Le tabagisme diminue la fertilité de la femme comme de l'homme. Pendant la grossesse, il a des répercussions nombreuses, parfois dramatiques. Il augmente les risques de fausse couche, d'accouchement prématuré, de retard de croissance du fœtus (le poids du nouveau-né est inférieur de 200 g à la moyenne) ; il favorise le développement de maladies respiratoires chez l'enfant à naître (asthme notamment).
Selon les études épidémiologiques, le tabac, qui tue 60 000 personnes par an en France, favorise l'apparition de maladies cardio-vasculaires ou pulmonaires et de cancers. On estime que plus de 20 % des décès consécutifs à des maladies coronariennes sont directement liés au tabac. Ce dernier est, avec l'hypertension et l'hypercholestérolémie, le principal facteur de risque.
Parmi les femmes qui fument, celles qui ont recours à la pilule comme méthode contraceptive multiplient par trois ou quatre la probabilité de survenue d'un accident coronarien.
Le tabagisme constitue un risque majeur d'artériosclérose, de même qu'il aggrave les troubles de la circulation périphérique et qu'il joue un rôle important dans les maladies cérébro-vasculaires. Si le fait de fumer n'augmente pas le risque d'apparition d'une hypertension artérielle, il accélère de façon significative l'évolution de cette maladie vers une forme maligne. De façon générale, les fumeurs ont un organisme fragilisé : ceux qui, par exemple, subissent un pontage coronarien destiné à remplacer une artère obstruée ont moins de chances de survie à l'opération que des non-fumeurs. Enfin, sans les effets du tabac, il y aurait deux fois moins d'infarctus.
Les bronchopneumopathies chroniques (bronchite chronique, emphysème, toux, bronchorrhée, dyspnée…) sont extrêmement fréquentes. Il existe une relation entre leur développement et la quantité de cigarettes consommées : plus de 80 % des décès que ces maladies entraînent sont imputables au tabac, lequel favorise également la survenue d'infections pulmonaires (pneumonie, grippe…). Enfin, compte tenu du rôle de la cigarette dans les obstructions bronchiques, celle-ci est fortement déconseillée aux asthmatiques. Les épreuves fonctionnelles respiratoires font très souvent apparaître des anomalies ou des performances moindres chez les fumeurs.
La fumée de cigarette est, dans de nombreux pays industrialisés, la cause isolée la plus importante de mortalité par cancer : aux États-Unis, 87 % des décès consécutifs à un cancer du poumon sont directement dus au tabac. Les fumeurs dont la consommation est voisine de 20 cigarettes par jour multiplient par dix la probabilité d'apparition d'une tumeur pulmonaire maligne. Les cancers développés touchent essentiellement les conduits respiratoires (bouche, larynx, œsophage), mais aussi l'estomac, la vessie, le rein, le pancréas et, chez les femmes, le col de l'utérus.
La première expérience tabagique est, généralement, très désagréable : elle s'accompagne d'irritation, de toux, de nausées, voire de vomissements. À ce stade, la motivation est d'ordre psychosocial : outre le fait que la cigarette a un rôle de support de la convivialité similaire à celui de l'alcool (don, échange, partage), le fumeur néophyte cherche à acquérir l'un des attributs du monde des adultes.
Ensuite intervient très rapidement la dépendance au tabac, qui est extrêmement forte – l'arrêt du tabagisme est très difficile : le tabagisme est une toxicomanie.
Le fumeur trouve dans la cigarette une source de plaisir, à laquelle s'ajoutent le jeu avec la fumée, les saveurs du tabac et, éventuellement, le toucher d'un objet associé au désir de transgression ; les psychanalystes y voient un fantasme autoérotique de succion. La légère irritation provoquée au plus profond des poumons par la fumée inspirée peut également procurer une sensation agréable.
La consommation de tabac, ou plutôt l'action de fumer, a un double effet : excitant puis calmant. En effet, l'acte lui-même sert de dérivatif à un état d'anxiété. L'image caricaturale du futur père faisant les cent pas et fumant cigarette sur cigarette dans la salle d'attente d'une maternité évoque encore parfaitement ce rôle – alors qu'il est depuis longtemps interdit de fumer dans les maternités. Contenant de la nicotine, le tabac agit comme un stimulant au même titre que le café et sa caféine : la substance inhalée, un alcaloïde provenant de la distillation de composants de la feuille de tabac, agit directement sur le cerveau, qu'elle atteint en quelques minutes.
Les résultats d'une étude menée en janvier 1998, conjointement par l'Institut Pasteur de Paris, l'Institut Karolinska de Stockholm et un laboratoire privé, ont révélé que la consommation de la nicotine entraînait la diffusion, dans une aire du cerveau impliquée dans les processus de motivation, d'une substance, la dopamine, qui renforce le désir de fumer. Dénommée « sous-unité bêta-2 », cette substance est indispensable à l'action de la nicotine, qui se lie aux récepteurs situés à la surface des neurones producteurs de dopamine. L'expérience menée sur des souris a montré que les individus dépourvus de bêta-2 demeuraient insensibles à la nicotine. Elle ouvre ainsi des perspectives quant à l'utilisation de l'action positive de la nicotine sur l'attention et la mémoire, tout en échappant à ses contraintes de dépendance.
Les techniques destinées à favoriser le sevrage sont très nombreuses, mais pas infaillibles – sinon, arrêter de fumer ne serait plus un problème. Quelle que soit celle utilisée, il est nécessaire que le fumeur exprime une réelle volonté d'abstinence.
L'acupuncture, médecine chinoise très ancienne fondée sur des principes philosophiques taoïstes, est souvent proposée. Elle consiste en la pose d'aiguilles en différents points du corps, afin de faire naître chez le fumeur un sentiment de dégoût à l'égard du tabac, ce qui doit aboutir au rejet des cigarettes.
Le même type d'aversion peut être généré par l'auriculothérapie, technique dérivée de la précédente, mais appliquée à l'oreille uniquement. Selon les auriculothérapeutes, il existe, sur le pavillon externe, un ensemble de points sensibles dont la stimulation est susceptible de guérir un grand nombre de maux. Dans la pratique, le fumeur doit porter, en un point précis de son oreille (défini comme la zone de sevrage), une agrafe ou un fil de Nylon.
La mésothérapie est une technique caractérisée par des injections multiples de produit actif, généralement un mélange de substances pharmaceutiques classiques, juste sous la peau. En homéopathie, le remède prescrit consiste en de minuscules pilules blanches, dont le principe actif est dilué à l'extrême. Le thermalisme et la thalassothérapie, aussi suggérés comme méthodes contre le tabagisme, sont plus chers ; mais, si les cures ont l'avantage d'associer vacances et désintoxication, elles n'ont pas d'effet à long terme – sans encadrement, les mauvaises habitudes reviennent.
Ces techniques se fondent sur l'administration, par une voie autre que la consommation de tabac, d'une dose de nicotine quotidienne – dégressive dans le temps – au fumeur qui souhaite s'arrêter. Elles combattent la dépendance physique, en évitant l'apparition des symptômes de sevrage, mais n'ont aucun effet sur la dépendance psychologique (intégration du geste dans les schémas de comportement, habitude sociale, etc.).
La nicotine est disponible sous différentes formes, pas toujours très efficaces bien que coûteuses : gomme, que le fumeur mâche lentement et régulièrement au cours de la journée, lorsque l'envie de fumer se fait sentir ; timbre (patch) à coller sur la peau, l'alcaloïde diffusant à travers le derme, jusqu'au sang ; capsules semblables à celles de nombreux médicaments. Les inhalateurs de nicotine administrent la nicotine par voie buccale, tout en conservant le geste du fumeur.
Chronologiquement, la première molécule agissant comme un « antitabac » est le buproprion (commercialisé en France depuis 2001 sous le nom de Zyban®). Le mécanisme d'action de cet antidépresseur – qui a pour effet, chez de nombreuses personnes, de supprimer l'envie de fumer – est mal compris. En 2006, une autre molécule aidant au sevrage a été mise au point : la varénicline (commercialisée en France depuis 2007 sous le nom de Champix®), qui agit au niveau du cerveau en se fixant sur les mêmes récepteurs neuronaux que la nicotine.
Certaines techniques utilisent des produits à base de plantes qui modifient le goût du tabac au point de le rendre très désagréable. Reposant sur un simple conditionnement pavlovien (« c'est désagréable, donc je renonce »), la technique ne peut donner de bons résultats que si elle est convenablement suivie.
La thérapie par aversion, fondée sur ce même principe de conditionnement, a lieu en centre spécialisé pendant quelques jours. Le patient y est confronté à des événements désagréables lorsqu'il fume : consommation obligée de cigarettes jusqu'à la nausée, choc électrique accompagnant chaque bouffée, séjour dans un local très enfumé, etc. C'est une méthode particulièrement brutale qui laisse des souvenirs impérissables à défaut d'être d'une efficacité sans reproche.
Le conditionnement sous hypnose, méthode plus douce, se pratique seul ou collectivement, l'hypnotiseur devant convaincre le(s) fumeur(s) en état de demi-sommeil du dégoût qu'inspire le tabac. Mais, un sujet endormi étant peu réceptif, il faut faire preuve de patience avant d'obtenir un résultat.
Alors que, en 2003, l'âge limite de vente de tabac aux mineurs a été fixé à 16 ans, depuis 1977, la proportion de jeunes fumeurs (de 12 à 18 ans) a baissé de 12 %, mais, parmi les incorrigibles, 89 % sont des consommateurs réguliers. L'âge moyen de la première cigarette est passé de 15 ans en 1981 à 14 ans en 1992, âge qui reste stable depuis.
En moyenne 41 % des jeunes de 15 à 19 ans sont fumeurs – cette proportion ne variant pas significativement avec le sexe mais progressant avec l'âge, pour atteindre 48 % chez les 20-25 ans. Les hommes soient toujours plus nombreux à fumer que les femmes (33,3 % des hommes et 26,5 % des femmes en 2005), bien que la proportion de fumeurs chez les hommes aient considérablement diminué depuis les années 1960-1970 (tandis qu'elle augmentait chez les femmes). En 2005, sur l'ensemble de la population de 12 à 75 ans, une personne sur trois fume ; 59 % des fumeurs souhaitent s'arrêter.