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la Réforme

Martin Luther
Martin Luther

Mouvement religieux qui, au xvie siècle, a donné naissance aux Églises protestantes. Ce mouvement qui, entre 1517 et 1570, a soustrait l'Europe du Nord-Ouest et du Nord à l'obédience du catholicisme romain a pris le nom de « Réforme (ou de « Réformation ») pour marquer son souci d'un renouvellement radical du christianisme face à ce qu'il considérait comme une trahison, par l'Église institutionnelle, de l'idéal évangélique.

1. Les origines de la Réforme

1.1. Un renouveau de la sensibilité religieuse

Depuis sa rupture avec le monde chrétien oriental, en 1054 (→ grand schisme d'Orient), l'Église d'Occident avait réussi à triompher de plusieurs hérésies ou tentatives de dissidence, notamment celle des vaudois de Pierre Valdo au xiie siècle, des cathares au xiiie siècle, de John Wycliffe au xive siècle, de Jan Hus au xve siècle. Mais le mouvement dont l'initiateur fut Martin Luther allait séparer les pays germaniques, scandinaves et britanniques de l'Église romaine, créant ainsi une opposition entre cet ensemble protestant et l'Europe méditerranéenne et latine.

Son succès s'explique essentiellement par un renouveau de la sensibilité religieuse, qui, hantée par les malheurs du temps et l'idée de la mort, se révoltait contre les préoccupations séculières et les abus de la papauté et des prélats ; par l'ouverture des esprits à l'idée d'un sacerdoce universel ou d'une participation réelle des « simples âmes » à la vie de l'Église, en réaction contre les privilèges des clercs ; par un intérêt nouveau pour la Bible, dont le développement de l'imprimerie assurait la diffusion.

Mais certains courants philosophiques, théologiques et littéraires (tels que le rejet de la pensée médiévale et le retour aux sources antiques prônés par la Renaissance), ainsi que divers facteurs économiques et sociaux (émergence de la bourgeoisie), jouèrent aussi un rôle important.

2. La « Confession d'Augsbourg »

Le mouvement de rébellion contre Rome partit de Wittenberg le jour où Luther adressa à l'archevêque de Mayence le texte de ses 95 thèses dénonçant la pratique pontificale des indulgences (31 octobre 1517). S'il provoqua une immédiate effervescence et connut un immense succès, il n'atteignit son point de non-retour qu'en 1530, lorsque fut présentée à Charles Quint, lors de la diète d'Augsbourg, une Confession signée par la presque totalité des princes et villes d'Empire, qui avaient adhéré à la réforme. ce texte, qui consitue la principale confession de foi des luthériens et que Melanchthon compléta par une Apologie, symbolisait l'unité religieuse des princes allemands autour du réformateur.

Résistant aux sommations de l'empereur, ces derniers se groupèrent, lors de leur congrès de décembre 1530-février 1531, dans la ligue de Smalkalde, qui faisait d'eux des « protestants » résolus. Par ailleurs, la paix d'Augsbourg (1555), qui décréta la liberté religieuse pour les États luthériens, allait consacrer le principe (cujus regio, ejus religio) de l'identité de la religion du prince et de celle de ses sujets.

3. La diversité et l'unité du mouvement réformateur

La mouvement évangélique se révéla dès lors éclaté en plusieurs tendances dont chacune, à la suite des luthériens, élabora sa propre doctrine. Il comprenait trois pôles : Wittenberg, mais aussi Zurich, sous l'autorité de Zwingli, et Strasbourg, qui, sous celle de Bucer et en union avec trois autres villes de l'Allemagne du Sud (Constance, Lindau et Memmingen), prit ses distances avec Luther.

De plus, en 1527, un synode d'anabaptistes avait déjà présenté la sienne. À côté de ce phénomène d'éclatement du monde luthérien, qui ne retrouva son unité doctrinale que vers 1580, il faut mentionner la place spécifique du courant « réformé » qu'animait Jean Calvin et qui implanta, en France et à Genève, un autre protestantisme, de type presbytérien.

Ainsi, hormis des communautés baptistes, illuministes ou millénaristes, la Réforme fut alors représentée par deux types d'Églises concurrentes, les unes luthériennes, les autres calvinistes, ou « réformées ». Celles-ci, tandis qu'en 1549, Calvin passait un accord avec Zurich, gagnèrent la Pologne, la Bohême, la Hongrie, les Pays-Bas, l'Écosse (où se développa, avec John Knox, en 1560, une Église locale « presbytérienne »).

En Angleterre, par la rupture du roi Henri VIII avec le pape Clément VII, le mouvement réformateur prit une orientation encore différente, l'anglicanisme, qui représentait une voie moyenne entre le protestantisme et le catholicisme.

En marge de ces grands courants, qui se constituèrent en Églises organisées, se développèrent, depuis les anabaptistes jusqu'aux méthodistes, des mouvements parallèles moins institutionnalisés (dits parfois « non conformistes » mais se présentant comme issus de la Réforme.

4. Les conséquences de la Réforme

Le mouvement réformateur mit l'accent sur la reconnaissance de l'initiative divine en matière de salut, sur la primauté de la foi, sur la nécessité de la conversion personnelle, sur l'accès direct de tout fidèle à l'Écriture sainte et aux signes de justification, sur les valeurs éthiques de fidélité, de fraternité et de responsabilité.

Au sein même de l'Église romaine, notamment à travers l'action – pourtant principale défensive – du concile de Trente et l'œuvre de la Réforme catholique (ou Contre-réforme), le mouvement protestant déclencha une réflexion plus profonde sur la spiritualité et la théologie chrétiennes. Par-delà les impitoyables guerres de Religion que cet ébranlement de la chrétienté provoqua, et en dépit de persistantes polémiques, antiprotestantes, d'une part, anticatholiques, d'autre part, « les deux Réformes ennemies ont correpondu à un même sursaut de la conscience chrétienne » (Jean Delumeau).