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Giuseppe Verdi, <I>Rigoletto</I> :  La donna e mobile

Giuseppe Verdi

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Giuseppe Verdi

Compositeur italien (Roncole, près de Busseto, province de Parme, 1813-Milan 1901).

Les débuts

Fils d'un aubergiste, Giuseppe Fortunio Francesco Verdi montre très jeune des dispositions pour la musique et en apprend les rudiments avec l'organiste de sa paroisse. Son père l'envoie ensuite à Busseto, où un commerçant, Antonio Barezzi, musicien amateur et mécène, le prend sous sa protection. Verdi travaille avec deux maîtres : le chanoine Pietro Saletti se charge de son instruction générale (1825-1829), et Ferdinando Provesi, maître de chapelle, organiste de la cathédrale et chef de la Société philharmonique, fondée par Barezzi, lui enseigne l'harmonie et l'aide matériellement. Artiste sensible, il découvre les dons exceptionnels du jeune homme et l'oriente vers la carrière musicale. Verdi dépasse bientôt son maître. Dès 1828, il s'exerce à transcrire des œuvres pour l'harmonie municipale et compose une cantate, puis une Sinfonia, qui est jouée à Busseto. En 1831, il vient habiter chez Barezzi et s'éprend de sa fille Margherita, que, sans situation stable, il ne peut encore épouser. Il obtient alors du « mont-de-piété et d'abondance » de Busseto une bourse d'études et se rend à Milan, où il se présente à la classe de piano du conservatoire, la seule accessible aux étrangers. Il vient, en effet, du duché de Parme, ancien département du Taro, gouverné depuis le congrès de Vienne (1815) par Marie-Louise d'Autriche. Il étudie alors le contrepoint et la fugue avec Vincenzo Lavigna (1776-1836), élève de Giovanni Paisiello (1740-1816). L'enseignement très théorique qu'il reçoit n'aura aucune influence sur son métier. Il pense déjà au théâtre et avouera plus tard qu'il a appris seul l'instrumentation et la manière de traiter la musique dramatique. En 1833, il brigue en vain la succession de Provesi qui vient de mourir, et il doit attendre février 1836 pour obtenir la direction de la musique municipale de Busseto. Le 4 mai de la même année, il épouse Margherita dont il aura deux enfants, une fille et un fils.

   En 1839, il prend nettement conscience de sa vocation théâtrale, démissionne de son poste et s'installe à Milan avec sa jeune femme. Grâce à l'imprésario de la Scala, Bartolomeo Merelli (1794-1879), grâce aussi à la maîtresse de celui-ci, la cantatrice débutante Giuseppina Strepponi (1815-1897), il obtient rapidement un premier succès avec son opéra Oberto conte di San Bonifacio (1839) ; mais, l'année suivante, son opéra-bouffe Un giorno di regno ossia Il Finto Stanislao (1840) subit un échec total. Cette dernière œuvre, qui n'eut qu'une seule représentation, avait été écrite dans des circonstances douloureuses. Verdi venait de perdre son fils (1839), puis sa femme (juin 1840) et songeait à renoncer au théâtre. Mais bientôt Merelli lui propose un livret de Témistocle Solera (1815-1878), Nabucodonosor. Alors qu'il commence à s'intéresser au Risorgimento, Verdi est frappé par la similitude des situations – la lutte des Juifs contre les Chaldéens lui rappelle la condition politique de sa patrie – et il se met au travail. Après la première représentation de Nabucco (1842), il est célèbre du jour au lendemain ; il devient une sorte de drapeau qui symbolise la résistance à l'esclavage et l'espoir de réaliser l'unité italienne.

Les « années de galère »

Convaincu qu'il a maintenant trouvé son style – son opéra suivant, I Lombardi alla prima Crociata (1843), après avoir été menacé de censure par la police autrichienne, est encore accueilli plus chaleureusement –, Verdi songe à mettre en valeur sa gloire naissante. Avec une volonté inébranlable, il s'impose un travail acharné, partageant son temps entre la composition et l'exploitation de son répertoire. Il fait représenter Ernani (1844) et Attila (1846) à Venise, I Due Foscari (1844) et La Battaglia di Legnano (1849) à Rome, Giovanna d'Arco (1845) à Milan, Alzira (1845) à Naples, Macbeth (1847) à Florence et Il Corsaro (1848) à Trieste. Durant ces années épuisantes, qualifiées plus tard par lui d'« anni di galera » (1844-1849), il conquiert aussi l'étranger. Il fait jouer à Londres Ernani (1844), puis I Masnadieri (les Brigands, 1847), dont c'est la création, et à Paris Jérusalem (1847), version remaniée d'I Lombardi alla prima Crociata. Lors de son séjour à Paris, il retrouve Giuseppina Strepponi, qui avait contribué au lancement de ses premiers opéras, et s'y attache au point de ne la plus quitter. En 1849, il s'installe avec elle dans sa propriété de Sant'Agata, non loin de Busseto, où il va mener de front sa carrière de compositeur et la vie d'un gentilhomme campagnard. Dans un calme relatif, car la population de la région critique sa vie irrégulière, il réfléchit sur son métier, découvre de nouveaux horizons et tente de se mettre en accord avec son temps. Après les bouleversements de 1848 et la défaite de Novare (mars 1849), qui a provoqué l'abdication de Charles-Albert en faveur de son fils Victor-Emmanuel II, la paix avec l'Autriche ramène une période d'apaisement. Tandis que La Battaglia di Legnano (1849), en évoquant le triomphe de la Ligue lombarde sur Frédéric Barberousse, était encore animée de l'esprit révolutionnaire, le nouvel opéra Luisa Miller (1849) annonce une conception plus évoluée du drame lyrique, à la fois plus sereine et plus idyllique.

Trois grandes œuvres

Après l'échec de Stiffelio (1850) s'ouvre une époque fastueuse où naissent trois grandes œuvres, qui seront les plus populaires, Rigoletto (1851), Il Trovatore (1853) et La Traviata (1853).

    Rigoletto, dont le livret s'inspire du Roi s'amuse de Victor Hugo, est le premier opéra romantique de Verdi ; il présente une grande unité en dépit du mélange des genres, et sa musique traduit maintenant sans peine tous les sentiments, du rire aux larmes.

    Il Trovatore, de climat mélancolique, est, par ses personnages, ses situations et ses coups de théâtre, de la même veine ; mais, pour mieux satisfaire aux exigences du drame, Verdi y fait un usage plus intense du bel canto. Il impose à ses interprètes des effets inédits, qui réclament des voix plus étendues et d'une puissance accrue, au point de s'entendre reprocher d'avoir trahi la tradition mélodique italienne.

    La Traviata, dont le sujet était tiré d'une pièce contemporaine, la Dame aux camélias (février 1852) d'Alexandre Dumas fils, non sans en accentuer les tendances sociales et passionnées, met en scène des personnages de la vie quotidienne, qui chantaient en costumes du temps. Lors de la première, l'audace du livret et surtout une mauvaise distribution – l'héroïne, phtisique, avait une corpulence ridicule – provoquent la chute de l'ouvrage.

Des œuvres politiques

Après cet échec momentané – la reprise, en 1854, sera un succès complet –, Verdi traverse une crise morale et va habiter Paris. Des œuvres nouvelles, de valeur inégale, renouent alors avec l'inspiration politique antérieure. Sur un livret d'Eugène Scribe et Charles Duveyrier, qui traite de la révolte des patriotes siciliens (1282) contre les occupants français, Verdi écrit les Vêpres siciliennes (1855), opéra émouvant et pathétique, mais hybride, car il y mêle les styles. En 1857, Simon Boccanegra évoque de façon complexe et parfois invraisemblable la conjuration de Fiesque. L'union plus étroite du texte et de la musique, perçue déjà dans Luisa Miller, ne suffit pas à lui conquérir la faveur des Vénitiens. Verdi est alors incapable de juger de la vraie cause de son échec : la mauvaise qualité du livret. Plus tard, grâce à Boito, l'œuvre trouvera son équilibre. Un autre drame historique, suggéré par Gustave III de Scribe, Un ballo in maschera (1859), devait réaliser, mieux que les précédents, la synthèse des styles de Verdi. Représenté à Rome pour éviter la censure des Bourbons – un régicide y rappelle fâcheusement l'attentat d'Orsini –, il connaît un immense triomphe en exaltant, au moment où le roi de Piémont-Sardaigne s'apprête à déclarer la guerre (avril 1859) à l'Autriche, le patriotisme italien. Le public acclame Verdi, qui symbolise d'autant mieux l'unité nationale que son nom est formé des initiales de celui du roi : Vittorio Emanuele Re d'Italia. Le 29 avril 1859, le musicien épouse la Strepponi.

La gloire

Verdi est alors à l'apogée de sa carrière et jouit d'un immense prestige. Il est élu en 1861 député du premier Parlement national, mais, après avoir voté le 27 mars la proposition de Cavour qui demande le retour de Rome dans la communauté italienne, il reprend son activité un moment suspendue. À Saint-Pétersbourg, on joue son dernier grand opéra populaire, La Forza del destino (1862), où le sublime côtoie le vulgaire, mais dont la réussite lui permet de mesurer l'ampleur de sa renommée. Maintenant commence pour Verdi une ère nouvelle. Le paysan d'autrefois est devenu riche ; il s'est formé le goût et ne se fie plus à son seul instinct. Son art va s'épanouir dans un climat différent. Des influences étrangères contraignent Verdi à réviser des principes auxquels il croyait fermement, notamment celle de Wagner – dont les œuvres se répandent en Europe et dont les écrits théoriques, qu'il ne connaîtra qu'en 1870, fascinent la jeune génération –, puis celle de Gounod, qui, dans Faust (1859), se montre élégant et raffiné. En Italie, d'autre part, on ne porte plus seulement attention à la musique dramatique et l'on redécouvre la musique de chambre. Verdi ne ménage pas ses critiques aux « jeunes-turcs », mais, sans l'avouer, il tient compte des nouvelles orientations. Après Macbeth (1865), présenté sans succès dans une version remaniée, il fait entendre à Paris son second opéra sur un livret français, Don Carlos (1867), de conception plus savante et plus recherchée. La partition, particulièrement soignée, se pare, non sans quelques maladresses, d'harmonies modernes, de sonorités subtiles qui étouffent parfois la mélodie. En France, on l'accuse d'imiter Wagner. Aujourd'hui, les tempéraments des deux musiciens apparaissent si dissemblables que l'on considère plutôt Don Carlos comme une tentative vers une formule originale que Verdi adoptera sans se renier lui-même. Ce changement demandera à Verdi, dont les ambitions sont grandes, beaucoup d'efforts, au point que sa production va se raréfier.

   

Le compositeur veut maintenant, après la mort de Rossini (1868), qui fait de lui le chef de l'école italienne, jeter les bases d'un théâtre lyrique rénové, plus sensible, plus complet et résolument « national ». En 1871, Aïda, dont le livret brode sur un thème de l'égyptologue français A. Mariette, est représenté à l'Opéra du Caire pour célébrer l'ouverture du canal de Suez. Verdi a maintenant parfaitement assimilé ses nouvelles conquêtes. Tout en conservant un langage simple, il use d'une écriture d'autant plus colorée qu'elle s'enrichit d'harmonies raffinées et d'un contrepoint parfaitement maîtrisé, dont il s'est peu servi jusque-là. Aïda est acclamé en 1872 à Milan et à Parme, puis sur toutes les grandes scènes européennes.

   En 1873, Verdi écrit un quatuor à cordes et revient à Sant'Agata, où il apprend la disparition d'Alessandro Manzoni, qu'il vénérait. Il compose alors pour le premier anniversaire de la mort du grand écrivain une Messe de requiem, dans laquelle il insère le Libera me dédié à la mémoire de Rossini (?-1868). Dans cette œuvre magnifique, à laquelle on a souvent reproché son style trop théâtral, mais qui est sincère et « sérieuse », il se révèle un grand polyphoniste et montre, alors que la péninsule commence à être envahie par la musique germanique, que, loin d'être un « corrupteur du goût italien », il est simplement lui-même et de son pays.

   Parvenu maintenant au seuil de la vieillesse, il ressent de la lassitude. Il voyage et, au cours de nombreuses tournées en Europe, dirige son Requiem. Il est, peu après, nommé sénateur du royaume d'Italie et partage sa vie entre Sant'Agata, l'été, et Gênes, l'hiver. Parvenu au faîte de la gloire, il abandonne durant de longues années – hormis quelques pages de musique religieuse – tout travail.

Les derniers chefs-d'œuvre

Mais un événement important modifie ses dispositions. Par l'intermédiaire de son éditeur Giulio Ricordi (1840-1912), Verdi renoue des relations avec un représentant de la jeune école italienne, Arrigo Boito (1842-1918), écrivain et compositeur, dont il avait mis autrefois en musique l'Inno delle nazioni (Hymne des nations) pour l'exposition universelle de Londres (1862). Boito lui propose sa collaboration et commence par refaire le livret de Simon Boccanegra. Dans sa nouvelle version, l'œuvre est reçue à Milan (1881) avec tant de chaleur que Verdi reprend courage. Boito en profite pour présenter à Verdi deux livrets, dont la musique sera lentement élaborée, mais qui donnent naissance à deux ultimes chefs-d'œuvre, Otello (1887) et Falstaff (1893). Dans Otello, Verdi écarte récits et airs, et adopte un discours continu. L'orchestre brillant et coloré a sa vie propre et soutient, sans jamais la couvrir, l'ample déclamation des voix. L'opéra prend ainsi un aspect « moderne », qui déroute d'abord quelque peu les Milanais, mais connaît finalement un véritable triomphe. Avec Falstaff, opéra-bouffe dont le livret est extrait des Joyeuses Commères de Windsor et de l'Henri IV de Shakespeare, Verdi, âgé de quatre-vingts ans, montre avec éclat toute la force de son génie. Animée d'une vie intense, d'un élan lyrique ininterrompu, l'œuvre mêle le drame au comique et à la poésie la plus pure ainsi que toutes les ressources d'un métier acquis au cours des ans à une inspiration pleine de jeunesse. Désormais, Verdi cesse de composer. Après avoir publié en 1898 quelques chants sacrés (Quattro Pezzi sacri), il se tait définitivement. Comblé d'honneurs, il ne quitte plus l'Italie et, jusqu'à sa mort, s'occupe de ses œuvres, de ses terres et de la Casa di riposo per musicisti (maison de repos pour les musiciens), qu'il a fondée à Milan et à laquelle il réserve tous les revenus de ses droits d'auteur.

L'Œuvre de G. Verdi

 

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