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Igor Fedorovitch Stravinski ou Igor Stravinsky

Igor Stravinsky
Igor Stravinsky

Compositeur russe, naturalisé français, puis américain (Oranienbaum, près de Saint-Pétersbourg, 1882-New York 1971).

Génie cosmopolite qui resta cependant fidèle à ses racines russes, Igor Stravinski fut en quête d'une objectivité esthétique à portée universelle. Par sa présence sur deux continents, il fut, pendant toute la première moitié du xxe siècle, l'un des protagonistes de la modernité en musique.

La période russe

Fils d'un chanteur réputé de l'Opéra impérial de Saint-Pétersbourg, Igor Stravinski apprend le piano dès l'âge de 9 ans, mais, jusqu'à son entrée à l'université, il ne considère les exercices de composition que comme autant de « problèmes à résoudre ». À la faculté de droit, il se lie d'amitié avec le fils de Rimski-Korsakov et, dès lors, étudie avec ce dernier l'orchestration (1903-1906). Il admire aussi les œuvres de Debussy, de Fauré et de Ravel.

Surtout attaché à la culture populaire russe, Stravinski bénéficie du mouvement qui suscite à l'étranger, et notamment en France, un immense engouement pour la musique et les danses de son pays. Serge de Diaghilev, qui l'a découvert, lui commande la partition de l'Oiseau de feu (1910), sur une chorégraphie de Michel Fokine, puis celle de Petrouchka (1911), sur une chorégraphie de Vaslav Nijinski. Le jeune compositeur est alors encensé, mais sa troisième partition de ballet, le Sacre du printemps (1913), déroute complètement un public habitué au conformisme musical.

Le scandale du Sacre

En collaborant avec les Ballets russes, Stravinski est devenu l'un des compositeurs fétiches du Tout-Paris. Lorsque survient la première du Sacre du printemps, le 29 mai 1913, la surprise est totale et le scandale, historique. Tout y contribue : l'argument, inspiré d'un rite agraire de la Russie païenne, la partition, véritable révolution rythmique, et la chorégraphie provocatrice de Vaslav Nijinski, sur lequel Stravinski rejettera d'ailleurs la responsabilité de la bronca. Celle-ci, éclatant dès le lever de rideau, met à rude épreuve le flegme du chef d'orchestre, Pierre Monteux.

Le Sacre du printemps reste une œuvre singulière, comme si, en elle, il y a quelque chose de définitif. Stravinski ne lui témoignera pourtant pas un attachement sans bornes et se contentera de lui reconnaître « quelques belles pages ». De la même époque date l'opéra le Rossignol (1914).

La période française

Une nouvelle période s'ouvre pour Stravinski, qui quitte la Russie en 1914 – il n'y reviendra qu'une seule fois, en 1962 – et qui cesse, dès lors, de cultiver systématiquement son esprit slave. Résidant en Suisse vaudoise durant la Première Guerre mondiale, le compositeur écrit notamment les Berceuses du chat (1915), les Noces, cantate pour chœur (1915-1916, créée tardivement en 1923), et l'Histoire du soldat (1918, sur un texte en français de Ramuz), qui marque sa rupture définitive avec l'école orchestrale russe. Il s'intéresse aussi au jazz, dont il transcrit les rythmes dans Ragtime (1918), pour onze instruments. En 1920, il s'installe en France.

Avec Pulcinella (1920), ballet composé sur des thèmes de Pergolèse, Stravinski manifeste son adhésion au style dit « néoclassique » et mêle dans ses créations de multiples influences – celle de Bach dans l'Octuor pour instruments à vent (1923), la Sonate (1924), le Concerto pour piano (id.) et le Concerto « Dumbarton Oaks » pour orchestre de chambre (1938), ou celles de Händel et de Verdi dans l'opéra-oratorio Œdipus Rex (1927) –, mais avec un métier et une singularité qui n'ont rien de ceux d'un épigone. Aux Symphonies pour instruments à vent « à la mémoire de Claude Debussy » (1920) succèdent la Symphonie de psaumes (1930), la Symphonie en « ut » (1940) et la Symphonie en trois mouvements (1945). Au néoclassicisme se rattachent encore l'opéra-bouffe Mavra (1922), les ballets Apollon Musagète (1928), Jeu de cartes (1936) et Orphée (1947), le mélodrame Perséphone (1934) et la Messe (1948), qui utilise certains modes propres à Guillaume de Machaut.

La période américaine

Après le décès, en 1939, de sa femme Iekaterina, Stravinski part vivre à Los Angeles avec sa seconde épouse, Vera de Bosset, et acquiert la nationalité américaine (1945). C'est là que, découvrant les « Viennois » Schoenberg, Berg et Webern – celui dont il se sent le plus proche –, il adopte les principes de la musique sérielle. Un opéra, The Rake's Progress (1951), de même que le Septuor (1953), les Trois Chants de Shakespeare (id.) et In memoriam Dylan Thomas (1954) marquent cette période de renouvellement, qui culmine avec le ballet Agon (1957).

Dépouillé, voire austère, le style de Stravinski fait de plus en plus place à l'inspiration religieuse, dont témoignent le Canticum sacrum (1956) et Threni (1958), créés en la basilique Saint-Marc de Venise, mais aussi Abraham et Isaac (1963) et les Requiem Canticles (1966). Les Variations « Aldous Huxley in memoriam » pour orchestre (1963) font partie de ces pièces ultimes, conçues comme autant d'hommages à des artistes admirés.

Après avoir eu des obsèques solennelles à Venise, Stravinski y est inhumé, non loin de la tombe de Serge de Diaghilev. Outre les Chroniques de ma vie (1935) et la Poétique musicale (1939-1940), il a laissé le souvenir de nombreux entretiens (réunis en volumes en 1960) avec son disciple, le chef d'orchestre américain Robert Craft (né en 1923).

Citations de Stravinski

« Plus l'art est contrôlé, limité, travaillé, plus il est libre. »

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« [La musique est destinée à] instituer un ordre dans les choses, y compris et surtout un ordre entre l'homme et le temps […]. La construction faite, l'ordre atteint, tout est dit. »