En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Rembrandt Harmenszoon Van Rijn, dit Rembrandt

Rembrandt, Philosophe en méditation
Rembrandt, Philosophe en méditation

Peintre et graveur néerlandais (Leyde 1606-Amsterdam 1669).

Maître absolu du clair-obscur en son siècle, Rembrandt fut le type même de l'artiste en qui s'incarne le mythe du génie créateur. Il représente aussi un modèle d'artiste-philosophe, dont la longue méditation sur le sens de la destinée humaine a une portée universelle.

1. Apprentissage à Leyde

Fils d'un riche meunier, dont le moulin se dresse au bord d'un ancien bras du Rhin (d'où le nom de famille « Van Rijn »), Rembrandt fait des études classiques qui lui permettent de s'inscrire à l'université – mais, sans doute, ne la fréquente-t-il pas, car il décide de se consacrer à la peinture.

En 1621, il entre en apprentissage à Leyde et, comme le métier l'exige alors, il se forme à la préparation de la toile et des couleurs, puis à la technique du dessin. En 1624, il se rend à Amsterdam, où il est accueilli dans l'atelier de Pieter Lastman, un émule du Caravage, qui est alors le meilleur peintre d'histoire de la ville.

2. Installation à Amsterdam

De retour à Leyde en 1625, Rembrandt, âgé seulement de 18 ans, ouvre son propre atelier et, en 1628, il prend un élève qui n'est autre que Gerard Dou.

À cette époque, les artistes travaillent à la commande. Mais, en Hollande, celle-ci ne peut émaner ni de l'Église, car les temples protestants n'exposent pas de peintures, ni de l'État, car le stathouder, membre de la famille d'Orange, qui le dirige est plutôt un chef militaire qu'un souverain susceptible d'exercer un mécénat.

En revanche, dans un pays devenu puissance commerciale, les nombreux bourgeois qui se sont enrichis désirent faire faire leur portrait ou acheter des tableaux. Aussi Rembrandt choisit-il, à la mort de son père en 1631, de se fixer à Amsterdam, qui est la capitale économique de la Hollande.

3. La richesse et la gloire

À Amsterdam, Rembrandt entreprend aussitôt la composition qui va lui apporter la célébrité, la Leçon d'anatomie du docteur Tulp (1632), appartenant au genre alors très prisé du portrait collectif.

Il abandonne le patronyme Van Rijn et, désormais, signera « Rembrandt fecit » (« Rembrandt a fait »). Par là même, non seulement il affirme son individualité, mais il établit le statut de l'artiste moderne.

En 1634, il épouse Saskia Van Uylenburgh, la nièce du marchand de tableaux chez lequel il loge. Auprès de celle dont la beauté et l'élégance lui inspireront de nombreux portraits, il connaît bonheur et succès, mais, atteinte de tuberculose, Saskia meurt en 1642, le laissant seul avec son fils, Titus, né l'année précédente.

Il gagne alors beaucoup d'argent, car il est le premier à mettre ses tableaux en vente, afin de laisser le marché en fixer la valeur. Son atelier, fréquenté par de nombreux élèves, ajoute à sa gloire.

4. L'adversité...

Tandis que Saskia se meurt, Rembrandt achève la Ronde de nuit (1642), qui marque son entrée dans la période des vicissitudes, tant matérielles que morales.

L'œuvre, en effet, est mal accueillie par ses commanditaires ; du coup, les autres clients du peintre s'éloignent de lui. On lui reproche aussi de prendre pour modèles, de préférence aux grands personnages du moment, des vieillards et de pauvres gens.

Aux difficultés financières s'ajoutent des déboires avec l'Église, qui, en 1654, l'accuse de concubinage parce qu'il s'est mis en ménage avec une jeune paysanne, Hendrickje Stoffels (1625-1663), qui était jusque-là sa servante. Au même moment, son tableau Bethsabée au bain est taxé d'immoralité.

5. ...et la ruine

Rembrandt, qui s'est trop endetté, ne peut éviter qu'en 1656, l'année de sa seconde Leçon d'anatomie , ses créanciers ne fassent faire l'inventaire de ses biens, pour qu'ils soient vendus aux enchères.

Après avoir quitté sa fastueuse demeure du quartier juif d'Amsterdam (aujourd'hui musée), il emménage dans un quartier plus modeste (Rozengracht) ; avec Hendrickje et Titus, il y fait commerce d'objets d'art et de curiosités, naturelles ou exotiques.

Rembrandt travaille cependant à d'ultimes toiles, dans lesquelles sa hardiesse et son originalité atteignent à leur plus haut niveau (le Reniement de saint Pierre, 1660). Il honore certaines commandes, en délaisse d'autres, tandis que plusieurs, comme les Syndics des drapiers (1662), lui sont retournées.

Fuyant les honneurs, il ne recherche plus que la compagnie des gens simples. En 1663 meurt Hendrickje, qui lui avait inspiré l'un des types de beauté féminine les plus émouvants de vérité de toute l'histoire de la peinture. Rembrandt a encore la douleur de perdre son fils, en 1668, avant de s'éteindre lui-même, à l'âge de 63 ans, presque oublié de ses contemporains. Sa personnalité demeure, à bien des égards, énigmatique.

6. Le sens profond de l'œuvre

Dessinateur d'une remarquable fécondité et modernité, Rembrandt est aussi l'auteur de près de 300 gravures (paysages, sujets religieux et mythologiques) ; à ce titre, il est considéré comme le plus grand aquafortiste de tous les temps (les Trois Arbres, la Pièce aux cent florins, Jésus prêchant). Son style évolue de la même manière dans son œuvre peint et dans son œuvre gravé.

C'est autant à travers lui-même (soixante-deux autoportraits étant authentifiés) qu'à travers ses proches et tous ceux qu'il rencontre que Rembrandt représente la condition humaine et scrute son mystère – quand ce n'est pas en s'inspirant d'épisodes bibliques (le Christ se révélant aux pèlerins d'Emmaüs, 1648).

C'est grâce à son génie du clair-obscur que la lumière, dont il dispose à son gré, semble émaner du tableau lui-même. On le voit commencer par retracer la réalité physique, presque anecdotique, des êtres et des choses, pour parvenir à exprimer la vérité de la vie, tant apparente qu'intérieure (Aristote contemplant le buste d'Homère,, 1653).

Les scènes conventionnelles sont toujours transformées par certains détails : un personnage qui regarde le spectateur dans la première Leçon d'anatomie, ou la reprise d'une représentation du Christ mort par Mantegna dans la seconde Leçon d'anatomie. Avec Rembrandt, la moindre scène quotidienne s'élève à un sens métaphysique qui ne laissera pas de fasciner peintres et écrivains au cours des siècles.

7. Le débat sur l'authenticité

La question de l'authenticité des œuvres de Rembrandt, qui se pose depuis longtemps, atteint des proportions étonnantes. On lui a attribué jusqu'à un millier de tableaux, puis entre 700 et 600 dans la première moitié du xxe siècle, pour arriver à 420 aujourd'hui – en attendant peut-être la nouvelle évaluation qui résultera des conclusions du Rembrandt's Research Project (« Projet de recherche sur Rembrandt ») mené depuis 1968 à Amsterdam. Cette étude d'expertise n'a pas épargné certaines toiles célèbres, comme l'Homme au casque d'or (1650), dont on lui a retiré la paternité.

Il apparaît que de nombreux tableaux furent sans doute exécutés par des assistants qui travaillaient dans l'atelier du maître, ou qu'ils en sont des copies tardives. Ce n'est pas la preuve que Rembrandt manquait d'originalité, mais plutôt que, pour affirmer la singularité de son œuvre, il avait lui-même encouragé la reproduction de sa manière de peindre.

8. Citations

« Si je veux enrichir mon esprit, je ne cherche pas les honneurs, mais la liberté. »

Rembrandt

« Rembrandt a une palette mystérieuse, parce qu'il a un génie intime, rêveur et profond. »

Charles Blanc (1813-1882), fondateur de la Gazette des beaux-arts

« Rembrandt sait que la chair est de la boue dont la lumière fait de l'or. »

Paul Valéry