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Claudio Monteverdi

Claudio Monteverdi, affiche pour L'Orfeo
Claudio Monteverdi, affiche pour L'Orfeo

Compositeur italien (Crémone 1567-Venise 1643).

La vie et l'œuvre de Claudio Monteverdi se situent à la croisée de deux univers culturels et musicaux : celui de la Renaissance tardive, lié au Moyen Âge, et celui du baroque naissant. Créateur de l'opéra en Italie, il fut l'un des pères fondateurs de la musique occidentale.

Une jeunesse sous le signe de la polyphonie

Fils de médecin, Claudio Monteverdi semble avoir reçu une éducation soignée. À Crémone, il apprend la musique auprès de Marcantonio Ingegneri (vers 1540-1592), illustre polyphoniste, et, à tout juste 15 ans, il est en mesure de publier un recueil de motets à trois voix. Mais ce sont trois livres de madrigaux profanes à cinq voix (1587, 1590, 1592) qui lui valent ses premiers succès. Ces œuvres renouent avec une veine populaire typiquement italienne : par leur ton, direct et spontané, elles sont l'expression privilégiée des mouvements du cœur.

L'Italie, à cette époque, est le centre de la Réforme catholique, qui voit dans la musique l'un des moyens de lutter contre le protestantisme, par les effets conjugués de la prière et de la beauté ; la voie est désormais ouverte à la volonté de concilier la signification du texte et l'élan du chant. En attendant, la tradition polyphonique domine, et les compositeurs se divisent pour savoir lequel, du texte ou de la musique, doit prévaloir.

Début de carrière à Mantoue

À partir de 1589 ou 1591, Monteverdi entre au service des Gonzague à Mantoue, où il occupe des fonctions de chanteur et de violiste jusqu'à sa nomination comme maître de chapelle en 1601. Même accaparé par les nombreuses fêtes religieuses de la cour, il publie ses quatrième et cinquième livres de madrigaux à cinq voix (1603, 1605). Au même moment, l'Italie connaît une véritable révolution musicale, qui la fait passer du monde médiéval à la modernité : à Florence, patrie de l'humanisme, un cercle de poètes et de musiciens a remis en question le statut du langage en musique et, cherchant à retrouver les secrets de la tragédie grecque par la monodie, a inventé le style récitatif (stile rappresentativo).

Premiers opéras

Monteverdi a suivi de près l'expérience florentine et, en 1600, a assisté à la création de l'Euridice de Jacopo Peri (1561-1633), le premier drame lyrique. Sept ans plus tard, il crée lui-même l'événement avec son Orfeo, qui est la première forme aboutie de l'opéra. En traitant du mythe d'Orphée, il affirme le pouvoir magique du chant pour arriver à une fusion totale de la musique et de la parole, que les Italiens du xviie siècle appellent l'affetto. La musique est là pour servir le drame : les chœurs s'affligent de la douleur du poète, qui pleure son Eurydice, et les instruments se répartissent de façon manichéenne entre le monde des vivants et le royaume des ombres. Cet ouvrage, qui remporte un succès retentissant, puis, l'année suivante, un autre opéra (en partie perdu), Arianna, imposent Monteverdi comme le premier musicien dramatique de son temps. Celui-ci restera cependant un compositeur de musique sacrée, auteur notamment de plusieurs messes.

Une brillante fin de carrière à Venise

À la mort du duc Vincent Ier (1612), le prestige de Mantoue décline. Congédié par le nouveau duc, Monteverdi obtient en 1613 la charge, convoitée entre toutes, de maître de chapelle à la basilique Saint-Marc de Venise. Dirigeant une vingtaine d'instrumentistes et une trentaine de chanteurs, il jouit alors d'une incomparable liberté de création, qui donne lieu à une production diverse et novatrice. Outre deux autres livres de madrigaux (1614, 1619), ainsi qu'un Requiem (1621 [perdu]), il publie en 1624 un nouveau chef-d'œuvre, le Combat de Tancrède et de Clorinde, qui répond au problème de la représentation des passions extrêmes en musique, à travers l'histoire du chrétien Tancrède amoureux de la musulmane Clorinde.

Un précurseur de l'opéra moderne

Monteverdi, qui a perdu l'un de ses deux fils de la peste, écrit une messe d'action de grâces dès la fin de l'épidémie (1631), puis décide de se faire ordonner prêtre (1632). Il se consacre encore à un livre de madrigaux (1638) – le neuvième et dernier étant posthume (1651). Mais, l'opéra s'avérant désormais très à la mode à Venise, où s'ouvre en 1637 le premier théâtre lyrique à entrée payante, il illustre à nouveau le genre avec le Retour d'Ulysse dans sa patrie (1640) et le Couronnement de Poppée (1642). Ce dernier ouvrage annonce l'opéra moderne par la variété des personnages et des sentiments, par la richesse de la dramaturgie, par le mélange du tragique et du bouffon.

Deux siècles et demi d'oubli

Après avoir connu une immense gloire de son vivant, Monteverdi passe de mode moins d'une décennie après sa mort : le madrigal s'efface alors devant la cantate, et le triomphe du chant ne peut que nuire à ce spectacle total qu'est l'opéra monteverdien. Oubliée pendant deux siècles et demi, encore méprisée par Verdi lui-même, l'œuvre du compositeur n'est redécouverte qu'au début du xxe siècle, grâce surtout à Vincent d'Indy, qui reconstitue l'opéra Orfeo en 1905.

Depuis lors, la musique baroque a pleinement retrouvé droit de cité. De nombreux chefs d'orchestre se sont efforcés de renouer avec un style et un son d'époque. Parmi ceux dont le rôle a été déterminant, on peut citer Nikolaus Harnoncourt et Gustav Leonhardt, puis, dans la génération suivante, William Christie et René Jacobs.

Principales œuvres de Monteverdi

Musique vocale profane

Canzonette (3 voix), I, Venise, 1584.Madrigali (5 voix), I-V, Venise, 1587, 1590, 1592, 1603, 1605.Scherzi musicali (3 voix), I, Venise, 1607.Madrigali (5 voix), VI, Venise, 1614.Concerto… madrigali (1 à 6 voix), VII, Venise, 1619.Lamento d'Arianna e due Lettere amorose in genere rapresentativo, Venise, 1623.Scherzi musicali (cioè Arie e Madrigali in stile recitativo…), Venise, II, 1632.Madrigali guerrieri ed amorosi (5 à 8 voix), VIII, Venise, 1638.Madrigali e canzonette (2 et 3 voix), IX, Venise, 1651 (posthume).

Musique dramatique

L'Orfeo, favola in musica (A. Striggio), 5 actes, Mantoue, 1607.L'Arianna (O. Rinuccini), Mantoue, 1608 (musique perdue, sauf Lamento d'Arianna).Il Ballo delle ingrate (O. Rinuccini), Mantoue, 1608 (vers Madrigali, VIII).Tirsi e Clori, ballet (A. Striggio), Mantoue, 1615 (vers Madrigali, VII).Il Combattimento di Tancredi e Clorinda (Le Tasse), Venise, 1624 (vers Madrigali, VIII).Il Ritorno d'Ulisse in patria (G. Badoaro), 3 actes, Venise, 1641.L'Incoronazione di Poppea (G. F. Busenello), 3 actes, Venise, 1642.

Musique dramatique perdue

Prologue pour L'Idropica (G. B. Guarini et G. Chiabrera), Mantoue, 1608.Prologue pour La Maddalena (G. B. Andreini), Mantoue, 1617.Le Nozze di Peleo e di Tetide (A. Striggio), intermèdes, Mantoue, 1617.Andromeda (E. Marigliani),vers 1620.La Finta pazza Licori (G. Strozzi), Mantoue, 1627.Mercurio e Marte (C. Achillini), tournoi, Parme, 1628.Le Nozze di Enea con Lavinia (G. Badoaro), Venise, 1641.La Vittoria d'Amore (B. Morando), ballet, Plaisance, 1641.

Musique religieuse

Sacrae Cantiunculae (motets à 3 voix), Venise, 1582.Madrigali spirituali (4 voix), Brescia, 1583.Sanctissimae Virginis missa senis vocibus ac vesperae, Venise, 1610.Selva morale e spirituale, Venise, 1640.Messa (4 voix) e Salmi (1-8 voix) concertati e parte da cappella, Venise, 1650 (posthume).

Citations

« Ariane m'émouvait parce que c'était une femme, et Orphée m'incitait à pleurer parce que c'était un homme et non pas le vent. »

Claudio Monteverdi, avouant par cette phrase que, chez lui, l'émotion commandait toujours à l'imagination.

« Le compositeur moderne bâtit ses œuvres en les fondant sur le vrai. »

Claudio Monteverdi. Dans la préface à son cinquième livre de madrigaux, il répliquait ainsi au chanoine Giovanni Maria Artusi (vers 1540-1613), qui, dans un pamphlet publié en 1600, avait déclaré que ses madrigaux étaient « insupportables à l'oreille ».