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Jacques Marie Lacan

Jacques Lacan
Jacques Lacan

Psychiatre et psychanalyste français (Paris 1901-Paris 1981).

Introduction

Né dans une riche famille catholique de négociants d'Orléans venue s'installer à Paris, très conformiste et même bigote (notamment sa mère), Jacques Marie Lacan est le deuxième enfant d'une famille de trois enfants élevés dans une atmosphère de piété stricte et ritualiste.

Les années de formation

La place de son grand-père, autoritaire et conformiste, dans la vie familiale laissera des traces dans le souvenir qu'en gardera plus tard Lacan. Dans le début du siècle, son père s'installe rue du Montparnasse et place l'enfant au collège Stanislas. Il y fait de brillantes études, mais très tôt après il manifeste avec éclat sa rupture avec la religion, alors que, au même moment, son frère, Marc Marie, déjà très pieux, décide d'entrer dans les ordres bénédictins. Les conflits familiaux – les plus difficiles conflits de toute vie – sont ainsi l'un des premiers objets vécus que rencontre le jeune homme. Mais son caractère est, il le prouvera, entier et sans concession.

Lacan, ouvert à toutes les curiosités, s'essaye à l'allemand, découvre Nietzsche, les surréalistes, qu'il fréquente, et opte pour les études de médecine. Interne à l'hôpital Sainte-Anne, il s'intéresse à la paranoïa au travers d'un texte de Dalí, qu'il rencontre. Tout en découvrant Freud, il passe sa thèse de psychiatrie en 1932 (De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité), et, en juin de la même année, il suit avec Rudolph Lœwenstein, la cure psychanalytique de la Société française de psychanalyse, qu'il poursuivra jusqu'en 1938.

Lacan se marie en 1934 avec Marie-Louise Blondin, mais rencontre peu après une jeune comédienne, Sylvia, épouse séparée de G. Bataille, dont il aura une fille en 1941, Judith, déclarée sous le nom de Judith Bataille ; Lacan épousera Sylvia en 1953. Judith épousera Jacques Alain Miller, l'éditeur des textes posthumes du maître.

Lacan découvre dans les années 1934 la linguistique de Ferdinand de Saussure et va en faire l'axe essentiel de sa problématique psychanalytique. Il est maintenant tout entier acquis aux thèses freudiennes : il ne cessera désormais de proclamer le nécessaire « retour à Freud » et en fera son mot d'ordre permanent dans son enseignement, qu'il commencera en 1950. Dès les années 1934-1936, son originalité éclate, mais il continue sa formation, notamment en suivant les cours de philosophie d'Alexandre Kojève, lui-même élève d'un autre hégélien, Alexandre Koyré. La découverte de Hegel est essentielle chez Lacan, et lui permettra d'intervenir en 1936, au Congrès international de psychanalyse de Marienbad, où il introduit le concept de « stade du miroir ».

La première rupture avec le conformisme institutionnel des psychanalystes

Il faut voir dans cette conceptualisation une prise de position novatrice pensée à partir de la deuxième topique de Freud. Ou le moi s'élabore à partir du ça en s'adaptant à la réalité : c'est la thèse de l'école américaine de l'Ego psychology, contre laquelle Lacan n'a pas de mot assez dur ; ou bien le moi se structure en fonction des étapes de la modification du ça, qui lui-même constitue la structure décisive parce que inconsciente de l'être humain, de l'être parlant. C'est là la thèse fondamentale de Lacan qui va en quelque sorte lui servir d'entrée dans la théorie, le « stade du miroir ».

L'expérience fondatrice que fait l'enfant de six à dix-huit mois est l'expérience dans laquelle il reconnaît son visage dans le miroir que lui tend sa mère, à une époque où il vit encore son corps comme morcelé et indistinct du corps de sa mère : il se voit et « comprend » que c'est lui et que ce n'est pas lui. Cette rencontre, vécue dans une intense jubilation, conduit l'enfant à son identité et le fait décoller par rapport à son rapport fusionnel avec sa mère. En même temps, l'image perçue est inversée et se trouve ainsi être « imaginaire », alors que son corps ne l'est pas. En même temps aussi, il continue de vivre son rapport aux autres dans une perspective de séduction et d'agressivité qu'il tente de résoudre par l'imitation. La méconnaissance du moi s'installe à ce moment au cœur du moi et c'est avec cet autre que moi que l'enfant va découvrir ses objets libidinaux, processus qui amènera plus tard l'enfant au « désir de l'autre ». La doctrine lacanienne se précisera progressivement après l'élaboration de cette thèse, dont il reprendra le texte dans les Écrits (1966). Mais l'intervention de Lacan au congrès de Marienbad se passe mal (une interruption malencontreuse de son président hérisse l'ombrageux Lacan) et dès ce moment sa méfiance à l'égard de la psychanalyse officielle se radicalise en opposition définitive. La reprise de cette thèse au congrès de Zurich en 1949 n'aura d'ailleurs pas davantage d'écho, malgré son importance, si l'on songe que ce processus intervient au moment même de la naissance de l'accès au langage, qui pose la question de l'altérité fondatrice de qui parle quand je parle.

Les débuts d'un grand maître

En 1938, Lacan rédige un article dans l'Encyclopédie française dans un volume dirigé par H. Wallon, qui lui vaut de nombreuses demandes de réécriture, qu'il accepte. Dès lors s'établit solidement sa réputation d'auteur difficile à lire qui le suivra toute sa vie.

Il a désormais des clients, il donne des consultations, il achète des propriétés, il mène une vie sentimentale et sexuelle agitée ; bref, cet ambitieux est en train d'arriver à la réussite sociale. En 1938, il devient membre de la Société psychanalytique de Paris (S.P.P.) et y fait la connaissance de F. Dolto. Il rencontre G. Bataille, et, en 1949, C. Lévi-Strauss, avec qui il se lie, comme il le fait avec M. Merleau-Ponty. L'ouvrage fondamental de Lévi-Strauss, les Structures élémentaires de la parenté, paru en 1949, en donnant à la prohibition de l'inceste une place centrale, avait permis de mettre un pont entre nature et culture dans l'évolution des sociétés. Lévi-Strauss fonde ainsi l'anthropologie structurale, et l'étiquette « structurale » tentera Lacan un moment pour se qualifier lui-même et son œuvre. Puis il tentera (vainement) d'intéresser Heidegger à ses conceptions, rencontrera Althusser, fera tout pour séduire l'intelligentsia parisienne et européenne.

Avec son attirance pour la conception structuraliste du langage dont l'œuvre de Saussure a été l'initiatrice, la doctrine de Lacan s'oriente vers une toute nouvelle problématique de la psychanalyse. Il prend désormais un tournant majeur, qu'il marque par sa démission de la S.P.P. (1953). La même année, il fonde avec F. Dolto une nouvelle Société française de psychanalyse, et, toujours la même année, il rédige un article intitulé « le Symbolique, l'Imaginaire et le Réel », et prononce une conférence, « le Discours de Rome », où il inaugure la notion de séance psychanalytique à durée variable. L'article de 1953 marque la fondation d'une nouvelle topique, par laquelle Lacan tient à proclamer son « retour à Freud ».

Le symbolique représente la culture dans laquelle naît le sujet, et s'exprime à travers le langage, c'est-à-dire la mémoire, l'histoire et les interdits ; il s'impose au sujet de façon consciente mais aussi en créant un refoulé inaccessible ; il organise le réel en ce sens qu'il permet la maîtrise du manque, de l'absence, et assume ainsi la négativité au sein de l'être parlant. L'imaginaire est marqué par la relation à l'image du semblable et au corps. Son articulation au réel détermine la place de l'angoisse et celle de la jouissance de l'Autre son articulation avec le symbolique, la place de l'inhibition et celle du sens. Ainsi l'imaginaire représente le registre du leurre et de l'identification, celui par lequel l'enfant à l'âge du « stade » du miroir (ce n'est pas un stade chronologique au sens de J. Piaget ou de H. Wallon) repère l'image de son corps, instaurant ainsi la méconnaissance de l'humain et sa propre aliénation (et le narcissisme primaire). Enfin le réel est ce qui échappe définitivement au symbolique : il est « ce qui revient toujours à la même place, à cette place où le sujet en tant qu'il cogite […] ne se rencontre pas » (1964). C'est donc en définitive l'impossible, qui ne cesse pas « de ne pas s'écrire », définitivement occulté par le symbolique.

Après dix ans d'enseignement à Sainte-Anne, Lacan est chargé de conférences à l'École pratique des hautes études (1963). Il a ainsi tracé les voies d'une formation nouvelle du psychanalyste – ce qui l'amène à quitter les sociétés internationales de la psychanalyse officielle et le conduit à fonder en 1964 sa propre école, l'École freudienne de Paris, qu'il dissoudra en 1980. En même temps, cette pratique l'amène à mettre au point le style de son discours, fait de tournures précieuses et de connivences culturelles, où les formules dans le style des moralistes ne sont pas rares, comme, par exemple, l'apophtegme souvent cité de 1965 :« L'amour, c'est donner ce qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas ».

En reprenant la doctrine lacanienne selon son enseignement, qui fut essentiellement oral (une partie a été éditée en 1966 [Écrits], et l'autre [Séminaire] est en cours de parution depuis 1975 dans une rédaction assumée par son gendre), on peut en donner quelques aspects décisifs, sans référence à l'évolution chronologique lacanienne, que lui-même n'a pas beaucoup contribué à éclaircir.

Quelques aperçus de la doctrine lacanienne

Métaphore/métonymie

Pour Freud, deux processus marquaient le passage à l'inconscient du traumatisme refoulé, la condensation et le déplacement, rendant méconnaissable la reconnaissance de ce qui avait été refoulé dans l'inconscient. Lacan généralise ces deux notions en assimilant la première à la métaphore et la deuxième à la métonymie. Dans la première un mot est substitué à un autre : c'est une opération dynamique qui va autoriser tous les remaniements possibles du signifié. L'enfant repère que, dans son rapport avec la mère, il n'est lui-même que l'objet partiel que désire sa mère : elle désire autre chose, le phallus paternel. Il repère ainsi une « présence-absence », qui est la loi du Père, toujours présente dans la parole de la mère. C'est par la métonymie que le sujet peut indiquer sa place dans son désir : le désir se fait demande pour se faire entendre : le désir se fragmente en métonymies qui émergent en grand nombre dans le langage de l'enfant.

Les quatre discours

Les discours règlent les formes que revêtent les liens de l'individu au groupe social. La psychanalyse met l'accent sur l'assujettissement fondamental qui détermine le sujet dans sa totalité dans son rapport avec le social ; la socialité imprègne l'histoire de la parole du sujet, de la parole de ses parents – bien entendu avant et après sa naissance, sans compter les autres instances existentielles avec lesquelles il a eu tout au long de sa formation à se confronter.

La parole est ainsi envisagée par Lacan d'abord sous les espèces du discours. Il existe quatre formes possibles du discours, en fait quatre types. Le premier est le discours du maître, qui indique le rapport de celui qui parle avec le pouvoir ; le second le discours de l'hystérique, qui, par la division du sujet qu'il implique, oblige le maître à « produire un savoir », et entraîne une mise en cause radicale du savoir et du pouvoir. Les deux derniers types de discours s'opposent radicalement. Le discours de l'universitaire est le fait de celui qui sait qu'il est dépositaire d'un savoir, qui transmet la culture, tandis que le discours de l'analyste est celui d'un homme qui n'a rien sinon un non-savoir et qui ne transmet « rien ». Ce discours est le discours de la vérité, qui parle par l'inconscient et qui fait de la psychanalyse une science à l'envers, dont les principes sont à fonder à chaque fois. La vérité, c'est à la fois ce qui s'actualise à travers nos symptômes, mais aussi ce qui engage notre responsabilité – cette constatation banale vaut pour tout le monde et donc aussi pour l'analyste lui-même. Ce qui organise le discours de l'analyste, c'est l'objet même qui le fait parler, qui coïncide avec l'objet de son désir, son rapport avec l'analysant, ou, en d'autres termes, avec le sujet qui est sur le divan.

Les deux thèses lacaniennes

Introduction

L'essentiel de l'apport théorique de Lacan a consisté à poser ces deux énoncés corrélatifs,« l'inconscient est le discours de l'Autre » et« l'inconscient est structuré comme un langage ». En fin de carrière, il a ajouté une structure pseudo-topologique dans la structuration des trois instances, le réel, le symbolique et l'imaginaire, en dessinant une figure appelée « le nœud borroméen ».

Le désir est le désir de l'Autre

L'Autre n'est pas une autre personne que moi-même, il n'est pas situé hors de moi. L'Autre est d'abord le langage, le lieu du code reconnu par une communauté linguistique dans lequel, dès sa naissance, l'enfant est baigné, et par lequel il est également obligé de se couper de lui-même pour « se dire », « parler de lui ». L'Autre est ainsi l'Autre maternel, primordial et cet Autre pris lui-même dans le langage interprète en fonction de ses signifiants les manifestations de l'enfant. Mais c'est aussi un autre lieu, l'inconscient, du fait de l'intervention d'une métaphore, la métaphore du Nom-du-Père, qui intervient dans le discours de la mère : le père, comme père symbolique (« la métaphore paternelle »), lui apparaît progressivement comme celui qui lui interdit de jouir de sa mère. Il installe pour l'enfant l'ordre du langage qui nomme les liens de parenté et l'interdit de l'inceste. Cette opération fait basculer dans l'inconscient le désir qu'avait l'enfant de capter pour lui seul le désir de la mère. Ainsi se constitue le refoulé originaire.

L'Autre, ainsi constitué par la métaphore paternelle, est aussi le garant de la valeur de la parole. Le sujet qui parle à un autre s'adresse en fait à l'Autre reconnu comme tel. Dans la psychose, la parole atteste justement que cette fonction est défaillante : les hallucinations verbales par lesquelles le sujet psychotique s'entend insulté par tel ou tel illustrent la façon dont la parole ne vaut pour le sujet que dans une sorte de face-à-face imaginaire dans lequel cet Autre n'existe pas. C'est en ce sens que l'Autre est une place dans la structure du sujet.

Lacan a été amené à mettre en avant trois termes qui scandent sa pensée : 1° « le désir est désir de l'Autre » : l'être humain ne se constitue que dans l'Autre et l'objet de son désir est d'abord celui qu'il aperçoit dans l'Autre ; 2° le symbolique, c'est-à-dire l'ordre propre où existe l'être humain : c'est le registre de la parole en tant que dette à accomplir ; 3° le désir est pierre angulaire de l'inconscient, en ceci qu'il est désir d'autre chose : la cause du désir manque et l'objet du désir est, dès l'origine, perdu et, en conséquence, le sujet n'existe que grâce à la castration, qui réarticule le manque et permet d'exister grâce à ce manque.

Si on reprend les choses plus haut, il faut revenir à ce que Freud avait appelé le « clivage du sujet ». Il s'agit là d'un mécanisme intrapsychique qui conduit à la coexistence chez un même sujet de deux attitudes psychiques opposées et indépendantes l'une de l'autre, maintenues simultanément sans lien entre elles.

S. Freud avait proposé ce terme à propos du fétichisme et des psychoses, et on le retrouve dans bien des tableaux cliniques : une partie du sujet tient compte de la réalité, une autre la dénie – ou encore une part du sujet agit d'une certaine façon tandis qu'une autre part agit d'une autre, sans aucun lien. Lacan reprend ce terme pour caractériser différents lieux du sujet qui vont se décrire dans ce qu'il appelle une « topologie » : le clivage constitue pour lui l'effet de ce qu'il appelle « bouts de réel », qui existent eux-mêmes sans aucun lien entre eux. Il est ainsi amené à « figurer » le réel de l'être humain à l'aide d'une représentation topologique qui le représente plus « réellement » que la réalité même de l'être humain dans son vécu.

Le nœud borroméen

Lacan invente en même temps un mode de transmission du savoir psychanalytique qui va passer par un langage réputé « objectif », c'est-à-dire représentable et objectivable, le symbolisme mathématique. En imaginant le nœud borroméen, Lacan inscrit le réel du sujet dans une représentation où le réel, le symbolique et l'imaginaire (RSI) sont représentés par des cercles imbriqués les uns dans les autres et formant un nœud. Mais il affirme que cette mise à plat du nœud inscrit ce qui peut s'écrire du réel. Cela signifie que le nœud borroméen n'est pas le réel en tant que tel. Suivre le dessin que forment ces trois « ficelles » liées entre elles, c'est suivre le trou du refoulement primaire qui structure le sujet. Chacun des « ronds de ficelle » du nœud nomme le RSI, mais n'existe que dans la mesure où il suppose un trou (l'intérieur du rond), une consistance imaginaire (la surface du rond) et une « existence » dans le réel. Chacun de ces ronds est noué à un autre de telle manière que, si l'on pratique une coupure sur l'un quelconque des ronds, les trois sont dénoués. Il n'y a donc dans ce nœud pas d'ordre possible, et chaque catégorie, ou rond, est nouée aux deux autres. Le réel n'existe qu'à rencontrer par le symbolique et l'imaginaire sa limite. Et ainsi pour chacune des trois catégories.

Ces arrêts réels, non symboliques, produisent donc trois effets nécessaires : symptôme, angoisse, inhibition.

En inventant le nœud borroméen, Lacan a été obligé de réorganiser entre eux plusieurs concepts. La recherche de ce qu'est le réel et la « découverte » du nœud borroméen vont obliger Lacan à repenser autrement ces trois catégories. L'imaginaire, par exemple, déterminé par la consistance, ne sera plus une instance d'illusion, d'imagination, mais sera tout aussi « réel » que le symbolique et le réel.

Les effets cliniques du nœud

À son fameux slogan, « l'inconscient est structuré comme un langage », Lacan ajoutera cette phrase : « …avec une réserve : ce qui crée la structure est la manière dont le langage émerge au départ chez un être humain » (Yale University, 1975). Lacan a dû, par exemple, repositionner le symbolique, qui n'est plus placé au-dessus de l'imaginaire et du réel comme on pouvait le déduire de ses écrits antérieurs : il advient comme un rond quelconque.

Apparaît ainsi un quatrième rond, le « symptôme », que Lacan nomme « sinthôme », qui a une fonction particulière : il ordonne les choses en les différenciant. Le « sinthôme » oblige à formuler une équivalence entre les Noms-du-Père et les symptômes, comme si sa fonction était en fait de suppléer à une faille fondamentale du Nom-du-Père. Dans la séance analytique, R, S, et I ne sont plus donnés d'emblée, ils doivent être corrélés ou, selon les termes lacaniens, « suturés », afin qu'ils puissent tenir ensemble.

L'écriture topologique de Lacan se complétera dans les dernières années de sa vie par ce qu'il appelle la « bande de Möbius » et le « cross-cap ».

Conclusion

Que reste-t-il des élaborations lacaniennes ? Une abondance extraordinaire de groupes, de sous-groupes, qui tentent tous de capter tel point de la théorie lacanienne et de le poursuivre au travers de la formation d'« écoles », de revues, de réunions de groupe, tout cela en attendant la publication complète et incontestable des œuvres – ce qu'il est aujourd'hui prématuré de prévoir. La liste des œuvres de Lacan est considérable et se présente pour la plupart comme des articles de circonstance. On peut cependant noter : les Écrits (1966), qui regroupent de nombreux textes déjà parus, dont « le Séminaire sur la ‘ Lettre volée ’ », « le Stade du miroir », et quelques-uns des Séminaires, qui, par le succès qu'ils remportèrent auprès des psychanalystes parisiens, constituent des repères importants dans la tradition actuelle, même s'ils n'ont pas encore eu, pour certains, de publication officielle : les Écrits techniques de Freud (1953 / 1954), les Psychoses (1955 / 1956), les Formations de l'inconscient (1957 / 1958), l'Éthique de la psychanalyse (1959 / 1960), l'Identification (1961 / 1962), les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse (1963 / 1964), D'un autre à l'Autre (1968 / 1969), Encore (1972 / 1973), R.S.I. (1974 / 1975), le Sinthôme (1975 / 1976), la Topologie et le temps (1978 / 1979).