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métonymie

(bas latin metonymia, du grec metônumia, de meta, à la place de, et onoma, nom)

Phénomène par lequel un concept est désigné par un terme désignant un autre concept qui lui est relié par une relation nécessaire.

LINGUISTIQUE

La métonymie selon les traités classiques

La métonymie est une figure de style qui opère un « transfert de dénomination ». Elle réside plus particulièrement dans le procédé qui consiste à désigner une chose ou une notion par une autre chose ou notion appartenant au même ensemble. Si la métonymie a été au cœur des débats linguistiques et stylistiques du xxe s., Calvin s'était déjà servi de cette figure (Consensus Tigurinus, 1549 ; Brève Résolution, 1555) pour définir l'eucharistie – introduisant ainsi à une réflexion sur le signe qui se poursuivit au xviie s. à travers les controverses jansénistes.

Les traités classiques de rhétorique (Dumarsais, Fontanier) se signalent par une prolifération taxinomique ordonnée cependant autour d'une double corrélation, plus générale : métonymie/synecdoque - métonymie/métaphore. Fontanier distingue les métonymies de l'effet (la « récolte » désigne le produit comme l'action de la cueillette) et de la cause (« on ne peut aller contre son étoile » : sa destinée), de l'instrument (« c'est une fine lame »), du contenant (« le Vatican superbe en fut épouvanté »), et voit dans la synecdoque une métonymie plus resserrée – au sens où le rapport entre terme propre et terme figuré est plus étroit. On a ainsi une synecdoque de la partie (« être sans toit »), de la matière (« mais l'airain [le canon] menaçant frémit de toutes parts »), du nombre (le Français/les Français), du genre (dans La Fontaine, le Lion et le Moucheron : « le quadrupède écume, et son œil étincelle »). L'évidence de ce classement n'est pas immédiate, aussi bien syntaxiquement que lexicalement : la « synecdoque du nombre » exprime seulement une potentialité syntaxique de l'article défini générique ; tout comme la relation lion/quadrupède n'est qu'une illustration de la relation lexicale d'hyperonymie (l'hyperonyme quadrupède a pour co-hyponymes : lion, chat, chien, cheval, mouton, etc.). Autrement dit, la pertinence linguistique de ce classement fait défaut.

La définition de Roman Jakobson

R. Jakobson a proposé une définition plus vaste, fondée sur une dichotomie « primordiale » que conforteraient les troubles du langage, le discours ordinaire et le discours littéraire : « Les relations de similarité sont sous-jacentes à l'opération de sélection, alors que la combinaison est fondée sur la contiguïté. » Le principe de similarité (et ses variétés : la similitude, l'équivalence, la ressemblance, « l'être comme », l'analogie, différents degrés de spécification, le contraste) sous-tend le concept de métaphore, définissable comme l'un des pôles du langage ; tandis que la contiguïté (voisinage, proximité, éloignement ; subordination et coordination) oriente vers l'autre pôle : la métonymie.

Cependant, à subsumer le tout sous la polarité rhétorique métaphore/métonymie, Jakobson risque d'offusquer la réalité linguistique sous-jacente. En effet, comme le donnent à penser certaines remarques de Jakobson lui-même, il apparaît que diverses relations lexicales (ou « structurations du lexique ») supportent la délimitation du champ tropologique : ainsi les troubles de la similarité perturbent, plus ou moins gravement, le fonctionnement des relations de synonymie et d'hyperonymie, et donc interdisent toute pratique du métalangage et de la métaphore. D'autre part, les troubles de la contiguïté ferment la possibilité de mettre en œuvre la relation « partie de ». Bien plus, et même à considérer seulement ces trois relations lexicales (synonymie, hyperonymie, relation « partie de »), on est conduit à la nécessité d'une syntaxe textuelle, puisqu'il y va aussi du choix des articles : les relations de synonymie et d'hyperonymie, articulées au principe d'équivalence, autorisent (sous réserve d'autres contraintes) l'article démonstratif et, secondairement, l'article défini (Un chien se promenait sur la dune / Ce (le) cabot ne cessait d'aboyer / Cet (l') animal ne cessait d'aboyer) ; tandis que seul l'article défini est possible avec la relation « partie de », déterminée par le principe de contiguïté (Le costume était sur la chaise ; le pantalon était propre ; la veste était fripée). La relation « partie de », à la différence de la synonymie et de l'hyperonymie, exclut toute phrase équationnelle, mais non la possibilité d'identifier le tout relativement à la partie. Aussi comme on l'a noté, à juste titre (M. Le Guern, B. Meyer, N. Ruwet), nombre d'exemples des rhétoriques classiques sont, comme tels, de simples exemples de grammaire. « Mais il reste un plan sur lequel il y a un sens à parler de synecdoque ou, plus généralement, de métonymie, c'est le plan stylistique » (N. Ruwet). Et H. Morier est fondé à commenter ainsi l'emploi de quadrupède dans la fable de La Fontaine : « Le pauvre lion ne gagne rien à être incorporé dans une catégorie trop vaste : il perd la puissance de son encolure, sa gueule de carnassier, sa royale crinière. Il ne garde plus que quatre pattes, comme un simple toutou. » Comme on voit, les éléments synecdochiques (encolure, gueule, crinière) s'effacent afin de préparer l'équivalence métaphorique, assurée ici par un hyponyme (toutou) de l'hyperonyme quadrupède. Mais la relation d'hyperonymie n'en conserve pas moins sa fonction syntaxique : assurer la cohésion entre phrases, par « une répétition sous variation » (D. Slakta).

Quelques remarques

À partir des travaux de R. Jakobson, on peut ajouter quelques remarques :
1° Il n'est pas certain que « le style synecdochique » soit réservé à la tragédie classique ou au discours littéraire « réaliste ». Les blasons du corps féminin au xvie ou au xxe s. (le poème d'André Breton, Union libre, se construit sur une étroite connivence des processus métonymiques et métaphoriques : « Ma femme aux hanches de nacelle »), les descriptions de « l'objet » désiré et aimé, au xviiie s. témoignent aussi d'une manière de lyrisme métonymique, ainsi dans cet exemple de séduction par synecdoques choisies : « Elle s'était mise ce jour-là de façon à arrêter mes regards et mon cœur. Le déshabillé le plus noble et le plus galant ornait ses charmes ; une coiffure négligée, peu de rouge, tout contribuait à lui donner un air plus tendre » (Crébillon fils, les Égarements du cœur et de l'esprit).
2° Qu'il y ait une dialectique subtile entre pôle métaphorique et pôle métonymique, Lacan (Séminaire, III) le montre à propos d'un vers célèbre de Hugo (« Sa gerbe n'était point avare ni haineuse », Booz endormi), et tout le travail de Proust l'illustre : « Car c'est la métaphore qui retrouve le temps perdu, et c'est la métonymie qui le ranime... [Alors] commence le Récit » (G. Genette, Figures III).
3° « La prévalence respective de l'un ou l'autre de ces deux procédés n'est en aucune manière exclusive de l'art littéraire » (R. Jakobson) ou plastique : ainsi le cubisme « transforme l'objet en une série de synecdoques ».

→ rhétorique, figure