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Frédéric Ier Barberousse

Spinello Aretino, Alexandre III et Frédéric Ier Barberousse
Spinello Aretino, Alexandre III et Frédéric Ier Barberousse

(Waiblingen 1122-dans le Cydnos 1190), empereur germanique (1155-1190).

Introduction

Par ses origines, Frédéric Barberousse touche aux deux grandes familles rivales de l'Empire : les Welfs (ou Guelfes) et les Hohenstaufen. Conrad III, estimant une régence dangereuse pour l'Empire, appelle à son lit de mort son neveu Frédéric, qu'il désigne au choix des électeurs en lui remettant les insignes de la royauté. Frédéric Barberousse personnifie l'idéal de la classe chevaleresque, qu'il contribuera à transformer en caste fermée ; preux chevalier, mais sage diplomate, il entend « rétablir dans sa force et son excellence première la grandeur de l'Empire romain » (lettre au pape Eugène III).

De 1152 à 1158, le souverain tente de mettre de l'ordre en Allemagne

Dès 1152, Frédéric promulgue une constitution de paix, où il définit les délits qui portent atteinte à la paix publique et frappe de peines uniformes, quelle que soit la classe du coupable, les contrevenants. Il châtie impitoyablement ceux qui, comme l'archevêque de Mayence, poursuivent des guerres privées. Il règle en 1156 la question bavaroise en restituant la Bavière à Henri le Lion et en créant la marche d'Autriche. Il inféode le duché de Souabe à son neveu Frédéric de Rothenburg, mais en conserve l'administration, entendant prendre appui sur le sud-ouest de l'Allemagne.

De 1158 à 1177, Frédéric Barberousse s'efforce de restaurer les droits de la royauté en Italie

Une première expédition italienne en 1154-1155 lui permet de se faire couronner empereur à Rome (juin 1155) ; il a détruit alors la commune romaine d'Arnaud de Brescia. Cette première descente en Italie ne va pas sans provoquer des difficultés entre le pape Adrien IV et l'empereur : lors de l'entrevue entre les deux hommes, Frédéric Barberousse refuse de tenir l'étrier du pape, service d'un vassal à son seigneur. À la diète de Besançon (octobre 1157), un nouvel incident éclate lors de la traduction de la lettre du pape à Frédéric, quant à l'interprétation du terme beneficia, traduit par « fief », le pape laissant alors entendre que l'Empire est un fief tenu de lui.

Dans la restauration de l'autorité impériale, à laquelle aspire le souverain, l'une des pièces maîtresses de l'Empire est l'Italie, non seulement parce que Rome sera la capitale de l'Empire universel projeté par Frédéric, mais aussi parce que l'Italie, grâce à ses richesses économiques, fournira les ressources financières dont l'empereur a besoin pour mener sa politique.

De 1158 à 1162, Frédéric conduit une grande expédition en Italie, au cours de laquelle il abat la puissance milanaise. À la diète de Roncaglia (novembre 1158), il fait établir par une commission de maîtres de Bologne une liste des droits de toute nature qui appartiennent de manière exclusive au souverain (regalia). En 1159, il réorganise l'administration du royaume d'Italie : des procureurs sont chargés de l'administration des regalia. À Roncaglia, l'empereur promulgue d'autre part une paix générale pour cinq ans, tant pour l'Allemagne que pour l'Italie : pour lui, les deux royaumes sont indissolublement liés.

Le système politique instauré par Frédéric Barberousse en Italie ne fait que raviver l'hostilité des communes les unes envers les autres, l'empereur agissant à leur égard différemment selon leur degré de fidélité à l'Empire ; en 1162, il châtie la révolte de Milan en faisant raser la ville. Cependant, la brutalité des podestats mis en place par le chancelier Rainald de Dassel amène peu à peu une désaffection profonde des Italiens à l'égard de l'Empire. Dès 1164, à l'instigation de Venise, des villes de la marche de Vérone constituent une ligue pour s'opposer à tout empiétement nouveau de l'empereur en Italie, Frédéric Barberousse refusant d'entendre les doléances des villes italiennes, en mars 1167 quatre villes de Lombardie, Crémone, Mantoue, Brescia et Bergame (auxquelles se joindront Milan, Lodi, Plaisance et Parme) forment une autre ligue, qui, le 1er décembre 1167, s'unit à la Ligue véronaise (Ligue lombarde).

La nouvelle ligue trouve l'alliance du pape Alexandre III, contre qui Frédéric a fait reconnaître par le concile de Pavie en 1160 l'antipape Victor IV. À la mort de Victor IV (1164), Frédéric a fait élire un nouvel antipape, Pascal III, qui a proclamé à Aix-la-Chapelle en 1165 la canonisation de Charlemagne. En 1166, il a entrepris une nouvelle expédition en Italie et s'est fait de nouveau couronner empereur à Rome par Pascal III (1167), mais une épidémie a décimé son armée et l'a empêché de s'en prendre au roi de Sicile, Guillaume II, chez qui s'était réfugié Alexandre III.

Le désastre de l'expédition romaine de 1166-1167 encourage les villes lombardes à la révolte. Au début de 1168 est conclue l'alliance entre la Ligue lombarde et Alexandre III. La Ligue décide alors de construire une ville nouvelle : Alexandrie, placée sous la protection du pape, devenu membre de la Ligue. L'empereur ne peut entreprendre une nouvelle expédition qu'en 1174, avec des contingents trop faibles. En avril 1175, les deux adversaires concluent l'armistice de Montebello, accepté à contrecœur par les Lombards. D'ailleurs, la lutte reprend au printemps 1176 : malgré les contingents qu'il a fait venir d'Allemagne, la cavalerie de Frédéric est battue par l'infanterie lombarde à Legnano (mai 1176).

Frédéric Barberousse est alors assez heureux de détacher le pape de la Ligue lombarde grâce au traité d'Anagni (fin de 1176).

Par la paix de Venise en 1177, une trêve de six ans est conclue avec la Ligue lombarde : Frédéric reconnaît Alexandre III comme pape légitime, et la sentence d'excommunication prononcée contre lui est levée. Si Frédéric réussit à conserver le contrôle de l'Église allemande, en revanche, il doit renoncer à son projet de restaurer l'autorité impériale en Italie. La paix de Constance en 1183 règle au mieux des intérêts de l'empereur la question lombarde : Frédéric reconnaît aux villes les regalia, mais le souverain garde le droit d'investir les consuls et tient en chaque ville un juge d'appel : la Ligue, reconnue par l'empereur, reçoit mission de défendre les biens impériaux dans le royaume d'Italie. Frédéric renonce ainsi à la restauration de l'autorité souveraine en Italie.

À partir de 1177, le souverain se consacre à l'Allemagne

L'empereur entend y réprimer l'esprit d'indépendance des princes laïques et ecclésiastiques.

Or, maître de la Saxe et de la Bavière, de territoires conquis sur les Wendes, Henri le Lion est en train de se constituer un véritable État à l'est de l'Empire, où il mène une lutte très dure contre les Slaves. L'entente entre Frédéric et Henri le Lion s'est maintenue en principe jusqu'à 1177 ; mais, dès 1162, Henri ne participe plus aux expéditions italiennes, et, en 1175, Henri refuse ses contingents militaires à Frédéric. L'empereur profite d'une clause du traité de Venise sur les sièges épiscopaux tenus par des évêques schismatiques pour essayer d'abattre Henri, qui soutient Gero, l'évêque schismatique d'Halberstadt, contre Ulric, l'évêque alexandrin. La question est évoquée devant le tribunal royal. Deux procès sont engagés contre Henri le Lion, l'un selon le droit public en 1179, où une sentence de ban est prononcée contre lui, le second selon le droit féodal, où Henri est privé de ses fiefs et alleux.

Mais l'empereur ne peut mettre la main sur les territoires d'Henri le Lion, car, en vertu du droit de réinvestiture obligatoire, le duché de Saxe est inféodé au fils cadet d'Albert l'Ours, le duché de Bavière au comte palatin Otton de Wittelsbach, tandis que l'archevêque de Cologne reçoit des territoires dans les limites de son évêché et de celui de Paderborn ; des seigneurs de territoires wendes devenaient vassaux directs de l'empereur. En 1182, Henri le Lion, pardonné, part pour trois ans en exil, mais recouvre ses alleux.

L'empereur n'a donc pu former un domaine royal ; les princes vont désormais constituer un groupe particulier (Reichsfürsten), placé au sommet de la hiérarchie féodale.

Cependant, le mirage italien obsède encore Frédéric Barberousse ; n'ayant pu obtenir du pape la reconnaissance de la transmission héréditaire de la couronne impériale, il fait proclamer en 1184 les fiançailles de son fils Henri (VI) avec Constance, héritière du royaume de Sicile. Le mariage est célébré à Milan en janvier 1186 ; Henri est alors couronné roi d'Italie, recevant officiellement le titre de césar. Contre le pape, Frédéric obtient en novembre 1186 le soutien d'une assemblée de princes laïques et ecclésiastiques allemands réunis à Gelnhausen ; seul l'archevêque de Cologne, Philippe de Heinsberg, fait défection, entrant en rébellion ouverte.

Mais, à partir de 1187, la politique pontificale, qui entend s'assurer la collaboration de l'empereur en vue de la croisade, change de sens : le pape Clément III reconnaît à Henri le titre d'empereur élu des Romains. À l'assemblée de Mayence (printemps 1188), où l'archevêque de Cologne se réconcilie avec l'empereur, Frédéric prend officiellement la croix. De mars 1188 à avril 1189, l'empereur se consacre à la préparation de la croisade, qui s'ébranle de Ratisbonne en mai 1189. Le 10 juin 1190, l'empereur se noie dans un torrent en Cilicie. La légende se répand en Allemagne que l'empereur n'est pas mort, mais que, endormi dans une caverne, il se réveillerait un jour pour un règne perpétuel sur une Allemagne unifiée.

En se détournant de la lutte contre les Slaves du Nord-Est, laissée aux bons soins d'Henri le Lion et de ses successeurs, pour poursuivre la chimère d'un empire universel, Frédéric Barberousse a enlisé la politique impériale en Italie. En concevant d'autre part un empire inspiré de l'idéal carolingien, fondé sur les relations du souverain et de ses sujets d'après le système féodo-vassalique, Frédéric Barberousse a préparé en Allemagne le fédéralisme.