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révolution française de 1848

Le Peuple aux Tuileries, 24 février 1848
Le Peuple aux Tuileries, 24 février 1848

Nom donné au mouvement révolutionnaire de février 1848, qui substitua la IIe République à la monarchie de Juillet et prit fin le 26 juin 1848 avec l'écrasement des forces révolutionnnaires. Née dans un contexte de crise économique (1845-1847), cette révolution, s'insère dans un mouvement européen : les révolutions européennes de 1848.

1. La fin de la monarchie de Juillet

La fin de la monarchie de Juillet est marquée par un vaste mouvement favorable à une réforme électorale qui élargirait le pays légal et empêcherait la corruption des députés. À un moment où on s'enthousiasme pour l'Histoire de la Révolution (→ Michelet, Louis Blanc) ou l'Histoire des Girondins (Lamartine), les réformistes, muselés sur le plan légal, s'expriment dans de très nombreuses sociétés secrètes (Saisons, Travailleurs égalitaires) et détournent l'interdiction du droit de réunion en organisant, dans plusieurs villes, des banquets qui réunissent des milliers de personnes.

Un de ces banquets, prévu à Paris le 22 février 1848, est interdit, mais les républicains invitent le peuple à manifester. Le 22, la troupe rétablit l'ordre, mais, le 23, le ralliement de la Garde nationale à la manifestation en faveur de la réforme provoque le renvoi de Guizot. Ce geste du roi ne suffit pas à faire cesser toute manifestation, et une fusillade boulevard des Capucines fait 52 morts et soulève Paris. Le 24 février, Louis-Philippe fait appel à Thiers, puis abdique.

2. L'œuvre du gouvernement provisoire républicain

2.1. La formation du gouvernement provisoire

La tentative de faire proclamer roi son petit-fils échoue, et un gouvernement provisoire est formé avec les républicains modérés du National : Lamartine et Ledru-Rollin détiennent respectivement les deux ministères clés des Affaires étrangères et de l'Intérieur ; les avocats Marie et Crémieux se voient attribuer respectivement les Travaux publics et la Justice ; le physicien Arago est nommé à la Marine, le négociant Garnier-Pagès aux Finances. Dupont de l'Eure devient président honorifique du Conseil, tandis qu'Armand Marrast, le rédacteur en chef du National, privé de ministère, sera nommé à la mairie de Paris. De tendance plus revendicative, les représentants du mouvement ouvrier proches du journal la Réforme Louis Blanc, l'ouvrier Albert et Flocon, le directeur du journal, sont imposés par la foule parisienne mais n'obtiennent aucun ministère.

2.2. Réformes sociales et libertés politiques

Ce gouvernement proclame la république (25 février), le droit au travail, créé pour les chômeurs des ateliers nationaux, institue la Commission du gouvernement pour les travailleurs (ou Commission du Luxembourg). Il ouvre la Garde nationale à tous, supprime la peine de mort en matière politique (26 février) et l'esclavage dans les colonies françaises (27 avril) grâce à la persuasion de Victor Schœlcher, sous-secrétaire d'État à la Marine. Il rétablit la liberté de réunion et la liberté de presse. Mais, principale innovation de la IIe République, il instaure le suffrage universel (pour les hommes de plus de 21 ans).

2.3. L'élection de l'Assemblée constituante

Le gouvernement provisoire convoque les électeurs pour élire, le 9 avril, une Assemblée constituante. Mais la révolution accroît les difficultés économiques : augmentation des charges de l'État, fuite des capitaux, qui provoque une crise bancaire, chute de la rente. Pour rétablir la situation, Garnier-Pagès, ministre des Finances, adopte des mesures impopulaires, en particulier l'accroissement de l'impôt de 45 centimes par franc. Le mécontentement et l'agitation politique persistent. Par la manifestation ouvrière du 17 mars, les groupes d'extrême gauche obtiennent le report des élections au 23 avril, mais une nouvelle manifestation, le 16 avril, ne fait pas fléchir le gouvernement et les modérés, dominés par la peur du socialisme.

3. L'écrasement de la République sociale

3.1. La journée du 15 mai

Les élections des 23 et 24 avril amènent à la Chambre une majorité modérée. Le gouvernement provisoire est remplacé le 10 mai par une Commission exécutive (Arago, Garnier-Pagès, Marie, Lamartine, Ledru-Rollin, seul radical à ne pas être exclu), et les troubles de province (Rouen, Limoges) sont réprimés.

À la suite de la journée parisienne en faveur de l'indépendance polonaise (15 mai), menée par la gauche, hostile à l'exclusion des socialistes du pouvoir, le mouvement révolutionnaire est brisé : la commission du Luxembourg est supprimée, tous les clubs d'extrême gauche fermés ; l'ouvrier Albert, Raspail, Blanqui, Barbès sont arrêtés. Un décret du 21 juin prononce la dissolution de fait des ateliers nationaux, obligeant les ouvriers de moins de 25 ans à s'engager dans l'armée et les autres à gagner la province, faute de quoi ils ne seront plus soldés.

3.2. Les journées de juin

Après le refus de Marie de recevoir une délégation conduite par Pujol, l'agitation ouvrière commence alors et culmine le 23 dans un élan spontané, sans aucune véritable direction politique. Le 24 juin, la Commission exécutive confie les pleins pouvoirs au général Cavaignac, ministre de la Guerre, afin de mettre en échec les insurgés qui dressent des barricades dans toute la capitale. Dès le 24 au soir, la révolte ouvrière est contenue : l'Hôtel de Ville n'a pas été pris par les insurgés et les troupes enlèvent le Panthéon. Le 25 au matin, les barricades sont prises d'assaut au cours de combats sanglants où Mgr Affre, l'archevêque de Paris, est tué au cours d'une tentative de conciliation faubourg Saint-Antoine. Les derniers combats se déroulent le 26. Ces journées ont coûté la vie de 1 600 hommes du côté de l'armée et de 4 000 du côté des insurgés. La répression sera très dure : environ 15 000 hommes seront arrêtés et 4 300 déportés en Algérie.

Influencé par le « comité de la rue de Poitiers » — des conservateurs de tous bords (→ Thiers, Rémusat, Berryer, Falloux et Montalembert) réunis dans l'amphithéâtre de l'Académie de médecine, rue de Poitiers – qui donnera naissance au parti de l'Ordre, Cavaignac prend des mesures de réaction (lois sur la presse rétablissant momentanément un cautionnement, loi sur les clubs, astreints à une déclaration deux jours avant leur ouverture).

Après la promulgation de la Constitution, en novembre, les conservateurs consolident leur position : d'abord avec l'élection au suffrage universel de Louis Napoléon Bonaparte, comme président de la République (10 décembre), puis par leur succès aux législatives (13 mai 1849). Le parti de l'Ordre obtient deux tiers des sièges, alors que les républicains modérés n'ont que 80 députés, deux fois moins que les républicains avancés, la Montagne, qui disposent de 180 sièges.

Pour en savoir plus, voir l'article IIe République.