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marionnette

(de Marion, diminutif de Marie, statuette de la Vierge)

Marionnette à baguette chinoise
Marionnette à baguette chinoise

Petit personnage que l'on fait mouvoir avec la main ou avec des fils.

Objet animé participant à une action dramatique quelle qu'elle soit : tel est le caractère le plus universel de la marionnette. Ces figurines animées à la main ont traversé l'histoire. L'art de la marionnette, né de pratiques religieuses ancestrales, est étroitement lié aux cultures locales, nationales, mais il est aussi universel. Porteur de tradition, mais aussi de contestation, cet art populaire n'a sans doute pas épuisé ses possibilités expressives ni esthétiques.

Les caractéristiques du théâtre de marionnette

Dans la diversité bigarrée des marionnettes, trois éléments doivent être pris en considération. La marionnette elle-même : son matériau, sa forme, sa dimension et le mode de manipulation auquel elle se prête. Le lieu où se déroule le spectacle et la conception de cet espace. Enfin le son, la musique, la parole (ou le silence), qui l'accompagnent.

Les formes de la marionnette

Il existe deux familles principales de marionnettes : celles qui sont manipulées par le dessous et celles qui le sont par le dessus.

Manipulation par le dessous

– Appartiennent à cette famille les marionnettes à gaine. Leur manipulation est la plus directe, puisque c'est la main même du manipulateur qui est dissimulée dans la gaine recouverte du costume en tissu de la marionnette : son index porte la tête en bois ou en carton, ses autres doigts animant les bras, et parfois les jambes. Cette marionnette a une dimension proportionnée à celle de la main humaine. On la trouve dans tous les pays européens, et son représentant le plus connu est Guignol.
– Pour les marottes, la tête est au bout d'un bâton, qui peut être ou non recouvert de tissus flottants. Sceptre dérisoire, la marotte avait autrefois une tête grotesque garnie de grelots ; elle symbolisait la folie, et les bouffons de cour l'agitaient. Propre au Moyen Âge, elle regagne actuellement une certaine faveur. Dans une forme intéressante, l'une des mains du manipulateur apparaît souvent à travers un gant, comme si elle appartenait à la marotte.
– La marionnette à tige est également soutenue par un bâton principal, mais, de plus grande dimension, celui-ci est généralement fixé au corps du manipulateur comme le serait un drapeau. Les bras sont souples, articulés et dirigés par deux baguettes. Ce type de marionnette a été développé jusqu'à la perfection en Asie, et les plus beaux exemples appartiennent à la tradition des wayang indonésiens, lesquels exigent parfois trois ou quatre manipulateurs.
– Les marionnettes à clavier sont des marionnettes à tige dont les techniques d'articulation ont été très perfectionnées. Tout leur corps – bras, jambes et tête, et parfois même bouche et oreilles – peut être animé grâce à des fils reliant des planchettes articulées à un clavier situé sur le bâton ou à sa base.

Manipulation par le dessus

– À la famille des marionnettes dirigées par le dessus appartiennent d'abord les marionnettes à tringle. Elles sont soutenues par une tige métallique (tringle) plantée dans la tête, et des fils permettent éventuellement d'animer les bras et les jambes. Il n'y a pas de limitation de taille : elles atteignent ou dépassent 1,50 m. Les modèles de cette famille sont les marionnettes siciliennes : impressionnantes, lourdes, harnachées et cliquetantes.
– Les marionnettes à fils substituent à la tringle deux fils pour maintenir la tête et d'autres fils pour les diverses articulations du corps – jusqu'à soixante pour certaines marionnettes japonaises. Ces fils sont parfois manipulés à la main, ou bien, le plus souvent, reliés à une petite construction de bois nommée contrôle, ou croix d'attelle, qui peut être simple ou complexe. Cette forme de marionnettes était déjà connue en Égypte antique.

Autres modes de manipulation

Ces deux grandes catégories ne rendent pas compte de toutes les marionnettes, car il en existe, par exemple, qui se manipulent à l'horizontale. Quelquefois aussi, on mélange les genres – les figurines de la crèche niçoise sont à la fois à tige et à fils –, comme presque toutes les troupes de théâtre de marionnettes modernes aiment à le faire.
– Il y a par ailleurs des marionnettes fantastiques, telles les marionnettes « vivantes », dont le corps est fixé sur celui du manipulateur, ou des géantes habitées par les hommes qui les dirigent de l'intérieur lors des processions de carnaval. À Osaka, au Japon, on peut encore voir des bunrakus, grandes marionnettes (0,80 m à 1,30 m) qui mobilisent chacune trois manipulateurs ; le premier anime le visage et le bras droit, le deuxième le bras gauche, le troisième les pieds.
– Au Viêt-nam, il existe une belle et mystérieuse tradition de marionnettes sur eau, artistiquement sculptées et peintes. Les marionnettistes, cachés dans les coulisses d'un théâtre posé sur l'eau, animent personnages populaires, animaux, rois mythologiques et dragons au moyen de perches et de fils.

– Enfin, le découpage articulé permettant de réaliser des silhouettes animées (qui jouent en l'absence d'écran) et les ombres, traditionnelles à Java, en Turquie et en Chine, nommées « ombres chinoises » en Europe, sont deux techniques en général associées, et qui ne font souvent qu'un avec l'art de la marionnette. Le théâtre d'ombres, très prisé au xixe s. en Europe, est avant tout asiatique. En Chine, découpées dans des peaux de buffle, avec de nombreux jours et coloris variés, les ombres sont de véritables vitraux animés ; elles ont parfois devancé certaines techniques du cinéma (effet de foule, gros plan, fondu) et bien sûr du dessin animé. À Java, ce théâtre qui, sous le nom de wayang kulit, possède une très haute dignité culturelle, présente depuis des siècles les épopées du Ramayana et du Mahabaratta, avec accompagnement d'un orchestre de gamelan.

On peut noter la variété des matériaux avec lesquels sont faites les marionnettes : les Touareg les font en os, et les Chinois en paille et en laque. La critique de la société de consommation dans les années 1970 a lancé la mode du jeu et de l'art créatifs à partir de la prolifération des images et des produits artificiels, ouvrant de nouvelles possibilités à l'art de la marionnette.

Les lieux du théâtre de marionnette : une tradition ambulante

Les lieux d'animation des marionnettes ont pu être fixes et même monumentaux, temples et théâtres antiques, églises chrétiennes au Moyen Âge, ou scènes des théâtres d'acteurs humains plus récemment, mais la très grande majorité de leurs représentations sont ambulantes : spectacles de rue ou forains, d'école ou de famille… Cette tradition a conduit à la construction d'une scène démontable, transportable, relativement légère et de petite taille : le castelet. Naturellement, certaines marionnettes ignorent cet espace réservé, soit qu'elles se produisent au cours des processions religieuses ou carnavalesques, soit que le manipulateur anime sa poupée délibérément à la vue du public.

Les différents types de castelets

Si l'univers de la marionnette est féerique, c'est que, soutenue, suspendue ou marchant sur l'eau, elle échappe en quelque sorte à la pesanteur. Son castelet est donc plus un cadre que des « planches » ; il en existe différents types, qui correspondent aux deux grandes familles. Le théâtre des marionnettes à gaine et à tige – comme le théâtre de silhouettes – n'a pas de plancher et est muni d'un paravent de toile ou de bois qui cache le manipulateur (et de l'écran éventuel pour les ombres). En France, après la Seconde Guerre mondiale, Gaston Baty réalisa un castelet fort complexe, représentant la réduction au tiers du théâtre Montparnasse. Le castelet des marionnettes à fils et à tringle a une structure qui le rapproche davantage du théâtre « ordinaire » ; il est cependant muni de ponts, ou passerelles, où se placent les manipulateurs. À partir de la Renaissance, toutes les techniques théâtrales de scène y sont employées.

La place du public

La place du public est elle aussi déterminée par les différentes traditions. Par exemple, lors des représentations les plus anciennes des silhouettes découpées et richement décorées d'Indonésie, les spectateurs masculins et féminins sont séparés : les premiers, installés du côté du manipulateur, voient les découpages alors que les secondes ne voient que les ombres à travers l'écran. Quelle que soit la place qu'il occupe, le public est en règle générale une composante à part entière du spectacle : il lance cris de joie et injonctions, interpelle même les personnages, qui parfois répondent.

Une culture orale

Le texte

Le marionnettiste, qui joue souvent en virtuose sur tous les registres de la voix humaine, est un créateur total du spectacle. Des auteurs prestigieux tels que Goethe, Jarry, Lorca ou Ghelderode ont écrit des textes pour les marionnettes, et celles-ci ont interprété des œuvres du grand répertoire, comme le Dom Juan de Molière. Les Japonais ont beaucoup écrit pour elles également – théâtre épique ou merveilleux, tragédies bourgeoises –, notamment le célèbre auteur dramatique Chikamatsu Monzaemon (1653-1724), à qui l'on doit près de 70 pièces.

La marionnette, sans cesse gesticulante, préfère pourtant aux grands discours les répliques cinglantes ou les onomatopées accompagnées de bruitages, et la pièce, rarement écrite, n'est généralement qu'un canevas pour l'improvisation. Les histoires de marionnettes les plus connues relèvent en effet de la tradition orale, des mythologies, des croyances religieuses, des légendes et des épopées ancestrales ou des satires populaires au contenu parfois politique, comme celles de l'inventeur de Guignol, qui ne savait pas écrire. Le marionnettiste est par conséquent un proche parent du conteur qui transmet, grâce à sa prodigieuse mémoire, la culture de son peuple.

Un fond musical

Le spectacle a souvent un fond musical. Il est à l'origine sacré, mêlant incantations, appels des morts, instruments rituels et traditionnels. De grands musiciens, et surtout Haydn au xviiie s., ont également composé pour les marionnettes.

Faut-il relier à la musique ou à la danse l'impressionnante technique des trois joueurs japonais de marionnettes bunrakus ? Leur parfaite synchronisation est en effet obtenue en suivant le rythme respiratoire du maître, si bien que la poupée elle-même semble respirer. À partir du xviie s., les marionnettes européennes vont représenter opéras et ballets raffinés. En Chine, terre entre toutes de leur féerie, fleurissent les légendes qui raillent les empereurs ou les maris jaloux du pouvoir séducteur des marionnettes dansantes sur leurs concubines et leurs femmes : ils les ont prises pour des êtres réels.

Le rôle social des marionnettes

Connues dans toutes les cultures, les marionnettes, rarement restreintes au seul divertissement, incarnent les voix que l'homme n'a pas osé s'approprier directement, celles des divinités ou celles de la contestation – et elles nous les transmettent à travers l'histoire.

Petite histoire des marionnettes

Les marionnettes sont partout nées de pratiques religieuses. (Rappelons que leur nom français lui-même, de « Marion », diminutif de Marie, désignait au Moyen Âge de petites statues de la Vierge et de menus objets de dévotion.) Les religions les plus anciennes connaissaient les marionnettes ; on les rencontre dès le xixe s. avant J.-C. dans les temples égyptiens. Elles jouent, pour les fêtes, les histoires mythologiques d'Isis et d'Osiris, à l'occasion desquelles, note Hérodote, les femmes promènent aussi des mécaniques phalliques. On a récemment découvert, dans les vestiges d'Antinoë, un théâtre et ses figurines en bois et en ivoire.

Les origines

En Afrique, les masques, les statues animées et les marionnettes à tige au pouvoir magique ont participé à de vrais drames dans des théâtres. Les Amérindiens avaient eux aussi leurs marionnettes avant l'arrivée des Européens : statuaire animée au Pérou ou jeux dramatiques chez les Hopis de l'Arizona étaient censés, par exemple, favoriser la fécondité de la terre. En Indonésie, le marionnettiste (dalang) remplit des fonctions de prêtre et de guérisseur. Les âmes des ancêtres héroïques javanais s'incarnent dans les figurines, qui jouent aussi tout le répertoire religieux commun avec l'Inde : les épopées du dieu Vishnou, le Ramayana et le Mahabharata. Au chevet des malades, le dalang donne des représentations où dominent les keramat, marionnettes sacrées, qui portent un petit fragment de peau humaine. En Chine, la marionnette peut abriter un esprit. Aussi le manipulateur doit-il la surveiller et ne pas l'abandonner. Elle éloigne les fantômes, les revenants et les vampires.

Une fonction religieuse

Les temples, les processions et les fêtes d'initiation de la Grèce antique ont également eu leurs statues animées, parfois monumentales. À Rome et durant le Moyen Âge, les légendes païennes, les grandes tragédies et les comédies des auteurs de l'Antiquité ont été transmises oralement grâce aux marionnettes. Mais leur fonction principale, à l'époque médiévale, est religieuse : les premiers chrétiens s'exprimaient avec des symboles ; l'Église et les théologiens promurent ensuite des représentations plus réalistes des scènes religieuses par des marionnettes ; ces spectacles se déroulèrent d'abord à l'intérieur des églises, devant les autels au xiiie s., mais ils en furent ensuite chassés. Cette tradition théâtrale est toujours vivante dans les crèches animées et dans les processions. La Tentation de saint Antoine a été un grand classique jusqu'au xixe s., d'ailleurs Flaubert s'en est inspiré, comme Goethe le fit aussi des histoires de Faust jouées dans les tavernes allemandes.

L'islam, à l'inverse du christianisme, interdit la représentation de l'être humain, mais il n'a pas supprimé les marionnettes : elles sont simplement dissimulées derrière un écran. L'une des plus grandes et des plus subversives traditions de théâtre d'ombres est née en Turquie, puis s'est développée en Grèce et dans tous les pays musulmans du pourtour méditerranéen.

Des thèmes profanes

À partir de la fin du Moyen Âge se multiplient les intrusions de thèmes profanes ; transgressant la représentation religieuse, ils font surgir l'actualité, critiquée en des improvisations satiriques : à Dieppe, des spectacles pourtant chrétiens sont ponctués d'épisodes burlesques ; les personnages populaires des marionnettes polonaises modernes sont un héritage de cette tradition. L'emprise religieuse s'efface donc progressivement.

La Renaissance européenne, artistique et passionnée de mécanique, s'enthousiasme plus que jamais pour les marionnettes, dont les possibilités expressives furent exploitées au point que les marionnettistes eurent parfois maille à partir avec les autorités politiques et religieuses.

Un art populaire

Les salons des xvii et xviiie s., puis les cabarets du xixe s., en raffolèrent. Elles sont aussi de tous les rassemblements populaires, la foire Saint-Germain à Paris, par exemple. Certaines marionnettes, Guignol entre autres, ont même joué le rôle de gazette dans les cafés pour un public d'ouvriers et de dockers.

Le poète français Paul Claudel affirme en 1928 que la marionnette « n'est pas un acteur qui parle, c'est une parole qui agit ». Comme ce fut le cas dès les origines en Chine et au Japon, les marionnettes concurrençaient alors le théâtre d'acteurs, lui servant même de modèle, comme l'atteste la commedia dell'arte.

Les marionnettes modernes

La tradition populaire, nationale et engagée de la marionnette a perdu de sa vigueur dans la seconde moitié du xixe s. ; au début de notre siècle, la marionnette était devenue un simple amusement enfantin. Dépassant les goûts du xixe s., qui les réduisaient à de simples copies miniatures des acteurs de chair, le xxe s. renoue avec le cœur de l'art de la marionnette : l'art du mouvement, l'animation à l'état pur. Le mouvement social et culturel des années 1970 renforcera encore ce tournant. Il s'agira alors pour les artistes de susciter l'intérêt du public adulte pour leurs recherches.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, le Russe Serge Obratzov déploie des trésors d'imagination pour défendre et développer l'art de la marionnette, qui connaîtra, après 1945, un renouveau dans tous les pays de l'Est européen. Plus traditionnels, les pupazzi de Gaston Baty et les comédiens de bois de Jacques Chesnais, en France, retrouvent un certain succès.

La peinture et l'art plastique modernes se sont intéressés aux petits personnages animés, prolongeant ainsi leur fascination pour l'art primitif et ses idoles. Transmettant leurs tendances aux marionnettistes ou créant eux-mêmes leurs marionnettes, les artistes donnèrent naissance à d'insolites créatures, personnages anthropomorphes extrêmement stylisés, machines ou objets de la vie quotidienne soudain transformés en acteurs, ou bien de simples formes abstraites animées : Obratzov fait une marionnette d'une simple boule fixée au bout du doigt ; Yves Joly a noué des intrigues entre des cannes et des parapluies. Ce dernier créateur est, avec Georges Lafaye, l'un des principaux artisans du renouvellement de cet art en France, après la Seconde Guerre mondiale.

Le groupe américain du Bread and Puppet Theater a retrouvé, avec ses marionnettes géantes se produisant dans les rues, une tradition d'agitation et de propagande alliée à une esthétique originale. Le Polonais Tadeus Kantor a fait des marionnettes un élément-clé de ses recherches en les mêlant à des personnages joués par des acteurs.

À la télévision, les marionnettes sont devenues les porte-parole d'un certain art de la contestation et de la dérision, notamment avec les Muppets de tradition new-yorkaise et les Guignols de l'info de Canal +.

Les marionnettes célèbres

Virtuose de la caricature, la marionnette privilégie le répertoire comique : elle a engendré des personnages typiques, raillant les caractères nationaux. Sur le plan international et à travers l'histoire, ces personnages sont tous parents.

Le Vidouchaka hindou et le Kvo chinois, deux grands comiques, ont en commun, entre autres, de faire rire aux dépens des puissants. Descendant direct de Vidouchaka, le terrible Karagöz turc, dont le nom signifie « œil noir », est rusé, égoïste et bon vivant ; concupiscent, parfois muni d'un énorme phallus articulé, il convoite sans cesse femmes et jeunes garçons ; irréligieux, il joue des tours pendables aux prêtres.

En Europe, le Pulcinella, qui naît au xvie s. en Italie, a le ventre gros et est bossu comme Karagöz ; il a de nombreux concurrents dans sa patrie : les burattini, marionnettes à gaine, et les fantoccini, marionnettes à fils. Il deviendra Polichinelle en France, au xviie s., animé par le célèbre marionnettiste Brioché, également arracheur de dents, sur le Pont-Neuf à Paris. Exerçant la même cruelle profession que Brioché, Laurent Mourguet, ouvrier lyonnais reconverti crée, au xixe s., Guignol, à qui il donne son propre visage.

Comme Cristóbal Polichinela en Espagne, Punch en Angleterre est aussi un frère du Pulcinella italien, et il détrône Old Vice, le vieux héros des farces élisabéthaines. Punch est un simulateur, méchant et obscène. Avec son complice, le clown, il tue tous les autres personnages, sa femme Judy, le fantôme de Judy, leur bébé, le docteur, le représentant de la loi, le bourreau, le diable et même la mort. Le Hanswurst (« Jean Saucisse ») allemand, aux grands appétits sexuels et culinaires, et Kasperl le Viennois, très balourd, sont de la même veine. Le Petrouchka russe, Tchantchès dans les Flandres, et Woltje le petit Wallon appartiennent tous, à leur manière, à la même lignée.

Personnages satiriques à la langue bien pendue, leur rôle subversif est loin d'être négligeable. Polichinelle fut le porte-drapeau du peuple parisien au moment de la Fronde. Guignol fut le porte-parole des canuts. Kasparek a été un symbole pour les Tchèques revendiquant leur nationalité sous l'oppression de l'Empire austro-hongrois. Et le Grec Caragueuz est à l'origine de véritables révoltes populaires.