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commedia dell'arte

(italien commedia dell'arte, comédie de l'art)

Commedia dell'arte
Commedia dell'arte

Genre théâtral né au xvie s. mais ainsi nommé au xviiie s., reposant sur l'improvisation d'acteurs souvent masqués.

Ingéniosité, naïveté, ruses et travestissements sont les principaux ingrédients de la commedia dell'arte (« comédie de métier »), qui a remporté un vaste succès en Europe, du xvie au xviiie s. Connue jusqu'au xviiie s. sous le nom de « comédie d'histrions », « comédie improvisée » ou « comédie à l'impromptu », cette forme théâtrale (→ théâtre) est née en Italie à l'initiative des hommes de théâtre qui cherchaient à se démarquer à la fois du théâtre littéraire et du dilettantisme des comédiens de l'époque de la Renaissance.

Les personnages de ce type de comédie seraient issus des atellanes, comédies latines du iiie s. avant J.-C., qui développaient de courtes fables improvisées à partir d'un schéma très simple. Polichinelle, le plus complexe d'entre eux, trouverait ses ancêtres en Maccus et en Buccus : alors que Maccus, surnommé « le Coq », se faisait remarquer par ses grosses mâchoires, ses joues flasques et son habitude de pépier et de se déplacer comme un poussin, Buccus, ou « Bouche en tirelire », se distinguait par une bouche énorme et un gros ventre. Le mime blanc (mimus albus), lui, avec son ample chemise blanche resserrée à la taille par une ceinture, serait à l'origine du personnage de Pedrolino, notre Pierrot.

1. L'art de l'improvisation

Les gestes et le jeu corporel, qui priment sur le texte et le décor, s'accompagnent de dialogues pour une large part improvisés sur un canevas. En fait, il semble que les comédiens aient appris par cœur des pans entiers des scénarios issus de nouvelles, de comédies antiques et d'œuvres littéraires relatant des faits historiques. Certains de ces textes furent publiés pour la première fois en 1611, c'est-à-dire un siècle après l'émergence du genre : ils s'articulent autour de situations conventionnelles, qui aboutissent immanquablement à un dénouement heureux. Les mariages contrariés, mais inévitables, et l'éternel conflit des générations, qui en constituent les thèmes principaux, servent de prétextes à des échanges vifs, à des propos souvent obscènes et à des scènes de bastonnade.

Pour raviver l'attention du public, le spectacle était ponctué de lazzi, intermèdes comiques sans rapport avec l'intrigue (par exemple, un comédien faisait semblant d'attraper des puces et de les manger). Des numéros de danse et d'acrobatie ainsi que des morceaux de musique vocale et instrumentale étaient appelés également à placer la pièce, généralement précédée d'un prologue et coupée d'entractes, dans un climat d'allégresse et de gaieté.

2. Les personnages

Jeunes amants, valets malicieux, étudiants candides, marchands cupides, soudards, vieillards libidineux et avares, les personnages truculents qui peuplent la commedia dell'arte sont souvent issus du théâtre du Moyen Âge.

2.1. Arlequin

Il appartient, comme Scapin et Polichinelle, à la famille des Zanni, c'est-à-dire des valets, les plus populaires des personnages comiques de la commedia dell'arte. De tempérament dynamique, Arlequin est un meneur de l'intrigue, rusé, spirituel et railleur, qui ne cesse de brouiller les cartes. Son costume – initialement la tenue de travail des paysans méditerranéens en cotte de toile grossière – est le symbole de la pauvreté. Mais il se couvre progressivement de pièces colorées. On prêtait à cet habit bariolé le pouvoir magique de faire éclore les fleurs et de mûrir les fruits : Arlequin hérite ainsi des pouvoirs de Dionysos, dont le nom est associé aux débuts du théâtre antique.

Mais, avec son masque noir, aux traits grossiers – qui à l'origine était hérissé de poils et orné d'une protubérance rouge au front –, avec sa voix de fausset, ses pétarades émises parfois à l'aide d'une poire spéciale, avec son pas trépidant dérivé de la danse macabre, Arlequin n'est pas seulement un personnage primaire et obscène, c'est un être diabolique qui a rapport avec l'outre-tombe.

Pour en savoir plus, voir l'article Arlequin.

2.2. Polichinelle

Proche d'Arlequin par ses origines démoniaques signifiées par sa difformité physique (un nez rouge, crochu, et deux bosses), Pulcinella (probablement de pulcino, « poussin » en italien) parle d'une voix nasillarde, obtenue par un petit objet en os ou en métal placé dans la bouche. Comme Arlequin, Polichinelle se déguise, se masque, mime son maître et le caricature en s'inspirant des animaux de basse-cour. De Naples à Londres, en passant par Paris, son costume a connu de nombreuses variantes.

À Naples, Pulcinella est un portefaix d'origine paysanne, un coureur de filles. À Paris, Polichinelle est perruqué, poudré, jaboté, vêtu de rouge et d'or comme un aristocrate ; il est fripon, voleur, spéculateur, noceur. Bossuet – l'illustre théologien et évêque de Meaux – le proscrit l'année de la révocation de l'édit de Nantes (1685) : il écrit au procureur du roi pour le prévenir que Polichinelle le gêne dans son action en faveur des valeurs catholiques. À Londres, Punch – apparu à Covent Garden au milieu du xviie s. – s'engouffre dans la tradition des moralités jouées dans les églises. Il représente alors la méchanceté gratuite, tuant sans raison son enfant, sa femme, Judy, le gendarme, le bourreau, le diable, et même la Mort.

2.3. Scapin

C'est aussi un valet, originaire de Bergame, comme son compagnon Arlequin. Son masque fruste, son gros nez, ses lèvres épaisses, ses yeux qui louchent lui donnent un air inquiétant.

2.4. Pantalon

Marchand avisé, il est cependant mêlé à de médiocres intrigues amoureuses. Avec son ample manteau et ses pantoufles noires, ses chausses et son chapeau rouges, c'est un personnage qui fait rire par sa balourdise. Dans la dynamique simpliste des scénarios de la commedia dell'arte, où il parle le dialecte vénitien, il ménage un suspense qui fait rire. Avare, soupçonneux, prudent, parfois naïvement confiant, grondeur, mais aussi bonhomme, il porte un masque à long nez, à moustaches et à barbiche.

2.5. Le Docteur

Proche de Pantalon, il est aussi père de famille et témoigne des mêmes défauts, mais son rôle est plus statique. Son costume est la caricature des vêtements que portaient les docteurs bolognais : tout de noir vêtu à l'exception d'un col blanc, il est coiffé d'un chapeau de feutre, noir lui aussi, à bord immense.

2.6. Matamore

Il veut être pris pour ce qu'il n'est pas : un brave. Ce qui le caractérise, c'est l'emphase. Son costume est une caricature des vêtements militaires.

2.7. Pierrot

L'amoureux au visage blanc porte la plupart du temps un demi-masque de cuir (fabriqué à Venise), qui permet au comédien une diction plus naturelle.

3. L'influence de la commedia dell'arte sur le théâtre français

Depuis le xiiie s., qui a vu la réhabilitation des mimes et des jongleurs, le terrain était prêt, en France, pour accueillir les influences italiennes dans le cadre du théâtre de la Foire, qui se tint, jusqu'à la Révolution, sur les foires Saint-Germain et Saint-Laurent.

→ foire.

3.1. Les personnages adaptés : de Turlupin à Tabarin

Les personnages caractéristiques de la commedia dell'arte donnèrent naissance en France à quelques variantes d'emblée fort appréciées par le public.

C'est Henri Le Grand, mort en 1637, qui créa le rôle de Turlupin, personnage qui exaltait l'outrance au détriment du naturel. Préférant l'usage de la farine à celui du masque, Robert Guérin inventa Gros-Guillaume, personnage que les estampes montrent planté au milieu de la scène, inerte, les mains derrière le dos soulignant l'irrésistible rondeur de sa bedaine.

Hugues Guéru est le père de Gaultier-Garguille, qui s'est rendu célèbre par sa souplesse et par ses chansons. Quant à Bertrand Hardouin de Saint-Jacques, il est le créateur de Guillot-Gorju, au début du xviie s. : cet ancien médecin, vêtu des plus extravagantes défroques, fondait son personnage sur les effets comiques du vocabulaire médical de son temps.

Tabarin, reconnaissable à son invraisemblable chapeau mou et à l'ingéniosité bouffonne de ses questions « tabarinesques », est l'un des plus célèbres personnages français issus de la commedia dell'arte, tout comme Dame Cigogne, Bruscambille et Jean Farine. Identifiés avec leurs interprètes et non avec leurs masques, ils n'ont pas survécu aux acteurs qui les avaient incarnés.

3.2. Les succès en France

Les Comédiens-Italiens, venus avec Catherine de Médicis, triomphaient dans leurs improvisations à l'Hôtel de Bourgogne, mais ils en furent chassés en 1697, pour avoir égratigné dans une pièce Mme de Maintenon. Revenus en 1716, sous la Régence, ils s'adaptèrent alors à un répertoire nouveau, moins fondé sur la repartie et le comique de geste.

Cependant, outre des auteurs italiens comme Goldoni , Regnard, Molière et Marivaux subirent eux aussi l'influence de la commedia dell'arte et de la technique de jeu élaborée des Comédiens-Italiens.

Molière

Au début de sa carrière d'auteur dramatique, Molière avait esquissé une typologie qui s'apparentait étrangement à celle de la commedia dell'arte. Même s'il abandonna ce projet au profit d'une élaboration psychologique plus poussée, il ne négligea pas l'apport de la commedia dell'arte, en particulier dans les Fourberies de Scapin (1671), une farce au rythme débridé.

Marivaux

Bon nombre de pièces de Marivaux ont été écrites pour les Comédiens-Italiens. Leur jeu, fondé sur une excellente formation d'acteurs, ne pouvait manquer de séduire un auteur qui apportait la poésie, l'originalité, la subtilité des caractères à des postures convenues. La commedia dell'arte se transforma alors : elle passa du masque au visage, et de la farce à la vraisemblance psychologique. Arlequin poli par l'amour (1720) est la pièce qui se réfère le plus directement à la commedia dell'arte, dans la mesure où elle propose des divertissements, des airs à danser, des chansons et toute une série de mimiques expressives, qui devaient d'ailleurs faire oublier que les Comédiens-Italiens possédaient parfois mal le français. De plus, chez Marivaux les masques ne sont plus « en dur », en cuir, manipulables et séparés de l'acteur : ils sont constitutifs du texte sous forme de conventions, de faux-semblants sociaux. En fait, Marivaux s'emploie à percer à jour les mensonges – les masques – et à isoler des moments de vérité, qui dénoncent, à leur tour, la comédie humaine.

4. Déclin et renaissance de la commedia dell'arte

4.1. Un retour en grâce au xxe siècle

Quand la commedia dell'arte passe du « type » au personnage, du schématisme originel à l'approche psychologique et du jeu stylisé au texte élaboré, elle se dilue dans le théâtre d'auteur, qui emprunte son ton ludique pour traiter des sujets d'une extrême gravité.

Toutefois, dans la seconde moitié du xxe s., un certain nombre d'artistes, tels Jacques Copeau, Léon Chancerel, Jacques Lecoq (1921-1999), Ferrucio Soleri ou Dario Fo (prix Nobel de littérature, 1997), redécouvrirent la commedia dell'arte, la vertu de l'improvisation, le pouvoir du geste : cette forme de théâtre continue ainsi à vivre, d'une part, à travers la pièce de Goldoni Arlequin, serviteur de deux maîtres – représentée régulièrement sur toutes les scènes d'Europe – et, d'autre part, à travers des types qui resurgissent dans le théâtre contemporain.

4.2. La survie des personnages

Les « types » populaires de la commedia dell'arte se fixent – et en meurent – dans des poupées destinées aux enfants. Polichinelle et Arlequin deviennent ainsi des figures de bois et de chiffon, ou encore des pantins, jouets inoffensifs, imitant la prodigieuse souplesse des comédiens qui les avaient incarnés au théâtre. Quant à Pierrot, il connut un ultime sursaut de vie grâce aux pantomimes de Deburau au théâtre des Funambules, à Paris, au milieu du xixe s.

Dans les défilés de carnaval resurgissent également certains personnages de la commedia dell'arte, qui y retrouvent non seulement leurs costumes, mais aussi leurs masques. Alors qu'au carnaval de Schwyz, en Suisse, Arlequin figure parmi les danseurs, ailleurs il est généralement chargé d'ouvrir les festivités et de frayer un passage au milieu de la foule des spectateurs. Il partage cette fonction avec Polichinelle, étrange figure androgyne qui porte sur la partie inférieure du corps un mannequin de tissu qui a l'apparence d'une vieille femme.