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histoire de la médecine

caducée
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Pendant des millénaires, la médecine s'est identifiée partout à des pratiques magiques et religieuses. Les techniques médicales se limitaient à la thérapeutique par les plantes et à quelques opérations chirurgicales simples telles que la trépanation et la réduction des fractures.

1. De la magie à la médecine

L'intérêt porté par les êtres humains à la maladie et à la santé est universel. Mais l'existence d'un domaine propre à la médecine, avec son personnel spécialisé, n'est pas la règle générale. Dans les sociétés traditionnelles (celles dont les structures sociales sont stables et rendues cohérentes par un ensemble organisé de croyances qui évoluent lentement), c'est le plus souvent un sorcier (→ magie), en rapport avec le monde des esprits, qui prend en charge la guérison des maladies les plus graves ; pour ce faire, il utilise des techniques qui, relevant plus ou moins de l'hypnotisme, agissent sur l'inconscient de la personne atteinte. De ce point de vue, le chamanisme, caractéristique de populations de Sibérie et de Mongolie, est particulièrement significatif ; mais on trouve des exemples similaires ailleurs, en Afrique subsaharienne notamment. Dans presque tous les cas, les soins courants sont assurés par la médecine naturelle (à base de plantes essentiellement, → phytothérapie), qui est cependant, elle aussi, orientée par les croyances que le groupe professe sur la nature.

La médecine, en tant que pratique autonome (ce qui ne signifie pas qu'elle soit radicalement séparée de la religion dominante), se développe dans ce qu'il est courant d'appeler les « sociétés ouvertes », c'est-à-dire des sociétés dont les structures sont soumises au changement et dans lesquelles la vie collective est rythmée par des débats et des conflits. Il s'agit, en général, de collectivités où le contact avec l'extérieur, notamment sous la forme du commerce, tend à se généraliser. Ainsi se crée un climat favorable à la recherche par la confrontation d'idées. Le sort de l'individu libre apparaît, au moins partiellement, comme la garantie de l'avenir commun. La médecine devient de plus en plus étrangère aux pratiques magiques. Du même coup, la santé apparaît comme un objet de recherche et un objectif à atteindre.

2. De l'Antiquité au Moyen Âge

En Mésopotamie, on sait par le code d'Hammourabi (1792-1750 environ avant J.-C.) qu'il existait déjà un embryon de législation médico-sociale. Dans l'Égypte pharaonique, des dispositions régissaient l'activité des médecins, dont les connaissances étaient relativement étendues.

En Chine, la médecine traditionnelle considérait que la maladie résulte d'une perturbation entre deux forces opposées, le yin et le yang. Pour restaurer cet équilibre, on préconisait le recours à l'acupuncture et à toutes sortes de traitements empiriques.

En Inde, la médecine et surtout la chirurgie étaient, selon les traités médicaux anciens, très développées : on pratiquait couramment certaines interventions de chirurgie plastique comme la réfection du nez.

2.1. Aux origines de la pratique médicale occidentale

C'est en Grèce, au ve siècle avant J.-C. qu'apparaît la première observation objective des phénomènes pathologiques. Dans la Grèce antique, une pratique médicale, née dans les sanctuaires d'Asclépios, les asclêpieia, se développe et se détache peu à peu de la religion, donnant naissance à plusieurs écoles qui utilisent des techniques de soin très élaborées (régimes, médicaments, etc.). Le nom d'Hippocrate (460-377 avant J.-C.) reste associé à la naissance de ce qui deviendra la médecine moderne (notamment grâce à une classification des maladies). Hippocrate rejette en effet toute référence au sacré, considérant que les maladies relèvent de causes naturelles ; il prône divers procédés d'examen tels que la palpation, la percussion ou l'observation des excrétions.

Plus lent, le développement de la médecine à Rome connaîtra des progrès significatifs grâce à la création, à la fin du règne d'Auguste (14 après J.-C.), d'une école de médecine. Le corps médical s'organise alors avec, d'une part, des médecins attachés aux familles riches ou à l'armée et, d'autre part, les médecins indépendants, ambulants ou exerçant dans un cabinet. Les Romains édictent certaines règles de santé publique et fondent, pour les vétérans et les infirmes de guerre, les premiers hôpitaux connus. L'apogée de la médecine romaine est atteint avec Galien (131-201), médecin grec qui fait d'importantes découvertes en anatomie et dont l'œuvre écrite représente une synthèse du savoir du monde antique.

2.2. La médecine au Moyen Âge, entre ombres et lumière

Les Arabes sont, avec les Byzantins, pratiquement les seuls à perpétuer la tradition médicale de l'Antiquité. Dans l'Occident chrétien, la chute de l'Empire romain (ve siècle) inaugure une longue période de stagnation durant laquelle la médecine est entre les mains des clercs, c'est-à-dire des prêtres et des savants religieux. La dissection à cette époque est interdite ; les grandes épidémies, qui causent des ravages considérables, sont attribuées à des forces maléfiques.

Cependant, un renouveau des études médicales s'amorce à partir du xie siècle avec la fondation de l'école de Salerne, en Italie du Sud. Puis, au xiiie siècle, l'école de Montpellier et les grandes universités européennes de Bologne, d'Oxford, de Paris et de Padoue prennent le relais : la médecine fait désormais l'objet d'un enseignement régulier au même titre que la théologie.

Si le Moyen Âge occidental n'est guère favorable à la recherche médicale, il ne la voit donc pas disparaître. Dès le xiiie siècle, le théologien et philosophe Albert le Grand interprète les traités d'Aristote sur les animaux, c'est-à-dire les êtres vivants, dont l'homme. Sans doute la médecine arabe, elle aussi inspirée d'Aristote, a-t-elle contribué à la permanence d'une réflexion sur la santé fondée sur une connaissance de la nature. Le médecin et philosophe iranien Avicenne (980-1037) exerça ainsi une influence considérable sur la pensée médiévale.

3. De la Renaissance au xviiie siècle : les fondements de la médecine moderne

Au xvie siècle, l'anatomie fait de grands progrès, aidés par l'admission de la dissection. Le Bruxellois André Vésale (vers 1514-1564) est l'un des premiers à pratiquer la dissection du corps humain, jusqu'alors interdite par l'Église, et rectifie bien des erreurs perpétuées depuis l'Antiquité. D'autres grands anatomistes (Sylvius, Eustache, Fallope entre autres) donnent leur nom aux organes qu'ils décrivent. Fracastoro (1483-1553), qui étudie la syphilis, pressent que la transmission des maladies contagieuses s'opère par des micro-organismes invisibles. Paracelse (vers 1493-1541) ouvre la voie à la thérapeutique chimique.

La chirurgie est largement dominée par Ambroise Paré (vers 1509-1590), qui, dans les amputations, substitue la ligature des artères à la cautérisation. La profession médicale se dote de statuts et l'enseignement se développe. Mais la médecine proprement dite avance peu, les « soins » se limitant aux mêmes actes (clystères, saignées, etc.) et à l'administration de drogues souvent néfastes.

Aux xviie et xviiie siècles, la physiologie prend son essor. L'Anglais William Harvey (1578-1657) découvre la circulation du sang. L'Italien Malpighi (1628-1694), qui décrit les capillaires pulmonaires, est l'un des fondateurs de l'histologie, étude des tissus vivants. Morgagni (1682-1771) montre l'intérêt de confronter les lésions organiques visibles à l'autopsie avec les symptômes cliniques.

Tout à la fin du xviiie siècle, le Britannique Edward Jenner (1749-1823) met au point la vaccination antivariolique, qui préfigure le développement d'une médecine préventive efficace. En dépit de ces innovations, on ne « soigne » toujours pas véritablement le malade. L'examen clinique reste très élémentaire et la thérapeutique, fantaisiste. La médecine proprement scientifique n'apparaîtra qu'au xixe siècle.

4. Au xixe siècle, les découvertes de la médecine scientifique

Dans la première moitié du siècle, l'école française de médecine (Laennec, Bretonneau, Trousseau) met au point la méthode anatomoclinique, fondée sur la comparaison des résultats des examens cliniques avec les données anatomiques ; cette méthode permet de mieux comprendre le développement et les mécanismes des maladies.

De nombreux travaux effectués pour isoler les principes actifs des plantes aboutissent à l'obtention de produits tels que la morphine, la quinine, l'atropine ou la digitaline. La découverte de l'anesthésie générale à l'éther (1846) et au chloroforme (1847) va ouvrir à la chirurgie d'immenses possibilités.

Dans la seconde partie du xixe siècle, les progrès s'accélèrent. On doit à Claude Bernard (1813-1878) d'importantes découvertes sur les phénomènes chimiques de la digestion, sur les glandes à sécrétion interne et à sécrétion externe, sur le système nerveux ; dans son Introduction à la médecine expérimentale (1865), il fixe les règles de la médecine expérimentale qui présideront aux travaux de ses successeurs.

Le chimiste Louis Pasteur (1822-1895) établit la nature microbienne ou virale de plusieurs maladies, met au point le vaccin contre la rage et montre que les micro-organismes sont en médecine les agents des maladies contagieuses et, en chirurgie, les propagateurs de l'infection.

L'Allemand Robert Koch (1843-1910) découvre le bacille de la tuberculose (1882), auquel son nom reste attaché (bacille de Koch).

En 1928, le Britannique sir Alexander Fleming (1881-1955) découvre la pénicilline, dont les propriétés bactéricides seront mises à profit à partir de la Seconde Guerre mondiale. Les progrès de la parasitologie permettent d'élucider les mécanismes de transmission de nombreuses maladies tropicales (paludisme, maladie du sommeil, fièvre jaune, etc.) et donc de les faire reculer.

5. Techniques d'investigation et de soin : les grandes avancées du xxe siècle

La première moitié du xxe siècle est marquée par l'utilisation de plus en plus poussée en médecine des techniques et des méthodes de la physique, de la chimie et de la biologie. Il en résulte une extension considérable des moyens d'investigation, de diagnostic et de traitement. Ainsi, la découverte des corps à radiations ionisantes comme l'uranium et le radium (→ Pierre et Marie Curie), la mise au point de l'électrocardiographie et de l'électroencéphalographie contribuent au perfectionnement des procédés d'exploration anatomique et fonctionnelle.

On enregistre aussi des progrès de la prophylaxie (mesures prises pour prévenir ou empêcher la propagation des maladies) et de l'immunologie bactérienne ou virale, la mise au point de sérums antitétanique et antidiphtérique ainsi que de divers vaccins, dont celui de la tuberculose. Entre les deux guerres apparaissent les sulfamides, premiers moyens de lutte vraiment efficaces contre les infections bactériennes.

Après la Seconde Guerre mondiale, la multiplication des antibiotiques permet de couvrir progressivement presque toutes les espèces microbiennes. Grâce aux progrès de l'endocrinologie (étude des glandes endocrines), on traite avec succès le diabète. Les hormones sont elles-mêmes employées à des fins thérapeutiques (par exemple, les dérivés de la cortisone pour traiter les rhumatismes ou l'asthme). Le vaccin contre la poliomyélite, mis au point dans les années 1950, fait considérablement reculer cette maladie.

L'emploi des tranquillisants en psychiatrie, les progrès de la chimiothérapie, les perfectionnements de la radiothérapie, de nouvelles techniques d'investigation (échographie, scanner X, imagerie par résonance magnétique) ou de traitement (laser), les progrès remarquables de la chirurgie et de la microchirurgie, l'utilisation de l'informatique, les récentes avancées en matière de génie génétique sont quelques-unes des données qui bouleversent radicalement la médecine de la fin du xxe siècle et suscitent d'immenses espoirs.

Parallèlement, de redoutables problèmes de santé continuent à se poser. Dans les pays économiquement forts, les maladies liées au vieillissement de la population (cancer, maladies cardiovasculaires) font toujours des ravages, et une nouvelle affection, le sida, est apparue au début des années 1980. Dans les pays économiquement faibles, la dénutrition, le manque d'eau potable, l'absence d'hygiène et de soins se traduisent par des flambées épidémiques meurtrières, par des maladies virales ou de carence, par des parasitoses résistant aux médicaments et difficiles à vaincre.

Pour en savoir plus, voir l'article santé publique