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magie

(bas latin magia, du grec mageia)

Congo, statuette magique
Congo, statuette magique

Ensemble de croyances et de pratiques reposant sur l'idée qu'il existe des puissances cachées dans la nature, qu'il s'agit de se concilier ou de conjurer, pour s'attirer un bien ou susciter un malheur, visant ainsi à une efficacité matérielle.

Objets et rituels magiques

Dans la magie, le choix des ingrédients est soumis à toutes sortes de conditions. Les objets eux-mêmes sont les poisons et les narcotiques, des excréments, des morceaux de cadavre, du sang, et tout ce qui a un rapport avec la sexualité. Tous ces objets ont en commun leur étrangeté, mais aussi le fait qu'il s'agit d'objets frappés d'interdit et de choses considérées socialement comme impures. Enfin, les paroles prononcées accentuent encore le caractère délibérément étrange du rituel : elles sont à peine distinctes et souvent incompréhensibles ; elles sont, de plus, censées appartenir à la langue des esprits.

La théorie de Frazer

C'est J. Frazer qui, l'un des premiers, a tenté d'ordonner l'ensemble disparate des pratiques magiques en montrant qu'elles relevaient des lois générales de la sympathie (le Rameau d'or, 1907-1915). Celles-ci se subdivisent en loi de similitude, qui fonde la magie « homéopathique » ou imitative, et loi de contagion. Elles évoquent le concept forgé par L. Lévy-Bruhl de « participation », caractère selon lui de la « mentalité primitive ».

Un exemple de la première loi serait la pratique de l'aspersion d'eau pour faire venir la pluie, la « magie de la pluie », très répandue, étant même, pour Frazer, au fondement de la magie et de la royauté divine, donc d'une forme de religion. Un exemple de la seconde loi serait l'utilisation de parties de l'objet ou de l'individu sur lequel on peut exercer l'action magique (cheveux, rognures d'ongle, terre, etc.). L'anthropologie n'a pas retenu les distinctions de Frazer, dont C. Lévi-Strauss a montré, dans la Pensée sauvage, qu'elles relevaient des formes générales de la métaphore et de la métonymie qui caractérisent l'activité de la pensée symbolique.

Frazer a élaboré aussi une théorie de la magie, selon laquelle celle-ci repose sur la croyance en un ordre de la nature que le magicien peut contraindre par les techniques appropriées : la magie s'opposerait ainsi à la science, en disposant seulement de schémas de causalité erronés. Cette théorie est abandonnée, car elle ne tenait pas compte de l'omniprésence des schémas symboliques dans tous les domaines du savoir d'une culture.

L'analyse de Mauss

Dans l'Esquisse d'une théorie générale de la magie (1902-1903), M. Mauss, reprenant les travaux de Frazer, montre que les rites magiques, caractérisés par leur secret et leur dimension privée, s'opposent ainsi à la religion, système officiel et organisé s'exprimant dans un culte. Mauss et Henri Hubert ont également souligné les rapports existant entre magie et langage : le système des sympathies consiste en fait en celui des « classifications de représentations collectives », les représentations des propriétés magiques sont homologues à des phénomènes de l'ordre du langage. La pensée magique est ici un aspect particulier de la pensée symbolique, d'une « fonction symbolique » commune à l'ensemble des productions culturelles. Sur l'exemple privilégié des incantations, Mauss a montré que l'aspect hétéroclite des ingrédients et recettes magiques peut être compris comme une forme de l'incantation, comme des « mots réalisés » à l'aide d'objets.

La filiation théorique avec l'œuvre de Mauss est manifeste dans l'approche structuraliste de C. Lévi-Strauss. Dans son Introduction à l'œuvre de M. Mauss (1950), il développe sa conception du mana comme paradigme du caractère rationnel. Pour lui, la magie est une croyance collective productrice de symboles et de mythes qui agissent sur l'inconscient.

La magie instrumentale

Le thème de l'incantation et l'analyse de son efficacité furent développés par B. Malinowski (les Jardins de corail et leur magie, 1935). Le lien de la magie avec la médecine a été souligné par E. E. Evans-Pritchard (Sorcellerie, oracles et magie chez les Azandé, 1937), la magie étant chez les Zandé (Azandé) une technique qui atteint son objet par l'emploi de « médecines » rituelles, souvent végétales, où réside un pouvoir mystique, et accompagnées d'incantations.

Les Zandé, comme de nombreuses autres sociétés, distinguent une magie bénéfique, qui jouit de l'approbation sociale, d'une magie maléfique, illicite ou tenue pour immorale, qui renvoie plutôt à la sorcellerie (la sorcery anglo-saxonne) conçue comme magie instrumentale. Le terme witchcraft renvoie, quant à lui, à la sorcellerie définie comme un pouvoir maléfique inné et le plus souvent inconscient.

Les difficultés à distinguer la technique « profane » des techniques magiques, par exemple agricoles, déjà analysées par Malinowski, ont été notées par E. R. Leach, pour qui la magie permet de résoudre des questions situées au-delà de la capacité technologique d'une société donnée.