En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

ghetto

(vénitien ghetto, de l'hébreu ghet, divorce)

Ghetto de Varsovie
Ghetto de Varsovie

Quartier habité par des communautés juives ou, autrefois, réservé aux Juifs.

C'est d'abord pour sauvegarder leur identité que, dans l'Antiquité, les communautés juives de la diaspora s'isolèrent d'elles-mêmes, au sein des cités. Mais, avec le triomphe du christianisme, cet isolement devint une ségrégation imposée. Celle-ci fut édictée aussi bien en Orient, par les empereurs byzantins, qu'en Occident, où l'interdiction faite aux chrétiens de vivre parmi les Juifs renforça la réclusion de ceux-ci.

1. De l'Antiquité à la Révolution

1.1. À Rome et à Byzance

Dès l'Antiquité, les communautés juives se sont isolées au sein des cités, d'abord pour sauvegarder leur identité. Mais à la liberté dont elles jouissent sous les empereurs païens succède, avec le triomphe du christianisme, la ségrégation imposée : le Code Justinien refuse aux Juifs le jus honorum que leur a accordé Caracalla. Les empereurs byzantins les obligent à résider dans des quartiers spéciaux.

1.2. Au Moyen Âge

En Occident, l'interdiction, souvent renouvelée, aux chrétiens de vivre au milieu des Juifs entraîne semblable réclusion : les quartiers hébraïques sont à l'extrémité des villes ; à Paris, au xiiie siècle, on compte quatre juiveries nettement délimitées.

Dans les pays musulmans, le pacte d'Umar (viie siècle) isole le Juif du fidèle ; le régime privilégié dont les « circoncis » jouissent dans l'Espagne des califes s'effrite avec les progrès de la Reconquista : les juderia de l'Espagne catholique permettront à l'Inquisition de cerner facilement les communautés juives.

1.3. Les Temps modernes

Refoulés, à la fin du Moyen Âge, de l'Europe occidentale où les États s'unifient, les Juifs, attirés par l'Europe orientale, se maintiennent nombreux, à la faveur du morcellement politique en Allemagne (où on les parque dans les Judengassen) et en Italie. Dans ce dernier pays, les quartiers existent depuis longtemps, témoin les Giudaiche des villes du Mezzogiorno et l'Isola Giudecca de Venise ; les Juifs participent alors librement à la vie économique des cités italiennes.

L'influence espagnole, prépondérante dans la péninsule au xve siècle, puis la Contre-Réforme (xvie siècle) font naître une ségrégation tracassière et humiliante ; à Venise (1516), tous les Juifs sont tenus de vivre dans un quartier réservé appelé ghetto ou getto : ce mot vénitien, chargé d'opprobre, s'applique désormais à tous les quartiers de même type, véritables villes closes entourées de murs percés de portes, où, faute de place, de très hautes et malsaines constructions surplombent des rues trop étroites. Des ghettos sont construits à Avignon, où vivent les « Juifs du pape », dans la plupart des villes italiennes, à Rome (1555), Florence (1571), Padoue (1601)... Par exception, et pour des motifs mercantiles, Livourne octroie à sa riche bourgeoisie juive un régime privilégié, encore que certaines rues lui aient été réservées.

Dans toute l'Europe, les ghettos sont des villes fermées : certaines sont spacieuses, tel le ghetto de Vienne, que le rabbin Lippmann Heller, au début du xviie siècle, se fait un mérite d'avoir bâti.

La Révolution française, en ramenant les Juifs au droit commun, contribue puissamment à la transformation des ghettos européens qui, s'ils subsistent, en Europe orientale notamment, perdent leur caractère de cité interdite.

2. Sous l'antisémitisme hitlérien

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les nazis parquent les Juifs d'Europe orientale dans leurs quartiers d'habitation, redevenus des ghettos, coupés par des murailles de tout contact avec l'extérieur, notamment à Vilnius, Kaunas, Cracovie, Lublin, Lwów, Riga, Białystok. Celui de Lódz comprend 170 000 Juifs, celui de Varsovie en a compté plus de 500 000. Transformés en camps de travail, vivant sous un régime communautaire, les ghettos étaient condamnés à disparaître, soit par l'asphyxie progressive due à la surpopulation et à l'insuffisance du ravitaillement, soit par des pogroms et l'évacuation vers les camps de concentration. Réduit à 40 000 habitants, le ghetto de Varsovie se révolte avant d'être détruit pierre par pierre après une héroïque défense, en avril-mai 1943. Un musée a été construit sur ses ruines.

Pour en savoir plus, voir les articles antisémitisme, la Shoah.