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Varsovie

en polonais Warszawa

Varsovie
Varsovie

Capitale de la Pologne, chef-lieu de voïévodie, sur la Vistule.

  • Population : 1 700 612 hab. (recensement de 2011)
  • Nom des habitants : Varsoviens

GÉOGRAPHIE

La ville occupe une position remarquable : étape sur le grand axe de l'Europe du Nord Berlin-Moscou, au franchissement de la Vistule, dont la vallée et celle de son affluent le San forment un couloir de circulation des rivages baltiques vers la mer Noire. À l'intérieur même du territoire polonais, c'est la zone de convergence hydrographique de la cuvette mazovienne, donc aussi des grands courants de circulation. Cette position clé n'a été que tardivement utilisée. Le site initial (fin du xiiie s.) est celui de terrasses étagées en rive gauche de la Vistule, tête de pont pour le franchissement d'une vallée large que la ville domine de quelques dizaines de mètres. Le développement s'est fait parallèlement au fleuve. C'est à la fin du xvie s. que commence l'allongement de la ville vers le S., le long de la « voie royale » qui mène aux résidences et palais (Lazienki, Wilanów). À la fin du xviiie s., Varsovie compte 100 000 habitants. Le xixe s. est marqué par la forte croissance des quartiers ouest, notamment Muranów : un nouvel axe (Marszałkowska) est ouvert, parallèlement à l'axe historique (Nowy Swiat) ; c'est entre les deux que s'installe le cœur commercial de la ville. Les quartiers industriels s'étendent hâtivement en bordure de la Vistule, au pied de la vieille ville, mais surtout en rive droite, à Praga, dans des conditions urbaines déplorables. À la fin du siècle, l'agglomération atteint 500 000 habitants. L'entre-deux-guerres se caractérise par une exceptionnelle croissance spatiale : au N. Zoliborz s'urbanise, au S. Mokotów s'étend, à l'E. Praga progresse rapidement, tandis que se développe un chapelet de petites villes, le long des voies de communication. En 1939, l'agglomération compte 1 300 000 habitants. La destruction systématique de la ville lors de la Seconde Guerre mondiale a conduit à des pertes humaines considérables (600 000 morts) et à une disparition à 85 % des constructions antérieures.

La reconstruction a été très rapidement entreprise, tant pour des raisons symboliques que grâce à une longue réflexion des urbanistes de l'entre-deux-guerres : un développement planifié a été recherché. Les deux directions majeures du tissu urbain ont été renforcées : la circulation ouest-est a été améliorée par le passage en souterrain sous la vieille ville, l'aménagement des croisements d'axes et l'ouverture successive de nouveaux franchissements s'ajoutant aux deux ponts déjà existants. Les communications reposent sur un dense réseau d'autobus et de tramways, complété par un métro. Le centre historique a été méticuleusement reconstitué, avant tout autre quartier, et le coteau de la Vistule a été dégagé pour faire réapparaître la silhouette de la vieille ville. Les bâtiments publics ont été aussi très vite reconstruits dans le style monumental et pompeux du « réalisme socialiste », dont le « meilleur » exemple est le palais de la Culture (don de l'U.R.S.S.), qui domine la ville de ses 234 m. Les quartiers d'habitation ont été réalisés sur la base d'unités résidentielles avec services essentiels, dispensant du recours au centre-ville, et maintenant entre elles de très vastes espaces verts. Cet habitat collectif en grands ensembles, dont la réalisation s'est échelonnée sur plusieurs décennies, témoigne de l'évolution des conceptions et des moyens de l'urbanisme socialiste. À l'échelle de l'agglomération, la tendance a été de redistribuer l'industrie en périphérie.

Si les fonctions politiques, administratives et culturelles sont essentielles et représentent le tiers des emplois, Varsovie est aussi un grand foyer industriel. Les industries d'avant-guerre demeurent (textile, alimentation, bois et dérivés, industries mécaniques), mais elles ont perdu de leur importance et se cantonnent à Wola et Praga. Les industries modernes se sont développées dans les secteurs les plus dynamiques : aciers spéciaux, produits synthétiques, pharmacie, automobile, électronique, optique, produits de précision. Ces industries sont localisées au nord (Mlociny, Zerán) et au sud de la ville (Słuzewiec).

La voïévodie de Varsovie (3 788 km2) coïncide en grande partie avec l'agglomération varsovienne au sens large. Il y subsiste des espaces agricoles, mais hautement spécialisés (horticulture et maraîchage). Les industries chimiques, mécaniques ou électrotechniques dominent dans les villes qui s'alignent au S.-O. sur l'axe ferroviaire menant vers Lódz (Ursus, Piastów, Ozarów, Pruszków, Milanówek, Błonie, Grodzisk) ou vers le N.-E. (Marki, Kobyłka). Ailleurs, les industries sont plus traditionnelles (bois, alimentation), à l'exception de Nowy Dwór (chimie) et Piaseczno (électrotechnique). Deux vastes zones de loisirs existent à proximité même de Varsovie : le parc national de Kampinos, dans le coude de la Vistule, et le long plan d'eau du lac Zegrzynskie (retenue sur les basses vallées de la Narew et du Boug occidental).

L'HISTOIRE DE VARSOVIE

1. Les origines médiévales

Petit village établi sur un coteau dominant la rive gauche de la Vistule, contrôlant de ce fait le pont qui franchit le fleuve, Varsovie est mentionnée en 1289 en tant que centre urbain ; c'est la résidence des ducs de Mazovie, qui y édifient leur château et la soumettent au droit allemand. La ville médiévale est bâtie au milieu de marais, près d'un petit port fluvial et d'un village de pêcheurs. Menacée par l'ordre Teutonique en 1339, elle est épargnée en vertu du compromis négocié en 1343 par le roi de Pologne Casimir III le Grand, à qui elle rend hommage en 1351.

Incendiée en 1431, la Vieille Ville (Stare Miasto) est reconstruite en pierre, et la Nouvelle Ville surgit alors (Nowe Miasto) à l'ouest de la première. Varsovie est bien située – au carrefour de la voie fluviale sud-nord Cracovie-Gdańsk et de la voie terrestre ouest-est reliant l'Allemagne à la Russie – et profite alors de l'essor de la Grande-Pologne : exportations de céréales et, subsidiairement, de bois ; déplacement du centre de gravité du royaume vers le nord. Pourtant, malgré la présence d'une population marchande d'origine allemande très active, la ville ne peut pas rivaliser économiquement avec Poznań, mieux située et moins unidirectionnelle.

2. La capitale du royaume de Pologne indépendant

Varsovie, qui est réunie à la couronne en 1526, après la mort du dernier duc de Mazovie, bénéficie de la conclusion de l'Union polono-lituanienne de Lublin le 1er juillet 1569 (→ union de Lublin). Située au cœur de la « République » nobiliaire, alors instaurée, elle en devient le principal centre politique. À la mort de Sigismond II Auguste en 1572, elle est le siège de la diète dite « de convocation » : décidant que, désormais, tous les nobles prendront part à l'élection du souverain, celle-ci élabore, en outre, la Confédération de Varsovie, paix perpétuelle inter dissidentes de religione, c'est-à-dire entre les protestants et les catholiques, parmi lesquels l'évêque de Warmie, Stanislaus Hosius (Stanisław Hozjusz, 1504-1579), prône l'esprit de la Contre-Réforme. Enfin, l'élection comme roi de Pologne de Sigismond III Vasa (1587-1632) et surtout son avènement au trône de Suède en 1592 entraînent en 1596 le transfert de la capitale à Varsovie, plus proche de la Baltique.

Entre 1621 et 1624, la ville est protégée par de nouvelles fortifications. Elle est pourtant occupée par le roi de Suède, Charles X Gustave, en 1655 ; reconquise par le roi de Pologne Jean II Casimir en 1657, elle est traversée en 1701 par un autre Suédois, Charles XII, en lutte contre Auguste II le Fort, Électeur de Saxe devenu roi de Pologne. Réunissant le Sénat et la noblesse (szlachta), une nouvelle Confédération de Varsovie dépose ce souverain en 1704 et accepte le candidat du roi de Suède, le palatin de Posnanie, Stanislas Ier Leszczyński.

Occupée après Poltava par le tsar de Russie, Pierre le Grand, qui y restaure en 1709 Auguste II, victime de la peste de 1709, Varsovie compte alors moins de 20 000 habitants. Mais elle est favorisée par une forte immigration d'Allemands, de Français et d'Italiens, et bénéficie d'un important flux de capitaux ; elle est en outre le centre du renouveau intellectuel, que marque en 1740 l'ouverture du Collegium nobilium par le père Stanisław Konarski (1700-1773). Elle devient une ville de 80 000 habitants, au sein desquels une active bourgeoisie obtient alors d'importants droits politiques. De nombreux travaux d'urbanisme soulignent d'ailleurs cette réussite sous le règne de Stanislas II Auguste Poniatowski, élu en septembre 1764 dans cette ville occupée une nouvelle fois par l'armée russe.

Celle-ci y revient en 1792 pour imposer la dictature de Stanisław Szczesny Potocki (1751-1805), destinée à briser la révolution urbaine inaugurée en 1789 par le président de la ville, Jan Dekert (1738-1790), qui y avait réuni les délégués de 141 cités royales et autorisé la « procession noire » des bourgeois de la capitale. En réalité, cette occupation est le prélude au deuxième partage de la Pologne de 1793. Chassant en deux jours la garnison russe (17-18 avril 1794), l'insurrection de Varsovie est prise en main par Kościuszko, qui résiste pendant un mois et demi aux Russes et aux Prussiens. Mais, après la défaite de Maciejowice le 10 octobre, la ville tombe entre les mains des Russes, qui détruisent le faubourg de Praga le 4 novembre 1794.

3. Sous l'occupation étrangère (1794-1918)

Remise en 1795 aux Prussiens en vertu du troisième partage de la Pologne, capitale du grand-duché de Varsovie, créé le 7 juillet 1807, la ville devient en outre, le 22 juillet, le chef-lieu de l'un des six départements du nouvel État et est dotée à ce titre d'une cour d'appel. Elle est occupée temporairement par les Autrichiens le 19 avril 1809 ; bientôt libérée par Jan Henryk Dabrowski (1755-1818), elle est reconquise en février 1813 par les Russes, qui en font la capitale du nouveau royaume de Pologne.

Résidence du vice-roi (le grand-duc Constantin), qui représente, au palais du Belvédère, le souverain (le tsar de Russie) en vertu des conventions du 3 mai 1815, elle connaît un important essor industriel à partir de 1817 (métallurgie, draperie, lin), essor soutenu, à partir de 1828, par la banque de Pologne, alors fondée dans cette ville. Mais sa population supporte impatiemment la présence russe.

La Société des amis des sciences de Varsovie, créée en 1800 par Tadeusz Czacki (1765-1813), la Maison d'éducation, constituée au temps du grand-duché, enfin l'université et l'École polytechnique, fondées respectivement en 1816 et en 1825, font de Varsovie le grand centre de la vie intellectuelle polonaise et donc de l'opposition à l'occupant russe. Stimulée par la condamnation, le 30 juin 1828, des membres de la Société nationale patriotique, qui ont soutenu en 1825 la conspiration des décabristes, cette opposition est le fait surtout des militaires et encore plus des universitaires, qui s'unissent en décembre 1828 pour la défense de la Constitution à l'initiative de Piotr Wysocki (1797-1874), instructeur à l'École des enseignes d'infanterie de Varsovie. Le couronnement, dans cette ville, de Nicolas Ier comme roi de Pologne le 24 mai 1829 n'arrête pas l'action révolutionnaire : le soulèvement du 29 novembre 1830 a pour objet d'empêcher une utilisation éventuelle de l'armée polonaise contre la monarchie de Juillet, fille de la révolution de 1830. Siège du gouvernement provisoire, puis du gouvernement national, constitué le 30 janvier 1831, acceptant dès le 5 décembre 1830 le régime dictatorial du général Józef Chłopicki (1771-1854), qui brise à Grochów, aux portes de la capitale, l'assaut des Russes le 25 février 1831, Varsovie est menacée dès juillet par les forces russes. La Société patriotique, fondée en décembre 1830 par les rouges, s'oppose alors au gouvernement national, qui doit se retirer le 17 août 1831 au profit du général Jan Krukowecki (1772-1850), nommé dès le 15 gouverneur de la capitale par les émeutiers, qui ont massacré les détenus soupçonnés d'espionnage. Mais, attaquée le 6 septembre, la ville capitule dans la nuit du 7 et est réoccupée le 8 au matin par les Russes, dont l'action explique la célèbre déclaration du comte Sebastiani de la Porta à la Chambre des députés le 16 : « L'ordre règne à Varsovie. » En fait, celui-ci est durement maintenu par le vainqueur, le général Ivan Fedorovitch Paskevitch, nommé en 1832 gouverneur du royaume et prince de Varsovie. L'université est fermée dès le 9 novembre 1831, la Société des amis des sciences est dissoute le 6 avril 1832, et la Bibliothèque publique est dépouillée de 150 000 volumes ; Nicolas Ier fait ériger la citadelle (1832-1834) pour prévenir une nouvelle insurrection dans la capitale.

En partie pour apaiser l'ardeur nationaliste des étudiants de l'école des beaux-arts et de l'Académie de médecine, fondées respectivement en 1844 et en 1857, Alexandre II annonce le 23 mai 1856 à Varsovie sa volonté de maintenir l'ordre établi par son père et il y reçoit en octobre 1860 François-Joseph Ier d'Autriche et le prince Guillaume, régent de Prusse, provoquant des incidents d'abord sans gravité. Mais, le 25 février 1861, une procession est organisée pour célébrer l'anniversaire de la bataille de Grabów, suivie le 27 par une manifestation, au cours de laquelle cinq polonais sont tués. A. M. Gortchakov doit accepter la création d'une Délégation civique, qu'Aleksander Wielopolski (1803-1877) dissout le 4 avril suivant. La Société agricole subit le même sort le 6 avril. Manifestant sur la place du château (Zamek) le 8, deux cents Varsoviens sont tués, plusieurs milliers sont blessés et leur ville est mise en état de siège.

Un moment apaisés par le rétablissement de l'université de Varsovie sous le nom d'École centrale en octobre 1862, les habitants se révoltent dans la nuit du 22 au 23 janvier 1863 à la suite de l'arrestation de nombreuses jeunes recrues polonaises dans les maisons de la capitale dans la nuit du 14 au 15. La répression s'abat impitoyablement. Le chef des insurgés, Romuald Traugutt (1826-1864), est exécuté le 5 août 1864 sur les glacis de la citadelle ; en 1869, l'université est russifiée, puis une cathédrale orthodoxe est édifiée au cœur de la capitale.

Favorisé par la jonction des réseaux ferroviaires européens, à écartement normal à l'ouest et à écartement large à l'est, l'essor industriel de Varsovie entraîne une forte progression de sa population (276 000 habitants en 1872 ; 797 300 en 1911).

Varsovie participe activement à la révolution de 1905-1907. Des grèves ouvrières et scolaires éclatent dès janvier 1905, et des réformes constitutionnelles, qui permettent un certain réveil de la vie intellectuelle, sont consenties. Siège d'un Comité national constitué en 1914, Varsovie est occupée le 5 août 1915 par les Allemands, qui y établissent Hans Hartwig von Beseler (1850-1921) comme gouverneur général. L'Allemagne, qui polonise l'université et procède le 12 septembre 1917 à l'établissement d'un Conseil de régence, accepte l'installation de Piłsudski à Varsovie le 10 novembre 1918.

4. La capitale de la république de Pologne depuis 1918

Varsovie, redevenue le 28 novembre 1918 la capitale de la Pologne indépendante, est menacée en août 1920 par l'Armée rouge de Toukhatchevski, mais elle est dégagée par la contre-offensive de Piłsudski des 16-18 août, conseillé par le général français Maxime Weygand. La ville devient, grâce à ses fonctions commerciales, culturelles et politiques, qui s'ajoutent au rôle industriel, une des grandes capitales de l'Europe orientale : elle dépasse nettement le million d'habitants.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Varsovie subit d'énormes destructions à trois reprises. En septembre 1939, ce sont de sévères bombardements et des combats autour de la ville et dans la ville même, que les Allemands occupent le 27. Ceux-ci rassemblent alors les 400 000 Juifs de la ville dans un ghetto ; 300 000 d'entre eux sont déportés.

En avril-mai 1943, le ghetto, qui s'est révolté, est détruit par les nazis, et les Juifs qui y sont parqués sont exterminés. Le 1er août 1944 éclate l'insurrection, commandée par le général Tadeusz Komorowski (1895-1966) dit « le général Bór », qui s'achève le 2 octobre et entraîne l'évacuation forcée de la ville et sa destruction systématique par des commandos spécialisés. Varsovie est libérée le 17 janvier 1945 par les forces polono-soviétiques, qui y transfèrent le Comité national de Lublin immédiatement érigé en gouvernement provisoire.

La reconstruction est entreprise dès 1945, respectant scrupuleusement dans le centre historique l'ancienne trame du tissu urbain et le style des bâtiments.

Pour en savoir plus, voir l'article Pologne : histoire.

L'ART À VARSOVIE

Ravagée par les Suédois (1655 et 1701), délaissée et enlaidie par les Russes (1815-1918), quasi rasée par les Allemands (1939-1945), Varsovie renaît chaque fois, car elle incarne l'esprit d'un peuple qui n'a jamais accepté de mourir.

Un symbole de cette vitalité est le Palais royal (Zamek). Édifice attesté dès le début du xive s., il n'a cessé d'être remanié, restauré, agrandi, rebâti. Les Allemands l'ont fait sauter ; en dépit de tout, on l'a rebâti – à partir du sol. Quant à la cathédrale Saint-Jean, qui n'était plus en 1945 qu'un monticule de débris, on l'a aussi refaite complètement.

Finalement, ce qui reste de plus significatif pour cette période ancienne, c'est, relevée de sa chute, la colonne de Sigismond III (1644), œuvre d'artistes italiens interprètes du triomphalisme royal, le palais Radziwiłł (actuellement Conseil des ministres), bâti à la même époque par Costantino Tencalla, et surtout l'étonnante Vieille Ville (Stare Miasto), entourée d'une ceinture de remparts (Barbacane, milieu du xive s.), entièrement reconstruite avec autant de fidélité que d'amour. Ses maisons à porches, aux façades peintes et décorées de graffiti, aux caves profondes, à la lourde opulence, donnent une image attachante de cette ville parcourue de courants italiens et germaniques. Et c'est dans la banlieue, au château de Wilanów, que Jean III Sobieski avait fait construire de 1677 à 1694 par son architecte, l'Italien Agostino Locci, que l'on trouve l'image la mieux conservée du cosmopolitisme varsovien de cette époque : Polonais, Italiens, Français, Allemands y ont travaillé également ; ce château abrite maintenant une intéressante collection de portraits nationaux.

Cependant, c'est du xviie s. finissant au début du xixe s. que s'est vraiment formé le visage de la ville. La rue du Faubourg-de-Cracovie (Krakowskie przedmieście) et ses alentours immédiats sont bordés d'églises et de palais : le palais Krasiński et l'église du Saint-Sacrement, construits sur des projets du Hollandais Tylman z Gameren (ou Tijlman Van Gameren, 1632-1706), remontent à la fin du xviie s.

La seconde moitié du xviiie s. – rococo, puis néoclassicisme – a particulièrement marqué Varsovie : d'abord sous les rois saxons et leur ministre Heinrich von Brühl (1700-1763) ; ensuite sous Auguste II. Aux premiers, on devait l'énorme palais de Saxe – dont il ne reste qu'un noble jardin – et surtout le palais Brühl, charmant reflet du style de Dresde, dont il ne reste rien. Subsistent l'ancien palais Potocki (aujourd'hui ministère de la Culture et des Arts) et un gracieux bijou, l'église des Visitandines, terminée vers 1760 par Francesco Placidi (vers 1700-1782) et Efraim Schroeger (1727-1783).

Comme si, après le drame des partages, elle avait voulu se reforger une âme spartiate, Varsovie a sacrifié résolument à la mode néoclassique. Déjà la façade de l'église des Carmes et celle de Sainte-Anne (par Peter Aigner, 1788) attestent ce goût de la sévérité, qu'accentue encore la rotonde de Saint-Alexandre (1818-1825). Cela est confirmé par les constructions d'Antonio Corazzi (1792-1877) au palais Staszic (1820-1823) et surtout au Grand Théâtre (1825-1833) ; ici le style s'alourdit quelque peu, mais le froid Thorvaldsen s'y trouve bien.

De cette période charnière de l'histoire de la Pologne, rien ne rend mieux compte que le petit ensemble des « Bains » (Łazienki, « Palais sur l'eau », 1775-1784), legs magnifique de Stanislas II Auguste à son royaume perdu. Dans le parc, des constructions comme l'Ancienne et la Nouvelle Orangerie ou la Maison Blanche sont de délicates reliques, et le palais lui-même, entièrement refait, est le témoin d'un style caractéristique, qui n'est plus le style Louis XVI et qui n'est pas encore le style Empire ; Domenico Merlini (1730-1797), Jan Chrystian Kamsetzer (1753-1795), Marcello Bacciarelli (1731-1818), André Lebrun (1737-1811) ont travaillé à ce joyau discret, plus précieux que le froid Belvédère, son voisin.

Le xixe s. industriel a été cruel à Varsovie, et plus encore le xxe s. (église du Sauveur, palais de la Culture et de la Science). Mais il faut rendre hommage aux architectes polonais d'après 1945 pour avoir réhabilité le site de la falaise sur la Vistule et rendu un corps à leur ville meurtrie.

Le Musée historique de Varsovie occupe une série de maisons de la place du Marché. L'ancien arsenal, remontant au xviie s., abrite le Musée archéologique. Le Musée national, dans un édifice de l'entre-deux-guerres, est le plus important musée de Pologne : art antique (fresques coptes) ; art médiéval (sculptures, retables) ; galerie de peinture européenne ; art polonais du xvie au xxe s. ; arts décoratifs.