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IIIe Internationale ou Internationale communiste (IC) ou Komintern

(abréviation de son nom russe)

Dimitri Moor, Vive la IIIe Internationale !
Dimitri Moor, Vive la IIIe Internationale !

1. Naissance

À l'origine de l'Internationale communiste, se trouvent les bolcheviks russes et en particulier Lénine qui, dès 1915, a proclamé « la faillite de la IIe Internationale ». Le congrès constitutif de mars 1919 rassemble 54 participants de 21 pays, dont seuls les délégués du parti communiste de Russie (bolchevik) et du parti communiste allemand représentent une force réelle dans leur pays. Il s'agit de fonder dans chaque pays un parti révolutionnaire de type nouveau, le parti communiste, à partir des minorités et même, comme en Norvège, en Suède et en Italie pour un temps, des majorités des partis socialistes. Mais la perspective des adhésions de cette seconde sorte fait craindre aux dirigeants de l'IC que celle-ci ne soit « diluée par l'apport d'éléments hésitants et indécis qui ne sont pas encore définitivement libérés de l'idéologie de la IIe Internationale ».

2. Les vingt et une conditions d'adhésion

C'est pourquoi le IIe Congrès (juillet-août 1920) pose vingt et une conditions pour l'adhésion à l'IC. Il est précisé en particulier que les partis adhérents doivent changer leur nom en celui de parti communiste, s'épurer « des éléments petits-bourgeois » et adopter « le centralisme démocratique » ; ils doivent développer – y compris clandestinement dans l'armée et parmi les paysans –, une propagande communiste ; ils doivent enfin se conformer aux décisions de la IIIe Internationale, obligatoires pour eux, « apporter aide et secours » aux républiques soviétiques et soutenir « par des faits les mouvements libérateurs des colonies ».

Sur cette base vont se constituer plusieurs dizaines de partis communistes. En 1928, 65 partis et organisations sont convoqués au VIe Congrès de l'IC, 76 au VIIe Congrès de 1935.

3. Organisation

À la différence des précédentes Internationales, l'IC n'est pas une fédération de partis, mais elle unit les partis communistes en « un parti mondial », le but étant de fonder une « Union mondiale des républiques socialistes des soviets ». Les partis adhérents sont autant de « sections » de l'Internationale dont la direction fonctionne comme « l'état-major de la révolution mondiale ».

L'« organe suprême » de l'IC est le congrès mondial, qui doit se réunir tous les deux ans (en fait, il se réunira sept fois en 24 ans). Dans l'intervalle des congrès, un Comité exécutif dirige l'organisation. Il élit lui-même un présidium, un bureau d'organisation et un secrétariat. En 1926, ces deux derniers organismes fusionnent en un secrétariat politique. Entre les congrès se réunit le plénum élargi du Comité exécutif et les représentants des sections nationales. Tous ces organismes siègent à Moscou.

Tous les partis possèdent des représentants permanents auprès du Comité exécutif et, en retour, l'Internationale envoie auprès de ses sections nationales des délégués aux pouvoirs étendus. De plus, l'IC possède des bureaux à Kiev, à Stockholm, à Vienne, à Amsterdam et surtout à Berlin, où siège, de 1927 à 1933, un Bureau pour l'Europe occidentale. Enfin, il existe à Moscou des écoles de l'Internationale pour les cadres des partis communistes du monde entier. L'Internationale édite un périodique en quatre langues, l'Internationale communiste, qui devient ensuite la Correspondance internationale. On estime à un peu plus de 700 le nombre des kominterniens, délégués aux congrès et membres des services de l'IC.

4. L'état-major kominternien

Si Lénine prend part directement aux premiers travaux de l'Internationale, la présence physique de Staline est beaucoup plus discrète, inversement proportionnelle à son influence réelle à partir de 1924-1926. Trotski joue un rôle important lors des premiers congrès. Mais les kominterniens les plus en vue sont Zinoviev, président de l'Internationale de 1919 à 1926, Boukharine, également président de 1926 à 1928, le Bulgare Georgi Dimitrov, secrétaire général de 1935 à 1943, Iossif Piatnitski, membre du secrétariat de 1928 à 1935, Dmitri Manouilski, également membre du secrétariat de 1928 à 1943 et proche de Staline, et le Finlandais Otto Kuusinen, au secrétariat de 1921 à 1939.

5. La période Lénine : divergences et débats

Du vivant de Lénine, les débats au sein des organismes dirigeants sont réels et diverses tendances divisent alors l'Internationale.

À gauche, plusieurs dirigeants des partis d'Allemagne, de Grande-Bretagne et d'Italie se montrent enclins à l'action directe. C'est contre eux que Lénine écrit, en 1920, la Maladie infantile du communisme : le gauchisme. Sous son influence et en tenant compte de l'évolution défavorable de la situation internationale pour les mouvements révolutionnaires (échec des révolutions en Europe), le IIIe Congrès de l'IC (juin-juilllet 1921) lance le mot d'ordre « Allez aux masses », que le Ier plénum du Comité exécutif du 18 décembre 1921 précise, en déclarant qu'il s'agit de constituer un « front unique prolétarien » avec les sociaux-démocrates, les anarchistes, les syndicalistes et même les adhérents aux syndicats chrétiens et libéraux, non plus pour la révolution mondiale mais pour « conquérir plus de pain et de paix » (appel du 1er janvier 1922). Ce mot d'ordre suscite une vive résistance de la part des partis espagnol, français et italien.

Le IVe Congrès (novembre-décembre 1922) reprend le mot d'ordre de « front unique », envisageant la formation de gouvernements avec les sociaux-démocrates, et propose pour les pays colonisés un « front unique anti-impérialiste » avec la paysannerie et la bourgeoisie nationales. Dès 1923, en Chine, le délégué de l'IC pousse le particommuniste à intégrer le Guomindang.

En janvier 1924, le bureau du Comité exécutif donne un sens nouveau au « front unique prolétarien » en considérant que celui-ci doit être réalisé uniquement à la base sans contact avec les dirigeants socialistes.

6. La bolchevisation

Le Ve Congrès (juin-juilllet 1924) décide la « bolchevisation », ce qui signifie l'adoption intégrale du centralisme démocratique, la disparition des tendances, la constitution d'un noyau de dirigeants permanents et l'organisation sur la base de cellules d'entreprise. La « bolchevisation » permet d'ancrer les partis communistes dans le monde ouvrier et de former des équipes stables de dirigeants. Ces mesures de réorganisation sont prises à un moment où les luttes de factions deviennent aiguës au sein du parti communiste de l'URSS, qui joue un rôle essentiel dans l'IC. Ainsi l'épuration frappe-t-elle dans tous les partis communistes les trotskistes (1925-1926), les partisans de Zinoviev (1926-1928), puis les amis de Boukharine après 1928.

7. Le poids de Staline

Le poids de Staline au sein du parti communiste de l'URSS comme de l'IC est désormais prépondérant et l'intransigeance à l'égard des socialistes ne fait que croître. Le VIe Congrès (juillet-septembre 1928) adopte la thèse « classe contre classe », qui prône des alliances sans compromis, et la tâche principale des communistes est de « défendre par tous les moyens l'URSS, « seule patrie » du prolétariat international.

À partir de 1928, les communistes chinois contrôlent militairement une partie de leur pays. Cependant, l'avènement de l'hitlérisme en Allemagne (30 janvier 1933), la poussée des mouvements fascistes en Europe provoquent un tournant au sein du mouvement communiste international : le parti communiste français (PCF), le premier, s'engage dans la voie d'un Front populaire, initiative que l'IC approuve (et qu'elle a partiellement inspirée par l'intermédiaire de son délégué, E. Fried, à Paris) et étend ensuite à ses autres sections d'Espagne, d'Italie, etc.

Lors de la guerre civile espagnole (1936-1939), l'IC est à l'origine de la constitution des Brigades internationales et cherche, en vain, à développer des actions communes avec l'Internationale ouvrière socialiste (IOS). À la même époque, les purges staliniennes atteignent les cadres dirigeants de l'Internationale, dont certains sont exécutés.

8. La Seconde Guerre mondiale et la dissolution de l'IC

Après la signature, en août 1939, du pacte germano-soviétique, le Comité exécutif de l'Internationale définit la guerre comme une « guerre injuste, réactionnaire, impérialiste » des deux côtés. Mais cette orientation est remise en question après l'attaque hitlérienne contre l'URSS en juin 1941. L'accent est alors mis sur la résistance aux nazis et sur la constitution de fronts nationaux, voie dans laquelle certains partis communistes s'étaient déjà engagés. Pour faciliter la formation de ces fronts, l'IC est dissoute le 15 mai 1943.

Pour en savoir plus, voir les articles communisme, socialisme.