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Cluny (71250)

Cluny III, l'abbatiale
Cluny III, l'abbatiale

Chef-lieu de canton de Saône-et-Loire, en bordure des monts du Mâconnais.

  • Population : 4 957 hab. (recensement de 2010)
  • Nom des habitants : Clunisois

Pôle touristique autour de l'abbaye à laquelle la ville doit son origine, Cluny est le siège de la communauté de communes du Clunisois qui regroupe 25 communes. À côté d'activités industrielles (emballages, menuiserie), la commune est tournée vers l'hippisme, avec un haras national et un hippodrome et vers l'enseignement supérieur, avec l'École Nationale Supérieure des Arts et Métiers. Elle conserve plusieurs maisons romanes ou gothiques. Musée Ochier dans un hôtel du xve s..

L'abbaye de Cluny occupe une place centrale dans l'histoire monastique, foyer spirituel, intellectuel et artistique d'une des plus florissantes branches de l'ordre bénédictin. Fondée en 910, elle célèbre en 2010 le 1100ème anniversaire de sa fondation. Les manifestations ont débuté en septembre 2009, dans le Jura, d'où est parti le moine Bernon, premier abbé de Cluny et par l'inauguration de l'exposition « Des moines aux ingénieurs, les écoles de Cluny » illustrant la place de l'enseignement tout au long de l'histoire de l'abbaye.

En 2010, le Centre des monuments nationaux a réuni et présente dans plusieurs salles de l'abbaye plus d'une centaine d'œuvres d'art médiévales, notamment des sculptures, des mosaïques, des pièces d'orfèvrerie et des manuscrits enluminés. Par ailleurs, une exposition « Des pierres et des hommes » a pour thème la sculpture civile du xie s. au xive s. dans le clunisois.

Parallèlement dans le cadre de sa série Europa, la Monnaie de Paris édite une série de pièces d'or et d'argent, en commémoration des 1 100 ans de l'abbaye.

L'Abbaye de Cluny est à la tête du réseau clunisien, grand itinéraire culturel du Conseil de l'Europe, qui regroupe plus de 140 sites, en France, au Royaume-Uni, en Belgique, en Allemagne, en Suisse, en Espagne, au Portugal et en Italie.

L'art de Cluny

Entre 1798 et 1823, l'abbaye de Cluny, vendue comme bien national, fut en grande partie détruite. Il en subsiste les bâtiments conventuels du xviiie s., le farinier du xiiie s., qui abrite le musée lapidaire et les objets provenant des fouilles de Kenneth John Conant, des tours d'enceinte et le croisillon sud du grand transept de l'abbatiale, dite « Cluny III ».

Cluny I et Cluny II

La première église, élevée à la fondation de l'abbaye, était très modeste.

Saint Maïeul, abbé de 948 à 994, fit élever une nouvelle église de grandes dimensions, Cluny II. Elle était probablement voûtée, avec un chevet très développé : un chœur flanqué de collatéraux et d'annexes de profondeur décroissante ; ce plan en échelon a été très vite imité de la Suisse à la Normandie (Romainmôtier, Chapaize, Bernay). Un narthex, sorte d'église antérieure, fut ajouté à l'ouest de la façade. Cette église persista jusqu'au xviie s.

Cluny III

L'architecture du bâtiment

Quand elle fut devenue trop petite pour le nombre croissant de moines, saint Hugues, lui adjoignit, à partir de 1088, Cluny III, qui constitue le plus vaste édifice religieux de l'Occident médiéval. La construction dura jusque vers 1132, le pape Innocent II ayant célébré la dédicace solennelle le 25 octobre 1130.

Dédiée à saint Pierre et à saint Paul, l'église mesurait 171 mètres de long, narthex compris. La voute de la nef s'élevait à 30 mètres de haut. Le chevet à déambulatoire et à cinq chapelles rayonnantes était précédé de deux transepts flanqués de chapelles et séparés l'un de l'autre par un chœur. À l'ouest du grand transept, le plus occidental, s'allongeait la nef de onze travées à bas-côtés doubles. Toute l'église était voûtée.

Quatre clochers couronnaient les croisées des transepts et les deux bras du grand transept. Il en reste un, octogonal, celui de « l'Eau bénite », au-dessus du croisillon sud.

L'élévation intérieure était à trois étages : grandes arcades, arcatures aveugles ou faux-triforium et fenêtres hautes. L'arc brisé régnait dans les voûtes en berceau et aux grandes arcades. Le décor (peinture, sculpture, mobilier) était d'une grande richesse.

Les sculptures

Il subsiste une partie du décor sculpté, pilastres cannelés et chapiteaux à feuilles d'acanthe du transept, fragments du portail ouest, qui avait un tympan orné du Christ en majesté entre les symboles des évangélistes, et surtout chapiteaux figurés des colonnes du rond-point de l'abside, qui représentent les tons de la musique, les fleuves et la flore du paradis terrestre, les saisons et les vertus cardinales. La date de ces chapiteaux, antérieure ou postérieure à la consécration de l'autel majeur par Urbain II, en 1095, fait l'objet de discussions.

Les peintures

Les ateliers de peinture ne nous sont plus connus que par des descriptions du décor de l'abbatiale, par quelques manuscrits et par les peintures murales de Berzé-la-Ville, qui fut, à quelques kilomètres de Cluny, la demeure campagnarde de saint Hugues. La chapelle haute de Berzé-la-Ville conserve un chœur et une abside ornés de peintures sur fond bleu, qui révèlent d'une part, une connaissance certaine d'ateliers italo-byzantins et d'autre part, une parenté dans le dessin, au moins pour le Christ en majesté de l'abside, avec des tympans romans de Bourgogne, tel celui d'Autun. La date de ces peintures est discutée, parfois fixée vers 1100, parfois repoussée jusque vers 1150.

Le rayonnement artistique

L'art de Cluny III rayonna à travers la Bourgogne romane, à Paray-le-Monial et à Autun notamment. Son rôle dans l'évolution de l'architecture et de la sculpture monumentale romane fut considérable, même si on refuse les datations les plus précoces. Son usage de l'arc brisé, du décor à l'antique (pilastres, acanthes), le verticalisme et l'ampleur de son architecture eurent des répercussions sur l'art gothique, tandis que son plan à double transept se perpétuait dans les cathédrales anglaises.

L'histoire de Cluny

Les origines

Par-delà près de cent ans de dévastations normandes et d'ingérences séculières dans le gouvernement des monastères, Cluny se relie à la réforme carolingienne de Benoît d'Aniane (v. 750-821), premier unificateur du monachisme d'Occident autour de la règle de saint Benoît (capitulaire monastique de 817, puis Concordia regularum).

La filiation est même directe, puisque les premiers moines de Cluny et leur abbé Bernon, originaires de Baume-les-Messieurs, venaient de Saint-Martin d'Autun, restauré, par Saint-Savin-sur-Gartempe, fondation de Benoît d'Aniane.

Mais sortent du même fonds les autres mouvements réformateurs, qui ne manquent pas en ce xe s. : en Bourgogne, Saint-Bénigne de Dijon ; en Lotharingie, Brogne près de Namur, Gorze près de Metz, Saint-Vanne de Verdun et Stavelot ; dans l'Ouest, Jumièges, Saint-Evroult et Fleury, sur la Loire. Comme, au surplus, tous ces monastères, même s'ils ne sont pas liés juridiquement, ne sont pas sans se connaître et s'apprécier, le jeu mutuel des influences est fort complexe. Si donc elle n'est pas isolée, d'où vient que la réforme clunisienne prédomine si massivement ? On a fait valoir certains atouts, réels sans doute, mais non décisifs : le lieu, la charte de fondation, une succession de grands abbés, l'organisation.

Le lieu

La paisible vallée de la Grosne est assez à l'écart de la grande voie de communication Saône-Rhône pour préserver la vie contemplative. Mais, en même temps, c'est une sorte de centre géographique entre la France des premiers Capétiens et l'Empire germanique (venant alors jusqu'au bord de la Saône), entre la Bourgogne et les pays rhodaniens et italiens ; sans compter que, par l'Auvergne et l'Aquitaine, on communique avec l'Espagne et les routes de pèlerinages à Saint-Jacques-de-Compostelle. Les relations et la propagation même du mouvement clunisien suivront ces grands axes.

La charte de fondation

Datée de septembre 910 (ou, suivant d'autres calculs, de 909 ou de 911), cette charte, octroyée aux moines bénédictins par le propriétaire du lieu, Guillaume d'Aquitaine (Guillaume Ier le Pieux), comporte une clause essentielle : que le monastère serait « exempt », donc libre des ingérences épiscopales, seigneuriales ou royales, notamment dans l'élection de l'abbé. Ce n'est pas un petit privilège à l'époque où l'abus de la « commende », qui va se maintenir jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, fait des riches abbayes la proie des « clients » du pouvoir.

Placer Cluny sous la seule dépendance du pontife romain, c'est lui assurer une juste liberté, le pape étant assez lointain et haut placé pour garantir plutôt qu'entraver son autonomie. Cluny s'engage en revanche à soutenir le gouvernement papal, et l'abbaye ne faillira pas à ce devoir lors de la querelle des Investitures, comme plus tard, lors du schisme d'Anaclet, quand Cluny prendra parti pour Innocent II avant que saint Bernard ne s'y rallie.

Une succession de grands abbés

Le premier abbé de Cluny, Bernon (910-927), cède la place à saint Odon (927-942), avec lequel commence le rayonnement clunisien, de Romainmôtier à Limoges, Fleury et Sens. L'abbatiat d'Aymard (942-965) consolide l'œuvre de ses prédécesseurs et l'étend largement (278 chartes de donations).

Puis viennent les trois grands abbés : saint Maïeul, d'abord adjoint (948-994), saint Odilon (994-1049) et saint Hugues (1049-1109). La palinodie de Pons de Melgueil (1109-1122) se démettant de sa charge pour la revendiquer ensuite compromet un prestige universel que retrouve, en des conditions rendues plus difficiles, intérieurement et extérieurement, son successeur, Pierre de Montboissier (1122-1156), qui mérite bien son surnom de « Vénérable ».

Étant donné le rôle capital donné par la règle de saint Benoît à l'abbé : « il tient dans le monastère la place du Christ » et son élection à vie, si caractéristique du monachisme, par opposition à tous les supériorats temporaires des instituts religieux plus récents, cette succession presque ininterrompue de longs abbatiats, durant plus de deux siècles constitue un atout majeur.

Mais plus encore a joué la grandeur morale et humaine de ces abbés, comme en témoigne le pape Grégoire VII en plein concile : « Nul autre monastère ne l'égale, car il n'y a pas eu à Cluny un seul de ses abbés qui n'ait été un saint ».

L'organisation

À la mort de saint Hugues (1109), l'ordre est à son apogée avec 1184 maisons, dont 883 en France, 99 en Allemagne et en Suisse, 54 en Lombardie, 31 en Espagne, 44 en Angleterre. La tendance est nettement centralisatrice. Toutefois, l'esprit d'autonomie, fondamental dans la règle de saint Benoît, ne saurait perdre ses droits. Aussi, à côté des « maisons dépendantes », dont le supérieur est nommé et contrôlé par l'abbé de Cluny, il y a place pour des maisons seulement « subordonnées », soit qu'il s'agisse d'abbayes anciennes ralliées à Cluny, soit des « cinq filles » principales de la maison mère : Souvigny, Sauxillanges, La Charité-sur-Loire, Saint-Martin-des-Champs (à Paris), et Lewes (Angleterre). En ce temps de féodalité, la dépendance est d'ailleurs moins institutionnelle que personnelle envers l'abbé de Cluny. Son rayonnement spirituel, plus encore que ses droits, assure son autorité.

Une longue survie

L'évolution intellectuelle (essor de la scolastique) ou économique, non moins que les causes plus internes, enlève à Cluny dès le milieu du xiie s. son rôle de premier plan. Malgré les sages dispositions de Pierre le Vénérable et les efforts des papes du xiiie s. pour la réforme de l'ordre, il « s'efface » désormais, devant les Cisterciens d'abord, puis devant les jeunes ordres : ordres mendiants du xiiie s., Jésuites au xvie s., voire mauristes au xviie s.

Ni Louis de Lorraine (1612-1621), ni Richelieu (1635-1642), ni Mazarin (1654-1661) ne pourront changer cet état de choses, qu'une division dans les observances vient encore compliquer. L'ordre disparaîtra durant la tourmente révolutionnaire. Curieusement, c'est une communauté protestante, Taizé, qui, après la guerre, fera de nouveau rayonner sur le monde entier l'esprit monastique depuis la vallée de la Grosne.

L'esprit de Cluny

On a retenu surtout la magnificence des offices liturgiques, chantés par 200 à 300 moines, et leur longueur aussi (jusqu'à 138 psaumes par jour, alors que la règle répartit le recueil de 150 psaumes sur la semaine). Une si écrasante primauté devient au contraire exaltante si elle permet l'expression laudative d'une spiritualité où toute réalité – que ce soit la nature, l'histoire, le corps ou la condition humaine tout entière – apparaît comme signe de la présence et de l'action d'un Dieu aimant qui nous ramène à lui. L'en remercier indéfiniment devient un besoin et une satisfaction.

Cette pensée – rarement développée, car les moines de Cluny, qui témoignent de tant de culture dans la moindre lettre, ont laissé relativement peu d'écrits – n'en perce pas moins en toute occasion, que ce soit dans les sermons de saint Odilon, le testament de saint Hugues ou les statuts de Pierre le Vénérable.

Elle est également à la source du symbolisme de l'iconographie et de l'architecture même, dont la basilique de saint Hugues (Cluny III), malheureusement presque entièrement démolie sous la Restauration, devait constituer le plus impressionnant monument.

L'influence politique de Cluny, difficile à déterminer, n'en paraît pas moins indéniable : les moines, loin de jouer aux stratèges et aux diplomates, se montrent assez désintéressés pour que les premiers Capétiens s'appuient sur eux dans la consolidation de leur pouvoir, que l'empereur use de leur médiation dans la querelle des Investitures (Hugues est à Canossa, où il intercède pour Henri IV auprès de Grégoire VII, moine de Cluny).

Sans être spécialistes de rien, ni de philosophie, ni de littérature, ni de politique, ni même de technique contemplative, les moines se trouvent mêlés à tous les drames du temps : d'abord à ceux de la misère (une livre de viande est une fois distribuée à chacun des 7 000 pauvres, un premier dimanche de carême, sous saint Hugues), mais non moins réellement à celui de l'inculture religieuse ; en face de l'aristocratisme de la spiritualité cistercienne, réservée à une élite, c'était l'art, soi disant luxueux, de Cluny, qui comblait la foi du pauvre.

Toute cette « miséricorde », pour laquelle Cluny a été expressément créée, est manifeste dans les efforts de Saint Odilon pour généraliser la « trêve de Dieu », destinée à endiguer les guerres endémiques, dans l'institution du jour des morts, le 2 novembre, si bien accordée à la religion populaire, comme dans l'admirable accueil que Pierre le Vénérable réserve à Pierre Abélard, condamné en 1140.