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Joseph Mallord William Turner

William Turner, Pluie, vapeur, vitesse
William Turner, Pluie, vapeur, vitesse

Peintre britannique (Londres 1775-Londres 1851).

Créateur d'effets de lumière et de couleur qui mettent somptueusement en scène les éléments naturels, William Turner fut le plus grand paysagiste et le plus grand aquarelliste de l'école anglaise de peinture. Tour à tour empreint de classicisme et de romantisme, son style évolua finalement vers l'abstraction.

1. Le paysage magnifié

Fils d'un modeste barbier-perruquier londonien, le jeune Turner suit les cours de peinture de la Royal Academy (1789-1793) et s'initie à l'aquarelle, dont il deviendra un maître ; en étudiant les variations atmosphériques, il découvre les raffinements du coloris. Très tôt, il adopte aussi la peinture à l'huile (Matin dans les rochers de Coniston, Cumberland, 1798). Son but est double : dépasser les paysagistes qui le précèdent immédiatement (tel Joseph Vernet) et rivaliser avec les grands maîtres hollandais, italiens et français (Nicolas Poussin ayant sa préférence).

Avec la Cinquième Plaie d'Égypte (1800), puis la Dixième Plaie d'Égypte (1802), Turner aborde le paysage historique. Grâce à la paix d'Amiens (1802), il peut se rendre sur le continent. À Paris, il visite assidûment le Louvre et prend contact avec des artistes comme Louis David et le baron Guérin. En Suisse, il exécute de grandioses aquarelles des Alpes. C'est l'influence de Claude Lorrain qui prédomine alors : classicisme des compositions (le Naufrage, 1805) et poétisation des sites (la Bataille de Trafalgar, 1806-1808). Les scènes rustiques sont également à l'honneur (Matin de gel, 1813).

2. Le monde transfiguré

Dans l'héroïque Tempête de neige : Hannibal et son armée traversant les Alpes (1812), puis dans Didon construisant Carthage (1815), Turner entre dans une période où la tendance à l'irréalisme du paysage va s'affirmer. À la faveur de son premier voyage en Italie (Rome, Paestum, Venise), en 1819-1820, il réalise une série d'études du soleil se levant ou se couchant dans la brume, qui traduisent pleinement ses inclinations romantiques. Les marines et les scènes de cataclysmes alternent avec les sujets historiques ou mythologiques (Ulysse raillant Polyphème, 1829), mais la mise en lumière, insistant sur le jaune, est toujours l'élément essentiel de son inspiration (l'Incendie du Parlement, 16 octobre 1834, 1835).

À la différence des aquarelles, qui, même dans l'évanescence, sont avant tout des recherches visuelles, les peintures à l'huile comportent une forte part de spiritualité et de symbolisme (le Vaisseau de guerre « le Téméraire » remorqué à son dernier mouillage pour y être démoli, 1838). À partir de 1840, Turner s'affranchit définitivement des conventions picturales et dissout les formes de la réalité (Tempête de neige, transposition éthérée d'une expérience personnelle en bateau, 1842). Il transcrit la puissance émotive que reconnaissent à la couleur les théories de Goethe, auquel il rend hommage en 1843 dans Ombre et ténèbres : le soir du Déluge et Lumière et couleur : le matin après le Déluge. Cette dynamique de la couleur, soutenue par une structure tourbillonnante, le mènera sur la voie de l'abstraction (Pluie, vapeur et vitesse, le Great Western Railway, 1844).

3. Le notable solitaire

Par l'ampleur même des thèmes qu'il a traités, Turner se distingue de son contemporain John Constable, à l'âme intimiste. Peintre reconnu – élu membre de la Royal Academy dès 1802, il y est professeur de perspective de 1807 à 1828 – et entouré de mécènes, illustrateur de grands auteurs (Walter Scott, lord Byron), il finit tristement sa vie, anonyme et solitaire, dans le quartier londonien de Chelsea. Il léguera à la nation près de 300 toiles et fera une importante donation pour la création d'une société de bienfaisance à l'intention des artistes désargentés. Son influence, dont le critique d'art John Ruskin se fera le propagateur, s'étendra de Delacroix à Matisse, en passant par les impressionnistes (Claude Monet surtout). Elle touchera aussi la littérature et la musique par l'entremise de Proust et de Debussy.

4. Le peintre voyageur

De ses voyages d'études, dans le Kent, le Lake District, l'île de Wight et le pays de Galles, William Turner rapporta les croquis qui sont à l'origine des célèbres séries de gravures que conserve le British Museum : Rivers of England (1823-1825), Picturesque Views in England and Wales (1827-1838).

Sur le continent, Turner visita en 1817 les Pays-Bas et l'Allemagne, dont le souvenir transparaît dans Dordrecht (1818) et Cologne, l'arrivée de la malle le soir (1826). En Italie, il prit la dimension de l'héritage culturel qui resplendit à Venise (San Giorgio Maggiore au petit matin, 1819) et à Rome (Rome vue du Vatican, hommage à Raphaël, 1820). En France, il fut séduit par la Seine et par la Loire – qu'il remonta en 1826 de Nantes à Orléans. Ce sont surtout les aquarelles issues de ces voyages qui valurent à Turner l'estime de la haute société britannique.