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aquarelle

Buffon
Buffon

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peinture à la détrempe dans laquelle les couleurs, solubles dans l'eau additionnée de gomme arabique ou d'une substance chimique en tenant lieu, sont appliquées sur un support de papier ou de carton.

À la différence des couleurs de la gouache, qui sont opaques, celles de l'aquarelle sont transparentes ; étendues à l'aide d'un gros pinceau à poils souples, les couleurs très délayées constituent des fonds clairs, laissant transparaître le blanc du papier, qui joue ainsi le rôle d'une véritable couleur. Les tons généraux posés, on peut rehausser les détails en utilisant un pinceau effilé, chargé de couleurs moins détrempées.

Des origines au xviiie s

Connue des Égyptiens dès le iie s. av. J.-C., la technique de l'aquarelle fut utilisée au Moyen Âge dans les enluminures et pour le coloriage des premiers livres à gravure. Cennini emploie ce terme pour désigner la peinture à l'eau, et plus spécialement les encres obtenues par la macération des plantes et des minéraux.

Détrônée par la peinture à la caséine et la peinture à l'huile, l'aquarelle connaîtra une longue éclipse jusqu'à la réhabilitation de la peinture à l'eau au xviiie s. Cependant, Dürer l'utilise en lavis pour les études de paysages exécutées durant son voyage à travers les Alpes et l'Italie en 1490, puis pour représenter dans leurs plus petits détails fleurs et oiseaux (Albertina). Particulièrement adaptée aux notations précises, l'aquarelle est également employée au xvie s. pour les portraits en miniature, par Holbein notamment, et les planches naturalistes, comme celles de Gaston d'Orléans. Au xviie s., peintres de fleurs et paysagistes flamands (Avercamp, Cuyp, Van Goyen, Van Ostade) traduisent quelquefois par l'aquarelle leur observation minutieuse ; sur un mode plus souple, Rubens et Jordaens ponctuent parfois leurs dessins de touches aquarellées.

Le xviiie s

En France, le retour à une expression plus spontanée de la nature et le renouveau du prestige de Rubens s'accompagnent, au début du xviiie s., de quelques tentatives, comme celles d'Oudry, par exemple. Cependant, ni Watteau, ni Chardin, ni Boucher ne pratiqueront l'aquarelle. Le vocable lui-même n'est pas encore bien défini ; il ne se distingue de la détrempe que v. 1760, et Diderot emploie indifféremment les termes de gouache et d'aquarelle. La multiplication des petits paysages des " védutistes " vénitiens favorise peu à peu le renouveau de la peinture à l'eau ; Durameau, Fragonard, Hubert Robert, qui l'ont vue pratiquée lors de leurs voyages, rapportent d'Italie des paysages exécutés à l'aquarelle. Et c'est seulement sous Louis XVI que les aquarellistes sont acceptés au sein de l'Académie. Gabriel de Saint-Aubin, Lespinasse, Lallemand, Watteau de Lille, dans leurs scènes de genre, Louis-Gabriel Moreau, dans ses paysages de plein air, utilisent fréquemment cette technique, souvent liée à la plume.

Le xixe s

Au xixe s., l'aquarelle devient une expression particulièrement britannique ; la Royal Water Color Society est fondée à Londres en 1804. Dans les trois premières décennies du siècle, Sandby, Bonington, Constable, Turner et les frères Fielding lui confèrent une dimension nouvelle. Turner et surtout le peintre américain Whistler modifient le procédé en mouillant préalablement le support. Les œuvres anglaises et les contacts personnels (notamment avec Bonington) exercent, dès 1820-1825, une influence déterminante sur les romantiques français, dont la sensibilité s'accommode particulièrement de la liberté et de la rapidité de la touche. Géricault exprime par l'aquarelle une attention plus directe portée au réel dans ses marchés aux chevaux et ses paysages d'atmosphère. Delacroix, qui adopte souvent cette technique pour ses études, peint une série de paysages à l'abbaye de Valmont en 1829 et en 1831, et lui doit ses plus dynamiques études de chevaux. De son voyage en Auvergne et en Provence, Paul Huet a rapporté des aquarelles, qu'il utilise pour ses tableaux de composition, comme Théodore Rousseau au retour de ses voyages en Auvergne, en Normandie, en Vendée ; tous deux travaillent beaucoup à l'aquarelle dans les environs de Fontainebleau. Si elles étaient exécutées en plein air, ces réalisations ne constituaient encore que des pochades, que l'on reprenait en atelier. Delaroche, Devéria, Charlet, Meissonier, Decamps s'exercèrent aussi à la peinture à l'eau.

La fin du xixe s. et le xxe s

À partir de la seconde moitié du xixe s., une certaine tendance vers un traitement moins spécifique à la technique (par la surcharge et la recherche d'une densité des tons) marque l'intérêt grandissant qu'on porte à l'aquarelle en tant que moyen d'expression proprement picturale. Les précurseurs de l'Impressionnisme, Boudin et surtout Jongkind, lui doivent leurs pages les plus spontanées, dans lesquelles la définition graphique est subtilement équilibrée par la tache. Cézanne, que l'achèvement de ses tableaux tourmentait, pratiqua l'aquarelle avec un rare bonheur. En effet, la peinture à l'huile, dès la fin du xixe s., ne correspond plus à la sensibilité plus vive de l'artiste, et, jusqu'à une date récente, l'aquarelle représenta des moments privilégiés dans la carrière de bien des artistes qui l'exploitent de manière personnelle. Les feuilles hollandaises et parisiennes de Van Gogh font intervenir la saturation de la teinte autant que l'effet du lavis. Les études de danseuses de Rodin, où la tache et le trait jouent en contrepoint rythmique, restituent un volume coloré. Les nus de Rouault définissent d'une manière plus serrée le sujet, et c'est une lumière monochrome, bleue ou rose, qui restitue le modelé des chairs. Des peintres souvent trop insistants dans leurs tableaux (Dunoyer de Segonzac, Signac) furent plus habiles en utilisant l'aquarelle. Dans les pays germaniques, en particulier, l'aquarelle a été pratiquée au xxe s. avec maîtrise. Kandinsky y a d'abord expérimenté la non-figuration pure. Egon Schiele sertit les teintes dans un graphisme acéré ; Nolde rend au contraire le volume par des juxtapositions de couleurs intenses. Lors de leur voyage en Tunisie (1914), Klee et Macke reviennent à une technique plus traditionnelle vivifiée par l'exemple de Cézanne et la leçon du Cubisme analytique. Plus récemment, Julius Bissier s'est rapproché de la poétique extrême-orientale, où abstraction et nature fusionnent, tandis que Wols a annexé à l'aquarelle un nouveau domaine en fixant sur le papier les traces des mouvements spasmodiques issus de l'inconscient.

Depuis 1960 environ, il semble que l'évolution générale de l'art vers un renouvellement complet de la thématique et des techniques atteigne l'aquarelle au même titre que les autres procédés traditionnels.