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Roberto Rossellini

Cinéaste italien (Rome 1906-Rome 1977).

Révélé par Rome, ville ouverte (1945) et Paisà (1946), Roberto Rossellini se montra un témoin attentif et amoureux de son temps. Il fut, avec ses compatriotes Vittorio De Sica et Luchino Visconti, l'un des principaux représentants du néoréalisme.

Le néoréalisme en gestation

Issu d'une famille bourgeoise et cultivée, Roberto Rossellini fréquente le cinéma dès son plus jeune âge. Après avoir été preneur de son et avoir exercé divers métiers touchant à l'élaboration d'un film, il tourne en 1936 Daphné, son premier court-métrage, qui est suivi d'un deuxième, Prélude à l'après-midi d'un faune, en 1938. Cette même année, il écrit le scénario de Luciano Serra, pilote (Goffredo Alessandrini [1904-1978]), un film de guerre supervisé par le propre fils de Mussolini. C'est au début des années 1940 qu'il réalise ses premiers longs-métrages : le Navire blanc (1941), Un pilote revient (1942) et l'Homme à la croix (1943), commande du centre audiovisuel de la marine italienne fasciste.

Après la libération de Rome, Rossellini, qui s'est lié d'amitié avec Federico Fellini, rencontre le succès grâce à Rome, ville ouverte (1945) et à Paisà (1946), les films phares du néoréalisme naissant. Témoignant de la souffrance d'un peuple humilié, ils expriment un message d'espoir et de fraternité sous la forme sèche du constat social. Avec des moyens de fortune, des interprètes non professionnels mêlés à des acteurs chevronnés (Aldo Fabrizi [1905-1990], Anna Magnani, réduits eux-mêmes à un quasi-anonymat), et surtout grâce à un immense amour de la terre italienne, Rossellini se hausse d'un coup au premier rang des cinéastes de sa génération.

La radiographie d'un couple moderne

Dès cette époque, pourtant, l'équivoque s'installe. On enferme Rossellini dans le néoréalisme, où il est entré, en somme, sans nul souci de poser au chef d'école. Après un détour par l'Allemagne, qui lui inspire un poignant lamento sur le suicide d'un enfant (Allemagne, année zéro, 1947), il va puiser son inspiration dans le spiritualisme chrétien (Onze Fioretti de François d'Assise, 1950), la commedia dell'arte (la Machine à tuer les méchants, 1952) et la fable satirique (Où est la liberté ?, 1954). La rencontre avec l'actrice Ingrid Bergman, devenue son épouse en 1950, aggrave le malentendu : les films qu'il entreprend à ce moment-là apparaissent comme autant de journaux intimes, et l'anecdote est réduite à sa plus simple et plus exigeante expression. De Stromboli (1950) à Jeanne au bûcher (1954), en passant par Europe 51 (1952), Nous les femmes (1953), Voyage en Italie (1954) et la Peur (id.), c'est souvent à une radiographie de son propre couple que le cinéaste nous convie.

S'ouvre ensuite pour Rossellini une période de tâtonnements, marquée par un voyage en Inde au retour duquel il se sépare d'avec Ingrid Bergman (India, 1959), un retour éphémère aux schémas du néoréalisme (le Général Della Rovere, id.) et une incursion dans la chronique historique (Vanina Vanini, d'après Stendhal, 1961). L'échec d'Anima nera (1962), un film qui annonce pourtant un renouveau de la comédie italienne, l'incite à abandonner le cinéma (devenu, dit-il, « un ballet de spectres ») et à choisir un nouveau mode d'expression : la télévision.

Pour une télévision didactique

Dès lors, Rossellini va se faire l'humble réalisateur des faits et gestes du passé, des grands événements et des grandes figures qui ont changé le cours de l'histoire, de l'homme appréhendé non plus dans son particularisme, mais dans sa continuité séculaire. Les principales étapes de ce vaste programme, où le désir d'édification se combine avec une rare intégrité formelle, sont la Prise du pouvoir par Louis XIV (1967), les Actes des Apôtres (1969), Socrate (1971), Blaise Pascal (1972), l'Âge des Médicis (1973) et Descartes (1974). On peut y ajouter la gigantesque fresque de l'Âge du fer (1964, co-réalisé avec son fils Renzo [né en 1941]), dont il a seulement assuré la supervision.

En 1975, alors que le cinéma semble définitivement perdu pour lui, Rossellini tourne le Messie, qui constitue un admirable point de convergence de toute son œuvre. Il meurt deux ans plus tard d'une crise cardiaque.