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Voyage en Italie Viaggio in Italia ou L'amour est le plus fort

Viaggio in Italia

Drame de Roberto Rossellini, avec Ingrid Bergman (Katherine Joyce), George Sanders (Alexander Joyce), Maria Mauban (Judith), Anna Proclemer et Paul Muller (les amis d'Alexander).

  • Scénario : Roberto Rossellini, Vitaliano Brancati
  • Photographie : Enzo Serafin
  • Décor : Piero Filippone
  • Musique : Renzo Rossellini
  • Montage : Jolanda Benvenuti
  • Production : Sveva, Junior et Italia Film
  • Pays : Italie
  • Date de sortie : 1953
  • Son : noir et blanc
  • Durée : 1 h 15

Résumé

Un couple d'Anglais, sur le point de se séparer, entreprend un ultime voyage.

Commentaire

De plein fouet

Avril 1955, Jacques Rivette a vingt-sept ans, et des convictions. Dans les Cahiers du Cinéma, il écrit qu'il lui « semble impossible de voir Voyage en Italie sans éprouver de plein fouet l'évidence que ce film ouvre une brèche, et que le cinéma tout entier y doit passer sous peine de mort ». L'avertissement ne fut pas entendu, ou si mal, qu'on connaît la suite.

À savoir que Rossellini est toujours à méditer, et à copier (car, dirait Paulhan, sans plagiat, pas de progrès en art). Et qu'il y a fort à parier que quiconque aspire à filmer son époque, à cru et sans faux-fuyant, puisera l'énergie de le faire dans la vision répétée de films sans cesse en avance, et jamais démodés.

Voyage en Italie ne déconcerte que les frileux, et les pusillanimes, qui redoutent de bousculer l'ordre apparent des choses. Ainsi, dès les premiers plans de ce couple en crise, filmés, semble-t-il, de l'intérieur d'une voiture, donc en plein accord avec la rhétorique néoréaliste, alors qu'il n'en est rien, on voit ce qui fonde la singularité de Rossellini : le réel n'existe pas en soi, mais à travers soi.

En conséquence de quoi on peut le contourner, tricher avec ses impératifs techniques (le cadre, le son, tout ce qui touche au sens), si l'on maintient la crédibilité de l'ensemble, et si l'on impose la vérité des personnages.

Que dit Rossellini dans ce film, outre son plaidoyer fervent et dérangeant, en faveur de la figure du couple (lequel, en amour, reste tout de même la possibilité majeure), oui, que dit Rossellini, sinon que ne comptent pour le voyant (et tout cinéaste devrait prétendre l'être) que les raisons et les causes, jamais les excuses et les prétextes ?

D'ailleurs, au même Rivette, qui a, entre-temps, commencé de tourner Paris nous appartient, il déclare, en avril 1959 : « L'important, ce sont les idées, non les images. Il suffit d'avoir des idées très claires, et l'on trouve l'image la plus directe pour les exprimer ».

À un moment du film, le couple Sanders-Bergman visite les ruines de Pompéi. Il y redécouvre la complicité, et l'unité, tandis que nous, étrangers à leur intimité, nous y découvrons que la mort ne gagne que si l'on confond l'immédiat avec l'éternel, le clinquant avec l'authentique, Lucas, Spielberg and Co avec l'invention des frères Lumière.