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Maximilien de Robespierre

Maximilien de Robespierre
Maximilien de Robespierre

Homme politique français (Arras 1758-Paris 1794).

1. Un bourgeois de province

D'une famille de bourgeoisie provinciale, ce jeune Artésien, très tôt orphelin (en fait, le père a abandonné les siens) et sevré des joies de l'enfance, est élevé, avec son cadet Augustin par son grand-père maternel. Il fait de sérieuses études, d'abord chez les oratoriens d'Arras, puis comme boursier à Louis-le-Grand (1769).

Rentré dans sa ville natale, il devient avocat au Conseil d'Artois (1781) et juge au tribunal épiscopal. Il mène alors une vie calme, lisant Montesquieu, les encyclopédistes et surtout J.-J. Rousseau. Il fréquente le cénacle littéraire des Rosati et est reçu à l'académie d'Arras, alors foyer de propagande philosophique.

2. De l'élection aux états généraux à la chute de la Gironde

2.1. Une foi inébranlable

Élu député du tiers état aux états généraux de 1789, Robespierre arrive à Versailles imbu des doctrines des grands philosophes. Les membres de la Constituante remarquent vite ce petit homme au teint pâle, aux cheveux soigneusement poudrés, aux yeux verts clignotant derrière des besicles, toujours vêtu avec élégance. Robespierre parle avec un style châtié, une sobre éloquence, mais sa dialectique un peu sèche, son ton de voix grêle et quelque peu criard ne séduisent pas toujours l'assistance. On sait pourtant qu'il mène une vie digne et probe, qu'il méprise plaisirs et honneurs. Plus tard, on le surnommera l'« Incorruptible ».

À l'Assemblée comme au club de Jacobins, où il se montre très assidu, ses collègues le sentent mû par une flamme secrète, par la certitude inébranlable d'avoir raison. « Il ira loin, prophétise Mirabeau, il croit tout ce qu'il dit ! ».

Au début de 1791, au club des Jacobins, Robespierre est aussi l'un des premiers à se déclarer favorable au suffrage universel. Il réclame également la liberté d'opinion, de presse et de réunion, l'égalité politique de tous les citoyens, la suppression de l'esclavage, des indemnités pour les victimes d'erreurs judiciaires, la disparition des titres de noblesse, et même… l'abolition de la peine de mort. Il combat avec force – et en vain – l'idée du veto royal (à cette époque, il est encore monarchiste), prend le parti des soldats mutinés contre leurs chefs, réclame le licenciement des officiers nobles, rejette la réélection des députés de la Constituante à la Législative (mai 1791).

Face à Brissot et à ses amis girondins, il tente, mais en vain, au club des Jacobins, de s'opposer à la déclaration de guerre. Lorsque Brissot s'écrie : « Le mal est à Coblence », il répond : « Le véritable Coblence est en France, si vous ignorez cela, vous êtes étranger à tout ce qui se passe dans ce pays-ci. » Il redoute les manœuvres des Tuileries comme l'emprise d'un général victorieux et dénonce La Fayette comme le plus dangereux des hommes.

Depuis la fuite du roi à Varennes (juin 1791), ses principes révolutionnaires se sont durcis. Robespierre a refusé la fiction, préconisée par l'Assemblée, de l'enlèvement du monarque. Il semble pourtant croire encore à la possibilité d'une monarchie constitutionnelle. S'il ne participe pas personnellement à la journée du 10 août 1792, il entre l'après-midi même au Conseil général de la Commune (il va y exercer une influence décisive), réclame la déchéance du roi, l'institution d'un tribunal révolutionnaire et l'élection d'une Convention nationale au suffrage universel.

Il est alors installé rue Saint-Honoré, chez un fervent Jacobin, le menuisier Duplay, dont toute la famille lui montrera un grand dévouement. Les massacres de Septembre, survenus sur ces entrefaites, lui semblent bien excusables. Robespierre considère que « la révolution ne peut se faire sans révolution » et déclare qu'à défaut de lois protectrices le peuple « a le devoir de veiller lui-même à ses propres besoins ».

2.2. Dans les rangs de la Montagne

Au premier tour de scrutin, les Parisiens l'envoient siéger à la Convention. Robespierre s'installe dans les rangs de la Montagne et prend aussitôt parti contre la Gironde. Celle-ci attaque Marat et Danton. Robespierre fait bloc avec eux et se voit lui-même dénoncé par Jean-Baptiste Louvet comme aspirant à la dictature : accusation pour le moins prématurée… qui se retournera contre l'accusateur. Ramené en triomphe au club des Jacobins, il fera chasser de celui-ci les Girondins calomniateurs.

Pour régler le sort de Louis XVI, il propose, avec Saint-Just, une exécution par décret, sans procès préalable. « Si le roi n'est pas coupable, ceux qui l'ont détrôné le sont. » Cependant, les députés s'érigent en juges. Robespierre repousse l'« appel au peuple » préconisé par une partie de la Gironde et vote la mort sans sursis.

Pendant toute cette période, il mène avec Marat la lutte contre les brissotins (surnom donné aux Girondins), incapables, juge-t-il, de défendre le pays contre le péril extérieur et dont la mollesse compromet la grande œuvre révolutionnaire. Il les accuse de complicité avec le traître Dumouriez (avril 1793) et d'incompréhension pour les misères du peuple. Il oppose aussi les sans-culottes aux culottes dorées, les prolétaires aux « messieurs » de la bourgeoisie et présente la Gironde comme l'armée des riches, des nantis.

Le 26 mai, il lance un appel aux « patriotes » parisiens : « J'invite le peuple à se mettre dans la Convention en insurrection contre les députés corrompus. » Les sections l'écoutent. Le 2 juin, l'Assemblée cède à la force : la Gironde a succombé.

Pour en savoir plus, voir l'article assemblées politiques en France depuis 1789.

3. Le gouvernement révolutionnaire

3.1. À la tête du Comité de salut public

Robespierre est devenu le personnage le plus représentatif de la Révolution. Estimant que le salut public exige un pouvoir dictatorial, il préconise l'établissement d'un gouvernement révolutionnaire. En avril 1793, il a été l'un des principaux artisans de la création d'un Comité de salut public qu’il fait remanier après la chute des Girondins. Il y entre le 27 juillet et en devient le véritable chef.

Laissant à ses collègues les tâches spécialisées, il consacre ses soins à la politique générale et n'accepte aucune mission hors Paris. Face à la révolte des provinces et à la poussée des armées ennemies, il travaille à la sauvegarde et à l'unité de la France révolutionnaire. Entouré de ses fidèles Georges Couthon et Saint-Just, il est vraiment l'âme de la dictature montagnarde. Il a lui-même énuméré – non sans peut-être quelque exagération ! – toutes les tâches qui lui incombent : « Onze armées à diriger, le poids de l'Europe entière à porter, partout des traîtres à démasquer, des émissaires soudoyés par l'or des puissances étrangères à déjouer, des administrateurs infidèles à surveiller, tous les tyrans à combattre, toutes les conspirations à intimider, partout à aplanir les obstacles, telles sont mes fonctions » (25 septembre 1793).

Avec Robespierre à sa tête, le Comité de salut public tient la Convention en tutelle. Sous son égide, le décret du 10 octobre 1793 décide que « le gouvernement sera révolutionnaire jusqu'à la paix », et celui du 14 frimaire (4 décembre) organise l'ensemble des institutions. Toutes les libertés (de presse, de parole, de réunion) sont supprimées.

Le dirigisme économique

Sur le plan économique et social, Robespierre préconise une série de mesures favorables au peuple. S'il reconnaît le droit de propriété (auquel il assigne toutefois des limites), il propose un impôt progressif sur les fortunes, affirme la nécessité d'une aide aux indigents et présente la résistance à l'oppression comme un devoir. La disette sévissant, de nombreux actes législatifs sont votés : loi du maximum (septembre 1793), loi sur l'accaparement, décrets de Ventôse (février-mars 1794). C'est l'ère de l'économie dirigée.

L'ordre révolutionnaire

Pour réaliser son idéal, Robespierre juge légitimes toutes les rigueurs. Selon lui, la justice doit être « prompte, sévère, inflexible ». Il faut pourchasser les intrigants, les corrompus, les conspirateurs, bref « dompter les ennemis de la liberté ». L'échafaud ne chôme pas. En deux célèbres discours (25 décembre 1793 et 5 février 1794), Robespierre développe ses théories sur la légitimité du gouvernement révolutionnaire, opposant l'ordre constitutionnel, respectueux des libertés publiques, à l'ordre révolutionnaire, dont l'activité exceptionnelle est nécessitée par les circonstances. Terrible aux méchants, mais favorable aux bons, le gouvernement révolutionnaire a comme ressort la vertu appuyée sur la terreur, « la vertu sans laquelle la terreur est funeste, la terreur sans laquelle la vertu est impuissante ».

Élimination des hébertistes

La vertu, Robespierre la possède, mais, avec son caractère ombrageux, tourmenté, il redoute les opposants de gauche comme ceux de droite, les « ultras » comme les « citras ». Il les utilisera les uns contre les autres. Il s'inquiète d'abord de la surenchère démagogique des Enragés aux idées sociales trop avancées, et surtout des excès des hébertistes, qui multiplient les mascarades antireligieuses et ont institué le culte de la déesse Raison. Foncièrement déiste (on l'a entendu plusieurs fois se réclamer de la Providence divine), il s'inquiète du fanatisme de ces ultrarévolutionnaires. Avec l'appui des dantonistes, il fait arrêter Hébert et ses complices, et les envoie à l'échafaud (24 mars 1794).

Élimination des indulgents

Il se retourne ensuite contre Danton et Desmoulins, ces indulgents qui ont entrepris dans le Vieux Cordelier une campagne pour mettre fin à la Terreur. Il profite de leur collusion avec Fabre d'Églantine, convaincu de louches tripotages, pour abattre ces ennemis de la République. Le 5 avril, après un procès au cours duquel il n'a pu se défendre, Danton est conduit avec ses amis à la guillotine : en passant devant la maison de son adversaire, le grand Cordelier lance ce cri prophétique : « Robespierre, tu me suis ! ».

Le culte de l'Être suprême

Les « factions » abattues, « l'Incorruptible » demeure seul au pouvoir. Seul vertueux, seul pur. Son frère Augustin, ses disciples Saint-Just, Couthon, Philippe Le Bas sont à sa dévotion. Son ascendant est immense. Ses collègues reconnaissent son austérité de vie, son mépris de l'argent, mais ils redoutent son dogmatisme.

Impassible, impavide, infaillible, ce doctrinaire au masque froid, aux lèvres minces se croit investi d'une mission. Il possède la vérité, et son intransigeance est celle d'un grand prêtre. De celui-ci, il a tous les aspects. Pour lui, l'athéisme est à la fois immoral et aristocratique. Robespierre appelle la divinité au secours de la Révolution. « Dieu puissant, s'écrie-t-il un jour, cette cause est la tienne […]. » Son vœu est de rassembler les esprits autour d'une religion civique qui garantirait à la fois les principes moraux et les principes républicains. C'est alors qu'il crée le culte de l'Être suprême. Une sorte de catéchisme enseigne aux Français, avec l'immortalité de l'âme, la haine des tyrans, la punition des traîtres, la défense des opprimés, la pratique de la justice. Le 20 prairial (8 juin 1794) – jour de la Pentecôte – se déroule à Paris une fête solennelle, réglée par David, au cours de laquelle Maximilien, en tête du cortège, s'en va gravement mettre le feu à une statue symbolisant l'athéisme.

La « Grande Terreur »

Cette manifestation spectaculaire n'enchante guère ses collègues. Un membre du Comité de sûreté générale, le vieux voltairien Marc Guillaume Vadier, essaie alors de ridiculiser Robespierre en l'impliquant dans la grotesque affaire de Catherine Théot, sorte d'illuminée qui s'intitule elle-même la « mère de Dieu » et voit en Maximilien un nouveau Messie. La folle sera incarcérée.

À cette date, les exécutions se multiplient. Le 20 mai, un certain L'Admiral a cherché à tuer Robespierre (changeant d'avis, il a blessé Collot d'Herbois). Une jeune fille, Aimée Cécile Renault, s'est présentée chez « l'Incorruptible » avec un couteau caché sous sa robe : accusée de tentative de meurtre, elle sera guillotinée le 17 juin avec cinquante-deux autres condamnés. À la suite de ces « attentats » manqués, Robespierre autorise Couthon à présenter à la Convention la fameuse loi du 22 prairial (10 juin 1794), qui supprime l'interrogatoire de l'accusé avant le procès, laisse l'audition des témoins à la discrétion du tribunal, refuse à l'accusé l'aide d'un défenseur et n'offre au juge qu'une alternative : l'acquittement ou la mort. Cette loi terrible, aussitôt votée, ouvre l'ère de la « Grande Terreur ».

La chute de « l'Incorruptible »

Cependant, les victoires des armées révolutionnaires (Fleurus est du 26 juin) ne paraissent pas justifier de telles rigueurs. « Les victoires s'acharnent sur Robespierre », déclara Barrère. Le pays commence à avoir « la nausée de l'échafaud ». La dictature moralisante de « l'Incorruptible » irrite d'autre part les athées de la Convention. Enfin, depuis la loi de prairial, bien des députés, dont la conscience est peu tranquille, sentent déjà sur leur cou le froid du couperet.

Un complot se forme, dont les chefs sont eux-mêmes des terroristes aux mains souillées de sang. Collot d'Herbois, Fouché, Tallien, Barras, Billaud-Varenne, Fréron, effrayés pour eux-mêmes, s'efforcent de gagner à leur cause le centre de l'Assemblée. Robespierre devine ces intrigues, mais il est déprimé, malade, aigri. Ulcéré par les calomnies, il se terre chez lui : pendant un mois, il ne met plus les pieds au Comité de salut public, où il sent l'hostilité de certains de ses collègues, comme l'intègre Carnot.

Pour en savoir plus, voir l'article la Terreur.

4. Thermidor

Il croit, cependant, qu'il domine encore la Convention. Le 8 thermidor (26 juillet), il monte à la tribune, attaque le Comité de salut public et le Comité de sûreté générale, et surtout lance un long réquisitoire contre les « traîtres » et les « fripons » …, qu'il refuse de nommer. Imprudence fatale. Cette diatribe sème l'inquiétude dans les rangs et permet aux conjurés de rallier les indécis du Marais (ou de la Plaine : les centristes).

Le lendemain, Saint-Just ne peut lire à la Convention le rapport qu'il a rédigé. En revanche, Billaud-Varenne et Tallien dénoncent la tyrannie de Robespierre, ce « nouveau Cromwell ». Celui-ci essaie, mais en vain, de se défendre : Collot d'Herbois et Jacques Thuriot (1753-1829), successivement présidents de l'Assemblée, l'empêchent de se faire entendre en agitant leur sonnette, et la Convention décide l'arrestation de Maximilien et de ses amis.

Apprenant la nouvelle, la Commune essaie de réagir : elle se déclare en insurrection et fait délivrer les prisonniers. En réponse, l'Assemblée déclare hors-la-loi tout le groupe des robespierristes. Dans la nuit, les sections modérées, conduites par Barras, marchent sur l'Hôtel de Ville, où se sont réfugiés les proscrits. Robespierre ne cherche pas à se défendre : il attend son salut de la légalité et non de la violence. En voyant arriver les hommes en armes, il se tire un coup de pistolet et se brise la mâchoire (à moins qu'il n'ait été atteint par le coup de feu du gendarme Méda [ou Merda]).

Lorsque, ce 9 thermidor, Robespierre est empêché de parler, et qu'il se sent perdu, il ne peut que dire : « Les brigands triomphent… », mot révélant l'importance, chez lui, du point de vue moral dans l'analyse d'une situation politique. Transporté sanglant aux Tuileries et sommairement pansé, il demeurera pendant de longues heures couché sur une table avant d'être guillotiné avec ses fidèles, parmi lesquels son frère Augustin, Couthon, Le Bas, Saint-Just (10 thermidor [28 juillet 1794]). Le grand artisan de la Révolution française a été sacrifié : sa mort marque la fin de la Convention montagnarde.