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Fernando António Nogueira Pessoa

Poète portugais (Lisbonne 1888-Lisbonne 1935).

Fernando Pessoa est le plus illustre poète portugais de la première moitié du xxe siècle et l'une des personnalités les plus complexes de la littérature européenne moderne. Il n'a, de son vivant, publié que fort peu et son influence ne s'est affirmée qu'après sa mort.

Le poète unique et multiple

Fernando Pessoa a 5 ans lorsque son père meurt de la tuberculose à Lisbonne ; sa mère, originaire des Açores, se remarie deux ans plus tard. La famille part alors à Durban, en Afrique du Sud, où le beau-père du futur poète exerce les fonctions de consul du Portugal par intérim. Élève brillant devenu parfaitement anglophone, Pessoa fait ses études à l'université du Cap (1903-1904). En 1905, il retrouve Lisbonne, où il s'occupera de la correspondance étrangère de sociétés commerciales. C'est en 1912 que la revue A Águia le révèle : il y publie une série d'articles sur la nouvelle poésie portugaise. Il se réclame alors du « nostalgisme », forme décadente du symbolisme. En 1914, il publie Lagunes dans la revue Renascença et donne naissance à l'éphémère courant du « paulisme ». Cette même année, il s'adjoint trois « hétéronymes » principaux : Alberto Caeiro, Ricardo Reis et Álvaro de Campos, personnes fictives représentant ses divers moi et sous le nom desquelles il signera ses différents écrits.

En 1915, Pessoa devient – avec son ami Mário de Sá-Carneiro – l'un des animateurs de la revue d'avant-garde Orpheu, qui marque les débuts du « modernisme » portugais. Il poursuit ses recherches poétiques qui, du « sensationnisme » (Ode maritime d'Álvaro de Campos) à l'« intersectionnisme » (Pluie oblique), le conduisent au futurisme – qui exalte la civilisation urbaine, la machine, la vitesse –, alors en vogue en Europe. En 1917, la revue Portugal futuriste publie des poèmes de Pessoa, ainsi qu'Ultimatum, manifeste d'Álvaro de Campos. C'est en 1918 que paraissent, à compte d'auteur et en anglais, Antinoüs et Trente-Cinq Sonnets.

À partir de 1927, Pessoa est reconnu et salué comme un maître par la jeune équipe de la revue Presença. En 1934, il remporte avec sa plaquette Message, curieusement présentée au concours du secrétariat de la Propagande nationale, un deuxième prix. Usé par des grippes chroniques et des crises de neurasthénie, il s'éteint l'année suivante. La plus grande partie de son œuvre, inédite, sera publiée à titre posthume (citons notamment Poésies, 1942, de F. Pessoa ; Poésies inédites, 1955-1956, id. ; Poésies, 1944, d'Álvaro de Campos ; Poèmes, 1946, d'Alberto Caeiro ; Odes, id., de Ricardo Reis. Le Livre de l'intranquillité, attribué par le poète à son hétéronyme Bernardo Soarès, paraîtra en 1982.

Les hétéronymes majeurs

Alberto Caeiro est le premier hétéronyme de Pessoa et son préféré. Il est tout le contraire de l'auteur, qui l'a justement créé pour qu'il lui apprenne à accepter le réel tel qu'il est : une présence finie qui ne renvoie à aucune absence. C'est pourquoi il privilégie le sens de la vue (il veut apprendre à ses disciples « la sagesse de voir » au détriment de la pensée). En écrivant sa biographie, Pessoa l'a conçue comme celle d'un autodidacte vivant à la campagne, une sorte de « guérisseur » avec lequel il veut apprendre « la santé d'exister des arbres et des plantes ».

Ricardo Reis se dit le disciple de Caeiro. Son créateur le fait naître à Porto en 1887 et élever dans un collège de jésuites, où il devient un fervent latiniste. Brun, la peau mate, petit et sec, il se réfugie, comme son modèle Horace, dans une sagesse épicurienne et des Odes qui laissent percer l'angoisse de la mort. Il est probablement le plus énigmatique des hétéronymes, ce qui lui vaudra de devenir le personnage d'un roman de José Saramago, l'Année de la mort de Ricardo Reis (1984).

Álvaro de Campos, le plus fécond, est également un disciple de Caeiro. Tandis que les deux précédents ont été créés pour apporter à leur auteur plus de sérénité devant l'existence, Campos « feint la douleur que Pessoa réellement ressent ». Il est le portrait non seulement physique mais aussi moral de son auteur, qui exprime à travers ce personnage sa profonde inquiétude, son incapacité à vivre. Ingénieur, il est nerveux, émotif et le moins intellectuel des trois. Chantre ardent de la trépidation des grandes cités, il finit par sombrer dans l'ennui.

Enfin, lorsque Pessoa écrit sous son nom d'état civil, il se distingue de ses hétéronymes par le fait qu'il pense ses émotions avec une lucidité implacable et qu'il élabore la matière poétique jusqu'à une transparence cristalline.