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Louis-Philippe Ier

Louis-Philippe Ier
Louis-Philippe Ier

(Paris 1773-Claremont, Grande-Bretagne, 1850), roi des Français (1830-1848).

Avant l'avènement

Quand éclate la Révolution française, la famille d'Orléans compte déjà parmi les forces hostiles à la Cour et à la monarchie absolue. Le Palais-Royal est plus qu'une résidence, c'est un centre de ralliement. Louis Philippe Joseph, duc d'Orléans (1747-1793), y vit en prince éclairé, tout acquis aux idées nouvelles. Ses salons sont fréquentés par un milieu cosmopolite, où se côtoient des gens de lettres, des publicistes à gages et des spéculateurs. Politique d'idonéité, a-t-on dit à ce sujet, c'est-à-dire, en termes vulgaires : savoir se placer avec opportunité en cas de crise du régime et de vacance du trône pour assurer le meilleur destin à la branche cadette des Bourbons ; sacrifier aux courants de pensée et aux engouements de l'heure pour se constituer un fonds permanent de popularité ; entretenir au besoin agitation et agitateurs. Le duc de Chartres, le futur Louis-Philippe, suit les traces de son père.

En 1790, il est membre du club des Jacobins. La guerre éclate en avril 1792. Le jeune prince sert sous Kellermann à Valmy, puis sous Dumouriez à Jemmapes. Autant de titres de gloire, qui se monnaieront plus tard. Le duc d'Orléans, lui, est devenu Conventionnel, et dans sa clientèle se profilent les plus prestigieuses – souvent les plus douteuses – figures de la Révolution : Danton, Fabre d'Églantine, Desmoulins. Il vote la mort de Louis XVI. Mais Dumouriez déserte après Neerwinden (18 mars 1793), et le duc de Chartres l'accompagne. La trahison du fils entraîne l'exécution du père le 13 novembre suivant. Pour le nouveau duc d'Orléans, c'est l'exil, la gêne matérielle et surtout le discrédit.

Honni par les représentants de la branche aînée et suspecté par les Cours absolutistes, Louis-Philippe ne redore pas son blason en refusant de servir dans les armées autrichiennes. Après un séjour aux États-Unis, il rejoint l'Angleterre. En 1800, le fils du Conventionnel régicide fait acte d'allégeance à Louis XVIII. Bien considéré à Londres, il sert d'intermédiaire entre le souverain émigré et le gouvernement anglais pour permettre au prétendant de se fixer à Hartwell. Le 25 novembre 1809, il épouse Marie-Amélie, fille de Ferdinand Ier, roi des Deux-Siciles. Un moment, il a failli porter les armes contre la France.

Le Conseil de régence espagnol lui offre en 1810 le commandement d'une armée. Louis-Philippe est même à Cadix quand Soult assiège la ville. Mais l'affaire ne se fera pas, et la réputation du prince est sauve.

Le 17 mai 1814, le duc d'Orléans rentre à Paris. Jouer un rôle politique l'attire, mais sa position est délicate. Il se consacre surtout à la gestion des biens que la Restauration lui a permis de récupérer, le Palais-Royal, le parc Monceau, les terres normandes.

Pendant les Cent-Jours, il regagne l'Angleterre. Frappé d'interdit à la Cour durant deux ans, il ne revient en France qu'en 1817. Louis XVIII, d'ailleurs, multiplie à l'égard de son cher cousin les vexations protocolaires et lui manifeste publiquement sa défiance : « Le duc d'Orléans ne se remue pas et cependant je m'aperçois qu'il chemine. Cette activité sans mouvement m'inquiète […]. »

L'avènement de Charles X rend au duc la faveur royale et le titre d'Altesse. Louis-Philippe demeure dans une prudente expectative. D'un côté, il n'est pas avare de déclarations de fidélité respectueuse envers la couronne, mais, de l'autre, il entretient avec certains chefs libéraux des rapports politiques et des rapports d'affaires. On connaît son amitié pour Jacques Laffitte, le banquier qui patronne le National, un des principaux organes d'opposition. Les milieux de la Cour ne s'y trompent pas, qui, au fur et à mesure que la crise s'aggrave, désignent ouvertement le duc d'Orléans comme le bénéficiaire, voire l'instigateur de toutes les manœuvres et de toutes les agitations.

Le Palais-Royal redevient, pour une certaine opposition parisienne, le centre de la nouvelle Fronde. En juin 1830, à l'occasion de la réception du roi de Naples, beau-père de Louis-Philippe, une curieuse émeute éclate au Palais. La populace brûle des fauteuils et pousse des cris hostiles aux aristocrates. Les malveillants – ou les plus lucides ? – y voient la main du duc d'Orléans.

C'est encore au Palais-Royal que se forment les premiers rassemblements au matin du lundi 26 juillet 1830, quand Paris apprend la parution des ordonnances. Pour endiguer la vague révolutionnaire, Laffitte, Thiers et Mignet lancent la candidature orléaniste. À Neuilly, en l'absence du duc, prudemment caché au Raincy, Thiers précise à Madame Adélaïde (1777-1847), la sœur du monarque de demain, le sens de sa démarche : « Il nous faut une dynastie nouvelle, qui nous doive la couronne, et qui, nous la devant, se résigne au rôle que le système représentatif lui assigne. » Dans la nuit du 31, le duc d'Orléans rentre à Paris. Il fait savoir qu'il accepte la lieutenance générale du royaume que lui offrent les députés libéraux. Dans le même temps, pour se garder du côté de Saint-Cloud, il semble avoir cherché à accréditer l'idée d'un enlèvement par les insurgés. Le 2 août, Charles X a abdiqué, mais Louis-Philippe n'est pas encore roi. Il lui faudra d'abord accepter les conditions qui lui sont imposées par la Chambre. C'est chose faite, quand il prête serment à la Charte révisée, en cette séance solennelle et significative du « sacre parlementaire », le 9 août 1830.

La personnalité du roi

Louis-Philippe Ier est peu connu de ses contemporains. Ce que l'on sait de lui n'est pas l'essentiel. On est bien renseigné sur son comportement bourgeois, sur sa vie familiale droite et simple. On apprécie qu'il envoie son fils au collège et qu'il rompe avec les pratiques extérieures surannées et quelque peu méprisantes de ses prédécesseurs.

Mais les idées politiques du souverain de Juillet et ses conceptions du gouvernement échappent à tous. Louis-Philippe est très réservé, voire secret. Ses adversaires le disent cauteleux et fourbe. À coup sûr, il a le goût du pouvoir. Pragmatiste et manœuvrier, il se méfie des doctrines et des doctrinaires. Sa volonté de jouer un rôle de premier plan ne se trahit jamais, tout au moins au début. Le roi respecte scrupuleusement les institutions, en particulier les formes parlementaires. Il sait ce qu'il doit à la bourgeoisie libérale et évite soigneusement de laisser soupçonner ses vues par des gestes ostentatoires et maladroits. Mais il ne perd aucune occasion d'« occuper le terrain » et de profiter des dissensions. Il se résigne à accepter les ministres que le Parlement lui soumet, mais divise pour régner. La monarchie de Juillet aurait pu être l'occasion d'implanter en France un système parlementaire stable et régulier. L'action personnelle du roi a tout faussé et a perdu la dynastie.

Le roi et le pouvoir

La Charte modifiée est devenue un contrat entre le souverain et la nation, plus exactement la nation censitaire. Ce pacte contractuel a d'abord affermi le caractère parlementaire du régime de Juillet. Le roi doit partager le pouvoir législatif avec les Chambres. Les députés ont le droit d'initiative, le droit d'amendement et le droit d'interpellation. Mais la Charte laisse dans l'ombre le rôle exact des ministres et, par là même, le rôle du souverain. C'est laisser libre cours aux interprétations les plus contradictoires et servir ainsi les desseins secrets de Louis-Philippe. Il y a d'abord la thèse des partisans de la prééminence royale. Le roi délègue une part du pouvoir exécutif aux ministres choisis dans la majorité des Chambres. La direction des affaires lui appartient en propre, et les ministres ne sont que les fidèles exécutants de la volonté royale. À l'opposé, il y a la doctrine de la prépondérance parlementaire. « Le roi règne, mais ne gouverne pas » (Thiers).

Guizot illustre une troisième thèse, bien conforme à son attachement pour le « juste milieu ». Le roi gouverne avec l'appui des pouvoirs institués par la Charte, sans privilégier les uns par rapport aux autres, ni dissoudre l'unité institutionnelle qu'elle consacre. Les ministres lui proposent une politique. Le roi peut accepter ou refuser, mais son accord conditionne alors un appui sans réserve. Parlementaires, juristes et publicistes débattent de la question. En 1834 paraît une brochure du comte Pierre Louis Rœderer (1754-1835), partisan de la prérogative royale. C'est une attaque véhémente contre les prétentions du pouvoir parlementaire.

« Le roi seul a la direction de l'État », écrit-il. Il dispose d'un domaine réservé, la politique extérieure. Il n'y a pas de Conseil des ministres, mais un Conseil, où le roi appelle ses ministres. Un peu plus tard, la naissance de la grande coalition contre Molé relance la polémique. À l'opposé de Prosper Duvergier de Hauranne (1798-1881), qui défend la prépondérance parlementaire (Des principes du gouvernement représentatif et de leur application, 1838), Henri Fonfrède (1788-1841) reprend les conclusions de Rœderer (Du gouvernement du roi et des limites constitutionnelles de la prérogative parlementaire, 1839). Écarté du débat et des urnes, le pays réel tranchera en février 1848.

Louis-Philippe et ses ministres

L'instabilité ministérielle de la monarchie de Juillet ne doit pas faire illusion. S'il y a eu dix-sept ministères en dix-huit ans, ce sont toujours les mêmes hommes qui ont monopolisé la répartition des portefeuilles. Le roi n'a jamais cessé de manœuvrer pour écarter les obstacles à son ambition. Dans les mois qui ont suivi les Trois Glorieuses, il lui a fallu subir la pression de la rue et celle de la gauche bourgeoise représentée par le « Mouvement » de Laffitte. Louis-Philippe, qui sait aussi ne pas garder ses distances, passe des revues, reçoit des délégations et donne du « camarade » aux gardes nationaux. Il laisse Laffitte se discréditer et, quand le « Mouvement » a épuisé ses capacités de louvoiement, renvoie Laffitte et accepte Casimir Perier (mars 1831).

Choix malheureux, car le chef de la « Résistance » dicte sa volonté au roi. Le Conseil des ministres sera désormais réuni hors de la présence du souverain. Son président étudiera les affaires avant de les lui soumettre. Quant à l'héritier du trône, il sera purement et simplement exclu des délibérations. Quand Casimir Perier meurt, le 16 mai 1832, Louis-Philippe pense ressaisir les rênes et laisse vacante la présidence. Mais, jusqu'en 1836, alliés ou désunis, le duc Victor de Broglie, Thiers et Guizot font la loi. Le roi s'acharne à briser le triumvirat, « Casimir Perier en trois personnes », comme il l'appelle. En 1834, il réussit à écarter le duc de Broglie, mais doit le reprendre l'année suivante. En 1836, il met Thiers dans son jeu, mais les initiatives de l'ambitieux chef du centre gauche ne laissent guère de place aux siennes. Thiers est renvoyé. Avec le second ministère Molé (de 1837 à 1839), Louis-Philippe entrevoit une possibilité d'influer directement sur les événements. Un « parti du château » se constitue avec des députés-fonctionnaires et des notables gagnés par de substantielles faveurs. Mais la coalition de Broglie-Thiers-Guizot-Barrot a raison de Molé. Ce n'est qu'après une longue crise et un court intermède Thiers que le roi trouve enfin l'homme de confiance, Guizot, qui va le demeurer jusqu'à la fin (1840-1848). L'illustre universitaire, accueilli d'abord comme un ministre de transition, finit par s'imposer. Seul entre tous, il a eu le maître mot : « Le trône n'est pas un fauteuil vide. » Louis-Philippe appuiera aveuglément sa politique et lui devra sa chute et son exil.

Louis-Philippe et la politique extérieure

Domaine privilégié du souverain, les affaires européennes ont constitué aussi son principal souci. Le « roi des barricades » n'a eu de cesse de faire oublier sa douteuse origine et de se faire reconnaître par les grandes puissances, à commencer par les puissances absolutistes, la Prusse, l'Autriche et la Russie. Dans un premier temps, Louis-Philippe va mener une politique de sauvegarde de la dynastie. Pour éviter une nouvelle coalition de 1815, il neutralise toute action susceptible d'inquiéter l'Europe et s'oppose à toute modification territoriale ou dynastique, même bénéfique pour le pays. Mais il doit tenir compte du nationalisme de l'opinion française, y compris de l'opinion bourgeoise, prompte à taxer d'abandon le moindre compromis et qui prône l'intervention hors des frontières pour sauver les frères polonais, belges ou italiens. Son pacifisme procède aussi d'une saine conception de la politique économique, qu'il partage d'ailleurs avec l'oligarchie dirigeante : la paix est nécessaire aux affaires. Le roi n'hésite pas à agir en sous-main, et sa diplomatie double et contrecarre souvent celle de ses ministres et des représentants accrédités.

Quand, au début de son règne, le ministère du « Mouvement » paraît cautionner une intervention française en faveur des libéraux italiens, Louis-Philippe s'active à rassurer l'Europe. La révolution belge le met dans une position délicate. En février 1831, le duc de Nemours est élu roi des Belges. Louis-Philippe, qui craint les réactions anglaises, n'hésite pas à notifier un refus formel aux représentants de la sécession. Cette alliance anglaise sera longtemps indispensable pour faire contrepoids à la pression des régimes absolutistes.

Après une certaine éclipse de 1836 à 1840, elle paraît triompher de nouveau. C'est l'Entente cordiale de 1840 à 1846, qui se heurte rapidement aux intérêts contradictoires des deux pays en Méditerranée orientale et dans la péninsule Ibérique, et à laquelle met fin l'affaire des mariages espagnols (10 octobre 1846). Louis-Philippe semble envisager sans crainte un renversement des alliances, car sa politique d'ordre à l'intérieur comme à l'extérieur a eu raison de la méfiance autrichienne. Un rapprochement diplomatique s'esquisse depuis 1847 avec Vienne. Le roi et Guizot n'en sont pas pour autant prêts à s'intégrer dans une nouvelle et paradoxale Sainte-Alliance. Leur refus de soutenir les mouvements révolutionnaires qui se déchaînent en Italie, en Allemagne et en Suisse n'est que la manifestation de la politique du juste milieu et de leur souci de maintenir le statu quo. Mais l'opinion française y voit une « trahison » succédant à une cascade de capitulations : traité de Londres du 15 juillet 1840, qui consacre la défaite de Méhémet Ali, l'allié privilégié ; affaire Pritchard, etc.

La chute de Louis-Philippe

Si la révolution de 1848 a été une surprise, elle l'a été surtout pour le roi, inconscient du danger mortel que faisait courir à la dynastie la politique ultra-conservatrice de Guizot, qu'il appuyait sans défaillance. Malgré les mises en garde, Louis-Philippe s'est obstiné. Son dernier discours du trône en témoigne : « Au milieu de l'agitation que fomentent les passions ennemies ou aveugles […]. » À dix-huit ans de distance, on croit entendre Charles X : « Si de coupables manœuvres […]. » Quand éclate la révolution le 23 février 1848, Louis-Philippe n'a plus que le réflexe du manœuvrier de couloirs qui a perdu conscience de l'importance des forces déchaînées. Il appelle Molé. Quelques heures après la tragique fusillade du boulevard des Capucines, même Barrot n'est plus l'homme de l'heure. Le 24 février, Louis-Philippe abdique en faveur de son petit-fils, le comte de Paris, mais la révolution balaie la dynastie. Le roi doit fuir en Angleterre, où il meurt deux ans plus tard.