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Jean-Marie Gustave, dit J.M.G. Le Clézio

J.M.G. Le Clézio
J.M.G. Le Clézio

Écrivain français et mauricien (Nice 1940).

Une vie sous le signe de l’ailleurs

L’éveil de l’imaginaire

Jean-Marie Gustave Le Clézio est issu d’une famille d’origine bretonne, qui a émigré à l’île Maurice à la fin du xviiie siècle. Il grandit à Nice, élevé par sa mère et par sa grand-mère qui lui donnent le goût de la lecture et de l’écriture (il est, dès l’âge de 7 ans, l’auteur d’un livre sur la mer), tandis que son père, médecin britannique, se trouve en poste au Cameroun anglophone, puis au Nigeria. En 1948, il rend visite à son père en Afrique, expérience déterminante qui nourrit son imaginaire et sur laquelle s’appuiera bientôt sa vocation d’écrivain. Le jeune homme partage ses études entre l’Angleterre (Bath, où il est aussi professeur de Lettres en 1959 ; Bristol, où il s’inscrit à l’université) et Nice, où il se spécialise en littérature. En 1964, en vue de son diplôme d’études supérieures, il soutiendra un mémoire sur Henri Michaux (la Solitude dans l’œuvre d’Henri Michaux).

L’entrée en littérature

C’est un an avant, en 1963, que Le Clézio fait son entrée sur la scène littéraire française. Son roman le Procès-verbal, publié chez Gallimard à l’initiative de Georges Lambrichs qui dirige la collection « Le Chemin », manque de recevoir le prix Goncourt, mais obtient le prix Renaudot. Le général de Gaulle, à qui le jeune auteur de 23 ans a adressé le livre, le remercie en ces termes : « Votre livre, le Procès-verbal, m'a entraîné dans un autre monde, le vrai très probablement. […] Comme tout commence pour vous, cette promenade aura des suites. Tant mieux ! Car vous avez bien du talent. À moi, qui suis au terme, vous écrivez que " le pouvoir et la foi sont des humilités ". À vous, qui passez à peine les premiers ormeaux du chemin, je dis que le talent, lui aussi, en est une. »

Le citoyen du monde

En 1967, Le Clézio effectue, comme coopérant, son service militaire en Thaïlande. Dénonçant la prostitution enfantine, il est muté et contraint de finir son service au Mexique. Employé par l’Institut d’Amérique latine, il découvre alors les Indiens et se passionne pour l’histoire et la mythologie amérindiennes. De 1970 à 1974, il vit aux côtés des Embera et des Waunanas, Indiens du Panamá. Devenu spécialiste du Michoacán, région du centre du Mexique, il soutient en 1977 une thèse d’histoire, la Relation de Michoacán, à l’Institut d’études mexicaines de Perpignan.

Écrivain nomade auteur d’une œuvre riche en romans, en nouvelles et en essais, marié depuis 1975 à Jémia (originaire du Sahara occidental), Jean-Marie Gustave Le Clézio partage son temps entre le Nouveau-Mexique (où il a été enseignant à l’université d’Albuquerque), Nice et la Bretagne. En 1990, aux Éditions Gallimard, il a cofondé avec Jean Grosjean « L’Aube des Peuples », une collection destinée à rassembler les grands textes de l’histoire de l’humanité. L'Académie suédoise, en lui décernant le prix Nobel 2008 de littérature, a déclaré entendre ainsi rendre hommage à l'« écrivain de la rupture, de l'aventure poétique et de l'extase sensuelle, l'explorateur d'une humanité au-delà et en deçà de la civilisation régnante ».

Une œuvre traduisant la diversité du vivant

Le souffle de la révolte

L’œuvre de Jean-Marie Gustave Le Clézio, qui se réclame à la fois des présocratiques, de Lautréamont, d’Henri Michaux et de Francis Ponge, impose d'abord la recherche d'un renouvellement romanesque. Dans le Procès-verbal (1963), proche de l'œuvre de Samuel Beckett, Adam Pollo, « qui ne savait trop s'il sortait de l'armée ou de l'asile psychiatrique », occupe la vacuité de sa maison sans rien faire, se contentant de survivre à l'ennui, associé à la crise de la communication. L'humanité est celle du Déluge (1966), qui débouche sur le Livre des fuites (1969), dont l'ensemble hétéroclite (jeux sur la typographie, énumérations de choses et de chiffres, collages de citations, slogans publicitaires) reflète les interrogations d'une génération influencée notamment par les remises en question du nouveau roman. C'est ainsi que l'aventure est entrecoupée d'autocritiques sur la littérature et sur le langage (la Fièvre, 1965 ; la Guerre, 1970).

Sur le chemin de la sagesse

Après le « cartésianisme littéraire » de cette période, Le Clézio effectue un retournement spectaculaire, les essais de Haï (1971) ouvrant à des chemins moins rationnels, déjà préparés par ceux de l'Extase matérielle (1967). À l'époque, en effet, l'écrivain a découvert le Mexique et s'est mis à vivre par intermittence avec les Indiens Embera, au Panamá. Son évasion, réussie, de la vie urbaine (dénoncée dans les Géants, 1973) se nourrit ainsi des cultures oubliées d'un Nouveau Monde qui est également rencontre de l'autre en soi-même. Cette révélation, parfois hallucinatoire (Mydriase, 1973), permet d'accéder à une forme de plénitude et de sagesse, accompagnées d'une exigence ontologique et poétique : « Je veux écrire une autre parole qui ne maudisse pas, qui n'exècre pas, qui ne vicie pas, qui ne propage pas de maladie. »

La catharsis peut se réaliser à travers le rêve d'une calcination par le soleil (Voyages de l'autre côté, 1975), la science des mécanismes cosmiques selon le peuple maya (les Prophéties du Chilam Balam, 1976), l'acceptation mystique d'une littérature qui doit changer l'homme (l'Inconnu sur la terre, 1978), la reconnaissance d'une magie enfantine (Mondo et autres histoires, 1978). En vertu de quoi, Le Clézio rompt définitivement avec sa première manière, son lyrisme teinté d'onirisme illustrant désormais le fantasme d'un retour symbiotique à une pureté originelle et absolue, dont l'image est le Désert (1980, prix Paul Morand de l’Académie française) ou l'univers indien des Trois Villes saintes (1980).

Un nomadisme littéraire

Cet idéal de réconciliation avec un monde redevenu harmonieux, alimenté par une fascination durable pour les civilisations précolombiennes (le Rêve mexicain ou la pensée interrompue, 1988 ; Pawana, 1992 ; la Fête chantée et autres essais de thème amérindien, 1997), masque mal, cependant, que la Terra amata (1967) est à la fois incognita et malheureusement perdue, alors même que l'on croit l'avoir retrouvée.

L'errance littéraire s'accompagne d'une pratique du nomadisme conçu comme un choix de vie (Voyages à Rodrigues, 1986) : le Chercheur d'or (1985), la Quarantaine (1995) et Révolutions (2003), renvoient à l'île Maurice, Onitsha (1991) et l’Africain (2004), au Nigeria, Étoile errante (1992), à Israël et à la Palestine, Diego et Frida (1993) et Ourania (2006), au Mexique, tandis que Sirandanes (1990) est suivi d'un petit lexique de la langue créole et des oiseaux. Autant de voies pour une seule quête (la Ronde et autres faits divers, 1982 ; Printemps et autres saisons, 1989 ; Cœur brûle et autres romances, 2000), celle d'un improbable serpent à plumes que pourraient synthétiser ensemble le Poisson d'or (1997) et les Gens des nuages (1999, en collaboration avec sa femme Jémia). Après les essais Raga. Approche du continent invisible (2006), sur les peuples de l’Océanie, et Ballaciner (2007), sur son amour du cinéma, Le Clézio revient au roman en 2008 avec Ritournelle de la faim, qui conte l’histoire d’Ethel, une adolescente à l’aube de la Seconde Guerre mondiale.