Emmanuel Kant est le quatrième d'une famille de onze enfants. Son père, Johann Georg Kant, est un ouvrier sellier. Sa mère, Anna Regina Reuter (?-1737), très pieuse, lui donne une éducation morale et religieuse qui le marque profondément.
La vie de Kant est peu fertile en événements remarquables : c'est celle d'un professeur qui ne quittera jamais sa province natale et quelques années seulement la ville de Königsberg.
Il fait ses premières études au collège Frédéric, dirigé par Albert Schultz. Ce dernier est un fervent adepte du piétisme de P. J. Spener (1635-1705), qui enseigne que la vraie foi est la foi vivante recueillie dans la Bible. Il fait entrer Kant à l'université de Königsberg, où celui-ci suit les cours de philosophie (philosophie et sciences). Le maître le plus marquant de Kant est Martin Knutzen (1713-1751), qui concilie le piétisme avec la philosophie leibnizienne de Christian Wolff (1679-1754) et qui s'intéresse beaucoup aux sciences. Wolff, « instituteur de l'Allemagne » selon le mot de Hegel, donnait une interprétation logicienne et mathématique du leibnizianisme et développait un rationalisme systématique, que Kant saura utiliser. Ce sont surtout les sciences qui attirent le jeune Kant.
En 1746, il publie son premier ouvrage, Pensées sur la véritable évaluation des forces vives, dans lequel il s'efforce d'accorder le cartésianisme avec le leibnizianisme. La même année, il perd son père et doit quitter Königsberg pour remplir les fonctions de précepteur dans plusieurs familles nobles de la Prusse orientale et plus particulièrement dans la maison de la comtesse von Keyserling. Il est tout autant élève que professeur, puisque la comtesse l'instruit dans l'art de la conversation polie. Revenu dans sa ville en 1755, il publie un second ouvrage, Histoire universelle de la nature et théorie du ciel, dans lequel il propose une explication mécaniste, inspirée de Newton, de l'origine du monde, très proche de celle que Laplace proposera quarante ans plus tard. La même année, il obtient à l'université de Königsberg la « promotion », puis l'« habilitation », qui lui confère le droit d'ouvrir un cours libre. Pendant quatorze ans, il est ainsi « privatdozent », c'est-à-dire professeur directement rétribué par les étudiants. Très apprécié, il peut vivre tout à fait à son aise. On songe à le nommer professeur ordinaire. En 1763, une chaire est disponible. Malheureusement, il s'agit d'une chaire de « poésie », que Kant se voit obligé de refuser. En 1769, il se dispose à quitter Königsberg pour Erlangen, mais le décès d'un professeur de mathématiques lui permet, en 1770, de remplacer Buck, qui, en devenant professeur de mathématiques, laisse la chaire de logique et de métaphysique libre.
En 1770, Kant obtient l'« ordinariat » en présentant un écrit latin, De mundi sensibilis atque intelligibilis forma et principis (Dissertation sur la forme et les principes du monde sensible et du monde intelligible), devenu depuis la célèbre Dissertation de 1770.
Professeur très scrupuleux, il est très aimé de ses élèves, parmi lesquels Herder, qui le décrit ainsi : « Son front découvert, taillé par la pensée, était le siège d'une gaîté et d'une joie inaltérables ; débordante d'idées, la pensée coulait de ses lèvres ; plaisanteries, esprit, humour ne lui faisaient jamais défaut, et son enseignement était un commerce des plus intéressants. »
Kant enseigne deux heures par jour et même, pendant une certaine période, cinq heures par jour. Les matières qu'il domine sont très diverses : il donne des leçons de logique, de mathématiques, de physique, de métaphysique, d'anthropologie, de pédagogie et même de géographie physique. Cet aspect de son enseignement, souvent méconnu, est important, puisque, durant les quatre-vingt-deux semestres de son activité universitaire, la géographie physique figure quarante-sept fois au programme de ses cours.
Kant ne quittera jamais l'université de Königsberg : il est membre du sénat de l'université en 1780, recteur de 1786 à 1788, doyen de la faculté de philosophie et de toute l'Académie en 1792. L'Académie de Berlin l'élit en 1786, celle de Saint-Pétersbourg en 1794 et celle de Vienne en 1798.
En 1796, conscient de son affaiblissement intellectuel, il abandonne son enseignement. Toutes ses grandes œuvres sont parues. Kant n'en continue pas moins de travailler ; il meurt le 12 février 1804 en disant « Es ist gut » (c'est bien).
C'est au cours de cette période, qui se termine avec la Dissertation de 1770, que se créent les conditions de réalisation du projet critique.
La plupart des commentateurs y distinguent deux moments : jusqu'en 1760, Kant suit les traces du rationalisme dogmatique et subit l'influence de la physique newtonienne et de la métaphysique de Leibniz et de Wolff ; de 1760 à 1769, il découvre l'empirisme à travers Locke et Hume, et les droits du sentiment à la lecture de Shaftesbury et de J.-J. Rousseau.
Dans la Monadologie physique (1756), la pensée kantienne, bien qu'opposée à celle de Leibniz, reste dogmatique, en présupposant que l'analyse logique des concepts suffit pour atteindre l'essence du réel et en admettant encore comme certaines les preuves de l'existence de Dieu (Histoire universelle de la nature et théorie du ciel).
Avec l'Unique Fondement possible d'une démonstration de l'existence de Dieu (1763), le thème dominant devient celui de la distinction entre le logique et l'existentiel, entre la nécessité logique et la réalité effective. Parce que le sens logique de la copule (être = relation entre sujet et attribut) ne doit pas être confondu avec son sens existentiel (être = existence), il apparaît clairement que l'« existence n'est jamais l'attribut d'aucune essence ». L'existence, qui est la position absolue d'une chose, se distingue de tout attribut en tant que celui-ci ne peut jamais être appliqué à une chose que d'une manière relative.
Kant dénonce désormais les preuves traditionnelles de l'existence de Dieu : la preuve a priori cartésienne, que Kant nommera ontologique, parce que l'existence n'est jamais un prédicat ; la preuve cosmologique et la preuve physico-théologique, parce qu'elles présupposent la première.
Cependant, en 1763, Kant est encore suffisamment attaché à l'esprit de la métaphysique pour croire possible une preuve de l'existence de Dieu qui se trouve déjà chez Leibniz. Il reste que sa confiance dans le rationalisme dogmatique est fortement ébranlée.
Elle s'ébranle plus encore dans l'Essai pour introduire dans la philosophie le concept de quantités négatives (1763). Comment conclure d'un principe logique à une existence ? Tel est le problème qui domine cet essai. Puisque les déterminations de l'existence ne ressortissent pas à la pure logique, comment est-il possible de comprendre que « parce que quelque chose est, quelque chose d'autre existe » ? Kant rejoint ainsi, par une analyse qui lui est propre, les conclusions de Hume et remet en question le sens et la valeur de la catégorie de la causalité. À l'origine du problème de la causalité, l'Essai prépare également la critique fondamentale de la physique et de la théodicée leibniziennes, dans laquelle Dieu n'est justifié qu'à la faveur d'une conception du négatif comme simple privation du positif.
La distinction du plan logique et du plan de l'existence rejaillit sur les conceptions morale et esthétique de Kant, qui redécouvre la vigueur du sentiment à travers la lecture passionnée des écrits de Rousseau. Kant ne déclare-t-il pas qu'il doit lire Rousseau « jusqu'à ce que la beauté de l'expression ne me trouble plus… ».
L'ouvrage que l'on appelle brièvement la Dissertation de 1770 ouvre véritablement aux yeux de Kant lui-même la période critique. Tous les doutes qui ont assiégé le Kant encore leibnizien et wolffien s'y trouvent systématisés et préparés ainsi pour leur dépassement. Son apport essentiel est d'établir l'idéalité du temps et de l'espace. Cependant, sur de nombreux points, les thèses de la Dissertation de 1770 contredisent celles de la Critique de la raison pure ; Kant y assimile encore psychologie et épistémologie, alors qu'il cherchera à les dissocier dans la Critique de la raison pure. Si bien que H. J. de Vleeschauwer a pu affirmer que, dans la Dissertation, « le véritable problème critique n'a pas encore été aperçu ».
Toute la philosophie kantienne est tributaire d'une théorie épistémologique (et non pas psychologique) des facultés, qui distingue la sensibilité, l'entendement et la raison. Du bon usage de ces facultés dépend la réalisation de l'intérêt de la raison humaine. Cet intérêt est lui-même triple : tour à tour théorique, pratique et esthétique.
Ces facultés sont autant de sources de représentations spécifiques : l'intuition, qui est une représentation singulière se rapportant immédiatement à un objet d'expérience, procède de la sensibilité ; le concept, représentation renvoyant à un objet d'expérience par l'intermédiaire d'autres représentations, a sa source dans l'entendement, tandis que l'idée, qui est un concept dépassant la possibilité de l'expérience, dépend de la raison.
La représentation comme telle implique une activité d'unification du divers, une activité de synthèse. À partir de là, il est possible de compliquer le schéma précédent et de conclure que l'homme est pourvu de quatre facultés, dont l'une est simplement réceptive – c'est la sensibilité –, tandis que les autres sont proprement actives – ce sont l'imagination (schématisme des concepts purs), l'entendement (analytique transcendantale) et la raison (dialectique transcendantale). En tant qu'activité, la synthèse est le fait de l'imagination ; en tant qu'unité, elle renvoie à l'entendement, et comme totalité à la raison. Chacune des trois Critiques définit une hiérarchie différente de ces facultés selon que le pouvoir législatif appartient à l'entendement (Critique de la raison pure), à la raison pure pratique (Critique de la raison pratique) et à l'imagination (Critique de la faculté de juger ou Critique du jugement).
Selon Kant, le développement de l'histoire de la philosophie est déterminé par la nature de la raison humaine. « La raison humaine a cette destinée singulière, dans un genre de ses connaissances, d'être accablée de questions qu'elle ne saurait éviter, car elles lui sont imposées par sa nature même, mais auxquelles elle ne peut répondre parce qu'elles dépassent totalement le pouvoir de la raison humaine » (Critique de la raison pure). À un engouement irréfléchi pour la métaphysique – car il s'agit bien de cela – succède un « indifférentisme » prétentieux. Le dogmatisme et le scepticisme ont en commun d'engendrer le chaos et les ténèbres dans les sciences. Que l'on refuse de se laisser tromper plus longtemps par une apparence de savoir, et la raison doit entreprendre de nouveau la plus difficile de ses tâches, qui est la connaissance de soi-même, et instituer le tribunal qui la garantira dans ses justes prétentions tout en condamnant ses visées présomptueuses. La Critique de la raison pure est ce tribunal.
Kant avoue avec franchise que c'est l'avertissement de Hume qui interrompt d'abord son « sommeil dogmatique ». Or, le point de départ de Hume, le problème de la relation de cause à effet, est d'ordre épistémologique. Kant reproche à Hume de ne pas avoir saisi le problème dans toute son ampleur, sans, cependant, critiquer son option épistémologique. Par ailleurs, la méthodologie newtonienne, qui intègre l'utilisation des mathématiques et le recours à l'expérience, le convainc de l'inanité d'une définition formaliste de la vérité.
Tout jugement vrai exige la « subsomption » d'une intuition sensible sous le concept. Un concept pur auquel n'est lié aucune intuition sensible est une forme vide.
Par rapport à cette définition, Kant pose le problème de la possibilité des jugements synthétiques a priori – ce qui revient à poser le problème de la validité de la physique newtonienne – et aboutit au principe transcendantal qui soumet les phénomènes (c'est-à-dire le réel tel qu'il nous apparaît, délimité à l'intérieur des formes a priori de la sensibilité, l'espace et le temps) aux catégories ou concepts a priori de l'entendement. Ces catégories, sous « l'unité originairement synthétique de l'aperception », définissent les conditions de possibilité de l'expérience, qui est à la base de toutes nos connaissances.
Le monde nouménal (c'est-à-dire le monde de la « chose en soi » par opposition au « monde des phénomènes ») est défini et présenté comme support des phénomènes : il est par là même inconnaissable.
La Critique de la raison pure dénonce la vocation antinomique de la raison (à savoir qu'à l'occasion d'un problème proposé par la raison elle-même celle-ci ne peut s'empêcher d'apporter deux solutions contradictoires) et ne lui confère plus qu'un rôle régulateur. En condamnant l'usage transcendant des idées rationnelles, le criticisme rend vain tout effort d'élaboration d'une métaphysique (au sens dogmatique du terme). L'Absolu, qui n'est pas absent de la spéculation kantienne, n'apparaît plus que sous la forme d'une exigence, d'un idéal.
Une telle définition restrictive de l'Absolu est une conséquence de la position épistémologique initiale de Kant.
Cependant, l'esprit frondeur de Kant cache, au regard d'attitudes plus radicales (comme celle de Nietzsche, notamment) un certain conservatisme. Si l'Absolu reste une exigence qui ne peut jamais être atteinte et assumée par la raison spéculative, il prend la forme d'un impératif catégorique pour la raison pratique. En obéissant à la loi pure morale, l'homme accède au monde nouménal sans pour autant accroître son savoir.
Du piétisme de Spener, la morale kantienne retient, en même temps que la conception rigide de la loi et le sentiment de la difficulté du devoir, l'idée que le principe de la morale et de la religion n'est pas dans l'entendement, mais dans la volonté.
À l'idée wolffienne, qui assimile conduite parfaite et conduite conséquente avec elle-même, Kant ajoute l'idée d'élan intérieur propre aux moralistes britanniques et refuse de réduire l'exigence de l'universalité de la raison à un calcul purement intellectuel.
La lecture de Rousseau le confirme dans sa croyance en l'autonomie du sujet moral et le persuade de l'égalité en dignité des hommes. Contre Leibniz, qui affirme l'identité d'essence et d'usage de la raison pure et de la raison pratique, Kant établit une distinction entre l'usage humain de la raison pure (connaître un objet) et celui de la raison pratique (connaître son devoir). Alors que pour Leibniz l'amour de soi bien compris est la voie du salut, Kant oppose amour et moralité, le sujet individuel et le sujet autonome, et découvre par cette distinction la contrainte du devoir.
Être moral consiste à se représenter en elle-même la loi qui émane de la raison et à faire de cette représentation le principe déterminant de la volonté. La loi pure morale, a priori et opposée à ce qui est, en tant que devoir-être, peut cependant se réaliser par la volonté. C'est qu'en effet les êtres raisonnables possèdent la faculté d'agir selon la représentation des lois, tandis que la volonté n'est autre que ce pouvoir d'agir selon les règles que l'on se représente. La volonté peut être sollicitée par des principes dont la nécessité lui apparaît comme une contrainte et prend la forme d'un impératif. L'obligation morale étant formelle et inconditionnée, Kant est conduit à poser le problème de la possibilité des impératifs catégoriques. En ce sens, il retrouve le problème qui l'a occupé au début de la Critique de la raison pure, puisque les impératifs catégoriques, à l'inverse des impératifs hypothétiques, simplement analytiques (la volonté des moyens étant toujours contenue dans la volonté de la fin), sont synthétiques (car ils lient la volonté à la loi) et a priori. Le terme premier de la morale kantienne n'est plus ni le bien ni l'utile, mais le devoir.
La Critique de la raison pratique opère à l'aide de trois synthèses toujours plus grandes en extension.
La première synthèse doit lier l'idée d'une volonté bonne à celle d'une législation universelle et ne peut devenir effective qu'à l'aide du concept de liberté : seule une volonté libre peut se déterminer selon la forme.
Une distinction radicale subsiste alors entre une volonté coïncidant avec la raison et une individualité prisonnière des désirs. Afin de surmonter une telle dualité, Kant doit répondre à la question du mobile moral qui n'est autre que le sentiment du respect causé par la loi et ayant la loi pour objet.
Une dernière synthèse est à réaliser, celle de la raison théorique et de la raison pratique, qui doit aboutir à la réconciliation de la nature et de la valeur. Le lien de la vertu et du bonheur s'établit de manière synthétique à l'intérieur du concept de souverain Bien.
Finalement, l'essence de la métaphysique est garantie, l'accord du sujet et de l'être maintenu non plus comme le résultat d'une connaissance, mais dans l'acte d'obéissance à la loi pure morale. Par cette obéissance, l'individu affirme son autonomie et s'assure de la possibilité de l'union du bonheur et de la vertu dans le souverain Bien grâce aux postulats de la raison pure pratique (l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme et la liberté).
La Critique du jugement se divise en deux parties, dont l'une traite de la faculté de juger esthétique et l'autre de la faculté de juger téléologique. Selon Kant lui-même, la réflexion sur le jugement esthétique est essentielle, tandis que l'analyse du jugement téléologique reste secondaire.
Ainsi, la Critique du jugement pose le difficile problème de son unité.
Une première unité peut être reconnue en ce que le jugement esthétique et le jugement téléologique possèdent en commun des caractères qui les distinguent des jugements de la physique mathématique. D'une part, ils ne « subsument » pas un donné particulier (une intuition sensible) sous une règle déterminée (concept de l'entendement), mais, comme jugements réfléchissants, procèdent de la réalité dans sa singularité pour en dégager une règle universelle ; d'autre part, ils ne peuvent pas, à la manière des jugements mathématiques ou physiques, déterminer a priori leur objet, puisque leur universalité est toute subjective.
Il est une unité beaucoup plus profonde, qui est à découvrir dans le problème de l'intersubjectivité, que la Critique du jugement s'efforce de résoudre. Dans le processus de connaissance, le schématisme transcendantal est le procédé de l'imagination pour procurer à un concept (universel) son intuition sensible (particulier). Dans le sentiment du beau, entendement et imagination s'équilibrent et sont en harmonie. Quiconque éprouve un tel sentiment le pose d'emblée comme universel. Affirmant l'universalité de son sentiment dans l'acte esthétique, l'homme transcende les limites de sa subjectivité et rejoint l'« autre ».
La philosophie kantienne explicite trois modes de communication : – une communication dans la connaissance, au niveau de la Critique de la raison pure, qui est indirecte et s'appuie sur la médiation du concept ;– une communication de l'homme avec l'homme comme être raisonnable, dans la Critique de la raison pratique, qui est également médiatisée par le détour de la loi morale ;– dans la Critique du jugement, un mode direct de communication de l'homme avec lui-même s'instaure sans qu'un recours au concept ou à la loi s'impose.
C'est sur cette « expérience originelle de l'intersubjectivité humaine » que se fondent les modalités indirectes de la communication. Une telle expérience nous est révélée par le sentiment du sublime que l'on éprouve lorsqu'on constate que notre entendement et notre imagination ne sauraient être adéquats à l'objet qui est trop grand. Le sublime me révèle que je suis libre et que ma raison dépasse toujours les objets, même les plus grands.
En ce sens, la Critique du jugement fonde et achève la Critique de la raison pure et la Critique de la raison pratique, en développant l'expérience originelle que l'une et l'autre présupposent en tant que réflexion sur la pensée humaine.
Selon le point de vue de la qualité : « Le goût est la faculté de juger d'un objet ou d'un mode de représentation sans aucun intérêt, par une satisfaction ou une insatisfaction. On appelle beau l'objet d'une telle satisfaction » (Critique de la faculté de juger).
Selon le point de vue da la quantité : « Est beau, ce qui plaît universellement sans concept » (ibidem). Selon le point de vue de la relation des fins : « La beauté est la forme de la finalité d'un objet, en tant qu'elle est perçue en celui-ci sans représentation d'une fin » (ibidem).
Selon le point de vue de la modalité de la satisfaction résultant de l'objet : « Est beau, ce qui est reconnu sans concept comme objet d'une satisfaction nécessaire » (ibidem).
Est sublime ce qui est absolument grand, ce qui est grand au-delà de toute comparaison.
signe d'un conflit de la raison avec elle-même qui, dans son exercice, excède les limites de l'expérience et à propos duquel la raison avance deux solutions contradictoires, à l'occasion d'un problème dont elle est seule responsable sans pouvoir choisir au profit de l'une ou de l'autre.
concepts a priori de l'entendement qui assurent l'unité synthétique du divers qui se trouve dans l'intuition.
connaissance qui a sa source dans l'expérience.
connaissance indépendante de l'expérience et même de toute impression sensible.
« Je n'entends point par là une critique des livres et des systèmes, mais celle du pouvoir de la raison en général, par rapport à toutes les connaissances auxquelles elle peut aspirer indépendamment de toute expérience, par conséquent la solution de la question de la possibilité ou de l'impossibilité d'une métaphysique en général et la détermination aussi bien de ses sources que de son étendue et de ses limites, tout cela suivant des principes » (Critique de la raison pure).
activité de la raison qui s'efforce de déterminer si la faculté de juger, terme intermédiaire dans l'ordre de nos facultés de connaissance entre l'entendement et la raison, possède ou non, considérée en elle-même, des principes a priori.
activité de la raison qui analyse les conditions a priori de la détermination de la volonté.
activité de la raison qui s'attache à rassembler dans toute leur étendue les principes de la synthèse a priori.
« Que toute notre connaissance commence avec l'expérience, cela ne soulève aucun doute. En effet, par quoi notre pouvoir de connaître pourrait-il être éveillé et mis en action si ce n'est par des objets qui frappent nos sens […] ? » (Critique de la raison pure).
Si, chronologiquement, aucune connaissance ne précède en nous l'expérience, cela ne signifie pas que toute connaissance dérive de l'expérience.
cadres purs de l'intuition sensible repérés dans l'espace et le temps. À l'aide du sens externe, nous nous représentons les objets hors de nous et tous situés dans l'espace. Au moyen du sens interne, nous saisissons des objets dans l'ordre de la simultanéité ou de la succession.
fruit de l'activité de la raison, qui perd le caractère absolu que lui prêtait la philosophie dogmatique, qui se confond avec l'idéal et qui bénéficie d'un rôle régulateur des connaissances.
principe qui ne fait que déterminer la volonté, qu'elle soit suffisante ou non pour l'effet. L'impératif catégorique peut seul prétendre au titre de loi pratique ; il lie la volonté à la loi.
principe qui détermine les conditions de la causalité de l'être raisonnable en tant que cause efficiente et seulement par rapport à l'effet et aux moyens suffisants pour l'atteindre. C'est un précepte de savoir faire, un impératif de l'habileté dans lequel la volonté des moyens est implicitement comprise dans la volonté de la fin.
mode par lequel la connaissance se rapporte immédiatement aux objets.
relation dans laquelle le prédicat appartient au sujet comme quelque chose qui y est contenu implicitement. Kant donne comme exemple : « Tous les corps sont étendus », et affirme qu'un tel jugement est explicatif et n'accroît nullement notre connaissance.
relation dans laquelle le prédicat est extérieur au sujet, bien qu'il soit en connexion avec lui. Kant donne comme exemple : « Tous les corps sont pesants. » Un tel jugement est extensif, puisqu'il augmente notre connaissance.
Dans les jugements synthétiques, il est quelque chose (X) au-dehors du sujet sur quoi l'entendement s'appuie pour reconnaître qu'un prédicat qui n'est pas contenu dans le sujet lui appartient cependant. Dans les jugements empiriques, cet X est l'expérience complète de l'objet pensé dans le concept du sujet. Quel est cet X dans les jugements synthétiques a priori ? La question fondamentale de la Critique de la raison pure devient celle-ci : quelles sont les conditions de possibilité des jugements synthétiques a priori ? Le principe du transcendantalisme résume la solution kantienne.
principe objectif, dont la condition est reconnue comme valable pour la volonté de tout être raisonnable.
principe subjectif, dont la condition est considérée par le sujet comme valable seulement pour sa volonté.
réalité telle qu'elle est en elle-même. Le noumène se situe au-delà de toute connaissance, mais est posé à titre de fondement du phénomène (synonyme : chose en soi). Phénomène et noumène sont les signes d'un même monde, selon qu'il est « représenté » ou « pensé en lui-même ».
ensemble des objets « intuitionnés » dans l'espace et le temps qui tombent sous la juridiction des catégories de l'entendement. Le phénomène est ce qui apparaît ; aussi n'est-il qu'une représentation.
propositions renfermant une détermination générale de la volonté, à laquelle sont subordonnées plusieurs règles pratiques.
produit de l'imagination qui rend possible l'application des concepts purs de l'entendement aux intuitions sensibles.
capacité de recevoir des représentations dans la mesure où nous sommes affectés par les objets extérieurs.
« Transcendantal veut dire possibilité ou usage a priori de la connaissance » (Critique de la raison pure).
Il convient de ne pas tenir toute connaissance a priori pour transcendantale, mais seulement celle par laquelle nous apercevons que certaines représentations sont appliquées a priori. Le principe du transcendantalisme marque la soumission des phénomènes aux catégories de l'entendement.
L'idéalisme transcendantal est le système philosophique qui démontre « que tout ce qui est intuitionné dans l'espace ou dans le temps, par suite tous les objets d'une expérience possible pour nous ne sont pas autre chose que des phénomènes, c'est-à-dire que de simples représentations, qui, en tant que nous nous les représentons comme des êtres étendus ou des séries de changements, n'ont pas, en dehors de nos pensées, d'existence fondée en soi » (Critique de la raison pure).
« pouvoir ou de produire des objets correspondant aux représentations ou de se déterminer soi-même à réaliser ces objets (que le pouvoir physique soit suffisant ou non), c'est-à-dire de déterminer sa causalité » (Critique de la raison pratique).
volonté soumise aux besoins et aux désirs : le principe qui la détermine lui est extérieur. Elle est hétéronome.
volonté déterminée par la simple forme de la loi de la raison ; elle manifeste son autonomie.
C'est d'abord l'aspect politique de la pensée de Kant qui intéressera les Français. Son livre la Paix perpétuelle (Zum ewigen Frieden, 1795) est traduit en 1796, ainsi que ses Observations sur le sentiment du beau et du sublime. Le Magasin encyclopédique donne en 1798 la traduction du premier chapitre de la Métaphysique des mœurs. En 1801 paraît la première étude importante consacrée à Kant ; elle est due à Charles de Villers (1765-1815) et porte le titre de Philosophie de Kant ou Principes fondamentaux de la philosophie transcendantale. En 1842, V. Cousin publie ses leçons sur la Philosophie de Kant. Enfin, Jules Barni (1818-1878) traduit entre 1846 et 1869 les principales œuvres de Kant.
Kant transforme le sens de la démarche philosophique en imposant une méthode nouvelle à la fois dans la théorie de la connaissance et dans l'ensemble des questions philosophiques, morales, esthétiques et anthropologiques. En recherchant les conditions a priori (qui précèdent l'expérience) qui déterminent les jugements théoriques, pratiques aussi bien qu'esthétiques, il dégage la raison humaine du rationalisme dogmatique pour lui ouvrir, par l'idéalisme transcendantal, de nouvelles voies.
Si l'importance d'une philosophie peut se mesurer aux « trahisons » prometteuses qu'elle rend possibles, sans nul doute la philosophie kantienne est une grande philosophie. Après une première tentative menée par Karl Leonhard Reinhold (1758-1823) pour interpréter et systématiser le kantisme, Fichte publie la Doctrine de la science. Déjà Kant y reconnaît une transformation de sa philosophie : Fichte s'efforce de dégager, en prenant appui sur le primat de la raison pratique, la signification authentique du sujet transcendantal comme liberté et comme vie. Mais comment Kant eût-il réagi face à la métamorphose que subit sa philosophie des sciences de la nature dans la Naturphilosophie de Schelling et à l'égard de l'interprétation que Schopenhauer devait donner de l'esthétique transcendantale dans le Monde comme volonté et comme représentation. De même, Hegel et Husserl pensent plutôt « contre » le kantisme qu'ils ne tentent de le prolonger.
Un siècle après la publication de la Critique de la raison pure, une « volonté de retour » à l'esprit kantien véritable surgit, animé par Hermann Cohen (1842-1918), fondateur de l'école de Marburg. Dans son ouvrage Kants Theorie der Erfahrung, Cohen marque l'étroite liaison qui existe entre la philosophie transcendantale et les sciences en démontrant que la critique de la raison constitue la théorie de l'expérience. Son interprétation n'est cependant pas irréprochable, puisqu'elle accorde un primat injustifié à la logique transcendantale par rapport à l'esthétique transcendantale et laisse dans l'ombre la dialectique transcendantale.
Du point de vue de la fidélité au kantisme, l'interprétation heideggérienne est elle-même insuffisante.
C'est dire que la question de la vérité du kantisme demeure ouverte, ou, mieux encore, que de nouvelles philosophies sont encore à naître du criticisme kantien.
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