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Georg Friedrich Händel

Georg Friedrich Händel

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Georg Friedrich Händel

ou Georg Friedrich Haendel

Compositeur saxon, naturalisé anglais en 1726 (Halle 1685-Londres 1759).

Sa vie et sa carrière

Une volonté de réussir marque sa famille d'origine silésienne. Le grand-père est maître chaudronnier ; le père, d'abord barbier-chirurgien, est ensuite promu chambellan du duc de Saxe, puis du prince électeur de Brandebourg. À soixante et un ans, devenu veuf, il épouse en 1683 la fille d'un pasteur qui a tout juste dépassé la trentaine. On lui connaît des relations avec des organistes et des chefs d'orchestre, dont David Pohle. Pourtant, il est indubitable qu'il freine les velléités musicales précoces de son fils. Pour l'heure, l'opinion publique n'a pas d'admiration pour les artistes. Par ailleurs, peut-être dans un souci de voir son enfant gravir les échelons de la dignité, souhaite-t-il qu'il embrasse une carrière dans la magistrature.

   Lors d'un voyage avec son père, Georg Friedrich, âgé de sept ans, se produit à l'orgue. Les auditeurs présents à la cour de Weissenfels ce jour-là, en l'occurrence le duc de Saxe, le Konzertmeister Johann Beer et le Kapellmeister Johann Philipp Krieger, affirment qu'il faut donner une éducation musicale sérieuse à ce garçon. Face au jugement de si hauts dignitaires, l'ancien chirurgien-barbier se voit contraint d'obéir. Il inscrit son enfant au gymnase luthérien de Halle, qui donne un enseignement à la fois général et musical. Là, le futur auteur de Water Music rencontre le fils du Kapellmeister de Weissenfels, Johann Gotthilf Krieger, ainsi que Gottfried Kirchhoff, qui suivent, comme lui, l'enseignement dispensé, entre autres, par les trois cantors de la ville. À ceux-là, il faut ajouter F. Wilhelm Zachow, organiste à la Marienkirche, qui initie véritablement Georg Friedrich aux techniques du clavier et de la composition. Par sa haute culture et sa largeur d'esprit, il impressionne son jeune élève. Sa méthode d'enseignement consiste à faire analyser des œuvres de tous horizons ; Händel nous a laissé un cahier daté de 1698, sur lequel il a recopié des œuvres de N.A. Strungk, de W. Ebner, de J. Philipp Krieger, de J. Kaspar von Kerll, les vieux maîtres allemands de la polyphonie – à qui il doit sa science contrapuntique –, mais aussi des copies de partitions de J. J. Froberger et de Zachow. Son père étant mort le 11 février 1697, il aurait pu se consacrer tout entier à la musique. Faut-il que la volonté du défunt ait été forte pour que le garçon poursuive ses études et s'inscrive en 1702 à la faculté de droit !

   Malgré tout, il essaie de concilier ses études universitaires et son amour de la musique. Le 13 mars 1702, il est nommé organiste intérimaire à la Domkirche. Par ailleurs, il se lie d'amitié avec G. Ph. Telemann, étudie les opéras de Johann Theile et suit les activités d'une association de hautboïstes toute nouvelle. On voit par là le caractère toujours en éveil du jeune homme, sa passion pour toutes les formes de son art et son endurance exceptionnelle.

   Un autre trait de sa personnalité se dessine à ce moment : son ambition. En effet, Händel n'a que dix-huit ans quand il décide de quitter Halle pour se rendre à Hambourg. Là, d'une part, il fait plus ample connaissance avec l'opéra, puisqu'il est violoniste dans le théâtre dirigé par Reinhard Keiser, et, d'autre part, il peut faire exécuter, le 17 février 1704, la Passion selon saint Jean, son premier oratorio. Il rencontre J. Mattheson qui, encore plus que lui, se distingue par son érudition. C'est avec cet interprète, compositeur, poète et musicographe qu'il se rend à Lübeck. S'ils entendent le vieux Dietrich Buxtehude, ils ne posent pas leur candidature à sa succession d'organiste de la Marienkirche, car la condition sine qua non est d'épouser la fille du maître du clavier ! Ils s'en retournent à Hambourg. C'est dans cette ville allemande que notre homme prend contact avec l'Angleterre, en devenant, avec son compagnon, professeur du fils de l'ambassadeur. C'est là aussi qu'il montre son intérêt profond pour les pays ultramontains, puisqu'il compose un opéra en italien. Almira est présenté le 8 janvier 1705 avec de grands applaudissements, bientôt suivi de Nero (25 février 1705). La proche faillite de l'opéra et le goût de la découverte du voyage incitent Händel à se rendre en Italie.

   De 1706 à 1710, il sillonne le pays. À Florence, on joue à son arrivée Rodrigo, qu'il vient d'achever. À Rome, au palais du cardinal Pietro Ottoboni, il échange des idées avec A. Scarlatti, A. Corelli et B. Pasquini ; il en tire un grand profit et assimile si bien le style italien que le succès d'Agrippina, en 1709, le fait surnommer Il caro Sassone (« le cher Saxon »). Ont pu contribuer à cette ascension les oratorios Il Trionfo del Tempo et La Resurrezione, élaborés pour le cardinal Ottoboni en 1708, ainsi que sa légendaire virtuosité à l'orgue et au clavecin.

   

C'est à ce moment que Händel décide de choisir sa deuxième patrie : l'Angleterre. Certes, il fait un détour par son pays natal et accepte même le poste de directeur de la chapelle de la cour de Hanovre en juin 1710. En décembre, il fait un voyage à Londres, compose en quinze jours un opéra italien, Rinaldo, qui lui vaut un beau succès ; il revient à la cour de l'Électeur, y reste un an et finit par s'installer en Grande-Bretagne.

   Quelle motivation profonde a pu agir pour qu'il brise le contrat (et l'on devine ce que sous-entendait ce mot à l'époque) lui permettant ce séjour, « à condition qu'il reviendrait dans un délai raisonnable » ? Peut-être a-t-il vu là un moyen de réussir une carrière d'auteur dramatique. L'orchestre de la cour de Hanovre, aussi bon soit-il, le cantonne dans la musique instrumentale ; il vient d'achever une série de duos et de concertos. Il a pu aussi être sensible à la bienveillance de la reine Anne et au fait qu'une partie des Anglais regrettent de devoir recourir aux Italiens pour combler la place vide laissée à l'opéra après la mort de Purcell (1695). Sans nier la supériorité de la langue italienne, le public, dans l'immédiat, se sent plus d'affinités avec les Germains. Hélas ! pour Händel, cet état d'esprit variera au cours des années et suivra les fluctuations politiques.

   Pour l'heure, Händel s'empresse de satisfaire ses nouvelles amitiés. Après la composition du Pastor fido (1712), il obéit à Son Altesse Royale en faisant exécuter un Te Deum pour célébrer la paix d'Utrecht et une ode pour l'anniversaire de la reine Anne, qui lui offre 200 livres de rente. Il vit confortablement chez lord Burlington, côtoyant là les écrivains en renom Pope et Swift.

   

Après la mort de la duchesse Sophie et de la reine Anne, George de Hanovre est proclamé roi d'Angleterre (1714). Quelle sera la réaction de George Ier vis-à-vis de son ancien employé indélicat ? Il faut croire que le pardon accordé fut total puisqu'en 1716, un an après l'opéra Amadigi di Gaula, le roi amène son compositeur favori à Halle pour un bref séjour. Händel retrouve sa mère, découvre l'orgue tout récent de la Liebfrauenkirche, écoute de nombreuses Passions musicales. Lui-même reprend le texte d'un camarade d'université, qu'il met en musique, la Passion selon B. H. Brockes. Celle-ci est donnée en 1717 avec Mattheson à la tête de l'orchestre. Les vingt et une pièces qui composent Water Music sont essentiellement des danses qui ont été données lors d'une promenade du roi George Ier sur la Tamise cette même année.

   En raison de la fermeture de l'Opéra londonien, Händel entre au service du comte de Carnarvon (qui sera appelé à devenir le duc de Chandos). Une fois de plus, notre personnage nous déroute ; il vient de quitter son pays, où sa gloire va croissante, il apprend que le théâtre lyrique de Londres a clos ses portes, il se rend compte que, pour des motifs politiques, l'Allemand n'est plus adulé, mais il préfère demeurer contre vents et marées !

   Les trois années qu'il passe à Cannons, dans le Middlesex, comme maître de chapelle du duc sont presque les dernières où il vit calme et retiré ; elles n'en sont pas moins fructueuses : les douze Chandos Anthems sont des cantates religieuses pour soli, orgue, orchestre où les chœurs dominent ; la tragédie pastorale (les Anglais disent masque) de Acis and Galatea, d'après une œuvre de J. Gay, Esther, oratorio qu'il remaniera, ainsi que huit suites de pièces pour le clavecin datent de cette époque.

   Avec le soutien du roi et sous la pression des notables londoniens se fonde une Royal Academy of Music sous la triple direction – révélatrice de l'esprit qui anime la capitale – de Händel, de Giovanni Battista Bononcini (1670-1747) et d'Attilio Ariosti (1666-vers 1740). Notre compositeur fait un rapide voyage en Allemagne pour trouver des chanteurs italiens. Une rencontre avec J.-S. Bach manque de se produire au cours de ce séjour.

   Le 27 avril 1720, le théâtre de Haymarket présente le Radamisto que Händel dédie au roi. Jusqu'en 1728, treize autres opéras se succéderont. Mais Bononcini semble prendre le pas ; Astarto est pour lui un succès ; Muzio Scevola, dont on demande au Saxon de faire le troisième acte pour comparer son style à celui de l'Italien, confirme cet état de fait. En 1723, avec Ottone, l'équilibre paraît se rétablir entre la popularité des deux hommes, mais une lutte sans merci s'engage alors entre les chanteurs et surtout les chanteuses Francesca Cuzzoni et Faustina Bordoni, qui épousera J. A. Hasse. Ces deux femmes en viennent même aux mains lors d'une représentation en présence de la princesse de Galles. De plus, les Anglais manifestent des signes d'hostilité vis-à-vis de George Ier et, par nationalisme, à tous ceux qui viennent d'outre-Rhin. Décidant de rompre d'une manière définitive avec son pays, Händel se fait naturaliser anglais en 1726. Mais le climat passionnel a atteint une telle intensité qu'après la représentation, au théâtre de Lincoln's Inn Fields, du Beggar's Opera (janvier 1728), qui n'est qu'une satire de la Royal Academy, le théâtre lyrique ferme ses portes. Händel ne se décourage pas. D'ailleurs n'a-t-il pas eu le privilège d'être désigné, en 1727, pour écrire les quatre Coronation Anthems, exécutés pour le couronnement du roi George II ? Il part pour l'Italie afin de reconstituer une nouvelle troupe, qu'il espère diriger avec l'imprésario Heidegger. Le sort s'acharne de nouveau contre lui. Le 18 février 1729, il apprend à Venise que sa mère vient d'être frappée de paralysie ; il se rend précipitamment à Halle. C'est en vain que Wilhelm Friedemann Bach l'invite à venir rendre visite à son père à Leipzig.

   

Mais déjà notre musicien est de retour en Angleterre, où il compose les quinze sonates pour la flûte traversière, le violon ou le hautbois et basse continue (opus 1) et les célèbres concertos d'orgue, qu'il joue en intermède à ses oratorios.

   À cette époque, on lui oppose à Londres Johann Adolf Hasse (1699-1783) et Nicola Porpora (1686-1768). Händel continue à se battre sur le terrain si difficile de l'opéra italien, mais il lui vient l'idée d'utiliser des textes anglais. Ezio, puis Sosarme et surtout l'oratorio Deborah, daté de 1733, marquent le revirement. Dans le même temps et de façon progressive, Händel s'attache à la musique religieuse et à l'oratorio profane, délaissant le théâtre lyrique ; la complète reconversion se situera vers les années 1740. Réfugié en 1734 au théâtre de Covent Garden, il écrit Terpsichore, ballet destiné à Mlle Sallé, danseuse française.

   Le 19 février 1736, on crée l'Alexander's Feast, sur une ode de J. Dryden. Un an après, Händel subit une attaque de paralysie et part faire une cure à Aix-la-Chapelle. Le 20 novembre, il trouve la ressource d'écrire le Funeral Anthem for Queen Caroline, pour l'épouse de George II, qui l'avait soutenu en toute circonstance.

   

Si le public n'apprécie pas toujours ses compositions, il s'est attaché pourtant à la personnalité du musicien. On dresse sa statue dans les jardins de Vauxhall, on lui organise un concert. En revanche, on boude en 1738 ses deux opéras Faramondo et Serse, ainsi que Saul et Israel in Egypt. Après s'être tourné vers des textes de Dryden et de Milton, Händel écrit les douze concerti grossi (opus 6), puis ses derniers opéras : Imeneo et Deidamia. Du 22 août au 14 septembre 1741, soit en moins d'un mois, il compose sa grande œuvre : Messiah (le Messie), puis la première version de Samson d'après Milton. Il se rend à Dublin, invité par le duc de Devonshire, lord lieutenant d'Irlande. Pendant neuf mois, il donne des concerts et présente en avril Messiah, qui plaît d'emblée.

   Le retour à Covent Garden lui rappelle que toutes les vieilles querelles ne sont pas éteintes. Cette fois, on lui reproche d'introduire des textes sacrés au théâtre : la partition du Messie n'est pas admise. Malgré tout, les œuvres continuent de proliférer : Semele d'après W. Congreve en 1744, Hercules l'année suivante. Trois grandes fresques sonores de circonstance donneront l'occasion à Händel de montrer son attachement à sa patrie d'adoption. En juillet 1745, le petit-fils de Jacques II, Charles Édouard, arrive de France. Ce jeune prétendant débarque en Écosse et marche sur Londres. La population reste assez indifférente. Qu'importe ! Le compositeur écrit coup sur coup un hymne pour les enrôlés volontaires, l'Occasional Oratorio (1746) et surtout Judas Maccabaeus (1747) pour la victoire du duc de Cumberland à Culloden.

   Deux événements importants marquent l'année 1749. Les fêtes en l'honneur du traité d'Aix-la-Chapelle permettent de faire entendre dans le Green Park Music for the Royal Fireworks, pour instruments à vent, partition à laquelle Händel ajoutera par la suite une partie de cordes. La fondation de la nouvelle chapelle de l'institution pour les enfants abandonnés nous vaut Foundling Hospital Anthem. L'année même où J.-S. Bach meurt, Händel fait un voyage à Halle. Il lui reste neuf années à vivre. S'il compose, interprète et dirige ses œuvres, c'est par un dernier effort de volonté, car, en 1752, il doit subir une opération de la cataracte et perd pratiquement l'usage de la vue.

   Il meurt le 14 avril 1759 et, sur sa demande, est inhumé à Westminster.

   Il est symbolique que le buste de cet artiste européen ait été réalisé par Roubillac, un sculpteur français ami de ce grand génie de la musique.

Sa personnalité

Au physique, l'homme apparaît comme une force de la nature. À une époque où la moyenne d'âge de vie se situe entre vingt-cinq et trente ans, il atteint les soixante-quatorze ans et voyage jusqu'aux derniers jours. Ce goût du déplacement, dans des conditions que l'on imagine difficilement, est une constante de son existence. Les motifs de ses séjours éclair en Allemagne ou en Italie ne sont pas toujours évidents, et l'on peut voir là comme une traduction du besoin de dépenser son énergie et, cela va de soi, un trait de son caractère.

   Sa personnalité demeure d'une richesse inépuisable : on peut, en ce sens, parler d'un romantique avant la lettre. Bien avant Beethoven et Mozart, n'est-il pas celui qui a eu l'audace de se libérer des contraintes sociales et de tourner les talons à un prince, en l'occurrence George de Hanovre ?

   Romantique, Händel l'est aussi par le goût théâtral et descriptif qui inonde toute sa musique. Il faudra attendre un Liszt pour retrouver une telle conception.

   Ce n'est pas un hasard non plus si les sujets de ses opéras sont si variés : du comique d'Almira jusqu'au monde fantastique d'Orlando, on peut prétendre que Händel, dans ce milieu anglais, a perçu un art qui inspirera tout le siècle suivant et dont la base réside dans le mélange des genres déjà porté au plus haut point, en littérature, par Shakespeare.

   Près d'un siècle avant Berlioz, Händel possède au suprême degré le sens de l'orchestre.

Bach et Händel

Il faut éviter les comparaisons conventionnelles entre Bach et Händel, afin d'approfondir les causes de leurs destins étrangers. Tous les deux sont nés la même année en Allemagne. Le premier, issu d'une famille d'artistes, a débuté très jeune dans la carrière, baignant dans le monde musical. L'autre, au contraire, plutôt freiné dans sa vocation, a eu une formation de culture générale plus poussée. L'un sait, sur le plan du métier, tout ce qui se fait dans les pays riverains et coule dans son moule germanique ce qui peut enrichir sa création. L'autre se situe à l'opposé : son unique souci est de n'être attaché à rien ; il fuit ! Il jongle avec les six langues qu'il possède et en oublie même celle qui l'a bercé. Il connaît lui aussi – mieux que Bach, puisqu'il se rend sur place – les répertoires étrangers.

   Comme Jean-Sébastien, il puise dans ce qui l'a frappé, mais en ne cherchant pas un lien entre les différents styles. Tous les deux ont connu des époques de célébrité et d'échec ; toutefois, Händel a, par sa vie même, eu une réputation plus européenne. Peut-être est-ce l'explication des deux rendez-vous « manqués » entre les deux hommes et de l'indifférence de Georg Friedrich vis-à-vis de son collègue. Händel n'a pas jugé utile, lui qui n'hésitait pas à se déplacer, d'aller voir le Cantor à Leipzig.

   Leurs pôles d'intérêt, s'ils se rencontrent, ne se superposent pas. Il ne fait aucun doute que le Saxon a voulu devenir un maître de l'opéra (alors que Bach n'a jamais été tenté par la formule) et qu'il a été hanté par la musique italienne.

   On peut se demander si Händel a davantage cherché à plaire au public que son confrère. Les tournures de la phrase sont plus élégantes, les instruments ne sont pas utilisés pour eux-mêmes, mais pour fournir des ensembles chatoyants. Tous les deux composent vite, reprennent parfois des formules qu'ils ont déjà utilisées ou puisent leurs mélodies chez d'autres musiciens.

   À leur mort respective, leur postérité s'annonce différemment. Bach (?-1750) a quelques élèves et quatre enfants qui peuvent diffuser sa musique ; Händel (?-1759) n'a pas de fils direct ni spirituel. D'une manière inattendue, il arrive le contraire de ce qui était prévisible : les œuvres du premier, jugées démodées, sont laissées de côté – même par les siens –, alors que celles du second continuent à lui survivre. Les Anglais, trop heureux d'avoir un grand compositeur ayant opté pour leur patrie, se chargent de sa postérité par la publication et les concerts.

   Lorsque les Mozart sont invités à Londres, le 28 mai 1764, le roi fit jouer à Wolfgang non seulement des pièces de Bach (vraisemblablement Johann Christian, fixé à Londres depuis deux ans, ou Carl Philipp Emanuel, son frère), mais aussi de K. F. Abel et de Händel. Le 28 juin, le petit Wolfgang joue un concerto pour orgue dans un programme comprenant des airs chantés de Händel. Il précise par la suite, le 10 avril 1782, dans une lettre à son père : « Je suis en train de me faire une collection de fugues de Bach, aussi bien Sébastien que d'Emanuel et de Friedemann Bach, et puis aussi de celles de Händel, et il ne manque plus que celles-là. » En 1789, il fait des arrangements du Messie.

   En 1794, J. Haydn – qui a déjà connaissance des manuscrits de J.-S. Bach – se rend en Angleterre et entend des oratorios de Händel à Westminster. « Il est notre maître à tous », déclare-t-il, et il se met à l'écriture de deux de ses plus belles œuvres : les Saisons et la Création.

   Beethoven, à son tour, lance le « Voici la Vérité » après avoir reçu en 1826 les trente-six volumes publiés en Grande-Bretagne. Il ajoute au petit Gerhard von Breuning : « Regarde, j'ai reçu ce cadeau […]. Depuis longtemps je le désirais, car Händel est le plus grand, le plus solide des compositeurs ; de lui, je puis encore apprendre. »

   Que s'est-il passé ensuite pour que notre personnage soit éclipsé ?

   Des considérations d'ordre politique ont dû se mêler à des conceptions esthétiques nouvelles. L'Allemagne du début du XIXe s., dans un mouvement nationaliste, rejette les étrangers. Händel en fait partie ; bien plus, il est le renégat par excellence, celui qui s'est sauvé de sa terre natale, qui n'a pratiquement pas utilisé dans son œuvre vocale et même instrumentale la langue de son pays, celui qui a repoussé jusqu'à son nom (il signe George Frideric Handel à partir du moment où il est naturalisé anglais) et repose en Angleterre.

   En 1829, Mendelssohn dirige à Leipzig la Passion selon saint Matthieu de Bach. Le centenaire de la composition de l'œuvre permet à l'Allemand de renouer avec son passé musical ; de plus, l'homme qui est l'auteur de la partition est l'exemple même du bon citoyen. La multiplication des hommages rendus au cantor de Saint-Thomas, dès cet instant, aboutit à la fondation, par Robert Schumann, en 1850, de la Bach-Gesellschaft et à la publication de 46 volumes de 1851 à 1900. Si Schumann, par ailleurs, déclare qu'Israel in Egypt est « son idéal d'une œuvre chorale », le grand public n'a toujours qu'une connaissance superficielle de l'auteur du Messie.

   Alors que l'Angleterre a créé en 1843 la Handel Society, qui tente, avec des moyens limités, de faire connaître le musicien, l'Allemagne attend les années 1856 pour inaugurer la Deutsche Händel-Gesellschaft. Friedrich Chrysander (1826-1901), qui accomplit un travail louable en rééditant 94 volumes, reproche à Händel sa « trahison » envers la patrie.

   En 1861, Brahms compose des Variations et fugue sur un thème de Händel. Nietzsche parle de Händel comme d'un « bon Européen ». Sa célébrité franchit les frontières, puisque Liszt et Saint-Saëns en font un précurseur de la musique descriptive par ses oratorios.

   De nombreux ouvrages sont consacrés à Händel depuis le début du siècle, en particulier en Allemagne. La Hallische Händel-Ausgabe, à partir de 1955, s'applique à une nouvelle édition de l'œuvre, pendant que l'Angleterre s'attache à sa diffusion. La France découvre à son tour le musicien : une Société Haendel est fondée à Paris en 1910 par F. Rangel.

Les œuvres de Händel

 

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À voir aussi dans Larousse
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  • Georg Friedrich Händel
  • Georg Friedrich Händel, Concerto pour orgue n° 1 en si bémol majeur, op. 7 (5<SUP>e</SUP> mouvement, bourrée)
  • Georg Friedrich Händel, <I>le Messie</I>, 2<SUP>e</SUP> partie : Alleluia
  • Georg Friedrich Händel, <I>Rinaldo</I> : aria « Or la tromba »
  • Georg Friedrich Händel, <I>Water Music</I>, Suite en fa majeur n° 1 (allegro)
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