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Henri Fantin-Latour

Henri Fantin-Latour, Autoportrait, la tête légèrement baissée
Henri Fantin-Latour, Autoportrait, la tête légèrement baissée

Peintre et lithographe français (Grenoble 1836-Buré, Orne, 1904).

Très célèbre pour ses portraits collectifs, Fantin-Latour excelle également dans d'autres formes d'expression – les natures mortes par exemple. Témoin privilégié de son temps, il est parfois considéré comme un lien entre les courants romantique et impressionniste.

1. L'artiste

Henri Fantin-Latour suit d'abord l'enseignement de son père, Théodore (1805-1872), puis, dès 1850, celui de Horace Lecoq de Boisbaudran. Au Louvre, il pratique la copie de mémoire des tableaux d'Antoine Watteau, de Véronèse, de Giorgione (le Concert champêtre), d'Anton Van Dyck, de Ferdinand Bol, de Nicolas Poussin... Au début des années 1860, il fréquente l'atelier de Gustave Courbet.

Sa carrière artistique à proprement parler va à peu près recouvrir le dernier tiers du xixe siècle. C'est une période d'intense fermentation artistique, traversée par de violentes polémiques esthétiques. Les scandales soulevés par Courbet puis par Édouard Manet surviennent alors que les vieilles luttes entre les partisans de Dominique Ingres et ceux d'Eugène Delacroix ne sont pas encore éteintes ; à partir de 1874, ce sont les impressionnistes qui vont susciter des controverses encore plus âpres.

Pour sa part, Fantin-Latour attire l'attention pour la première fois au Salon des refusés, en 1863 (mais il a déjà exposé au Salon en 1861). Il appartient alors, aux côtés de son ami Manet, du groupe dit « de 1863 », puis au cénacle des Batignolles, d'où surgira l'impressionnisme : « il est un peu, remarquait le critique d'art Gustave Kahn, le chaînon qui unit les peintres d'aujourd'hui à la peinture romantique. »

Toutefois, Fantin-Latour se tient à l'écart de tous les courants ; et, d'ailleurs, bien que sa célébrité ait été amplement confirmée de son vivant même, les critiques ont toujours éprouvé quelque embarras à le classer. Son Atelier aux Batignolles le fait considérer comme un ami des impressionnistes et, quoiqu'il s'en défende en privé, on lui prête pour ces jeunes révoltés une sympathie qu'il juge compromettante. On tente par la suite de lui attribuer d'autres étiquettes – réaliste, symboliste –, mais elles dissimulent mal l'embarras des commentaires.

La peinture de Fantin-Latour, feutrée, est apparemment peu concernée par les grands bouleversements picturaux qui lui sont contemporains ; son œuvre, qui n'est pas marquée par une profonde évolution dans le temps, témoigne à la fois de la discrétion de l'artiste et de son engagement esthétique. Outre les grands portraits collectifs qui ont fondé sa célébrité, son œuvre se répartit en trois grandes familles thématiques, caractérisées chacune par un langage plastique spécifique : les portraits intimistes, les natures mortes (tableaux de fleurs en particulier), les sujets d'imagination, souvent inspirés par la musique.

2. Les portraits intimistes

Fantin-Latour s'affirme comme un des portraitistes les plus doués de son temps. Joris-Karl Huysmans fait part de son admiration : « Ce qui est vraiment merveilleux dans [ses toiles], c'est le naturel [des] figures. Elles ne posent pas pour des portraits [...]. M. Fantin-Latour n'est pas un modiste ou un peintre d'accessoires, c'est un grand peintre qui serre et qui rend la vie. [Il] est un des meilleurs artistes que nous ayons en France ».

Marqué par les préraphaélites anglais, le peintre se révèle d'abord dans des portraits intimistes, individuels ou doubles, qui seront toutefois assez peu nombreux : partir de 1867, il refuse toute commande d'étranger et ne représente plus que ses proches et ses amis intimes. On lui doit de séduisants portraits de femmes, plutôt idéalisés : ses sœurs Nathalie et Marie, sa femme, Victoria Dubourg (peintre également), et sa belle-sœur, Charlotte Dubourg, en sont les modèles récurrents (les Deux Sœurs, 1859 ; la Lecture, 1877). Ses amis, comme Manet (portrait en 1867), sont également des sujets favoris. Fantin-Latour traite ses portraits dans une articulation fine entre une rigidité voulue et un réalisme harmonieux et incisif.

Il est également l'auteur d'une cinquantaine d'étonnants autoportraits, réalisés dans les décennies 1850-1860.

3. Les grands portraits de groupe

Ressuscitant le genre présent dans la peinture hollandaise du xviie siècle, Fantin-Latour rénove le portrait collectif avec d'imposants tableaux-manifestes, qui sont autant d'hommages à une personnalité ou à un groupe d'artistes. Dans un registre peu conventionnel, il fait preuve d'une grande« puissance de rendu » (G. Kahn). Son Hommage à Delacroix, réalisé en 1864, inaugure la série de ces importantes compositions. Réalisé un an après la mort du peintre, le tableau est alors très original, tant sur la forme que sur le fond ; on y lit l'intérêt de Fantin-Latour pour la recherche psychologique (par exemple dans la représentation de Charles Baudelaire, dont le visage porte l'expression de la désolation du poète face à la disparition d'un artiste qu'il admirait énormément).

Puis l'expérience se prolonge : le Toast est réalisé en 1865 en hommage aux peintres réalistes (de ce tableau, détruit par l'artiste, il ne reste que trois fragments conservés à la Freer Gallery, à Washington) ; Un atelier aux Batignolles est réalisé en 1870 en hommage à Manet et aux impressionnistes ; Un coin de table est peint en 1872 – initialement un hommage à Baudelaire, il met finalement en scène les poètes contemporains, les parnassiens en particulier ; Autour du piano, en 1885, est un hommage aux musiciens et musicologues. Toutes ces œuvres, à l'exception des fragments du Toast, sont conservées au Musée d'Orsay.

Huysmans, à propos d'Autour du piano, s'enthousiasme dans son Salon de 1885 : « Encore que le défaut des postures visiblement imposées, s’affirme, ce tableau n’en est pas moins l’un des plus savoureux morceaux de peinture que le Salon contienne. Avec des habits modernes, des étoffes répudiées par la plupart des peintres qui les jugent tristes et sourdes, M. Fantin a développé toute une éclatante gamme de noirs et de bruns échauffés dans l’un de ces doux fonds perlinnés qu’il affectionne ; puis quel dessin vivant et serré, quelle facture simple et forte ! Comme à côté de cette placide robustesse, les criardes turbulences des aras du portrait s’effondrent ! »

Ces grandes compositions collectives sont souvent citées comme des témoignages de liens de familiarité du peintre avec les milieux littéraires et artistiques de son époque, et des relations d'amitié qu'il entretenait avec ses modèles (chez les peintres en particulier, outre Manet, les proches se nomment Auguste Renoir, Claude Monet, Frédéric Bazille...). Mais il semble que les relations suggérées par ces images ne concordent pas totalement avec la réalité.

4. Des fleurs et des fruits

Marcel Proust, qui appréciait l'art de Fantin-Latour et fait en plusieurs endroits de son œuvre citer son nom par ses personnages, témoigne qu'au début du xxe siècle la réputation du peintre était avant tout établie par ses natures mortes de fleurs et de fruits (Nature morte de fiançailles, 1869). C'est d'ailleurs de cette production considérable (800 tableaux de fleurs réalisés entre 1864 et 1896, parfois plus de trente toiles par an !) que l'artiste tire pendant longtemps l'essentiel de ses ressources. Ces œuvres minutieuses, à la fois archaïques et modernes, intimistes et méditatives, sont enveloppées d'effets de lumière discrets, qui rappellent ceux du xviie siècle. Elles se situent dans la lignée des réalisations de Jean Chardin, avec des harmonies de couleurs qui ont la complexité de celles de Manet.

Différents séjours en Angleterre permettent à Fantin-Latour d'élargir son horizon artistique et de rencontrer, par l'intermédiaire de son ami James Whistler, le beau-frère de ce dernier, Francis Seymour Haden (1818-1910), graveur, et Edwin Edwards (1823-1879), marchand d'art. Ce sont eux qui encouragent Fantin-Latour à représenter des natures mortes de fleurs ou de fruits qui remportent un immense succès en Angleterre.

5. Hommage à la musique

Des scènes d'imagination, peuplées de nymphes délicatement voilées (Hélène, 1892) sont pour Fantin-Latour l'occasion de laisser émerger des aspirations secrètes. Passionné de musique, c'est le plus souvent chez les compositeurs (Hector Berlioz, Robert Schumann, Richard Wagner) qu'il va puiser les sujets de son inspiration. Il cherche à retranscrire la musique par des peintures fluides, exécutées en longues touches. Il transpose, notamment, Tannhaüser (1886) et l'Or du Rhin (1888). Parmi ces allégories, on peut citer l'Anniversaire (1876), un hommage à Berlioz. C'est à cette famille de compositions irréelles ou féeriques (où transparaît l'influence de ses amis préraphaélites, tel Dante Gabriel Rossetti) qu'appartient la quasi totalité de ses 70 lithographies et de ses dessins, pour la grande partie conservés au musée des Beaux-Arts de Lille.

« L'art, c'est la vie supportable. »

Henri Fantin-Latour