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Edward Kennedy, dit Duke Ellington

Pianiste, compositeur et chef d'orchestre de jazz américain (Washington 1899-New York 1974).

Auteur de plus d'un millier de compositions de jazz pour big band, Edward Kennedy « Duke » Ellington cumula aussi les fonctions de chef d'orchestre charismatique et de pianiste éblouissant au cours d'une carrière qui dura un demi-siècle.

Le « Duke » de Harlem

Issu du milieu de la petite bourgeoisie afro-américaine, le jeune Edward entre comme élève à la Armstrong High School (1914-1917), puis, sur l'insistance de ses parents, à l'école des beaux-arts de sa ville natale, où ses camarades lui décernent le surnom de « Duke » en raison de sa distinction naturelle. Or, c'est pour le piano qu'il se passionne ; dès 16 ans, il a composé une pièce de ragtime, Soda Fountain Rag. En 1923, il fonde son premier orchestre, les Washingtonians, comprenant, outre lui-même au piano, un batteur, un saxophoniste, un trompettiste et un joueur de banjo. Puis, recrutant de nouveaux musiciens (dont l'excellent trompettiste James « Bubber » Miley [1903-1932]), il donne naissance au Duke Ellington Orchestra, qui réalise son premier enregistrement en 1924 (Choo Choo [Gotta Hurry Home], Rainy Nights [Rainy Days]).

Duke Ellington joue alors au Kentucky Club (ex-Hollywood Club) de Broadway, à New York. Il va y faire une rencontre décisive : celle d'Irving Mills (1894-1985), qui devient son manager. C'est ce dernier qui, en 1927, le fait engager au prestigieux Cotton Club de Harlem. Son orchestre, devenu le big band qui entrera dans la légende, y accompagne de fastueuses revues exotiques et ses prestations, retransmises en direct par la radio, le rendent célèbre dans tous les États-Unis. Les succès de 1927-1928 témoignent d'un style distinctif, le « jungle » – celui des « sons de la jungle » rendus par le jeu des cuivres en sourdine : ainsi se succèdent East St. Louis Toodle-Oo, Black and Tan Fantasy, Creole Love Call, Black Beauty. De l'époque bénie du Cotton Club, dont l'orchestre de Duke Ellington reste la formation attitrée jusqu'en 1932, datent aussi des œuvres magistrales comme The Mooche, Mood Indigo et Creole Rhapsody.

Le pape du swing

Tournant le dos à la Grande Crise, l'Amérique reprend confiance au son d'une musique nouvelle qui la fait danser : le swing, dont Duke Ellington marque l'avènement avec It Don't Mean a Thing (1932). Il le fait aussi découvrir à l'Europe. Cette faculté d'adaptation est une force qui entre en ligne de compte dans la longévité de sa carrière. Un autre signe frappant en est la fidélité de musiciens comme le saxophoniste Harry Carney (1910-1974), qui le suivra toute sa vie. D'autres, en revanche, sont remplacés. Deux arrivées sont déterminantes : en 1937, celle du contrebassiste Jimmy Blanton (1918-1942), qui incite Duke Ellington, jusque-là voué à la cause orchestrale, à privilégier son rôle de soliste, jonglant avec les touches ; puis, en 1939, celle de Billy Strayhorn (1915-1967), arrangeur de talent en qui le maître trouve aussi son alter ego au piano. Entre 1940 et 1942 sont enregistrés les titres de l'apothéose : Bojangles, Blue Serge, Concerto for Cootie, Cotton Tail, Ko-Ko et Take the « A » Train– ce dernier immortalisé par Ella Fitzgerald.

Une autre œuvre majeure, New World a-Comin' (1943), conçue en forme de poème symphonique qui inclut la musique de quatre autres compositeurs (dont Gershwin), relève de la quête spirituelle. En 1943, également, Duke Ellington et son orchestre sont à l'affiche du légendaire Carnegie Hall de New York. Ils y créent Black, Brown and Beige, morceau de 44 min qui retrace en plusieurs tableaux l'histoire des Noirs d'Amérique. Malgré l'accueil mitigé du public, ils se feront une spécialité de ces pièces de longue durée (les « suites concertantes »), de Harlem (1951) à Far East Suite (1966).

Dans les années 1960 se multiplient les tournées mondiales. Duke Ellington donne aussi des concerts de musique sacrée (1967-1968). Parallèlement, il enregistre avec des jazzmen aussi réputés que Charles Mingus et Max Roach (Money Jungle, 1962) ou encore John Coltrane. À sa mort, c'est son fils Mercer qui prendra les rênes de l'orchestre.

La réussite incarnée

Toute sa vie, Duke Ellington fut considéré comme l'ambassadeur le plus prestigieux du melting-pot américain. Constellé de décorations, reçu en hôte de marque à la Maison-Blanche et à la cour d'Angleterre, accueilli avec les plus grands honneurs en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud, il garda cependant la tête froide et ne renia jamais sa condition de troubadour des temps modernes.

On reprocha parfois à l'homme son manque d'engagement politique en faveur de sa communauté. Dès les années 1940, pourtant, Duke Ellington avait pris part au combat pour l'égalité des droits civiques et, en 1943, lors de la création de Black, Brown and Beige, il avait apostrophé l'establishment qui l'applaudissait en déclarant que toutes les couleurs faisaient cause commune avec le drapeau américain dans l'effort de guerre. En réalité, il ne se sentait pas l'âme d'un leader, et considérait que l'intégration devait passer par le mérite personnel.