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Marc Chagall

Peintre, graveur et décorateur russe naturalisé français (Vitebsk 1887-Saint-Paul-de-Vence 1985).

Hors de tout mouvement, l'art de Marc Chagall s'est formé sur fond d'influences issues de la double tradition slave et judaïque. Il a séduit l'Occident par la vision poétique qu'il propose et par la diversité de ses moyens d'expression.

La première période parisienne

Né dans l'actuelle Biélorussie, au sein d'une famille juive hassidique, Moishe Zakharovitch Shagalov est l'aîné de neuf enfants. Il montre très jeune des dispositions pour le dessin et fait ses débuts dans un atelier de peintre. En 1907, il se rend à Saint-Pétersbourg, où il réussit à entrer à l'École impériale des beaux-arts. En même temps, il fréquente le cours d'art moderne que Léon Bakst vient d'ouvrir et y découvre les impressionnistes français. Dès lors, Paris l'attire : il y arrive en août 1910, francise son nom et devient Marc Chagall. Il se lie aussitôt avec l'avant-garde artistique (Delaunay) et littéraire (Apollinaire, Cendrars) de la capitale.

À Van Gogh et aux fauves, Chagall demande d'abord une leçon de couleur (l'Atelier, 1910 ; le Père, 1910-1911). C'est pourtant au cubisme qu'il emprunte une manière nouvelle de présenter les rapports formels. La composition gagne alors en clarté et en dynamisme, le dessin en fermeté : Moi et le village (1911, MoMA, New York) est la première synthèse, sur un thème fréquemment traité, du folklore poétique qui lui est propre et des principes en vigueur à Paris ; À ma fiancée (1911, Berne) est riche d'un symbolisme érotique fort rare à cette époque dans le milieu parisien. D'autres importants tableaux indiquent peu après une exploitation plus concertée du cubisme, mais toujours à des fins et par des moyens originaux : teintes saturées soumises au dégradé rapide des valeurs, motifs très solidement construits (À la Russie, aux ânes et aux autres, 1911-1912, MNAM, Paris ; Le soldat boit, 1912-1913, Guggenheim Museum, New York). La première exposition particulière des œuvres de l'artiste a lieu à Berlin en 1914.

Le retour en Russie

Chagall est de retour à Vitebsk quand éclate la Première Guerre mondiale. En 1914-1915, il exécute plusieurs portraits de membres de sa famille et de rabbins. Après la révolution russe, il est nommé commissaire aux Beaux-Arts de sa ville. Mais, en conflit avec Malevitch, il renonce à ses fonctions en 1920 et part pour Moscou, où il réalise les peintures murales du Théâtre d'art hébraïque. À cette période appartiennent aussi une série de vues de Vitebsk et de vastes compositions qu'inspire à Chagall son mariage avec Bella (Autoportrait au verre de vin, 1917, MNAM). D'autres tableaux témoignent d'une résurgence inattendue du cubisme (Paysage cubiste, 1919) ou de l'apprentissage du travail en pleine pâte (le Père, 1921).

La seconde période parisienne

Quittant la Russie en 1922, Chagall s'arrête à Berlin, où il s'initie aux divers procédés de la gravure. Cela lui permet, dès son retour à Paris en septembre 1923, d'honorer les commandes qu'Ambroise Vollard lui passe pour l'illustration des Âmes mortes de Gogol (118 eaux-fortes, 1924-1925), des Fables de La Fontaine (100 eaux-fortes, 1926-1931) et de la Bible (105 eaux-fortes [1931-1939], dont 39 planches reprises et achevées de 1952 à 1956). Chagall trouve un style propre à chaque ouvrage.

L'artiste dont André Breton louait les tableaux d'avant-guerre (modèles d'une « explosion lyrique totale ») est sollicité par les surréalistes, mais, préférant garder son indépendance, il ne les rejoint pas. Son évolution picturale l'amène alors à éliminer les séquelles du cubisme en procédant, d'une part, à la fusion des noirs et des blancs, et, d'autre part, à l'interpénétration des tons. Faisant mieux connaissance avec la France profonde, Chagall enrichit son bestiaire de Vitebsk de poissons et de coqs, aux implications symboliques complexes (Le temps n'a pas de rives, 1939-1941, MoMA, New York). Il accorde aussi de plus en plus d'importance au bouquet, non comme prétexte à des jeux de couleur, mais plutôt comme motif privilégié de l'amour et du bonheur (les Mariés de la tour Eiffel, 1928).

Le climat politique de plus en plus troublé de l'époque lui inspire en 1937 – année où Chagall est naturalisé français – la Révolution (qu'il détruira). L'année suivante, la Crucifixion blanche (Art Institute of Chicago) inaugure une série plus symbolique, concernant les souffrances du peuple juif.

La période provençale

Après avoir vécu aux États-Unis de 1941 à 1948 (et y avoir perdu sa femme en 1944), Chagall revient en France et s'installe en 1950 à Vence, où il se remarie. Si Paris lui inspire encore une série de tableaux en forme de rêveries poétiques (les Ponts de la Seine, 1953), il se consacre surtout aux nombreuses commandes qu'il reçoit et aborde de nouvelles techniques : céramiques et vitraux pour le baptistère du Plateau d'Assy (1957), vitraux pour la cathédrale de Metz (1960-1968) et pour la synagogue de l'hôpital de Jérusalem (1960-1962), fresques du plafond de l'Opéra de Paris (1963-1964), mosaïques et tapisseries pour le Parlement de Jérusalem (1966-1969), mosaïques pour l'université de Nice (Histoire d'Ulysse, 1968) et pour une place de Chicago (les Quatre Saisons, 1974), vitraux pour la cathédrale de Reims (1974).

Les réalisations graphiques sont également importantes dans l'œuvre de Chagall : lithographies (Cirque, 1967 ; Sur la terre des dieux, id.), eaux-fortes, aquatintes, monotypes, bois en couleurs (Poèmes, Genève, 1968). Ouvert à Nice en 1973, le musée national Message biblique Marc Chagall expose ses œuvres inspirées par la Bible. À la suite d'une → dation, les collections nationales françaises se sont enrichies de 45 de ses peintures et d'environ 500 de ses dessins.

Chagall à l'Opéra de Paris

C'est André Malraux, ministre de la Culture du général de Gaulle, qui fit entrer Chagall à l'Opéra. Fervent admirateur de ses talents de coloriste, il lui confia le soin de repeindre le plafond situé sous la coupole du palais Garnier. Le peintre réalisa deux maquettes. Celle qui fut retenue fut agrandie sous son contrôle dans un atelier de la manufacture des Gobelins. Le nouveau décor fut inauguré en septembre 1964.

Chagall avait conçu sa composition comme un hommage à l'universalité de la musique d'opéra et de ballet en s'inspirant de l'œuvre de quatorze compositeurs, parmi lesquels Berlioz, Debussy, Mozart, Rameau, Stravinsky,Tchaïkovski et Wagner. Dans le disque central, on reconnaît la Carmen de Bizet, la Traviata de Verdi, le Fidelio de Beethoven, l'Orphée et Eurydice de Gluck.