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Hector Berlioz

Hector Berlioz
Hector Berlioz

Compositeur français (La Côte-Saint-André, Isère, 1803-Paris 1869).

Musicien de la somptuosité orchestrale, Berlioz se fit aussi le champion de la liberté totale dans le domaine de la création artistique, et son œuvre anticipe parfois sur les audaces de la musique du xxe siècle.

Les débuts à Paris

Issu d'une vieille famille dauphinoise, Berlioz est fils de médecin et commence lui aussi des études de médecine. Mais la musique l'attire : il apprend à jouer de la flûte et se met de lui-même à l'étude du solfège. Envoyé à Paris par son père, il s'inscrit au Conservatoire en 1823 afin d'y travailler la composition, le contrepoint et la fugue. Il écrit alors une Messe solennelle, qui est exécutée – à ses frais – à l'église Saint-Roch, en 1825, et qui aura un destin singulier : elle sera redécouverte par hasard, en 1991, dans l'église Saint-Charles-Borromée d'Anvers ; elle frappe par des inventions mélodiques proches de celles qui caractériseront les œuvres de maturité du compositeur.

Les prix de Rome et séjours en Italie

Après deux échecs au prix de Rome (1826, 1827), Berlioz obtient le second grand prix, en 1828, avec Herminie, et, en 1830, le premier grand prix, avec la cantate la Dernière Nuit de Sardanapale. Entre les deux, il a publié les Huit Scènes de Faust. En 1830 également, il assiste à la première d'Hernani et, cette même année, il présente la Symphonie fantastique (5 décembre).

Arrivé à la villa Médicis en mars 1831, Berlioz ne se plaît pas à Rome et veut regagner Paris. En s'arrêtant à Nice, il écrit les ouvertures du Roi Lear et de Rob Roy. De retour à Rome, en juin, il compose Lélio ou le Retour à la vie, conçu comme une suite à la Symphonie fantastique.

Berlioz et Shakespeare

Comme toute la génération romantique, Berlioz voue un culte à Shakespeare. Il le découvre en 1827 et, en même temps, fait la connaissance de sa future femme, la jeune actrice Harriet Smithson venue à Paris jouer avec sa troupe, et qu'il épouse en 1833.

Berlioz apprend l'anglais pour lire Shakespeare dans le texte. Il en fait maintes citations, lui emprunte divers thèmes (dont celui de Roméo et Juliette – non pas un opéra, mais une « symphonie dramatique » créée en 1839) et, dans plusieurs œuvres, développera une esthétique proche de la sienne.

L'apogée de la puissance créatrice

À la demande de Paganini, Berlioz compose en 1834 une œuvre pour alto et orchestre, Harold en Italie. Puis, en 1837, il reçoit la commande d'un requiem (Grande Messe des morts), qui va être joué aux Invalides. Cette partition est très bien accueillie. Mais il n'en est pas de même pour son opéra Benvenuto Cellini, qui, en 1838, n'est représenté que quatre fois. En 1840, pour le dixième anniversaire des Trois Glorieuses, le compositeur dirige sa Grande Symphonie funèbre et triomphale. En 1841, il termine le cycle de mélodies les Nuits d'été.

De 1842 à 1868, Berlioz entreprend des tournées de concerts à l'étranger, qui le mènent en Belgique, en Allemagne, puis à Prague et à Budapest. Il achève la Damnation de Faust, qui est créée sous sa direction, en décembre 1846, à l'Opéra-Comique ; c'est un demi-échec. Criblé de dettes, le compositeur part, en 1847, pour la Russie, et remporte de grands succès à Saint-Pétersbourg comme à Moscou. En 1849, il écrit son Te Deum. Liszt fait représenter Benvenuto Cellini à Weimar, en 1852, et, cette fois, l'ouvrage remanié et abrégé est fort bien accueilli.

Dernières œuvres

La vie familiale de Berlioz demeure difficile. Après la mort de Harriet Smithson, en 1854, il épouse Marie Recio.

La première exécution de l'Enfance du Christ, en 1854, est un triomphe. Le Te Deum est joué à Saint-Eustache en 1855. Élu à l'Institut l'année suivante, Berlioz se tourne de nouveau vers l'opéra : en 1859, il achève les Troyens et, en 1862, Béatrice et Bénédict, dont la première a lieu à Baden-Baden, alors que les trois derniers actes des Troyens ne sont représentés qu'en 1863, à Paris, au Théâtre lyrique, sous le titre les Troyens à Carthage.

Une fin de vie désenchantée

La mort de Marie Recio, en 1862, laisse le compositeur en proie au découragement et à la solitude, que seule l'amitié de Liszt rend moins amère. En 1864, il démissionne du Journal des débats, où il était critique musical depuis trente ans. Après avoir perdu son fils Louis (1834-1867), il tombe malade et, après un bref voyage à Grenoble, il ne quitte plus sa chambre.

Le sens de l'universel et de la modernité

Berlioz est une des grandes figures de la musique romantique européenne. Il fut mieux compris en Allemagne, en Bohême, en Hongrie et en Russie que dans son propre pays. Il est vrai que ses sources d'inspiration littéraires (Shakespeare, Goethe) lui ont donné le sens de l'universel. Mais, parmi ces sources, il y a aussi Virgile, et l'on ne peut nier la clarté méditerranéenne d'Harold en Italie, de l'Enfance du Christ et des Troyens.

Berlioz est un passionné lucide. Il conçoit dans l'enthousiasme, puis exécute froidement. Dès la Symphonie fantastique, il rejette le schéma traditionnel de la symphonie, pour lui substituer une progression dramatique en cinq épisodes. L'œuvre a pour sous-titre « Épisode de la vie d'un artiste ». Roméo et Juliette est une « symphonie dramatique ». La Damnation de Faust est une « légende dramatique » sans être pour autant destinée à la scène ; ici, la symphonie évolue vers l'opéra. Tout est drame chez Berlioz. Les thèmes sont des personnages ; l'orchestre lui-même est un lieu scénique.

Une orchestration « moderne », où le timbre, la couleur, la dynamique jouent un rôle prépondérant dans l'expression musicale ; le sens du modal, qui enrichit l'harmonie et affine la mélodie ; une conception toute personnelle du contrepoint, qui lui permet de superposer des éléments très différenciés, créant une sorte de simultanéité qui lui appartient en propre ; le recours à la stéréophonie : telles sont quelques-unes des conquêtes de Berlioz. Ce dernier fut aussi un remarquable écrivain et un excellent critique musical. Ses passionnants Mémoires (édition posthume en un seul livre, 1870) et d'autres écrits en témoignent.

Citations

« Ô merveilleuse puissance de l'expression vraie, incomparable beauté de la mélodie du cœur ! »

Hector Berlioz relatant sa première impression musicale, Mémoires, I.

« Tu peux, modifiant le mot de Louis XIV, dire avec confiance : l'orchestre, c'est moi ! le chœur, c'est moi ! le chef, c'est encore moi ! »

Hector Berlioz s'adressant à Liszt, Mémoires, « Premier Voyage en Allemagne », 3e lettre.